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OBSERVATIONS
SUR
L'HISTOIRE NATURELLE,
SUR
LA PH Y SI QUE
ET
SUR LA PEINTURE.
AVEC DES PLANCHES IMPRIMÉES EN COULEUR.
^et Ouvrage renferme les Secrets des Jrts , les Nouvelles Découvertes ^_^
les Difputes des Pliilofopkes & des Artijles Modernes.
ANNÉE 1752..
TOME SECOND. IV. PARTIE.
A PARIS,
■lez- D E L A G UE TTE, rue Saine Jacques, à l'Olivier:
AVEC APPROBATION ET PRIVILEGE DU ROY.
Les Planches en couleur fe diftribuent féparement chez M,- 6mtmb ^ P^nfionnaire du Roy,
rue de la Harpe.-
Digitized by the Internet Archive
in 2011 with funding from
Research Library, The Getty Research Institute
http://www.archive.org/details/observationssurl02gaut
OBSER VATIONS
QUATRIÈME PARTIE.
HISTOIRE NATURELLE.
OBSERVATION XVIII.
Defeription d'une Matrice double, par M. E iS£nm yiNN, DoBeiir en Médecine Ù*
ProfeJJciir d'Anatomie b" de Chirurgie de la Faculté de Strajbourg^ ^15^'
E R S la fin de Jan-
vier de l'année dernière
175-1 , (dit M. Eifen-
mann*) on avertit M.
Jacohi , qui tait les Dif-
fedionsauTKéaire Ana-
tomique de cette Ville , occupé pour
* Nota. Cette Pièce a été donnée en Latin &
en François ; nous y avons fupprimé quantité
de Citations & quelques Phrafes que l'on trou-
vera dans l'Auteur. Celles que je donne ici font
exactement conformes au Texte & renferment
tout ce qui a rapport à la découverte de cette
An, in f 2 , Tom.lL W. Partie.
lors à fes préparations , que quelques
Elèves en Médecine & en Cliirurgio-
avoient découvert dans le Cadavre d'u-
ne fille, morte à l'Hôpital Bourgeois,,
une double entrée de Vagin, Siir ce
rapports M. Jacobi examine avec foin
ces Parties , & trouve réellement deux.
Matrice. La Figure que j'en vais repréfen*-
ter , eft avec fes couleurs naturelles , copiée-
fur les Planches mêmes qu'a donné M. Eifen-
mann; mais les couleurs font prifes ûu une
Matrice ordinaire^
Observati(5ns sur l'Histoire Naturelle;
entroes de Vagin , égales d'ouverture
&: de diamètre , chacune defquelles
avoit un Hymen. Apres avoir enlève
les Vifccres du bas - Ventre , il con-
linua fon examen Çc apperçut deux
Vaqins d'ime longueur & d'une capa-
cité feinblable, pofcs Tun à côté de
l'.uitre, l'un defquels étoit à droite &
l'autre du côté gaucfie ; leurs Paroys
internes ctoiciu luiis , & avoient la
for.ne ordinaire, avec fes rides dans la
furface iiitérieure,comme on a coutume
de les trouver dans les Vicrgei. Chacun
de ces VaginsafjoutilToit aune de ces en-
trées, conimeiuffi à nn Oriiice interne
d'Uteruî , d^jue StrucUu-e parfaite ;
enfurte que le Vagin du côté droit em-
JaralToitTOrifice interne fitué de ce cj-
té-Ià,_& le Vagin iltuc aucôté gauche
conduifoit à celui qui étoità gauche.
Chacun de ces Orifices étoit continu
pas communes, mais adolTces leà une»
aux autres , de la façon que cela fe re-,
marque au Mediallin dans la Poitrine,
qui ert formé par la rencontre de la Plè-
vre du côté droit avec celle du côté
gauche , & au Scrotum , dont la Cloi-
fon ert formée de la même manière des
deux Poches du Dartos. Au refte cha-
que Utérus n'ctoit accompagné que
d'une feule Trompe . d'un Ovaire ,
d'un Ligament large & rond , & d'un
feul Cordon de Vaiffeaux Spermati-
pues.
Cette découverte m^'ayant été com-
muniquée , lit que je me portai à l'exa-
miner moi-même avec toute l'atten-
tion poiïlble , &: ce dans le tems que
deux Elevés en Médecine ctoient oc-
cupés à la préparation des VailTeaux
Spermatiques , j'eus la fatisfaâion de
trouver le rapport exact. C'efl pourquoi
avec le Coû & le fond de l'Utérus, qui dans la crainte que ces Parties ne fouf-
le trouvoient féparés de même que le frirtent quelque dommage , je donnât
Vagin , par une certaine Cloifon aflez coinmiffion au Sieur Jacobi de les fer-
epailfe^ qui aboutilToit jufqu'au milieu rer &: d'en achever lui-même la prépa-
du côte fupérieur du fond de l'Uterus , ration. Cependant on prit la réfoiution
enforte que fa cavité fe trouvoit par là dans une Alîemblée de la Faculté, d'ex-
divifée en portion droite & en portion pofer au Public la fiiçon dont cette dé-
gauche, qui n'avoient aucune commu- couverte s'efl faite, avec les Figures
nication enfemble; ce qui fait qu'on
pourroit regarder ceci . avec quelque
raifon , comme deux Utérus féparés.
Le bord fupérieur externe du fond,
qui y ont rapport , comme je l'ai déjà
infinué dans l'Avis que j'en ai donné au
Leéleur.
Je fuis bien aife d'avertir que j'en-
^ __ „ ."jjv.iii.iii cAtcmc uu luiiu, JC lias uicii aiic u avenu que | cii-
etoii en partie divifé au dehors en deux tends par IJterv.s doubles , ceux qui font
parties égales par une forte d'enfoncé- divifésen deux cavités, foit qu'ils foient
nient luperliciel qui repréfentoit un divifés à l'aide d'une Oo/yôn , foit qu'ils
Angle fort obtus: ce même enfonce- foient/oKrc/iujenguife de Cc/-«ej; quand
ment, qui feprolongeoit le long dumi- bien même ils n'auroie/it pas deux Ori,
lieu de la face antérieure des Utérus & lices externes, ni deux Vagins, ni en-
des Vagins , les féparoit en deux par- fin deux trompes de chaque côte , deux
tics parfaitement égales. Ovaires, deux Ligamens larges 8c ronds
Ces parties en queflion doivent rai- Se deux Cordons de VaifTeaux Sper-
fonnablement être regardées comme
des Organes féparés . vu que leurs
Cloifons, quoiqu'unies, ne leur font
matiques.
J'ai fait graver d'après Nature une
nouvelle Figure de cet Utérus , commç
SUR. LA Physique
«lie fe voit a^uellement dans la liqueur
où je la conferve.
Les Ovaires & l'Uteriis étoient ex-
trêmement durs ; îorfque le fujet ctoit
récent. Tout le refle , fi vous en ex-
ceptez les Caruncules , dont on ne voit
plus de veflige, fe trouve, pour la plus
grande partie , comme M. le Profeffeur
rauel, de cette Univerfitc , Cqni pour
lors aiïîrioit à mes Dcmonllrations , )
Ta fait graver dans la féconde Fi"ure
jointe à la fin de la fçavante Théfe, dans
laquelle il expofe fcs conjeâures fur la
Snperfctation.
On n'apperçoit qu'un Clitoris aux
Parties externes de notre Sujet.
Il eft fitué diredement avec fon Pré-
puce fous ïa Commiffure fupérieure
des grandes Lèvres^ comme cela fe voit
ordinairement.
L'Urethre, qui eft fituc fous le corps
du Clitoris au-deiïus de l'un ion des deux
Vagins , a fon Orifice entre les deux
Nymphes , 4bus le Gland du CHtoris ,
à quelque difiance au-delTus de la Cloi-
fon qui fépareles entrées des Vagins.
On a beaucoup difputc toucliant la
réalité de l'Hymen , & fuppofc qu'il
exiliât,, quel feroit fon ufage ? Ci tou-
tes les Vierges en font pourvues? Quel-
le eH fa Figure , le lieu de fa fituation ?
8c ainfi du relie. Piufieurs Anatomiftes
Anciens 8: Modernes ont nié fon exif-
tence : d'autre l'ont admife ou fimple-
inent , ou avec reflriâion.
Ce que M. ^J^infiowdit, ( Expofit.
Anat. Traité du Bas-Ventre §.655 &
654. ) de l'Hymen & des Caruncules
mirtiformes , convient avec ce que j'en
ai obfervé jufqu'à prcfent daiis notre
Théâtre Anatomique , & ce que je fuis
en état de faire voir dans les liqueurs
où je lès conferve. Car on voit ma-
nifeliement dans les Corps des Vierges
nouvellement mortes , que l'Hymen^eft
ET SUR LA "Peinture. f
une vraie Membrane , aiïez mince ,
tendue , faite par la rencontre de la
Membrane interne du Vagin avec cel-
le de la Face intérieure des grandes
Lèvres , qui bordent l'extrémité infé-
rieure ou externe du Vagin , plus on
moins large , plus ou moins é^Jal &
circulaire , quelquefois ovale ; lailTant
au Vagin une ouverture étroite dans
les unes 8c plus amples dans les au-
tres; rendant en général fon Orifi-
ce plus étroit que le relie de fon Ca-
nal.
Cette Membrane fouffre des chan-
gemens confidérables ^ à raifon de di-
vers accidens. Ce font les débris de
cette Membrane qu'on appelle Carun-
cules Mirtiformes. Je conferve les Par-
ties naturelles d'un Enfant de deux ans,
où on voit un Hymen rend avec une
ouverture fort étroite au milieu. Il y a
dans le Cabinet de notreThéatre Ana-
tomique quelques Hymens pris de Su-
jets de ôifférens âges ^ l'un defquels elt
d'une Vierge qui avoit paOc foixante
ans , de Figure circulaire , dont la Mar-
ge n'étoit pas confidérable, laifiantea
revanche une ouverture large dans fon
milieu : j'entends par M^^rgecet efpace
qui ell; compris entre le plus grand 8c
le petit cercle de la circonférence de
l'Hymen.
Il y en a auiïi un d'une Vierge de 50
ans ; les autres font de Vierges âgées
d'environ vingt ans ou moins-: ils font
tous ronds avec une ouverture ^paîTable
au milieu; cependant avec cette difle-
rence que dans deux de ces Hymens ,
la portion inférieure de la Marge eft un
peu plus large que la fupérieure. Il y
en a encore un d'une jeune fille de dix
ans , femi-lunaire & d'ouverture alTez
étroite.
J'aidilTéqué en 1740 les Parties na-
turelles d'une Vierge qui avoit pafle
Observations sur l'Histoire Naturelle,
On concluifuit ccs Stilets , to\ipiirj
aiïez éloignés l'un de l'autre ."s: (nns fe
toucher nulle part , de chaque c Jté de
la Cloifon qui féparoit entièrement ces
Matrices, depuis leursCoùs jufcin'à leurs
Fonds, où elleétoitun peu plusépainfe.
L'afpeél de la diRance des Orilices in-
ternes & la diflance des Stilets faifoieii
afTc? voir que la Cloifon étoit fort ciiaif-
fe ; ce qui étoit encore plus manit'eile
par l'ouverture faite de chaque cote de
la Cloifon & poulTée jufques dans les.
Cavités des Matrices.
On voyoit alors clairement que cette
Cloifon étoit faite , de même que nous
avons dit de celle des Vagins , do l'u-
nion des Paroys voifms des deux Ma-
trices , chienne defquelles étoit pref-
que égale à Uépailleur de celle d'une
Vierge nubile , enforte qu'elle étoit
ce qui n'eft pas confiant. J'ai prefque d'une groffeur double de celle
n diB'érentes occafions , tar.t d'une Matrice ordinaire.
J'ai obiervé à l'occafion d'une Je mes
Démonflrations d'Anatomje , faite le
premier Février dernier aux Parties na-
turelles d'une Femme qui avoit pafle
■jo ans, une Membrane alîez épaîTe ,
quibouchoit en forme de Valvule l'ex-
trémité du Coù de la Matrice qui ré-
pondoit à fon fond ; enforte qu'il étoit
impoffible d'introduire un Stilet dans
la cavité de ce fond- là , fans avoir au-
paravant ouvert le Coù. Le corps de la
Matrice étoit fort petit , égal tant en-
deux' Orifices des Vagins encore fer- confiflance qu'en grandeur, à une Ma-
rnés, on trouvoit qu'ils ne fe rencon- trice Vierge,
trente ans, où je trouvai un Hymen
circulaire , entier , fans fcillùre , ni iné-
galité apparente dans fa circonférence
interne , mais dont l'ouverture étoit
alîez ample pour tranfmeitre le doigt
du milieu.
Pour ce qui efl des Cavunciiles Mir-
tiformes , j'en puis faire voir de gran-
deurs & de grodeurs diflérentes ; tant
de celles quiont eu commerce avec des
Hommes fans avoir enfanté, que de cel-
les qui ont enfanté: on voit dans les
premiers l'Hymen rompu , fous la for-
me de Lambeaux alTez vifibles , longs
ou larges , à peu près de ligure de feuil-
les de Mirthe, moins épailTes cependant
que dans les dernières , chez qui la bâ-
fe ell auffi plus large : Ces Lambeaux
font encore dans celles-ci plus éloignés
les uns des autres , & au nombre de 5 ,
4 . ou 5 ,
obfervé e
en Public qu'en particulier , que ces
Caruncules étoient appuyées fur des
Eafes plus larges dans celles qui avoient
enfanté plufieurs fois ., bien que moins
grandes & plus éloignées les unes des
autres , que dans celles qui n'avoient
eu qu'un commerce Ilérile.
Ces Caruncules (ont fouvent conti-
nués avec l'Hymen, & ne doivent point
être confondues avec les véritables Ca-
runcules Mirtiformes.
Ayant introduit des Stilets dans les
troient nulle part ; mais qu'ils refloient
confidérablement éloignés les uns des
autres dans tous leurs tra'iets. Les Va-
gins étant ouverts laidoient apperce-
voir les deux Orifices internes degran
L'extrémité de chaque angle du fond
de ia Matrice s'ouvroit dans la Trompe.,
de fon C'jté , par un Orifice fi ample,
qu'on pouvoir le remarquer facilement
& y introduire un Stilet, beaucoup
deur égale , féparés l'un de l'autre de plus gros qu'une (oye de^ Porc. Les
l'cpaiaeur de leur Cloifon , avec des Trompes fe prétoient beaucoup à V air qu'on
ouvertures tranfverfales , comme cela y fouffioit. & la Frange du milieu la plus
arrive oïdinairenient. longue de la large extrémité de la
SUR LA Physique
Trompe gauche, renfennoit un OiFe-
let oblong.
L'un & l'autre Ovaire étoit fort pe-
tit, plat, mince & flétri. J'ai ob fer vé
dans le droit des Globules de diverfes
-grandeurs, yèmWaWej i de petits Oeufs,
dont quelques-uns étaient remplis d''une ma-
tière Limphatique ^ plus ou moins tranfpa-
rente ; pour les autres , ils étaient endurcis.
Dans VOvaire gauche^ j'ai vu moins de
ces Globules durs . &■ unfeulfort grand un
peu dur , ù" ajfe^ tranfparent ^ dont le dia-
mètre exceàoit une ligne. On pouvait dif-
tinguer dans chaque Ovaire des petites ci-
catrices occafionnées par la jéparation des
Oeufs,
La furface interne du fond de la Ma-
trice préfentoit des pores amples, aifés
à appevcevoir. Le Vagin étoit prefque
fans rides , excepté quelques-unes de
fuperficielles , pofées à l'extrémité an-
térieure ou inférieure proche de l'Ori-
fice externe , qui étoit bordé lui-même
de trois Çarimcules Mirtiformes peu
confidérables &; faillantes.
On rencontroit dans ce même Va-
gin une grande quantité de petites ta-
ches tirant du cendré fur le jaune obf-
cur, de grandeur différentes 5 quelques-
unes étoient noirâtres. Parmi le grand
nombre de Sujets féminins qui ont été
difléqués dans notre Théâtre Anatomi-
que , l'occafion de voir de ces fortes de
taches de couleur quelconque a été fort
rare.
Qu'il me foit permis préfentement
( di^ M. Eifenmann ) de tiier pour con-
clufion quelques conféquences & con-
jeaures vraifemblables de ce que je
viens de dire.
gentiment de M, Eifenmann fur les préten-
dus Ovaires & Sur la Superfétation.
fe.% Je me perfuade qu'il eft aflez
ET SUR LA Peinture, 7
connu que les exemples des Matrices
doubles ne font pas des plus rares, &
qu'on peut excufer en partie les An-
ciens qui admettent des Sinus dans la
Matrice humaine , eu la comparant à la
Matrice cornue de certains Animaux.
Il a pu arriver auffi que, nonobftant
la grande difette des Sujets humains ,
8c fur-tout de féminins , qui tomboient
fous le Scalpel de ces anciens Anatomif-
tes, le hazardieur ait préfente une ou
deux Matrices cornues, ou à deux Si-
nus , d'où ils auront peut-être pris oc-
cafion d'alTigner deux Sinus à toutes les
Matrices humaines, ou de les croire
femblabies à celles des Chèvres, des
Brebis, des Chiennes, ou autres Ani-
maux , Se de répandre dans le Public
différentes opinions erronées touchant
la Matrice humaine,
2"". Si la Fille dont il s'agit ici eut
vécu , & qu'ayant contradé le Mariage,
elle l'eût confommé, elleauroitpu con-
cevoir Se accoucher d'un côté. Se ce-
pendant demeurer Vierge de l'autre.
3"'. Si elle avoit vu fon Mari dans
des tems différens Se aflez éloignés les
uns des' autres , elle auroit pu conce-
voir Si accoucher en divers tems , &
par conféquent être en même temsgrof.
fe & en couche.
4'. Si elle avoit conçu dans le même
jour des deux côtés , elle auroit accou-
ché de deux Jumeaux. Il eff bon de
remarquer à cette occafion , qu'un en-
fant étant mis au monde, il n'auroic
pas fallu forcer le Travail de l'autre , à
moins que l'Orifice interne de l'autre
Matrice n'eût été difpofé au fécond ac-
couchement. Le contraire arrive lorf-
que deux Jumeaux font logé dans une
même Matrice.
5°. Une vraie Superfétation auroit pu
facilement avoir lieu dans la Fille en
queflion , qui prefque dans tout autre
É Observations sur l'Histoire Naturelle;
cas, nepourroit arriver à moins qu'il qu à l'Oeuf, foit que VOcitfmàrfo'itdefcenàk
n'approchât beaucoup du nôtre, ou avant fa fécondation dam la Matrice^ foie
bien qui n'arriveroit que trcs-difficile- qu''ilfoit refîé dam une Trompe vuide,foit
ment. enfin qiCd foit encore attaclie à VOvaire ,
La Superfctation ert , grncralement pourvu qu'il foit porté dans ia cavité
parlant, une féconde conception arri- de ia Matrice fous les deux dernières
vce pendant lagrofloiTe de ia Mère.
(Voyez le Lexicon Je Callelli. )
On peut la dillint^uer en vraie & en
faulfe. J'entends parla vraie, celle où le
Pœtus eft contenu & croît dans une vé-
ritable Matrice. Far la faufle jYnienJs
celle où l'un des Fœtus occupe une Ma-
trice vraie & l'autre une faulle. Cette
forte de Matrice faulTepeut naître, ou
d'une dilatation d'une portion de la
Trompe, tel qu'ed le cas du Sr Vaiïal *,
ou bien de quelques autres Corps ou
leceptables joints, de quelle fai,;on que
ce pu i lie être , à la véritable Matrice &
qui en auroient l'apparence , cependant
dans un examen plus attentif, avec une
conditions : de mêuie , que cette efpé-
ce de conception loit ordinairement
funefte à l'enfant & à la Mère ; comme
le prouve l'exemple du Fœtus de Trom-
pe produit par M. ValTal ; foit qu'elle
ic fafTe dans la Trompe ; foit que le
Fœtus prenne fa nourriture & fon ac-
croiirenicnt dans que!qu'autrecavité,ou
MatriceT.iulïe que ce foit.
11 fera ailé de voir par-la que le cas
d'une pareille Superfctation échéant,
ou que l'un ni l'autre Fœtus ne pourra
être mis au Monde , ou que du moins
le Fœtus niché dans la Matrice faude j
ne pourra jouir de la lumière.
Je ne nierois cependant abfolument
très-grande diHérence. telle qu'ell la pas.nonobflant la certitude des raifons
Matrice fauffe dont parle M. Dicnis^di
peut-être celle de Hartavan.
Il peut arriver une Su perfétation dans
le cas d'une Matrice faufle , enforte que
ÏOeuf devenu fécond j parvenant dans cette
cavitéjyfajfe fa refidence&ry prenne accroif-
fement, &" qu''afJc^long-tcim après une nou-
velle fécondation furvenant , l'Oeuf s'ar-
rête dans la véritable A-fatrice :**■ car il n'y
a rien qui empêche qu'il ne fe faffe une
nouvelle conception , puifqu'une Ma-
trice refte vuide , &: n'a pas fon Oriiice
alTc,: fermé pour qu'il n'y puilfe rien
venir par le deîiors.
Dans le cas où un Oeuf fécond ef tombe
dam une Matrice , il rCy a rien dans ia voie
crdinaire j puifqu elle eft libre, qui empêche
ï entrée de l'efprit feininal b" fon abord juf-
* L' Auteur rapporee en ces termes l'exemple
que cire \ aiïal.
>j Valjkl a pris pour une féconde Matrice une
»3 portion dt la Trompe du coté droit où ua
que je viens de rapporter, que la Na-
ture ne préfente quelquefois dans le fait
de la conception ou de la génération ,
de tels effets & de tels phénomènes ;
comme on le voit arriver dans les cho-
fes qui regardent la Structure Si la dif-
pofuion des Parties du Corps humain,
qui , fi le cas n'en arrivoit (S: n'étoit at-
teflé par des Hommes dignes de foi ,
n'auroient aucune apparence, fuppofé
qu'on ne procédât que par le raifonne-
ment._
Par exemple, il pourroit arriver dans
un cas extraordinaire qn un Fœtus étant
déjà dans la Matrice , ilfeflt quelques femai-
nes ou quelques mcis avrès une nouvelle con-
ception. Si ainfi il y aûroit en même tems
deux Fœtus dans fa Matrice contjUs eji.
« enfant s'ctoit niché. »
** Appnrament par la Trompe de l'autre c6tc
fi l'une des deux eft occupée,
différens
Sur. la Physique
Bifférens tems & allez éloignés l'un de
l'autre^ pourvu cependant que les em-
pêchemens , dont nous avons parlé ,
foient ou trop foibles ou abfens. Mais
le cas arriveroit rarement , & s'il arri-
voit par hazard ,i/ ri'efî pas probable qii'un
Enfant engendré ainfi après coup ^ pût rejhr
ajfei long-tems dans la Matrice pour acqué-
rir une grandeur fujjifante pour conferverfa
place pendant l'accoucheinent du premier^ ù"
pour n'être pas pouJJ'é dehors peu de tems
après. On pourroit donc admettre , fous
cette condition , une vraie Snperféta-
iion , quoique très-rare & très extraor-
dinaire , où les deux Foetus ne parvien-
droient pas à une grandeur fuffifante
pour pouvoir enfuite être élevés ^ mais
l'un des deux feroit exclus à terme ,
tandis que Tautre deviçndroit avorton.
Mais il en arriveroit tout autrement
dans cetteHipothère,fiIa Matrice étoit
cornue , ou à peu près , ou Icparée par
une Cloifon en deux cavités , fur-tout
s^il y avoit deux Cous & deux Orifices
diftinôs, & encore plutôt s'il s'y trou-
voit deux Vagins féparés à l'aide d'une
Cloifon , ou en partie , ou fuivant tou-
te leur longueur & deux Orifices ex-
ternes : car il n'y a rien dans ces cir-
conftances quis'oppofe à la Superféta-
tion.
Suppofé que notre Fille eût conçu par
le Vagin du côté droit , &* que laféinen-
ce , ou fon efprit , ou quelque autre caufe de
la Conception que cepuijje être, foit parve-
nue par V-Orijice interne dans la Matrice
droite^ &- dedàpar la Trompe jufqu' à VO-
vaire^ où elle aurait pu rendre un Oeuf mûr,
jécond^ lequel parvenu à la Matrice
• de fon cbtéj n'auroit incommodé e'n
aucune façon la Matrice gauche avec
fon Coû & fon Orifice , quand même
les trois obftacles dont nous avons par-
ié ci-defl"us auroient été préfens.
Mais que trois ^ quatre , ou cinq fe-
Jm^e 175 2 j Tom. IL IF.
ET suit LA Peinture. 9
marnes après , ou davantage , ayant eu
affaire par le Vagin gauche , il s'en foit
enfuivT une conception avec les mê-
mes circonflances que nous avons mar-
quées pour le côté droit, l'CEufauroit
donc pu s'attacher , fe nourrir , & pren-
dre accroiffement de ce côté-là ; enfuite
venir l'un & l'autre vivans à terme & en
état d'être élevés.
Il efl bon de faire remarquer en der-
nier lieu que le nombre de ceux qui ont
nié & nient encore la Superfctation ,
n'eft pas petit ; mais je n'ai aucune en-
vie de rapporter ni de réfuter leurs rai-
fons : je ne rapporterai que celle de Ja-
mes Perfons (Suppl. des Tianfaâ. Philo-
foph. ) qui penfe que la Superfétatiori
eft tout-à-fait impoiïible, à raifon de la
Figure droite de la Trompe qui lui em-
pêcheroit d'embralTer l'Ovaire.
Cette difficulté fe trouve détruite par
cela-feul , que les Femmes grojfes fentant le
même plaijir &* les mêmes changemens dans
l'affe j que lorfqu elles ne font pas enceintes :,
léreBion des Trompes èr" leur tendance vers
les Ovaires doit néceffairement arriver che^
elles. C'elt ce que confirme aulll l'our
verture des Cadavres, qui quelquefois
a fait voir^ dans des Corps de Femmes
grofles , les Trompes relevées vers les
Ovaires; & même quelquefois appli-
quées. Je ne perdrai pas ma peine à
citer des exemples , èc à entalfer un
nombre d'Obfervationspour prouver la
Superfctation : 11 y en a d'autres avant
moi qui ont payé ce tribut aux Sça-
vans ; je tirerai le rideau fur cette ma-
tière après avoir rapporté une feule His-
toire qui m'a été communiquée par M.
le Riche, Chirurgien Major de l'Hôpi-
pital Militaire^ telle qu'elle fuit.
„ Marie -Anne Bigaut^ âgée de 57
„ ans, femme du nommé Edmon Vi-
„ vier j Infirmier à l'Hôp'.tal Royal de
,, Strafbourg^ accoucha à terme d'un
Partie, B
„ garçon vivant
Observations sur l'Histoire Naturelle,
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le dcniiei tl.i mois
d'Avril 1748, à 10 heures du ma-
tin ; cette couche fut fi pro,n;jt€ & fi
heureufe, qu'une heure après cette
femme fe leva , fortit de la Maifon
de la Sage-Femme où elle ctoit ac-
couchée, prit fon enfant avec elle &
revint à l'Hôpital où elle di;meuroit.
Elle ne perdit qu'au moment de l'ac-
couchement, ce qui l'étonna d'au-
tant plus qu'aux deux premières cou-
ches qui précédèrent celle-ci , fes
Lochies furent abondantes. Un quart
d'heure après cet accouchement ,
elle fentit un mouvement réel dansla
Matrice} elle en avertit la Sage-Fem-
me, fe perfuadant qu'elle alloit enco-
re mettre un enfant au monde; la Sa-
ge-Femme fe contenta de lui dire
qu'elle devoir fe tranquillifer. Cepen-
dant cette Femme continuoit à fen-
tir remuer de la même manière que
la chofe arrive à une Femme quand
elle ell enceinte. Ses Seins^ quoique
naturellement gros ne lui faifoient
aucun mal & ne fe rempliflbientpas,
en forte qu'au bout de quinze jours
elle fut obligée de donner une Nour-
rice à fon enfant. Ces circonIVances
(e trouvant jointes à des dégoûts , à
des envies de vomir & aux mêmes
fymptômesde Groffeffe qu'elle a voit
eu pendant qu'elle étoit enceinte ,.
commencèrent à l'inquiéter & à lui
faire croire qu'elle l'étoit encore. El-
le s'ouvrit à moi fur toutes ces cho-
fes : je trouvai fes craintes bien fon-
dées , Si je fis de mon mieux pour
la confoler. Sa fanté fe dérangea ^ fes
inquiétudes y eurent la plus grande
part; mais elle reprit le deiïus. En-
fin, voyant que fon Ventre grolTiiroit
à vùë d'œil . elle fe fournit à l'exa-
I 7 Septembre de la même année à-
„ 5 heures du matin d'une fille vivante,
„ reconnue être bien à terme par la
„ grandeur du corps & la proportion
„ des membres. Elle perdit beaucoup
„ à la fuite de cette Couche, & fes
^ Seins fe remplirent atfez pour nour-
,y rir amplement fon enfant. If a vécu
t, un an Se deux jours , au lieu que le
„ premier ne vécut que deux mois &
„ demi. J'ai vu ces deux enfans à lent
», naiflance , le premier n'étoit pas li
„ fort que le fécond , qui par delTus
,, cela fut mal nourri , le père n'ayant
pas été en état de fournir à cette dé-
penfe ; mais la fille que la Mère a
nourrie étoit en chair& même gralTe;
elle mourut aux dents. Ainfi du der-
nier Avril juCqu'au r6 de Septembre
il y a quatre mois & demi révolus ,
en forte qu'on peut allurer que cette
femme étoit à demi terme de fon fé-
cond enfant quand elle accoucha le
dernier Avril. Je ne crois pas qu'il y
ait jamais eu de Superfétation mieux
caradérifée que celle-là. Depuis cet-
te couche , Cette Femme a eu un en-
fant , Si eft aâuellement prête d'ac-
coucher, j.
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»
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Donné à Strafbourg, ce 20 Mars
1752.
Signé y tfc.
E X P L IC A T 10 N
1
De la Planche E d'Anatomie &' de la Fi-i
sure reprefentant la Matrice double.
Cette Figure repréfente les parties
men & fut jugée enceinte de plu- externes delà génération, autant qu'on
fieuis mois. Elle accoucha en effet le pouvoit les appercevoir après en avoir
ÉT-^--
sxTR LA Physique
écarté les grandes Lèvres avec les
doigts.
A.
B.
C.
D.
E.E.
F.
G. G.
a
K.
L.L.
M. M.
N.
O.
P.P.
-5. S*
T.
V. V.
i :: : u..
X. X.
-Z.Z.
1.: :. ':\
b.b.
Le Pubis.
La Commiflure fupérieure des
Lèvres.
Le Prépuce du Clitoris»
Le Gland du Clitoris.
Les Nymphes,
L'Orifice de TUretFire,
Les grandes Lèvres écartées,
La CommilTure inférieure des
Lèvres.
La Foffe Naviculaire.
Les deux Orifices du Vagin ,
le droit & le gauche , tous
deux de diamètres égaux.
Les deux Hymens, le droit &
le gauche.
Le Périné.
L'Anus.
Les Vagins, tant du côté droit
que du côté gauche , niais
fermés.
L'union des deux Vagins, qui
forme la Cloifon,
Portion de l'Urethre fermée.
- L'Utérus divifé, au moyen de
laCloifon^ en droit & en gau-
che & fermé.
Une portion du Redum.
Les Ovaires , le droit & le gau-
che.
Les Trompes de Fallope , la
droite & la gauche.
Les Ligamens ronds de la Ma-
trice , le droit & le gau-
che.
Les Ligamens larges à droit &
à gauche.
Les Ailes de Chauve - fouris ,
' îa droite & la gauche.
Le* Franges des Trompes.
Les Artères Spermatiques , une
ET SUR LA Peinture; h
de chaque côté.
Les deux Veines Spermati-
ques , une de chaque côté.
Leurs origines n'ont rien que
d'ordinaire.
Le Corps Pampiniforme , ou
Piramidal de chaque côté.
L'union des deux Matrices,
Echancrure qui fert à diftih-
guer extérieurement les
fonds des Matrices.
c. c.
d. J.
e.e.
f.
OBSERVATION XIX.
Sur une Découverte 'particulière concernant
la Génération des Grenouilles^ ù" Criti-
que de la précédente Obferi/ation. . ^
♦
LE S Oviparifles nous ont toujours
amufè de fuppofitions : la Spccy-
lation feule a été la bafe de leur Syftê-
me.
Harvey ScMalpighi ont amplifié l'Hif-
toire Naturelle d'une infinité de Fables
que l'expérience dément aujourd'hui :
le mal ne feroit pas bien grand, s'ils
étoient feuls , mais plufieurs Phyfiçiens
ont adopté leur Hipothèfe & en ont
fait le fondement de toutes leurs Re-
cherches.
Nous avons déjà dit, quelque part,
qu'Harvey vouloit que la Matrice con-
çût par une efpéce de contagion , Se que
Malpighi pretendoit que l'Embrion
prèexifloit dans l'œuf femelle avan; l'ap-
proche du Mâle.
Les Remarques que fait M, Eifen-
mann dans l'Obfervatioii précédente ,
confirment^ félon cet Auteur , le fen-
timent des Phyfiçiens que nous venons
de citer , malgré les expériences que
B
12 OBSERVATIONS SUH l'H
j'ai données fur la Génération Animale,
fondées fur des faits , où le Microfcope
&ies Loiipet. font imitiles, & où ilfuffit
d'avoir des yeux pour être inllruit. Ce
qui me fait dire ici, qu'ii n'efl pas fur-
prenant que ceux qui ont écrit avant
moi, ôc qui n'ont pas fait ma décou-
verte , ayent imaginé des Etres 8ç en-
fanté des Hipolhcfes abÛraites & diffi-
ciles à expliquer. Mais que l'on conti-
nue dç foutenir ,.par des- raifonnemens
vagues, les chofes que les faits démen-
tent, c'efl ce qui m'étonne.
' Avant de critiquer la DilTertation de
M. ELfeninaun , voyons ici quelle efl
ma Découverte 6< lés nouvelles Obfer-
.yations qui la confirment.
'' On peut s'inftruire du détail de cet-
te Découverte dans le Mercure de Sep-
tembre I yyo, & dans la première Par-
tie du i.!vol. de mesObfervations. J'an-
nonce dans mes Diflertations des faits
irés-fenfibles , trcs-intérefiàns & trcs-
curieux fur le principe de la Généra-
tion animale de toute efpéce.
Je prouve que pour découvrir le Fœ-
tus au moment de (a formation , il fuf-
fit de l'obferver dans les Mâles de toute
efpéce, après le jet de leur femence :
j'obferve qu'il a fallu recevoir ce jet
dans l'eau claire & froide , qu'alors on
a le tems de voir , fans le fecours d'au-
cune Loupeni d'aucun Microfcope^ les
Embrioni de tous les Vivipares.
J'ai donné une Figure de ce Phéno-
mène , dans la Planche A. d'Anato-
mie. ( Voye^ la première Partie > An-
née mil fept cent cinquante - deux :) j'ai
enfin fait appercevoir aux Phyficiens
que mon Syftéme n'eÛ pas celui
d'Hartfoeker.
Il eft à propos de remarquer ici la
diflcrence qu'il y a entre la conjeûure
d'Hattfoeker & ma Découverte, tout le
Bionde la f^ait. te Seâaieur des Ver-;
ISTÔIAE NAtURELtE i
miculilles dit , qu'il a apperçâ par le fe«
cours du Microfcope des Vermicults ,
des petits Tétarts , qui fourmilloient &
qui frétrlloient dans la Semence , com-
me les Infeâes que l'on voit dans le Vi-
naigre. Ce qui a pu arriver par la cor-
ruption fubite du Sperme. Ces petits
Vers deviennent , fans doute , ajoute-
t-il , des Hommes parfaits.
Quelques OvLpariJîes que cette Dé-
couverte étoniioit , afin de concilier
leur opinion avec celle des Vermiculijîea,
voyant le peu de folidité qu'il y avoil
dans leurs conjeétures, fe font imaginés
de fuppofer que parmi les Légions de
Vers qui fe trouvent dans la Semence,
Fun d'eux ou plulieurs, félon l'efpéce,'
( difoient-ils ) afiez heureux pour attra-
per l'oeuf qui tombe dans la Matrice ,
s'y niche , s'y loge, y croit Se devient Foe-
tus humain.
Voilà bien des affaires: il faut adop-
ter d'une part la fuperfluité contraire à
la Nature ; de l'autre côté il faut croire
à la Métamorphofe , ^ s'imaginer qu'un
Animalcule peut devenir un Homme ,•
U faut encore fuppofer que l'état de For-
mation efl plus parfait que celui d'Ax-
croilfcment : puifque le Ver frétille tan-
dis que le Fœtus plus parfait à peine
forme-t-il quelque mouvement. Chan-
fons qui ont amufé les Hommes en a,t-
tendant que quelqu'un les mît au fait !
Les (Euvres de Dieu font permanan-
tes. De tous tems les Hommes pou-
voient voir d'où ils provenoient j mais
leur vanité les a aveuglés prefque dans
tous les fiécles.
Les Philofophes attachés à la Matiè-
re ont voulu trouver la Nature dans la
Nature même : les uns ont admis le
concours des Molécules pour aider à la
Création ; les autres ont voulu une
éternité d'Oeufs , une infinité de Créatu-
res les une» dans les autres , prêtes à f&
SUR. LA Physique
cfcvélopper au premier accident : ceux-
ci ont rempli le Monde d'Etamines Gr de
Vers j dont la difpofition & la place ne
nianquent jamais d'aider à la forme &
aux organes. Enfin l'imagination hu-
maine a marqué par tout fa foiblefle &
fa fubordination.
Je viens de chercher avec Art dans
ïes Animaux Ovipares & Aquatiques-^
leurs fortes de Générations , que le
hazard, félon quelques-uns , m'a fait
trouver autrefois dans les Vivipares.
Ayant pour principe que la Nature ell
une, & qu'elle opère en tout de la même*
façon. Je me fuis imaginé d'élever des
Grenouilles depuis leur enfaiice jufqu'à
l'àge de puberté , tems auquel je les ai
accouplées dans des Refervoirs grillés
de fil de fer ^ en rafe Campagne ; & j'ai
fuivi avec foin leur façon de vivre &
leurs occupations journalières ,• ayant
même la cruauté d'en dHTéquer quel-
ques-unes de teins en tems , pendant
leur croifiànce , leur métamorphofe ,
leurs fécondations , & même jufqu'à
leur âge le plus décrépit.
Je ne pouvois pas mieux. choifir que
cette forte d'Ovipare. Elle efl Amphi-
bie , fa produdionj doit redembler à
celle des Poiflbns & à celle de tous les
Animaux , qui dépofent leurs œufs
dans les eaux.
Génération des Grenouilles,,
Les Grenouilles naiiïent, faites com-
me des petits Têtards j elles n'ont en
venant au monde ni pattes ni nageoires;
elles frétillent dans l'eau auffi-tôt. qu'el-
les ont quitté l'oeuf qui les nourrit pen-
dant quelques jours.
Elles multiplient prodigieufement &
s'accouplent fans fe quitter pendant des
journées entières..
Le Mâle embraiïe la Femelle par les
gattes de dcTant & la ferre étroite^
ET SUR LA Peinture. i5
ment ; de forte qu'en les péchant vous
les trouvez fouvent accouplées , & la
peur du danger, ou toute autre raifon^
ne les peut faire quitter que par force.
II faut obferver qu'elles n'ont aucu-
ne partie extérieure : le Mà\e n'a aucu-
ne Verge, la Femelle n'a aucun Vagin :
l'Anus feul fert,.à l'un& à l'autre Sexe,
à mettre dehors les excrémens , les
Urines , les Embrions &; les (Eufs.
Après avoir bien examiné ces cir-
conilances qui dénotoient quelque cho-
fe de fingulier dans leur Génération , je
me fuis déterminé à ouvrir toutes celles
que je trouverois accouplées jufqu'à ce
que je pufle découvrir de quelle façon
elles produifoient. Carfitôt qu'elles en-
tendent quelque bruit, ou qu'elles ap-
perçoivent quelqu'un, elles fe plongent
dans l'eau , & il ne paroît rien de leur»
opérations.
J'en ouvris d'abord cinquante paires
fans rien trouver qui pût me fatisfaire ;
j'y allois d'abord trop rapidement , &
l'avidité de nvinftruire me faifoh , fans
compafiîon & fans précaution , plongée
le Scalpel jufqu'au fond du Ventre. Je
m'avifai enfin de prendre des Cifeaux
fins & délicats & de couper avec pa-
tience , { après avoir attaclié les pau-
vres patiens avec plufieursgroITes épin-
gles fur ime Table, ) la Peau & les
Mufcles de l'Abdomen, que jerélevois
allez adroitement.
La première Grenouille que j'ou-
vris en cet état ctoit la Femelle i elle
n'offrit fur le champ à ma vue qu'un
paquet énorme d'Oeufs contenus dans
une glaire trcs-gluante , dont la furface
formoit une efpéce de Pellicule.. Ces
Oeufs étoient tous de la même groITeur
& commedes têtes de greffes épingles,
de couleur jaune , ronds Ik tachés d'un
point noir qui en étoit le nœud : ce
jjoint étoit l'endroit le glus tendre^ de-
14 Observations sur l'Histoire Naturelle»
rociif, & celui où l'Embrion pou voit le de petits filets à ce cordon , qui na-r
pins facilement s'attacher & prendre fa geoient dans l'eau claire , dont nous ve^
aourrnure.
Je fouillai les entrailles , qnt palpi-
toîent , mais il n'y avoit aucune appa-
rence de vie ctrangcre à celle de l'A-
niiiulquimefervoit de fujet, Oeft dans
ces Oeufs prêts Jf ortir du corps qu'il
falloir voir au NUcrofcope , des Em-
biions ^ des EiTigies , ou du moins des
Vers vivans & frétillans , ou palpitans
tout comme on les voit dans les fémences.
Mais , dira-t-on , ces Oeufs font en-
core des Effigies &- attendent la fécon-
dation du Maie à leur foriie du corps
de la Femelle, comme font les Poiflbns:
il n'cll pas étonnant que ceux qui font
encore dans ks Ovaires ne foient pas
fécondés.
11 ofi certain que cette raifon feroit
demifefaiis ma Découverte vis-à-viâ
laquelle il faut adoucir le ton.
Après avoir difléqué la Femelle , de
laquelle je donnerai l'Anatomie , ou
pour mieux dire la Zoogénéjie ^ dans
î'Obfervation fuivante , je clouai avec
des épingles le pauvre Mâle & lui ou-
vris le bas ventre avec autant de précau-
tion que i'avois fait celui de la Femelle.
Il fe prefenta d'abord une Véficule
tnnfparcnte taillée àfacetes comme un
Diamant, remplie d'une eau claire,
belle, vive&: aufTi pure que le criftal ;
cette Véficule étoitféparée par une fec-
tion externe &formoit deux Lobes trcs-
diflincls, la Véficule repofoit , fur l'Os
pubis , à la même place où efl notre
Veflie urinaire. J'ai oublié de dire que
la Femelle avoir une pareille Véficule ^
mais celle du Mâle étoit fcparée par un
cordon plus épais ; elle étoit entourée
de Brandies d'Artères qui s'cpanouif-
foient fur fa furface. Le cordon étoit
comme le Placenta de plufieurs Em-
brions vivans attachés par le cœur avec
nons de parler , & frétilloient avec des
fécou (Tes extraordinaires , battaru leurs
queues, les uns contre les autres , fans
pouvoir fe détacher du cordon qui les
contenoit.
A cette vue je fus tranfporté de joye;
i'appellai tous ceux qui m'environ-
noient, les voifins , j'aurois volontiers
appelle toute la terre , pour être témoin
d'un Phénomène fi nouveau , fi incon-
.nu jufqu'aujourd'huij fi extraordinaire
Si fi propre à convaincre tous ceux qui
ont doute de la vérité de mes premiè-
res expériences, n'étant pas à ponée de
les faire.
Un Mâle contenir des Embrions vi-
vans, dillin<Ss,d3ns fon corps, même
avant l'émiflion d'aucune fémence !
Embrions que l'on voit remuer & fré-
tiller fans le fecours d'aucune Loupe ni
d'aucun Microfcope ! Cefl ce que nous
cherchions. Pithagore auroit encore fa-
crifié cent Boeufs aux Dieux s'il avoit
fait cette Découverte, comme il a fait
à celle du quarré de l'Hypqteneufe.
La Grenouille Mâle montée & for-
tement attachée fur fa Femelle , attend
les inftans que les Oeufs s'écoulent de la
Femelle; il jette alors fes Embrions tels
que je les ai apperçùs , ils s'attachent
aux Oeufs , & s'en nourriffent pendant
quelques jours , jufqu'à ce qu'ils foient
en état de fe nourrir d'alimens plus grof-
fiers. Ces Embrions confervent la mê-
me Figure qu'ils avoient dans le Véfi-
cule du Père , pendant l'efpace d'envi-
ron un mois, tems auquel ils quittent
cette Figure , comme font les Vers-à-
foye dans le Cocon. Us développent
leurs pattes pollérieures qu'ils écartent
enfin : ce fout ces pattes qui , unies dans
l'Embrion , forment la queue du Té-,
tard Embrion de la Grenouille.
SUR LA Physique et sur la Peinture.
Je Jonne ma Découverte au Public
comme neuve : que l'on me cite quel-
ques Auteurs qui en ayent parlé avant
moi ? Je me foumets à la révilîon qu'en
peuvent faire les Naturalifles l'Année
î?
de la défenfe des Oviparifles. Il s'ngit ^
d'examiner des Matrices faujj'es qui peu-
vent naître d'une dilatation , d'une portion
de la Trompe , tel quefî le cas du Sr Vujjal,
ou bien de quelques autres Corps ou Recepta-
procFiaine au tems de l'accouplement des joints, de quelle façon quecepuijje être
des Grenouilles
Cette Découverte n'éfl pas fujette ,
comme celle que j'ai faite de Clmpul-
Jïon , à être revendiquée en apparence,
fur l'adoption des mots qui la défiguent
& qui défignent en même tems d'autres
Hypothèfes^ étrangères à mon fyllême.
Critique du Sentiment de M. Eifenmann j
fur la Superfétation,
L'Auteur de l'Obfervation fur la Ma-
trice double , dont nous avons exa-
miné les curieufes Remarques , dans
la précédente Obfervation , a parfaite-
ment bien défini la Nature de l'Hymen,
fes traces , fes marques & fes caraâères.
U a obfervé judicieufement les cas des
diBérentes conceptions où feroit expo-
// efi quefîion alors d'un Oeufaevenu fécond,
parvenu dans la cavité de la Trompe , &*
quiy a fait fa refïdence. On veut conclu-
re de-làla polTibilité de la Superfétation
& on veut confirmer cette prétendue
preuve de l'exemple d'un accouche-
ment double de Marie - Anne Bi^aud ^
qui accoucha a terme d un garçon vivant ,
le dernier du mois £ Avril 1 748 , à dix
heures du matin ; &" accoucha la même an-
née , d'une Jille vivante , le 16 Septembre
fuivant.
Il faut d'abord obferver, que la Ma-
trice, ou YUterus eft le centre de toutes
les produélions qui forment fon Col ^
fes Ligamens & fes Trompes ; que la
Membrane interne qui la tapilTe fe
continue dans l'intérieur des Trompes
& dans le Col ; & que le Péritoine ,
fé une Matrice de cette Nature , & je dont les Ligamens larges font des Du-
me fuis fait honneur de les inférer dans
mon livre. Mais nous ne fommes pas
d'accord fur la Conception ^ ni fur la
Superfétation humaine.
M. Eifenmann efl Oviparifle &: adop-
te les Oeufs & les Effigies humaines con-
tenues les unes dans les autres. Cet ar-
ticle efl combattu par ce que je viens de
dire dans ma Découverte fur la Géné-
ration des Vivipares & des Ovipares :
il efldonc inutile de donner ici la répé-
tition de tous les argumens que l'on a
vus fondés fur les faits les plus clairs &
les plus démonftratifs , avec lefquels je
détruis fans retour un fentiment qui a
régné fi long-temsdans la Médecine. Il
n'en efl pas de même fur la Superféta-
tion. C'ell ici une Quellion nouvelle
pourmoij & peut-être le dernier reflort
plicatures, forme les Membranes ex-
térieures des Trompes , du Col & de
rUterus même. Ainfi on doit confidé-
rer les Trompes comme une fimple
continuation de l'Utérus.
Les Trompes , par conféquent, étant
la continuation de l'Utérus & formées
par les mêmes produâions de Mem-
brane , doivent être a(Tujetties aux mê-
mes dilatations & à la même exten-r
fion.-
Par conféquent , robfervation de
Riolan Se. de Fafjhl ne prouve que la di-
latation des Trompes, par le féjour Se
l'accroiiïement du Foetus dans ces mê-
mes Trompes ; mais elle ne prouve rien
fur i'exiftence du Foetus dans l'Oeuf j
puifque lune & l'autre fuppofitionpeut
être admife. C'eil - à - dire , que je
ilS Observations sur l'H
puis aiiffi bien foutenir que l'Embrion
luimaia s'ed glidé , lors de la Concep-
tion , de l'Utenis dans les Trompes,
dans le moment de leur dilatation , qui
re manque jamais de le faire,pour fervir
« l'cmiflîonde la Sùmcnce qui découle
des Ovaire': tout comme MelTieurs
Eifenmann, VaÏÏal & Riolan peuvent
dire à leur tour , que le Fœtus en pajfant
de rOi'aire dans l'Utérus, a été arrêté "dans
la Trompe par quelque ObRacle.
Ainfi le Foetus trouvé dans les Trom-
pes ne confirme pas le feniiment des
Oviparifles , & on n'en peut pas conclu-
re que le Foetus préexiile dans l'Oeuf,
Si qu'au moyen de cette préexiflence ,
il puifle arriver des SuperCétations dans
ia Conception humaine.
D'autres Réflexions pourroient en-
core détourner l'idée de la Superféta-
tion , par le moyen des Oeufs. Il fulîî-
roit,par exemple, de confidérer l'exem-
ple cité dans l'Obrervaiion précédente,
dans lequel on prétend qu'on a trouvé
un Fœtus cotiçu dans le même Utérus ,
fur un autre, âgé d'environ quaue mois
& demi , ce Foetus auroit dû fe former
par une vertu particulière , puifque le
premier devoit alors occuper toute la
capacité de TUterus. Ce Vifcére étant
alors dans une forte extenfion , & par
eonféquent toute communication de
îa fémence avec les Trompes étant in-
terdite Si abfolumem coupée : quelque
feniiment qu'on embrafle , les caules de
laSuperfétation ne peuvent avoir lieu.
C'ell certainement un manque d'at-
tention de l'Obfervateur. Ces deux En-
fans étoient jumeaux; la mort prompte
& la foiblelîe du premier le prouve. II
n'étoit iïirement pas à terme , malgré
l'opinion de M. Eifenmann ; au lieu que
le fécond a vécu plus long-tems^ étoit
plus fort . & n'ert mort que de la Mala-
die ordinaire des.NourrilTons,
iSTôiRE Naturelle,
Voye^ la Planche E des Quadrupèdes aufujet
des Grenoudles , Êr fon explication à la
fin de VObfervation fuivante.
OBSERVATION XX.
Sur VAnatomie des Grenouilles.
LA Grenouille eft un Animal Am-
phibie extrêmement curieux. Tous
les NaturaJiûes fe font donné de gran-
des peines pour découvrir fa Généra-
tion & fes Métamorphofes ; on vient de
voir que j'ai eu le bonheur de parvenir
à cette Découverte. Le hazard m'a fa-
vorifé G l'on veut. Soit qu'on attribue
cette curieufe Remarque à mon zélé
pour les Obfervations fur l'Hilloire Na-
tiuelle , ou à la multitude de mes re-
cherches: de façon ou d'autre je ferai
extrêmement flatté de l'avoir faite ,
ainfi que celle de la Génération des Vi-
vipares.
Je fuis content préfentement, La
nouveauté des Obfervations qui fuccé-
derontà des fondemens fi vrais & ii na-
turels^ plaira âmes Leéteurs: Une vé-
rité conduit ordinairement à une autre.
Il faut efpérer que, fins copier perfonne^
nous remplirons les 1440c» pages que
nous avons promi fes. Si j'avois été entêté
du Syllême des Oeufs , ou de celui des
Molécules , je ferois toujours relié dans
l'aveuglement comme les autres.
Remarques de dijférens Auteurs fur U
Grenouille.
Ma Méthode efl de citer en abrégé
les Remarques que l'on a faites avant
moi , afin que le Ledeur foit difpenfc
de faire les Recherches , que je prends
moi-même la peine de faire pour lui.
Tous
SUR LA Physique Et sur la PEiNTUnîr
Tous îes Auteurs devroient en agir ain- de ne l'avoir pas vu dans l'Oeuf.
on ne feroit pas trompé par de pré
tendues nouveautés que.l'on fçavoit dé-
jà du tems de Pline, & que l'on répète
fucceffivement en plufieurs endroits.
Les Naturalises font des Hiftoriens
qui ne fabriquent rien ; ils ne font que
raconter ce qu'ils découvrent dans les
plis & les replis du yafle Univers, &
citer ce que les autres ont dit avant eux
pouramufer & inftruire les Hommes
raifonnables. Ils ajoutent à leurs Dé-
couvertes 8i à leurs Remarques des Ré-
flexions fenfées & Philofophiques , fur
plufieurs points, quoiqu'ils entrepren-
nent de traiter le même fujet. Par exem-
ple , en parlant du Limaçon ou des Gre-
nouilles , je puis raconter comme M.
Pluche , tout ce que font ces Animaux ,
leurs demeures , leur façon de vivre ,
ce qu'en a dit celui ci, ce qu'en a dit
celui-là, &: on ne me taxera pas pour
cela de Copifte. Je puis encore ajouter
des Découvertes comme a fait M. * * *.
je ferai Auteur. A mes Découvertes je
puis ajouter des raifonnemens Anato-
miques & Phyfiques , comme Hartfoe-
ker SiLeeuwenhoek , fur la Nature des cho-
fes que l'on connoît déjà , mais furlef-
quelles chacun donne fon opinion fé-
lon les idées qu'il en conçoit, je ne fe-
rai point Plagiaire , &c. & à tort & en-
vain certains efprits voudroient détrui-
re un Livre qui contiendroit des Par-
ties fi eflemiellesà l'Hifloire Naturelle.
Sentiment de Leuwenhoek,
Les Obfervations de cet Auteur fur
raccroiffemenr & la figure du Fœtus de
la Grenouille, méritent d'être expofées
tout au long. J'ai vu au Microfcope
tout ce qu'il a vu lur le Têtard ou Ver-
mijfeàu lorfqu'il quitte l'Oeuf, & je l'ai
vu de plus de la même forme dans les
entrailles du père; mai^ cet Auteuravoue
Jmée ij$2,Tom, IL IF. Fart,
Il ell
certain pour îors qu'il n'a obfervé que
des Oeufs ^ où i'Embrion n'étoit pas at-
taché ; & des Embrions qui ne tenoient
plus à l'Oeuf. Je ne retrancherai rien
de ce qu'ils nous a dit , d'autant mieux
qu'il donne une Découverte très - cu-
rreufe fur la circulation du fang ; que
j'adopte d'avance , quoique je fois fori
Antagonirte fur le point de la Généra-
tion,
M. Leuwenhoek continuant fes Obfer-
vations furies Infeéles, a crû que le>
Grenouilles fe fbrmoient auffi d'un
Oeuf,environné d'une niatiére gluante,
qui lui fevvoit de Coquille. Cet Oeuf lui
parut d'abord moitié brun , moitié jau-
nâtre , mais il brunit enfuite tout en-
tier, excepté une partie qui eR , félon
lui , le Ventre de l Animal. La Grenouil-
le , dit-il , n'eft paj plutôt éclofe qu'elle
nage dans l'eau & paroit à l'Oeil telle
que dans la Figure i. ( Voyez à la fin
de cette Obfervation. )
En obfervant ce Foetus , l'Au-
teur a découvert une chofe à quoi il ne
s'attendoit pas , c'ell la manière dont
fe fait la circulation du Sang , & l'union
des Veines &- des Artères. Il a remar-
qué que ce mouvement n'étoit pas égal
èi continu , comme celui d'un Fleuve,
mais que le Sang étoit poulîé à diverfes
reprifes, des parties les plus pioches du
Cœur vers les plus éloignées , comme
celui d'une liqueur qui tombe goûte à
goûte , & que ces puUions étcient lî
fréquentes , qu'on auroit de la peine à
les compter une à une. Cela lui fit ju-
ger que le Sang étoit poulTé autant de
fois hors du Cœur, qu'il fe faiioit de
pulfion dans ces Parties. A quelques
jours de-là ces fix Vaiffcaiix tranfpa-
rens fe réunirent à la Peau, 3-i quoi-
qu'on pût encore remarquer un mou-
vement de leiifion 54 de contraction à
xS
Observations sur l'Histoire Naturelle;.
chaque côté de la Tête , on ne pouvoit
plus voirie Sang circuler. Les petites
Grenouilles à 8 » ou lo jours étoient
le double plus grofles qu'au fortir de
l'Oeuf, & on leur voyoit ouvrir & re-
fermer la gueule , & ouvrir un peu les
yeux,aufli fou vent que le Cœurbaitoit.
L'Auteur fe conlirniadans fapenfée,.
en obfervant la Queue de ces Reptile»,
où il remarqua plus de 50 VaiiTeaux
fort minces & fjrt étroits, où le Sang
circuloit. Ces Vailleaux étoient tous
recourbés en forme d'Arc ^ dont l'un
des bouts portoit le Sang du milieu de
îa Queue vers fes extrémités &; le ra-
menoit par l'autre bout vers le milieu»
Si cela fe rencontre dans tous les Ani-
maux , on fe feroit fatigué jufqu'icibien
vainement à chercher le point d'union
II y a encore ceci de remarqnaWc
dans ces Obfervations, c'ert qu'on a
pris garde qu'il y a des Vaiîîeaux qui
fe divifenten deux comme ( Figure 2)
A B aux points C D , de forte que A C
E & B D F font deux Branches d'une
Artère; aulTi bien que A C G , &: A
C H : parce qu'elles portent le Sang
aux extrémités du Corps. Au lieu que
FI, Si EH font deux Veines, par-
ce qu'elles le ramènent au Coeur.
M. Leu\s^enhoek a déjà trouvé la
même Circulation , & pour ainfi-dire ,
la môme identité des Veines Se des Ar-
tères dans les nageoires de quelques
PoilTons. II lit voir la plupart de ces
Expériences à Meffieurs de Gravefande
& Fallenfu, Echevins de Dclft , dont
le premier étoit Médecin ,&àM.|iîein-
des Veines & des Artères, puifqu'un J?«i , Penfionnaire de la Ville d'AmIler-
même VailTeau , confidéré à divers
égards , feroit Veine & Artère tout
enfemble.
Ce qui ell caufe qu'on n'avoit point
encore découvert ce Myflère de la Na-
ture , c'ell que la circulation du Sang
ne fe fait pas feulement dans les grands
Vaideaux , mais auffi dajis les plus pe-
tits, parce qu'il faut que toutes les Par-
ties du Corps en foicnt nourries. Ainfî
les Vailleaux où l'Auteur a vu circuler
le Sang des Grenouilles , font C étroits,
qu'il n'y peut palTer à chaque fois qu'u-
ne très-petite particule de Sang , qui
ne peut être apperçue qu'avec un ex-
cellent Microfcopc. Or, une feule par-
ticule de Sang ne pouvant point /or/ncr
de couleur , & les Animaux dans lelquels
on cherche cette Circulation étant ou
morts, ou tdlemeut épouvantés que
leur Sang fe fige dans leurs Veines, ou
perd au moins fon cours ordinaire , il
d.jm , pour convaincre , par le témoi-
gnage de ces Pcrfonnes éclairées, une
efpèce d'Incrédules , qui ne peuvent
. s'imaginer que les Pevfonnes qu'ils con-
noiflent , fuient capables de quelqua
chofe.
Remarques de M. Seha^
Ce fameux Naturalifte a donné plu-
fieurs Remarques fur la Grenouille : il
prétend qu'ail y en a de plufieurs fortes ,.
que les unes habitent les Buiflbns &
les Arbriflaux * d'autres les joncs & les
Marais , & d'autres les Rivières & les
Lacs. Elles différent , félon lui , en grof-
feur& il leur donne des nuancesde cou-
leurs différentes; il cite une Grenouille
de Mer d'une grolTeur monftrueufe :
Voici la Defcription qu'il en donne lui-
même.
Les pieds de cette Grenouille , dit-iï,
dedevanf'& de derrière étant étendus
n'eft pas furprenant qu'on ne l'eût pas à prcfent même qu'ils font féchés , fur-
découverte, partent encore en longueur une deniîc.
S Je crois que cet Auteur veut parler ici des Crapaux».
a ,r.x .
Su». LA Physique
«ouJée ; ce qui n'eft point leur gran-
deur naturelle , comme on le jugera
fans peine. Son Corps , à l'exception
de la Tête , eft cendré gris-brun^ mar-
queté de taches grandes & petites ,
qu'on prendroit pour des Verrues qui
font au-de(îous d'un griî-lavé ^ & par
deiïus d'un cendré jaune. Le Dos &
l'interflice qu'il y a entre les Epaules ,
font relevés en bolTes , Se comme fé-
parés par des lignes blanchâtres. Au-
deflus des pieds de devant, on voit des
deux côtés une efpéce de Bouclier , qui
femble collé par deiïus", & dont la
couleur efl d'un cendré clair , pi-
coté de points noirs , & d'une figure
approchante de celle d'un petit Bateau.
Sa Tête eft barrée de Rayes rouiïâtres
qui le décorent de côté & d'autre. Ses
Yeux font grands & brillans j fes Oreil-
les font rondes , courtes & peu ouver-
tes *. Sa Langue efl large ^ adhérente
à la partie de devant de la Mâchoire
inférieure. Il paroît entre les FelTes &
i'Os du Coccix quatre éminences ou
boutons ronds, oblongs , qui font vrai-
femblablement des excroilîances natu-
relles. Ses pieds de devant fe fendent
en quatre doigts , * * corapofés chacun
de quatre articulations , dont les der-
nières font larges munies d'Ongles &
ne reiïemblent pas mal à des doign
d'Enfant. Ses pieds de derrière font
compofés d'un Pouce 6c de 4 Doigts
terminés de la même façon & de plus
attachés enfemble par une Membrane
mitoyenne.
Elien raconte ( Liv. î. Chap. ^6.)
qu'allant de Naples à Pouzzole, il ef-
fuya une pluie de Grenouilles qui lui
tomba fur ie corps. C'ell ce que j'ai de
ET SUR LA Peinture. if
la. peine à croire , malgré le fentîmènr
ô? Abraham Gronovieu: il fe peut que je'
me trompe , c'eft ce que je ne puis pas
alîurer.
Sentiment de Malpighi.
Ce Phyficien obferve dans les Gre-
nouilles que lorfque le Sang revient
lentement au Cœur & avec peu de
chaleur, on apperçoit vifiblement des
gouttes d'Huile dans le Tronc de la
Veine-Porte (auquel font attachées des
Canelures huileiifes ou graiffeufes y
lerquelles gouttes font entrainées avec
le Sang dans la cavité du Foyèi'' c-n.
Ces Canelures çrrailTeufes font ad-
mirables. Malpighi nous donne ici une
preuve de leur utilité : le Créateur ea
a pourvu ces Animaux pour fuppléec
au défaut de nourriture &: pouf l'en-
tretien du Sang. Je me fuis apperçu
après les avoir cloués (ur des Table*
8c leur avoir fupprimé les Inteflins ,■
leur ayant mis un linge mouillé fur le
Corps pour humeder ces parties & em-
pêcher l'évaporation des humides ,
qu'elles ont vécu 2 4 heures dans cet
état^ malgré la perte continuelle de
leur Sang : mais que ces Canelures
graiiïëufes, fe font trouvées plus pe-
tites & plus diminuées de fubflance.
Ces Canelures font les refervoirs de la
fubfiflance de cet Animal f>endant l'Hy-
ver, iorfqu'il efl caché au fond des
eaux. La boue peut auffi lui fervir de
nourriture j mais il eil certain qu'on
peut en garder pendant long-tems^ qui
vivront dans des vafes plein d'eau fans
aucuiîe forte d'aliment. J'ai trouvé à la
fin en les ouvrant que leurs Canelures
* C 'eft ce qui me furprend , car dans celles
^ue nous connoilTons , il n'y a aucune ouyer-
wre,
ipfnc.
^roiï Doigts & un Pouce apparem^j
graifleufes
mées.
Observations istJR L'HistôiRE NAtùRELlEj
étoient prefque confom-
Smtimmt de Gérard Blafe,
On trouve dans cet Antenr des maii-
vaifes Planches qui ne fe rapportent au-
cunement au naturel. La Defcripiion
Anatomique qu'il donne de la Gre-
nouille n'efl pas jufle: Il prétend que
les VaifTeaux Spermatiques des Fe-
melles, faits pour fournir la Giape des
Oeufs, font les Trompes : il dit que
les Teflicules font ronds , ils font au
contraires oblongs Se dans les vieux
Mâles ils font faits pofitivement com-
1103 Reins , de couleur de jaune-paille,
II obferve que le Péritoine , qui
cache toutes les Parties du Bas- Ven-
tre , monte plus haut que dans l'Hom-
me ^ & va jufqu'à la Région des par-
ties de devant, qu'il renferme les Poii-
laions j comme le Diaphragnie dans les
Poillons enferme les petits facs d'air
qu'on y trouve ordinairement. Que le
Péritoine fe termine au Péricarde , &;
fépare 1© Cœur & le Diaphragme des
Poumons &; du refle des Vilcéres du
Bas-Ventre ; ce qui eft très- véritable.
Cet Auteur prétend que les Gre-
nouilles ne mangent que des Efcarbots,
n'ayant trouvé rien autre chofe dans
leurs Intellins. J'y ai pourtant trouve
du limon de Marais , & du gravier dif-
£bût& trituré d'une extrême iinefle.
Je fupprirae de cet Auteur toutes les
fuppolîtions qu'il fait fur la nature de
rOeuf. Que les Oviparijles les citent >
s'ils veulent & on leur répondra. Je
vais donner préfentement ce que j'ai
obfervé moi-même fur le naturel.
DiJfeBionque j'ai faite de la Grenouille.
Le CcEurn'efl compofc que d'un feu!
\^entricule : il poulie &. reçoit alter-
nativement le Sang par le moyen de
deux Sous-papes , comme font les fouf-^
fiets fimples, qui lei^oivent & qui don- '
nent l'air, afin que l'air n'entre que
d'un coté & ne forte que de l'autre.
C'ert cette Contre-Sou?-pape qui cra-
pcche le mélange du Sang dans le Ven-
tricule du Cœur de la Grenouille ^
comme dans celui de laTortuc.( Voyez
mes précédentes Obfervations , Toni.
I. lySî.)
Ce Vifcére occupera un jour les Phy-
ficiens iut le mouvement de Diallole &
de Sillole qu'il conferve pendant 7 ou 8
minutes, après fonextraftiondu Corps,
& n'ayant plus aucune communication
avec le Cerveau ni avec le Sang ; dont
il efl pour lors privé entièrement : ce
qui n'arrive point dans l'Homme ni
dans plufieurs fortes d'Animaux. Je
demande quels font les refforts qui le
font agir ?
LPOredle efl faite comme celle de la
Tortue , c'el\-à-dire , compofée d'une
cavité & d'une Peau extérieure qui la
couvre: la cavité qui elt fous la Pieau ,
contient une corde qui la fépareen deux
parties égales , laquelle fè tend à la vo-
lonté de l'Animal , ce qui apparam-
ment lui fert pour recevoir les vibra-
tions de l'air.
VOed de cet Animal n'efl point en-
fermé dans une fofle odeufe ; il n'eit
recouvert du côté du Palais que par la
Dure-Mere & les Membranes du Pa~
lais.
La Langue tient à Pextrêmité de la
Bouche jfur les bords de la partie anté-
rieure du Palais. & par conféquent elle
eH attachée difléremment de la nôtre t
fon extrémité pollérieure , qui répond
au fond du Gozier, eft détachée & fert
à enfoncer les alimens dans le Got
zier.
Les Poumons s'empliffent d'Air, à la
SUR. LA Physique
volonté de PAnimal. Sans ouvrir la
Gueule j la Grenouille renvoyé l'air
de fes Poumons dans des Veflîes qu'el-
le porte procFie l'Oreille, aux angles de
fes Mâchoires : Ces Veflles lui fervent
apparemment de Refcrvoir pour raré-
fier l'Air qu'elle contient dans fes Pou-
mons.
Les Parties du MUe confiflent en
deux Teflicules qui appuient fur les
Reins mêmes & ont des Epididimes
fort adhérens aux Cannelures graif-
feufes : ils font alTez petits dans les jeu-
nes Grenouilles , & prefque auffi gros
que des Arricots dans les vieux Màles,
Ils tiennent aux gros VaiHeaux du Bas-
Ventre , &i ont des Conduits qui vont
fe perdre dans le Cordon que nous
avons obfervé. Je nVr point trouve dans
les Mâles des VailTeaux Spermatiques
grands & entortilles comme dans les
Femelles. Les Mâles des Grenouilles ,
comme je l'ai déjà dît ^ n'ont aucune
Verge ou Conduit extérieur. LaVeffie
de l'Urine tient au Reftum ; Elle eft
fort adhérente à ce Vifcére: dans la
chaleur de ces Animaux elle eft pleine
de l'eau que nous avons obfervée^ où
les Embrions nagent, étant attachés au
Cordon ainfi que nous avons dit.
Les Parties de la Femelle font les Cor-
dons entortillés ou Vaifleaux Sperma-
tiques. Ils commencent vers le Cœur,
le Fore & les Parties fupérieures du
Bas Ventre , & vont le perdre vers la
Veiïie & vers les Oeufs de la Femelle :
La VeflTie eft comme celle du Mâle ,
fortement attachée au Redum. Les
Oeufs ne font point dans des Ovaires,
c'eft-à-dire , dans un Vifcére particu-
culier ; ils font répandus dans une glai-
re j & forment un pacquet qurtient aux
Reins , par une Membrane fine & dé-
liée , où il y a quantité de petits Vaif-
Heaux quifervem à l'accroiffetneat , ag-
ET SUR LA Peinture; 2 1
paremment, & à l'extraôion des Oeufs.
Ces Oeufs croilTent , environ vers le
Primtems, prefque toussa la fois ; il en
refte en la place d'autres qui ne s'ap-
perçoivent pas pendant la crorirance
des premiers , & dans le mors de Sep-
tembre , après la Fécondation , on
trouve les nouveaux paquets qui fe font
formés, à moitié de. leur grofteur.
Les Femelles n'ont aucun Vagin nr
aucun Utérus.
Le Coccix de cet Animal eft particu-
lier , il eft fait en forme de Stilet fort
allongé ^ ayant au moins la troifiéme
partie de la hauteur de toutes les Ver«
tébres ; il fait l'office de Levier pour
étendre l'Anus, lesMufcles duquel font
attachés à fon extrémité. La Figure &
la fituation de cet Os fervent beaucoup
à l'Elafticité du Corps de cet Animal.
L'Os Sacrum ne tient point aux Os des
Iles , comme dans prefque tous les Ani-
maux : Il n'y eft attaché que par des Lf-
gamens & des Mufcles ^ de forte qu'il
s'en écarte &. s'en approche à volon-
té , ri rient aux Vertèbres. La Moelle
épiniere finit à la dernière Vertèbre ;
die ne diminue point de groffeur ;
mais à fon extrémité elle produit trois
groiïes parres de Nerfs qui vont porter
les efprits aux Cuilfes , & occafionnem
leur mouvement : après avoir féparé du
refte du Corps les Vertèbres, le BafTm
& les Parties inférieures ; j'ai obfervé
qu'en coupant ces Nerfs, ou en les fes-
rant , les CuilTes Se les Jambes faifoient
des mouvemens convulfife , q^uoique
détachées du Corps»
Vertus Médecinaks de la Grenouille,.
Sylvius dit que la Grenouille guerfr
de la Fièvre & empêche la fueur des.-
mains , fi on en éioufTe quelqyiies-uueS'
dans fes mainsv
22
Observations SUR l'Histoire Naturëlié^
Guainerius prétend que pour guérir la Grenouille. On vient de l'expliquet
l'Hciifie , il faut manger des Poules dans la préfente Obfervation,
de l'Mclilie , Il iaut mange
nourries avec de la farine d'Orge pétrie
du Bouillon des Grenouilles. '
Thimotée donne un Rcmcde fingu-
lier ,• il prétend que les Grenouilles fen-
duc> Si appliquées foir & matin fur
les Reins des Hydropiques , attirent
les eaux qui fluent dans le Corps de
ces Malades. C'ell un Rcmcde qui mé-
rite d'être éprouvé & authorifé par l'ex-
périence.
Les Foyes des Grenouilles calcinés
au Four, fur une feuille de chou en-
tre deux Terrines , mis en poudre &
avalés dans l'eau de Pivoine^ guerif-
fent les Maladies qui proviennent de
l'airedation des Nerfs , & des foiblefles
du Cœur. On peut les prendre en tout
tems, mais fur-tout auxSolcifles d'Eté.
EXPLICATI ON
De la Planche E. de VHiJîoire Naturelle
des Quadrupèdes.
F I G u R £ L
Le Fœtus de la Grenouille vu an
Microfcope.
L M N O F Marquent la Tête. H I
R S LeVenire. G H S La Queue.
Au-delTus de la Tête , vers M N
on voit la Peau plus épailîe qu'ailleurs,
ce qui fait conjeâurer que ce pourroit
être une partie de la Peau dont la Gre-
rouille fe couvre en croiflant. T ell fa
Gueule: V V deux taches noires fort
rondes : I K L &: P Q R font fix par-
ties tranrparenies & dont trois pendent
à chaque côté delà Tête.
Figure 11,
prel
F I G u R M
IIL
A
B
C
D
E
F
G
Le Foie & fes trois Lobes.
Les Teflicules,
Les Corps graifTeux,
Les Véficules féminaîes.
Veffie commune aux deux Sexes ,
remplie d'une eau trcs-claire &
limpide.
Gros VailTeaux Sanguins.
Les Reins.
I G a R X
ÎV,
Elle repréfente une Grenouille Mâl«.
A Le Lariux.
B Petite ouverture du Larinx par où
fort la voix»
C Les Poumons,
D Le Cœur.
E La Véficule du Fiel.
F Le Conduit Pancréatique.
G L'Efloniach.
H Les Inteflins GrelTes,
I Le Foie.
K Le Péritoine.
L VelTies Aqueufes.
M Les Véficules féminaîes d'où for-
tent les Embrions & où ils fe
tiennent attachés.
I » o K. M
V,
A
B
C
D
Le Coeur.
Les Poumons.
Les Veines.
Les Corps GraifTeux , la Vcficul*
aqueufe.
z G u R s
VL
File repréfente l'Anaftomofe des Elle repréfente une Femelle ouverte
Veines & des Ancres dans le Foetus de aptes la ponte des Oeufs.
svK LA Physique
A L'Eflomacîi renverfé.
B Coupe de l'Eftomacli qui tient aux
Inteflîns.
C Lés Inteftins.
D La Veffie.
E La Touffe des Oeufs Se le Corps
Graiffeux.
H Les Vaiffeaux Spermatrques, ou
ceux qui fervent à l'accroifîe-
ment de la glaire des Oeufs.
OBSERVATION XXL
Sur la Multiplication Naturelle des Vers
à foye , & projet d'en élever 6' d'en tirer
les Cocons fans aucun foin.
MON but eft rutilité publique»
Dans cette vûë , je n'épargne
rien pour fervir la Patrie. H eft vrai
que d'une autre part , le Public ne
m'oublie point & qu'il me rend de fré-
quentes vifites dans lefquelles il me laif-
fe toujours des marques de ion eftime.
Les Vers à foye font l'objet de cette
Obfervation.Je lifois dans des Auteurs,
anciens & nouveaux ^ l'Hiftoire de ces
Infeâes , & j'obfèrvois avec douleur
les foins & la peine que prennent les
Hommes pour aider à la Nature, fur-
tout dans nos climats. De forte que les
Chambres j les Maifons & fouvent les
Villages entiers font occupés par les
Vers à foye, &en même temsles Hom-
mes , les Femmes & les Enfans aban-
donnent la Culture des Terres & toute
autre occupation plus utile à la vie ^
pour fe livrer entièrement au fervice de
ces Animaux: qui fçavent à merveille
fe palTerde nous dans des Provinces de
la Chine Se dans les Indes ; Pays auquel
les Payfans foignent leurs Terres, pen-
dant que les Vers parcourent les Mû-
liers Si. fabriqiiem leurs Cocons.
ET SUR LA Peinture. 2j
Si j'étois en Provence, où le Climat
eft plus fec , je ne douterois nullement
de la réulTite de mon projet ; mais à
Paris il (êra plus difficile de réuffir.
Voici les ElTais que j'ai faits qui fer-
viront de Plan à ceux qui voudront
faire les mêmes tentatives.
J'ai eu deux jeunes Mûriers dans-
des Cailles que j'ai mis à une Fenêtre
expofée au Soleil du Levant dans la
Maifon que j'occupe à Paris , & j'ai;
collé fur les Branches de ces Mûriers
des morceaux de Papier fur lefquels
étoient attachés des Oeufs de Vers s
foye. J'avois foin d'arrofer mes Mû-
riers^ mais je n'ai pris aucun foin des
Oeufs ni des Vers qui s'y font produits.
Voici le Journal des Obfervations que
i'ai faites.
Je commençai mon Opération vers
le commencement de Juin , la Pluie
qu'il fit pendant quelques jours i-^f^n'
dommogea aucunement les Oeufs, ils
conferverent leur couleur aflez long-
tems , 8c les journées de beau Soleil
qu'il fit enfuite leur furent extrêmement
favorables. J'apperçus que les Oeufs
fe gonfloient au Soleil Se devenoient
prefque ronds , Se qu'au contraire pen-
dant la pluie ils diminuoient Se fe ré-
trecifibient de façon , qu'ils laiffoient
une efpéce de Folle à leur Centre»
J'avois pofé environ un millier
d'Oeufs fur les deux petits Mûriers;
mais avant qu'ils fuffent éclos il en pé-
rit environ cinq cens qui blanchirent
Se où l'Embrion perdit la vie y ce que
j'attribuai au défaut de Soleil qui a été
allez rare cette année, & aux pluies
allez fréquentes ^ je puis encore ajou-
ter à cela la mauvaife fituation de mes
Mûriers , que le Soleil n'échaulToirque
trois ou quatre heures le matin , ce qui
faifoit que quand cet Aftre paroiffoit
dans Paris le foir 8t que les Nuages
^4 Observations sur l'Histoire Naturelle^
l'avoîent caché le matin , je perdois ne leur faifoient aucun mal ; ils fe ga-
rnie journée entière de Soleil, rentilToient eux - mêmes de la pluie
Vers le i"} Juillet mes petits Vers comme je viens de dire, & toute la caufe
fonirent de leurs Oeufs avec beaucoup de leur perte ne provenoit que de leur
de vigueur & de force; ils ctoient (i
éveilles & fi raifonnables que je fus
furpris de leur adrelle & de leur induf-
trie ; ils commencèrent à fuivre la
Branche fur laquelle ils avoient reçu
le jour : & de la Branche ils gagnèrent
la queue des feuilles fur Icfquelles ils
fe promenèrent avec avidité, fenour-
ridant du velouté des feuilles , 8c ne
louchant pas encore à lamalTe qui les
compofe.
Ce qu'il y avoit de fingulier , c'eft
que le jour même de leur nailTance ils
avoient la malice de fe mettre fous la
feuille lorfqu'il pleuvoit , & s'ils ap-
percevoient unefeuille plus commode,
ou s'ils n'étoient pas à leur aife, ils fe
iaifloient aller, au moyen d''un fil aiïez
long quilesfufpendoitjufqu'à ce que le
vent les eût poulîés fur d'autres feuilles
où ils s'attachoient & coupoient pour
lors le fil qui les avoii fufpendus.
Ils ne fortirent pas tous à la fois de
leurs Oeufs , mais chacun félon l'en-
droit où ils étoicnt placés : ceux qui
étoient le mieux expofis furent ceux
qui vinrent les premiers au monde.
Je les vis enfuite grofTir & croître ,
changer de Peau & dormir à leur ordi-
naire , comme nous ont raconté les
Auteurs qui ont écrit de cet Animal ;
mais je m'apperçus avec douleur qu'il
en tomboit continuellement à terre ,
que je perdois ne pouvant les apper-
cevoii; fans compter ceux qui tom-
boient par la fenêtre. De forte qu'au
bout de quinze 'jours j'en avois perdu
plus de la moitié de ceux qui étoient
éclos-
Il lit des Tonncres & des Eclairs;
il plut fouvcnt3 mais tous ces accidens
chute.
Cette perte continua de façon , que
plus ils grolTilfoient plus il en tomboit,
en lorte que ver* le commencement
d'Aoûts ie me trouvai réduit à vingt
Vers fort gros , bien nourris & fort ro-
buRes. Mais de ces vingt j'eus le mal-
heur d'en perdre encore quinze, & il
ne m'en refla pour toute refTource que
cinq , qui ont fait leur Cocon d'une
foyeextrèmement fine & belle.
Je pris un de ces Cocons tout for-
mé & je l'ouvris avec des CizeauxJ
je trouvai le Ver encore dans le même
état , mais moins gros qu'il n'étoit avant
fa retraite. Le lendemain il referma
fon Cocon, de forte que je ne pus l'ou-
vrir que par une féconde incifion.
J'ai dilTéquc enfuite les autres , &
Tannée prochaine je continuerai mes
Obfervations.
Il fuit de ceci que l'on peut élever
des Vers àfoye dans notre Climat, &
même aux environs de Paris , fans au-
cun foin , en mettant les Mûriers en
expofition convenable; ce qui fcroit
bien avantageux à la France; & fi mon
projet réufTit, je ferai Hatté de prouver
que les Phyficiens font bons à quelque
chofe dans un Etat.
Pour prévenir les accidens qu'ont
éprouvé mes Vers à foye , il feroit à
propos de mettre au bas de l'Arbre un
ChalTis quarré , ou rond, foutenu par ^
piliers à la hauteur convenable. Ou de
tendre une Toile fur deux ChalTis, que
l'on joindroit au pied de l'Arbie, afm
que les Vers à foye en tombant dclTus
puilTent regagner l'Arbre & de -là les
feuilles.
Je crois auffi qu'un filet, qui enve-
lopperoit
SUR. LA Physique et sur la Peinture.
par le bas & paroiiïent naturellement
allignés comme pour le plaifir de la
Promenade , qu'on le trouve au milieu
d'une variété admirable d'Herbes Mé-
decinales qtii naiiïent aux pieds des Ar-
bres, entre les Racines & ies Pierres,
d'où il eft très-difficile d-e l'arracher.
, Le Gin-feng aime l'Ombre , auffi
bien que les Plantes dont ces Bois font
remplis. Quand les Terres font nou-
vellement défricliées , il y en reparoît
encore quelques Racines qu'on n'avoit
pas arrachées en défrichant, mais il
ne s'y en reproduit jamais d'autres, le
ne le crois pas pour cela ennemi de la
chaleur , car cette Racine eft chaude.
D'ailleurs en Eté , il fait une chaleur
encore plus forte & plus étouffante
^ans ces Bois qu'en plein air. J'aime-
rois mieux dire que ces Plantes , à qui
l'Ombre eft fi favorable, étant trop agi-
tées par l'adion immédiate du Soleil &
d'un Air trop ouvert , y font renfer-
mées dans la Terre comme dans un
feiH ftérile, tandis que d'autres , à qui
ce grand air & Tadion immédiate du
Soleil font plus propices , fe dévelop-
pent &: croiftent à plaifir ; ce qu'elles ne
pourroient faire à Tabri des Forêts. J'ai
vu moi - même cette expérience dans
le cours d'une Année : ayant fait abat-
tre durant l'Hyver un ou deux Arpens
de Bois, le Primems fuivant, au lieu
de ces Herbes améres qui y étoient , il
n'y vint que du Chiendent , du Trè-
fle , du Curage & d'autres Herbes fem-
blables qui ne croiftent qu'en plein
Champ.
Quand j'eus découvert le Gin feng ,
il me vint dans la penfée que ce pou-
voit être une efpcce de Mandragore.
J'eus le plaifir de voir que je m'etois
rencontré fur cela avec le P. Martini ,
qui , dans l'endroit que j'ai cité , &; qui
eft rapporté par le P. Kiiker, parle en
»
»
Année i-j$2fTotn, IL IF. Part,
55
ces termes : « Je ne fçauroîs mieux re-
» préfenter cette Racine , qu'en difant
>) qu'elle eft prefque femblable à no-
ty tre Mandragore , hormis que celle-
» là eft un peu plus petite ,quoiquelle
foit de quelqu'une de fes efpéces :
je ne doute point du tout qu'elle
n'ait les mèaies qualités & une pa-
reille vertu , puilqu'elle lui relTem-
ble fi fort & qu'elles ont toutes deux
» la même Figure. »
Si le P. Martini a eu raifon de Tap-
peller une efpéce de Mandragore à
caufe de fa Figure , il a eu tort de
Pappeller ainfi à caufe de fes proprié-
tés. Nos efpéces de Mandragores font
Narcotiques , rafraîchiflantes & ftupé-
fiantes. Ces qualités ne conviennent
point du tout au Gin-feng.
La féconde efpéce de Garent-Oguen^
qui , félon le rapport des Sauvages, ne
produit qu'une feule Feuille fans Ti-
ge , fans Fleur & fans Fruit , eft une
autre efpéce de Mandragore > je ne
fçache pas que perfonne en ait jamais
parlé ; elle peut faire une troifiéme ef-
péce avec les deux Mandragores da
Diofcorides qu'il nomme a;^ttJxo<.
Les Sauvages fe fervent d'une autre
Plante pour rétablir les forces perdues,
ils la nomment Tfîoterefe - gâa , ou la
grande longue Racine pour la diftin-
guer de la Salfe-pareille , qu'ils nom-
ment Çjmpïemeni Tfîoterefe ^ ou la lon-
gue Racine. Les François la connoiftent
fous le nom d'Anis fauvage. Les Sau-
vages font les plus grands mangeurs
du Monde , mais ils fçavent auftî par-
faitement fupporter la faim : Quand
leurs Provifions manquent, ils fe cei-
gnent fortement le Ventre , & fati-
guent doublement à courir, pour cher-
cher de quoi vivre, & pourfoufirir leur
difette ; alors quand leurs genoux chan-
cellent, & que leurs yeux commen-
Observations sur l'Histoire Naturelle;
Î4
cent à doubler les objets , ils prennent
une poignée de la poudre de cette Ra-
cine qu'ils délaient dans de l'eau qu'ils
boivent , & leurs forces font fur le
champ rétablies. Us font le même re-
mède avec fuccès & avec la même
préparation , pour fe guérir du coup
de Soleil : Cette Racine efl d'ailleurs
un des plus excellens Vulnéraires qu'on
puiffe trouver: J'en ai apporté un peu De la Planche B. de fHifloire Naturelle
& il n'eft perfonne qui ne juge de fa
vertu par fon goût aromatique. Je l'ar
vue dans l'Herbier de M. de JuflTieu A
& dans celui de M.. Vaillant.
II ne me relie plus qu'à fouhaiter que B
les expériences qu'on fera en France
du Gin-feng venu de Canada puiflent C
répondre à celles qu'on a dcja faites
en ce Pays-là, & fe trouver telles qu'on D
paroit les promettre. M. de Juiïieum'a E
fait l'honneur de me dire qu'il s'en
Gtoit déjà fervi avec fuccès , &: qu'il
avoit arrêté un VômifTement qui n'a-
voit pu céder aux Remèdes ordinaires^
E XP L 1 C AT 1 ON
des Plantes Gr des Fleurs^
La Racine & les noeuds qti'elle for-
me tous les ans.
La Tige nouvelle que prépare la
Racine.
La Tige avec fes Feuilles & £a
Fleur.
Le Fruit.
Coupe de la Racine^
PHYSIQUE.
OBSERVATION IV.
Paralelle ' de la Philofophie Ancienne &* Moderne.
E S Phyficiens font de trois
^4 efpéces ; les uns font des Ex-
périences^ les autres les ex-
pliquent , Si d'autres établif-
fent les Syflêmes avec lefquels ont dc-
fmit tous les Phénomènes. Il efl aifé
de faire des Expériences & d'avoir un
Cabinet garni de toutes fortes d'Inftru-
mens ; mais il efl difficile de définir les
caufes de chaque Météores.
Dans les Collèges & dans les Cours
particufiers de Phyfique, on s'attache
à répéter les Phénomènes qu'ont dé-
couvert M. Mariottej M. Polmiere^ M.
Mujjenhroek , M. Mbbé Nollet & M.
Franklin : lefquels ont fort illuflré la
Phyfique expérimentale. M. Marchand^
M. Pagny > NL de Lor & plufieurs autres
fuivent les Expériences de ces Phyfi-
ciens, les démontrent au Public &s'en
SUR LA Physique et sur la Peinture.
acquittent à merveille.
Ceux qui expliquent ces Expérien-
ces fans les pratiquer, font d'autres
Philofophes, que tout le Monde con-
noît 8c dont le nombre efl trop confi-
dérable pour entreprendre de les nom-
mer ici: & enfin ceux qui ont établi les
5r
Opinions font efledivement neuves
& que perlonne n'y peut rien reven-
diquer.
Le fond de mon Syflême ne tient à
celui de qui que ce foit. Il efl diffé-
rent de ceux de Thaïes , de Pithagore ,
de Democriîe , de Platon , â'EpicureSc de
Caufesgénérales, aveclefquelleson ex- tous ceux que j'ai déjà nommés. II efl
plique les Phénomènes & les Météores, ^ •/-,., ...
font connus fous les noms d'Ariftote, de
Defcartes , de GaJJendy , de Newton , de
Leibnit^ , de Gautier ( fi l'on veut) &c
d'autres Philofophes que je nomme-
rois s'ils n'avoient pas confervé i'anoni-
me dans leurs Ecrits.
Je ne cite point Mallebranche , Ro'
hault , &c. ce ne font que des Difci-
ples de Defcartes ; mais je prends la
liberté de me nommer avec ceux qui
ont enfanté des Syflémes nouveaux ,
ou du moins reconnus pour tels.
Cette note-ci efl nécelfaire pour tran-
cTier toute collocution inutile & mettre
le Public au fait en deux mots ^ & tout
d'un coup. Elle ne choquera perfon-
ne parce que chacun y a la place que
la Nature lui a donnée ou qu'il a choifie
lui-même par état.
On ne manquera cependant pas de
me taxer de vanité pour m'être placé
parmi les Pères de la Philofophie Mo-
derne. Mais où faut-il me mettre ? Efl-
ce avec MefTieurs Pagny & Delor? Ce-
la n'efl pas jufle; je ne fais point de
Cours d'Expériences Phyfiques. Faut-
il que je fois de la Clallé de M. Poli-
niere & de M. Franklin? Je n'ai point
de Cabinets publics ornés d'Inllru-
mens de Phytique , les plus curieux &
les plus intérelTans : je n'adopte pas
non plus les Syllêmes des autres. Enfin,
Bon ou mauvajs Phyficien., il faut bien
que je me place avec les Inventeurs
de nouveaux Syflémes , puifque mes
donc raifonnable de prendre féance oi
Je droit naturel me pofe.
Aujourd'hui il n'efl pas encore quef-
tron de me combattre; il fuffit, félon
quelques-uns , de me confondre avec
la Foule, afin d'éclipfer toutes mes Dé-
couvertes : c'efl ce que je veux éviter
& je ne trouve pas de remède plus pro-
pre pour détourner cette injuflice que
de faire ici un Tableau abrégé de toute
la Philofophie , & de prouver que les
Parties ignées de mon Syflême ne font
pas celles dont entendent parler les
Difciples de Defcartes & de Newton.
Quoique la plupart des LeAeurs fça-
chent d'avance en quoi CGofifte l'an-
cienne Philofophie, ils ne feront pas
fâchés de voir ici le Paralelle des Opi-
nions les plus renommées des premiers
Philofophes, avec celles des Moder-
nes ; fur lefquelles on a bâti les fonde-
mens de toute la Phyfique. Nous ex-
pliquerons enfuite la Matière Eleâri-
que , félon nos idées , dans rObferva-
tion fuivante.
Les Syflémes de Philofophie ne font
pas des Poèmes: les Philofophes n'ont
pas befoin de dire comme les Poètes ,
Mufa mihi caufas memora , quoiqu'en
dife un Auteur anonime *. Les Poètes
racontent des Fables qui ne s'accorde-
ront jamais avec la raifon ,• mais les"
Philofophes cherchent la vérité Se for-
ment des conjeétui.es pour la connoî-
tre & la développer. Ils travaillent à
expliquer les merveilles de la Nature
Dans le Mercure de Septembre 1751 , page 61,
■4l5 Observations sur l'Hist'oim Natorblle,
& à corriger les Moeurs , & les Poètes „ Sa chaleur le pénétre & fa clarté rinoiùTe^
quelquefois cherchent à les corrom-
L'on ne doutera plus par Pexpofi-
tion de ce qui fuit, du projet qu'ont
formé mes adverfaires de confondre
mon Syftême, &on fera perfuadé , piè-
ces en main , des contradiftions qui
fe trouvent dans leurs propres fenti-
mens.
Mercure de France Septembre i 7 5" a ,
page 63^
« Rien n'eft plus merveilleux ( dit
l'Auteur Anonime que nous venons
de citer ) « que l'aAion du feu , Prin-
M cipe Phyfique de tous les Phénomè-
i> nés de la Nature. »
Ell-ce un Cartéfien qui parle ou un
Newionien ? Quel e(l le Syflême que
fuit cet Auteur , de dire que l'a£lion du
Feu ejî k Principe Phyfique de tous les Plié-
nomènes delà Nature.
Defcartes n'admet pour Principe
aaif que Us Tourbillons de la Matière en
général.
Newton ne connoît que V AttraEHon^
la Gravitation , la Force Centripète , la
Force Centrifuge , & la Propenfion quel-
Je croirois volontiers- que c'eft un
Seftateur de mon Syftêrae , puilque
toute mon Hypothcfe n'efl fondée que
fur VASion du feu . fur les Impulfions du
Soleil, & en un mot, fur les Parties
ignées : non , je m.e trompe , c'etl un
Ne\Btonien qui fe fert de mes Décou-
vertes. 1/lmpulfion rapide du Soleil qui
entraîne les Globes errans , appartient
préfentement au grand Ne^vton.
• » Oui , mon cher B. . . ( itit l'Anonime ) il *
» eft l'ame du Monde ,
M Effets d'une mcme adion ,
*>L'un maintient les reflbrts de la Machin»
•s ronde,
» Et l'autre tend fans cefle à leur deftruftionj.
=• Sa plus belle produdion
M Eft cette lumière Éthérée,
»» Dont Newton le premier d'une main iof^
» pirée,
30 Sépara les Couleurs par la réfraib'on ;
» Il y voit aujourd'hui du haut de l'Empirée
»x La caufe de l'attraftion.
• Les Rayon* convergens de ce brillant fluide
«Vert mille & mille points de ce vafte Uni-
» very , .
** Balancent tous les Cofps fur leurs centrée
M divers
» D'un imique Soleil ïimpuîjîon rapide
» Les diiîjerferoit tous dans un immenfe vuide»
» Dieu compafla d'abord leurs grandeurs &
« leurs rangs ,
» Il élance le Feu du centre à la furface ,
» Allume les Soleils : de lumineux Torrens
» Aujfi-tât rempiijfenc l'efpace
» Entraînent les Globes errans.
» Tout fe meut, ^ félon les degrés diférens
« De la dijlance 0* de la majje ,
" Tout s'approche , ou s'éloigne , ou conftrveft-
9 place ,
» Par l'effort des Feux confpiraïUi
Je crois qu'il n'en faut pas davan-
tage pour faire voir qu'on veut attri-
buer mes Découvertes à Newton..
Journd de Trevouv, Mai 17J2 ,p. fjo.
On vient d'obferver que les NeNTto-
toniens fe fervent du Sentiment des
autres Philofophes , on verra dans
l'inflant qu'ils fe dépouillent eux-inèr
mes de leurs Dogmes.
euii LA Physique
Jufqu'auiourcl'hui , les Seftateurs de
Kewton ont regardé l'Attraâion & la
Gravitation comme Principe du mou-
vement , préfentement ils difent , que
« la Pefanuur , la Gravitation Cr fAt-
» traâion ^ font des termes dont on fe fert
» non pour expliquer la caufe ^ mais pour
» montrer ee qu'on obferve dans les Phéno^-
39 mènes mîmes. »
Les Newtoniens commencent donc
à fe dépouiller de la caufe principale
de leur Syflcme , & fe contentent de
donner le rriêrae nom aux Phénomè-
nes , qu'ils appliquoient à la caufe , ce
qui me paroîl bien fingulier! Et de-
puis quand parle- 1- on ainfi ? Eft-ce
depuis que j'ai démontré qu'il ctoit
aullî ridicule d'admettre l'Aiiradion
comme Principe adif du Monde, que
d'adopter Iss facultés oceukes des Fe
ripatèticiens. Ils veulent coiilTdérer les
Phénomcnes fans caufe: & pour ap-
puyer leur changement d'une efpéce
d'autorité Phyfique , ils difent à la fuite
de ce qiie nous venons de voir : « Il
n ferait doncabfurde de dire que parce qu'on
» ne connoit pas le Père de celui - ci ( que
» nom appellerons , par exemple ^ Jean ) il
» s'^enfuit que Jean n'ejî pas Père de Pierre,
» Grand Père de Guillaume , (y Bif^yeul
3i de Nicolas. » Il auroit fallu donc ajou-
ter ici : Jean danfe mieux que Pierre ,
Pierre danfe mieux que Jean, pour
prouver que le Syllême d'un tel Plii-
lofophe vaut mieux en certain point
que c;elui d'un autre.
De pareilles fimplicités déshonorent
la Philofophie : Il faudroit enfouir ces
ridicule; comparaifons dans l'abîme
des ténèbres, au lieu de les rélever
dans l'Extrait d'un grand Ouvrage qui
if SITU LA Peikturb; 37
pouvait fournir vingt Extraits curieux 6*
interreffans.
Journal des Sçavans Décembre 175 1 ,
page iy4r.
D'autres Ne\rtoniens paroinTcnt en
même tems fur l'horifon & font indi-
gnés delà foiblefle de ceux-ci, ils ren-
chériflent fur i'Hypothèfe fans copier
perfonne fans céder la moindre partie
de leurs droits , augmentent au con-
traire l'étendue & la force de leur pro-
pre Syllcme. Non feulement ils veu-
lent que l'Attraâion conferve le Mon-
de &c tous fes mouvemens dans l'état
que nous le voyons 5 mais ils créent l'U-
nivers avec cette force majeure.
Un New^tonien Anonime Compo-
fiteur d'un Syllême matériel * prétend
non feulement reconnourzi'AttraBïon ( ain-
fi que Newton ) comme une propriété
confiante de la Matière . qui conferve l'or-
dre &■ l'arrangement dans ce vajle Univers.-
il cherche Ji cette AttraSlion ne ferait poé
la caufe produSlrice de la formation des
Corps . comme ellt l'efl de leur confer-
vation,
C'efl: ici le comble de la contradic-
tion dans une même Ecole; le pre-
mier met de l'alliage dans la Gompo-
fuion Philofophique de Novton. Le
fécond , nie l'Attradion comme caufe
effentielle , & le dernier la donne
connue l'unique Agent de la Créa-
tion.
Ce qui caufe cette varie'té de Senti-
ment dans la même Sede , ceft la. foi-
blelTe de leur Dodrine.
Voyons préfentement le Paralelle
des Syftêmes que je me fuis propofc-
de donner ici.
* Extrait de l'Origine de cet Univers, expliqué par ua Principe de la Matière à Berli^i
58
Observations StJR'i'KiStoiRE Natdrellé,
PHILOSOPHIE D E THALÉS ,
Auteur de la Seâle Ionique.
Thaïes le plus ancien des Pliilofo-
plies connus , croyoit que le Monde
avoit été difpofé de la manière que
nous le voyons par une intelligence
qui n'avoit point eu de commence-
ment & qui n'auroit jamais de tin: il
eft le premier des Grecs qui ait enfei-
gné que les Ames étoient immortel-
les.'
Il difoit que la chofc du Monde la
plus grande étoit le Lieu , parce qu'il lefquelles la Lune paroit
&i les contraignoit à fe déborder dans
la Campagne.
Thaïes a prédit le premier les Eclip-
fesdu Soleil & de la Lune, & il a fait
des Obfervations fur les mouvemens
de ces deux Allre?. Il croyoit que le
Soleil étoit im Corps lumineux de lui-
même , dont la malîe étoit i lo fois plus
grolle que celle de la Lune. Que la Lu-
ne étoit un Corps opaque , qui n'étoit
capable de reHcchir la Lumière du So-
leil que par une feule moitié de fa fur-
face , &. fur cette fuppofition , il reii-
doit raifon des diflerentes Phafes fous
(l'ert lui qui a recherché le premier
l'Origine des Vents , la Matière des
Foudres , la caufe des Eclairs & du
Tonnerre.
Perfonne avaiy lui n'avoit connu la
manière de mefurer les Hauteurs des
Tours & des Piramides par leur ombre
Méridionale , lorfque le Soleil eft dans
l'Equinoxe.
PHILOSOPHIE DE PITHAGORE
Auteur ie la SeBe Italique.
Pithagore croyoit que le premier
Principe de toutes chofes étoit Vanité, *
que de-là venoient les nombres , des
nombres les points , des points les
branle ^ qui étoit la caufe de fou mou- lignes , des lignes les fuperlicies , des
vement. fuperficies les folides, & des folides
Les effets merveilleux de l'Aiman les quatre Elemens, le Feu , l'Air, l'Eau
& de l'Ambre , & la Sympathie entre & la Terre , dont tout le Monde étoit
les chofes de même Nature , lui ont compofé ; 8c que ces Elemens fe chan-
fait croire qu'il n'y avoit rien dans le geoient perpétuellement les uns dans
MonJe qui ne fût animé. Il croyoit les autres ; mais que rien jamais ne pé-
renfermoit tous les Ellres
Il croyoit que l'eau étoit le premier
Principe de toutes chofes ; que la Ter-
re n'étoit qu'une Eau condenfée ; l'Air
une Eau raréfiée ; que toutes chofes fe
changeoient perpétuellement les unes
dans les autres; mais qu'en dernier
ireu tout fe refolvoit en Eau ; que l'U-
nivers étoit animé Se rempli d'Eftres
invifibles qui voltigeoient fans celVe de
côté & d'autre. Que la Terre étoit au
milieu du Monde ; qu'elle fe mouvoir
au tour de fon propre Centre , qui
étoit le même que celui de l'Univers ,
& que les Eaux de la Mer, furquoi elle
étoit pofée , lui donnoient un certain
que la caufe de l'inondation du Nil
venoit de ce que les Vents Ethejîens ,
qui fùulHoient du Septentrion au Mi-
di , retardoient les Eaux du Fleuve qui
coulent du Midi vers le Septentrion ,
rilfoit dans l'Univers^ Se que tout ce qui
arrivoit n'étoit que des changemens. '
Il difoit que la Terre étoit ronde
Se placée au milieu du Monde , qu'elle
étoit habitée en tous fens , & pat con-
?. C'eô peut-être de cette idée que Leibniti a compofé Ces Monadett
Su^ LA Physique
féquent qu'il y avoit des Antipodes ,
où les homines marchoient les pieds
oppofés aux nôtres. Que l'Air qui en-
vironnoit la Terre étoit greffier &
prefque immobile , & que c'étoit pour
cela que tous les Animaux qui i'habi-
toient étoient mortels &: fujets à cor-
ruption ; qu'au contraire l'Air du haut
des Cieux étoit très-fubtil Se dans une
agitatiofl perpétuelle ; ce qui faifoit
que tous les Animaux qui le remplif-
foient étoient immortels , & par con-
féquent divins ; & qu'ainfi le Soleil ,
la Lune & tous les autres Allres étoient
des Dieux , parce qu'ils étoient placés
au milieu de cet Air fubtil & de cette
chaleur aâive qui ell le principe de la
.Vie.
PHILOSOPHIE DE DÈMOCRTTE
Auteur de la. SeEle des Atomijles^
Démocrite croyoic que les premiers
principes de toutes chofes , étoient les
Atomes & le Vuide.
Que rien ne fe faifoit de rien , &
qu'aucune autre chofe ne pouvoit ja-
mais être réduite à rien.
Que les Atomes n'étoient fujets ni à
la corruption ni à aucun autre change-
ment , à caufe que leur dureté invinci-
cibleles mettoit à couvert de toutes
fortes d'altérations.
Il prétendoit que du concours de ces
Atomes , il s'étoit formé une infinité
de MonJes , * dont chacun périiïbit
au bout d'un certain tems ; mais que
de ces débris il s'en compofoit un
autre.
Que l'Ame de l'Homme ^ qu'il
croyoit être la même chofe que i'ef-
* VhntewàeV Origine de cet Univers, ex-
pliqué par un Principe delà Matière, a tiré
(on idée de celle-ci.
î * Les Matérialiftes tirent leurs opinions
ET SUR LA Peinture. 5^
prit, étoit aulTi compofée du concours
de ces Atomes ^ ** de même que le
Soleil, la Lune & tous les autres Af-
tres. Que ces Atomes avoîent un mou-
vement tournoyant, qui étoit la caufe
de la Génération de tous les Ellres; &
commece mouvement tournoyant étoit
toujours uniforme, c'étoit le fujet pour
lequel Démocrite admettoit le Dallin,
& qu'il croyoit que toutes chofes fe
faifoient par néceflué.
II croyoit que l'Ame étoit répandue
dans toutes les Parties du Corps, &
que le fujet pour lequel nous avions
du fentiment dans toutes ces Parties :
c'étoit parce que chaque Atome de
l'Ame répondoit à chaque Atome du
Corps.
Démocrite croyoit que les Aflres fe
mouvoient dans des efpaces entière-
ment libres, & qu'il n'y avoit point
par conféquent de Sphères folides , auf-
quelles ils fulîent attachés ; qu'ils n'a-
voient qu'un feul & fimple mouvement
vers l'Occident; qu'ils étoient tous em-
portés par la rapidité d'un Tourbillon
de Matière fluide , *** dont la Terre
étoit le Centre , & que chaque Aftre
fe mouvoit d'autant plus doucement
qu'il étoit plus proche de la Terre, à
caufe que la violence du mouvement
de la circonférence s'alîoibliiroit peu à
peu en tirant vers le Centre. Qu'ainfi.
ceux-là paroilToient fe mouvoir vers-
l'Orient j lefquels fe meuvent plus len-
tement vers rOccident3& que comme
lesEtoiles fixes, fe meuvent plus rapide-
ment que tous les autres Albes , elles
achèvent leur circuit en j^ heures -;
le Soleil qui fe meut plus lentement
ne l'achevé qu'en ^4 heures & quel-
de cette penfée.
* * * Defcartes a compofé Ces Tourlillons &
fa. Matière Etherée , de cet endroit de la Philo-
fophie de Démocrite.
4© Observations sOr l'Hi
qiies minutes : & la Lime qui fe meut
plus lentement que tous les atures Af-
tres, ne l'achevé qu'en près de 2^
■fleures ; de forte qu'elle ne fe meut pas,
difoit-il , de foii propre mouvement
vers les Etoiles plus Orientales ; mais
«lie eft laillée par les Etoiles plus Oc-
cidentales qui la viennent rejoindre
irente jours après«
PHILOSOPHIE DE PLATON.
eu Principes Phyfiques des Platoniciens.
Platon (félon que rapporte Plutar-
aii i.liv. des Opinions des Philofo-
pliescK. 3. ) adraettoit trois Principes
Dieu , ia Matière 8c Vidée: Dieu , com-
•me l'intelligence univerfelle : la Ma-
tière, comme le premier fuppôt de la
Génération & de la Corruption : l'Idée,
comme une fubftance incorporelle Se
ïéfidente dansTeniendement de Dieu,
îl reconnoilîoit à la vérité que le Mon-
de étoit l'Ouvrage d'un Dieu Créateur;
mais il n'entendoit pas par le nom de
Création une Création proprement di-
te: car il fuppofoit que Dieu n'avoit
fait que former Se bâtir, pour ainfi di-
re , le Monde d'une Matière prcexif-
tante, & qui étoit de toute Eternité :
de forte que ce Dieu Créateur, n'cft
félon lui , à ('égard du Monde qu'il a
créé en débrouillant le cahoi ^ & en
donnant une forme à une Matière bru-
te , que ce que font un Architede Se
des Maçons , qui en taillant & en ar-
rangeant dans un certain ordre des
pierres brutes , en forment une Mîi-
ud où fe forment
les Branches s'élève un Pédicule d'en-
viron cinq à fix pouces , qui paroît
être la continuation de la première
Tige, &qui foutient un Bouquet de
petites Fleurs. En fon tems de très-
beaux Fruits leur fuccédent. Ils font
entés par leur Baze fur autant de pe-
tits filets ou Pédicules particuliers de
la longueur d'un pouce, & déliés à
proportion, écartés à égale diUance les
uns des autres en forme Sphérique.
Ils compofent une Ombelle à peu près
femblable par fa Figure à celle du
Lierre , mais bien différente par la
beauté de fon Fruit. Ces Pédicules
font d'une couleur plus vineufe que le
refle.
Quand le Bouquet commence à s'é-
panouir, on voit fe développer une
Fleur fort petite, mais bien ouverte &
biendillinde.ElIea cinq feuilles blan-
châtres en forme d'étoile , comme le
font communément les Fleurs des Plan-
tes en Parafol ou en Ombelle. Elles
font foutenues pat un Calice , au Cen-
tre duquel on voit un Pillile recourbé
en deux petits Filamens , & envi-
ronné de cinq Etamines couvertes d'u-
ne farine grumuleufe , extrêmement
blanche. Ces Etamines font bientôt
ET lùK LA Peinture; 2^
delîéchces , & cette poulTiére farineu-
fe s'évapore en peu de tems.
Le Piftile de la Fleur en s'unilTant
au Calice devient un Fruit, & preni
la Figure d'un Arricot, Il fe voûte par
fon fommec , où le Calice de la Fleur
lui fait une Couronne à cinq rayons »
au Centre de laquelle paroit la pointe
du Pillile; à fes extrên-iités il s'arron-
dit en Orilion , & s'applatit par fes cô-
tés , où il fe diftingue par des lignes
épaifles de bas en haut , en manière de
côtes de Melon ; mais à méfure que ce
Fruit fe remplit ces lignes s'effacent Se
paroiffent peu fenfibles. La Peau fe ra-
fiiie , devient plus mince , plus déli-
cate ^ & couvre une Pulpe ou Chaic
fpongieufe un peu jaunâtre, d'où fort
un Suc vineux , & qui eft à peu près
du goût de la Racine & des Feuilles.
Ce Fruit efl d'abord d'une couleur
Vert-foncé , il blanchit en approchant
de fa maturité, quand il ell mûr, if
efl d'un beau Rouge de Carmin , & if
noircit en féchant à méfure que laPeaa
fe colle fur les Noyaux. Quand le Fruit,
ell parfait ; il renferme deux Noyaux
féparés en deux Cellules , & pofés fur
le même plan. Ces Noyaux ont auiïi
la Figure d'un Arricot ; ils font durs >
diftingués en côtes de Melon comme
le Fruit , l'Amande en ell blanche , &
d'un goût un peu amer, ainli q^ue le
refle de la Plante.
Outre ce Bouquet , on remarque
fouvent un ou deux de ces Fruits por-
tés fur des Pédicules féparés & attachés
au Pédicule commun , à deux pouces
au-deiïous de L'Ombelle. Quelquefois
il en naît plutieurs qui partent du nœu J.
d'où forcent les Branches. J'ai vu une
de ces Plantes qui me parut plus ex-
traordinaire, elle avoit un fécond Bou-
quet bien formé , qu'elle portoit fur
un fécond Pédicule commun j^ qui s'é-
3© Observations sur. l'Histoire Naturelle;
ievoit à côté du premier. Racine aiifTi la vendent-ils très-clier 8c
Il paroît donc vraifemblable que or^ en donne trois fois autant d'Argent
tous les Auteurs , qui nous ont donne qu'elle pcfe.
des Figures diHerentes de cette Fiante,
ne nous les ont données que fur des
Mémoires intidéles, trompés eux-mê-
mes par d'autres qui l'avoientété avant
eux.
Tous les Auteurs qui parlent du
Gin - feng s'accordent à lui donner de
très -grandes vertus.
Les Chinois 6f les Japonois rappor-
tent diverfes propriétés de ces Racines.
Les principales font , qu'elles forti-
fient , qu'elles engraiffent , qu'elles font
utiles pour les maux des Reins. Il n'efl
prefque point de Médecines , & il n'eft
point de Cordiaux où ils ne les falTent peurs , qu'il remédie à la refpivation
entrer après les avoir réduites en pou- foible &c précipitée en fortifiant la Poi-
dre. trine ; qu'il augmente les Efprits vi-
EUe augmente les Efprits vitaux , taux & produit de la Limplie dans
quoiqu'on n'en prenne que la douzié- le Sang ; enfin qu'il efl; bon pour les
me partie d'une once. Quand on aug- Vertiges (Se les EblouilTemens , &c qu'il
mente la dofe elle fert à rétablir les for- prolonge la vie aux Vieillards. Sur les
ces perdues & à fortifier les foibles &: expériences de cette Racine , on ne
les débiles. Elle échauffe agréablement fçauroit trop vanter une Plante aulïï
& doucement le Corps lorfqu'on la piécieufe & aufTi fouveraine que l'efl
fait bouillir au Bain-marie: quand elle celle-ci.
Les plus habiles Médecins de la Chr-
ne ont fait des volumes entiers fur les
propriétés du Ginfeng. Ils le font en-
trer dans prefque tous les Remèdes
qu'ils vendent aux Grands Seigneurs ,
car il ert d'un trop arand prix pour le
Peuple. Ils prétendent que c'efl un
Remède fouverain pour des cpuifemens
caufés par des travaux exceOlfs du
Corps & de l'Efprit , qu'il difTout les
Phlegmes ^ qu'il guérit la foiblelfedu
Poumon Se la Pléurefie , qu'il arrête les
VômilTemens , qu'il fortifie l'Eflomach
& ouvre l'appétit ; qu'il dilTipe les Va-
efl cuite elle éxale une odeur aromati-
que: ceux qui font d'un tempéram-
ment fort & robufle , & qui ont une
grande chaleur naturelle , courrent rif-
que de perdre la vie s'ils en mangent ,
oarce qu'elle augniente trop leurs ef-
prits (Se leur chaleur. Il n en ett pas
ainfides Malades ou des Perlonnes af-
foiblies par une longue maladie, elle
fait fur eux des efpéces de miracles.
Les mourans même trouvent fouvent
du foulagement à en ufer : par là leurs
forces s'augmentent, è^- ib îe trouvent
en état de prendre les Remèdes qui
leur font nécelTiires pour Is recouvre-
ment de leur fanté. Les Chinois ra-
content mille autres merveilles de cette
Je demandai d'abord à nos Sauva-
ges quel ufage ils en faifoient. On en
ufe, me répondirent-ils, pour purger
les Enfans au Berceau. Ils difent qu'el-
le n'ert pas allez forte pour purger des
Pcrfonnesplus âgées. C'ell-là fans dou-
te ce qu'il l'a fait appeiler par quel-
ques-uns la Médecine des Enfans. Les
Sauvages s'en fervent aulTi pour réveil-
ler l'appétit , quoique le dégoût foit
une Maladie peu ordinaire parmi eux.
Un Huron 8c un Albenaquï , tous deux
habiles à leur manière, me dirent qu'ils
l'employoientpour la Diffenterie , mais
qu'ils la méioient avec d'autres Plantes,
c'étoit-là tout ce que je fiçavois du Gin-
feng lorfque je l'envoyai du Canada à
SUR LA Physique
Paris i je m'étois cependant perfuadé
que par Ton ufage je m'étois guéri d'un
refle de Khumatifme dont j'étois très-
fatigué & que je n'ai plus reffenti. Je
m'en fuis fervi depuis pour un flux de
Sang commencé , que j'emportai d'u-
ne feule prife.
■ Je n'envoyai que très - peu de
Gin-feng à Paris , feulement pour le
faire voir. Je ne laifTai pas d'enadref-
fer une petite Bocte en Province aune
Perfonne incommodée pour laquelle je
m'intéreiïbis , elle étoit malade depuis
dix-neuf mois. Le principe de fon mal
étoit un dérangement d'Eftomach qui
avoit fi fort empiré , qu'il s'y étoit jomt
une Fièvre intermittente avec une in-
fomnie perpétuelle & un très-grand dé-
goût. Le Quinquina dont elle ufoii ne
lui ôtoit ia Fièvre que pour peu de
jours , il lui caufoit même une grande
ardeur dans le Gofier, & i'écliaufloit
coufidérablement. Ceux qui m'écri-
voientà fon fujet m'en parloient com-
me d'une perfonne de qui il n'y avoit
plus rien à efpérer.
Dès qu'elle eut reçu ces Racines elle
en ufa durant fept jours de fuite. Dès
les premiers jours elle recouvra l'appé-
tit Si le fommeil : mais fa Fièvre aug-
menta fi coufidérablement fur la fin ,
qu'elle en feroit morte^ dit-elle^ fi elle
eut eu un troifiéme accès femblable
aux deux premiers qu'elle avoit eus.
Elle crut devoir interrompre l'ufage du
Gin-feng. Son Médecin lui fit entendre
que cette augmentation de Fièvre pou-
voit venir plutôt de ce qu'elle avoit
iifè de quelques- unes de ces Racines
mojfics , que de la Nature même du
Remède. Elle en reprit & guérit. II y
a un mois , écrit-elle , que je n'ai plus
de Ficvre , & djs tout mon mal , il ne
me relie que de la maigreur.
Je n'ai point fait myftére en Canada
ET SUR LA Peinture. 31
de ma Découverte. A prcfent tout le
Monde y connoît le Gin-feng, fur-
tout à Montréal, où tout cet Eté les
5'auvages le font venu vendre au Mar-
ché , & l'ont même vendu aflez Chè-
rement. L'abondance qu'on en a eue
a donné lieu à plufieurs expériences.
Une perfonne de caraâère & de
diflindion ; mais réduite prefque tou-
tes les Années à rextrcmitè, par un
Afihme, rèfolut de s'en fervir. Dès
les premières prifes elle y reconnut un
effet fi prompt , qu'elle avouoit qu'on
lui ôtoit , ce lui fembloit , le mal com-
me avec la main.
Des Perfonnes âgées ayant fait ufa-
ge pour des Fluxions 8c des Rhumaiif-
me-,qui les rendoient comme impoten-
tes depuis quelques années , en ont été
délivrées par une efpèce de prodige.
Cette Racine ell véritablement amie
de l'Eriomach, en remet les Levains ,
difiipe les Humeurs froides , pituiteufes
& fcrophuieules, fubiilife le Sang, lui
ôte fa grolTierctè ., Si eil un fpècifique
pour y rendre fluide la Lymphe. Elle
ouvre les conduits des Rheins , Se pouf-
fe au dehors les fables & les matières
giaireufes. Elle excite fenfiblcment
l'appétit , &: fortifie vèritabien>ent. La
Chaleur qu'elle excite efl douce ^pro-
portionnée à la Chaleur naturelle, &
propre à faire une bonne Coélion ,
& par-là à remédier à prefque tous les
maux qui font produits par le défaut
de digeftion.
C'eU en particulier un excellent Fé-
brifuge : je connois trois ou quatre
perfonnes qui ont été guéris de Fièvres
lentes de deux ans , en très -peu de
jours. M. Breynius dit que quand on en
a pris y la Fièvre diminue de moment
en moment. Cependant quelques per-
fonnes en Canada ont éprouvé un effet
contraire, & fait les mêmes plaintes
Observations sur t'HistoiRE NAtuRELte ,"
3^
que celle à qui je l'avois envoyé en
France. Peut-être que ces dificrences
viennent de la variété des Tempéra-
mens , de la dirpofitiùnoù l'on fe trou-
ve , ou de la manière de le prendre.
Sur quoi les épreuves qu'on en fera
dans la fuite, achèveront de nous inf-
truire. Pourmoi j'ai de la peine à croi-
re que fon ufage puifle être nuilîble ,
tant fa Chaleur me paroit douce. Il me
femble pourtant qu'il eLl meilleur pour
îes Fièvres chroniques & lentes , que
pour les Fièvres aiguës. Je ne voudrois
pas non plus le donner dans l'accès de
la Fièvre. Les perfonnes mêmes d'un
Tempérament trop vif doivent en ufer
avec précaution , mais on le con-
dèclare fa force St fa vertu. On peut re-
mettre pareille quantité d'eau fur la
même d jle , & il ell bon même la fé-
conde fois. Oeft ainfi qu'on en ufe pour
le Thé. Je croirois qu'il feroit meilleur
infulédans le Vin blanc. On en pour-
roit faire même une eau ^ comme l'eau
de Genièvre^ qui auroit pour le moins
autant d'efficace , & qui auroit le mê-
me ufaç;e.
On peut le prendre à jeun, ou mieux
encore après avoir mangé , car il aide
la digeRion , 8c guérit même l'indi-
gellion. Une perfonne digne de foi
m'a alTuré en avoir été guérie fubite-
ment.
Les Chinois ne fe fervent que de la
feille aux perfonnes âgées & languif- Racine du Gin-feng. Le Fruit n'eft
fantes
La manière de prendre le Gin-feng ,
félon M. Kempfer eft de le réduire en
poudre. La dofe eft d'une Dragnie &
demie, infufée dans quelque liqueur.
On peut s'en fervir de cette manière
bon à rien. Le P. Jartoux affure que
les Feuilles , prifes en guife de Thé ,
font auflTi bonnes ou meilleures que le
Thé même. Quelques perfonnes ont
fumé de ces Feuilles en Canada , le
goût & l'crdeur félon leur rapport en
félon le Père Jartoux. On coupe la font agréables , &; leur fumée abbat les
Racine par tranches . il en confeille aux vapeurs
perfonnes malades la cinquième paru
d'une once , & la dixième partie à
ceux qui n'en prennent que pour fe
conferver dans leur embonpoint, en-
core ne croit -il pas qu'on doive en
faire un ufage \ournalier. On met cette
dofe dans un Vaiîleau de Terre bien
bouché , fur un demi - feptier d'eau
qu'on lailïe bouillir iufqu'à ce qu'il
foit réduit à une bonne lalfe. On le
prend anffi chaud qu'on peut, & on
îe mêle avec un peu de fucre pour en
corriger le goCit , qui paroit d'abord
défagrèable. Ce goût confilie dans un
feniiment de jus de Règlilîe , mais qui
a un peirplus d'amertume. Quand on
y eft accoutumé il fait plailir , Se on
fenten même-tems une chaleur douce
dans la Bouche & dans l'Eilomach, qui
Le Gin-feng ne croît pas à la Chine,
mais enTartarie. On l'y trouve entre le
j9 & le 47 dégrès de Latitude Boréale,
le lo 5cie iode Longitude ^ en comp-
tant depuis le Méridien de Pékin. Il
croit fur le penchant des .Montagnes
dans d'èpailles Forêts , fur le bord des
Ravines , autour des Rochers , au pied
des Arbres , & au milieu de toutes lor-
tes d'Herbes ,-mais on ne le trouve
point dans les Plaines , & dans les
Marécages , ni dans les lieux décou-
verts.
On n'en recueille pas dans toutes for-
tes de Bois, je l'ai cherché inutilement
dans les Forêts touffues & embarralVces
de Broufiaillcs. Ce n'efl proprement
que dans les Bois de Haute-Futaye , où
les Arbres droits & hauts font dégagés
pax
SUR LA Physique et sCr. la Peinture;
tinde de la Matière, & que quand on
•Broyé du Bled , par exemple , il fur-
vient une nouvelle forme fubilan-
tielle, par laquelle le Bled devient Fa-
line , &.C.
II admet de ces fortes de formes
fubflantielles dans tous les autres Corps
naturels ; ainfi , par exemple , dans un
Cheval, outre les Os, la Chair, les
Nerfs j le Cerveau , le Sang qui en cir-
culant dans les Veines de dans les Ar-
tères , nourrit toutes les Parties , &
outre les Efprits Animaux qui font les
Principes des mouvemens , il admet
une forme fubftantielle qu'il dit être
l'Ame du Cheval ; il foutiejit que
cette prétendue forme n'efl: pas tirée
delà Matière , mais de la puillancede
la Matière: il veut que ce foit une
entité réellenien: diflinéle de la Ma-
tière, dont elle n'eit ni Partie, ni mê-
me Modification.
Ariûote tient que tous les Corps
TerreÛres lojit compofés de quatre
Elemens, la Terre, l'Eau, l'Air &; le
Feu : que la Terre & l'Eau font péfar-
tes , en ce qu'elles tendent à s'appro-
cher du Centre du Monde; * & qu'au
contraire l'Air & le Feu s'en éloignent
ïe plus qu'ils peuvent, qu'ainfi ils font
légers.
Outre ces quatre Elemens , il en a
admis un cinquième dont les chofes
Céleftes étoient comporécs , Se dont le
mouvement étoit toujours circulaire.
II tient que la Matière efl; divifible à
l'infini; que l'Univers efl plein, & qu'il
n'y a aucun vuide dans toute la Natu-
xei ** que le Monde efl: éternel ; que le
Soleil a toujours tourné comme il a fait,
& qu'il tournera toujours de même
41
que les Générations des Hommes fe
font toujours faites fans qu'il y ait eu
jamais de commencement, S'il y avoit
eîi un premier Homme , dit-il , il fe-
roit né fans Père &: fans Mère , ce
qui répugne. Il fait le même raifon-
nement fur les Oifeaux : il ne fe peut
faire , dit- il, qu'il y ait eu un premier
(Euf qui ait donné le commencement
aux Oifeaux j car un Oifeaù vient d'un
(Euf; mais cet v*.uf vient d'un Oifeau,
Si ainfi toujours de même en remon-
tant fans qu'il y ait jamais eu aucun
commencement. Il raifonne de mê-
me de toutes les autres efpéces qui font
dans l'Univers. *
11 foutient que les Cieux font incor-
ruptibles , & que quoique les chofes
fublunaires fbient fujettes à fe corrom-
pre , leurs Parties néanmoins ne pé-
riflent pas ; qu'elles ne font que chan-
ger de place ; que des débris d'une
chofe il s'en fait une autre ; & qu'ainli
la Maiïe du Monde demeure toujours
en fon entier^ Ariflote tient que la
Terre efl; au Centre du Monde, Si que
le premier Elire fait mouvoir les Cieux
au tour de la Terre par des Intelli-
gences qui font occupées perpétuelle-
ment à ces mouvemens.
II prétend que tout ce qui efl cou-
vert aujourd'hui des Eaux de la Mer,
a été autrefois Terre ferme , & que
tout ce qu'il y a aujourd'hui de Terre
ferme fera enfuite couvert de ces mê-
mes Eaux. La raifon qu'il en donne
efl tirée de ce que les Fleuves & les
Torrens entrament continuellement
des Sables & des Terres , ce qui fait
que les Rivages s'avancent peu à peu
Si que la Mvir fe retire infcnfiblementi
* C'eft de cet endroit que Newton tire la ** Defcartes tire fon Plein & fon Homur du
Gravitation des Corps , & la Propenjion qud- Vuide de cet endroit ici.
conclue. * Les Matérialiftes raiibnnent auflTi mal,
Année \-j$2 jTom. IL IF. Partie, F,
Observations sur" l'Histoire Naturelle^,
42
lîbien que le temsne manqiuuit jamais,
ces vicilTitudcs de Terre en Mer Se
de Mer en Terre , fc font enfin aprcs
des liécles innombrables. Il ajoute
qu'en phifieurs endroits qui font bien
avant dans les Terres , & même
fort élevés , la Mer en fe retirant
y a (ailîé de fcs Coquilles , &: qu'en
fouillant daps les Terres on trouve aulïï
quelquefois des Ancics & des pièces
■de Navire. OviJe attribue auflTi ce mê-
me Sentiment à Pithagore.
' Or^ Ariftct2 prétend que ces chan-
gemens de Mer en Terre, de Terre
en Mer , qui fe font infenfiblement &
pendant une longue fucceffion de tenis^
font en partie caufe que la mémoire
des chofes paflces s'abolit. Il ajoute
qu'il arrive outre cela d'autres acci-
dens , qui font caufes que les Arts mê-
mes fe perdent. Ces accidens font , ou
des Peftes , ou des Guerres , ou des
Stérilités , ou des Trem.blemens de
Terre, ou des Incendies , ou enfui des
Défolations, qui font telles qu'elles ex-
terminent & font périr tous les Hom-
mes d'une Contrée ; fi ce n'eft qu'il
s'en échappe quelques-uns qui fe fau-
vent dans les Déferts, 011 ils mènent
ime vie fauvage, & oîi ils donnent chaque Corps.
On a beau méprifer la citation du
Sentiment des Anciens; ce Sentiment
a trop de liaifon avec celui des Mo-
dernes pour l'enfévelir dans l'oubli :
il faut au contraire qu'il niarche à la
Tête pour confondre ceux qui en font
les Plagiaires.
PHILOSOPHIE DE DESCARTES.
Defcartes foutient avec vérité , que
Dieu efl l'Auteur de tout ce qui ell au
Monde . & qu'étant la fource de toute
vérité , il n'a point créé notre enten-
dement de telle nature qu'il fe puifTe
tromper au jugement qu'il fait des
chofes dont il a une perception fort
claire & fort dillinéle.
Qu'il y a des Corps étendus en lon-
gueur , largeur Se profondeur , qui ont
diverfes Figures & fe meuvent en di-
verfcs façons.
Que ce n'ell pas la pcfanteur , ni la
dureté , ni la couleur , &c. qui confli-
tue la nature des Corps , mais Tex-
tenfion feule.
Que la Rarcfraflron, la Condenfa-
lion , fe font par l'ccartemcnt ou par
l'approche des Parties qui compofent
nailTance à d'autres Hommes, qui par
la fuite des tems cultivent les Terres ,
& inventent on retrouvent des Arts,
Se que les mêmes Opinions font reve-
nues & ont été renouvellées une infi-
nité de fois. C'eft ainfi qu'il foutient
que nonobflant ces viciflitudes Se ces
révolutions , la Machine du Monde
demeure toujours incorruptible.
La Philofophie d'Ariftote a régné
depuis Alexandre le Grand , jufqu'à
Louis XIV. Defcartes rcnouvcUa la
Philofophie & lui donna une nouvelle
forme : il ell aux Modernes ce que
Thaïes étoit aux Anciens.
Que dans la Ràréfraclion , les Tn-
tcrvalles des Parties écartées font oc-
cupées par d'autres Corps ; Se dans la
Condenfaiion , l'approche des Par-
ties les expulfe de ces intervalles.
Que la grandeur ne diffère de ce
qui eft grand , que par nôtre penfée.
Que l'efpace ou le lieu intérieur,
n'ell différent auffi^qne par notre
penfée.
Que la fuperficie d'un Corps peut
être prife pour fou lieu extérieur,
Qii'il ne peut-y avoir aucun vuide.
Que tous les Atomes font divifibks à
V infini.
SUR. LA Physique et
Que retendue du Monde ei^ indé-
jink.
Que la Terre & les Cieux ne font
faits que d'une même Matière, & qu'il
ne peut y avoir plufieurs JMondes.
Que toutes les variétés , qui font en
la Matière , dépendent du mouvement
des Parties.
Que le mouvement en fa propre
panification ne fe rapporte qu'aux
Corps qui touchent celui qu'on dit fe
mouvoir.
Que Dieu cfl la première caufe du
mouvement , & qu'il en conferve tou-
jours une égale quantité dans l'Uni-
vers.
Que les forces de cliaque Corps
conQllent en ce que chaque chofe per-
fide autant qu'elle peut à demeurer au
même état où eile fe trouve.
Que la nature des Corps durs con-
fifle en l'union des Parties , & celle
des liquides en leur facilité à être déf-
unies.
Que ce qui joint les Parties des
Corps durs , eft le repos qu'elles ont
l'une à l'égard de l'autre ; & qu'au con-
traire les Parties d'un fluide ont des
mouvemens qui tendent également de
tous côtés, que la première force fuf-
fit pour les déterminer.
Que la Matière du Soleil , ainfi que
■celle de la Flâme , ell fort mobile ,
mais qu'il n'eft pas befoin pour cela
qu'elle paffe toute entière d'un lieu à
un autre pour fe faire fentir.
X^ue toutes les Planettes font emportées
autour du Soleil par le Ciel qui les con-
xient , comme le font auffi les taches
qui font autour du Soleil.
Qiie la Terre eji emportée en rond au-
tour de fon centre^ Cr la Lune autour de
la Terre.
Qu'un Corps petit tendre à fe mou-
voir en plufieurs & divetfes façons^ en
SUR LA Peinture. '45
même tems, & qu'il tend à s'éloigner
du centre autour duquel il fe meut.
Que la Matière Célefte qui environ-
ne le Soleil & les Etoiles , tend à s'é-
loigner de tous les points de leur fu-
pertîcie ; que cela fuflit pour expli-
quer toutes les propriétés de la Lu-
mière.
Que les mouvemens des Tourbillons fi
doivent un peu détourner poux n'être pas
contraires les uns aux autres.
Que la Matière du premier Ele,«
ment^ ou la Matière Éthérée entre par
les Pôles de chaque Tourbillon vers jon cen-
tre j £r fort de-là par les points les plm.
éloignés des Pôles, ■-)
Qu'il n'en eft pas de même du fé-
cond Elément.
Que la Matière du premier Elé-
ment , ou ta Matière du Feu ( que
Defcartes prétend aulTi êtie celle du
Soleil & des Etoiles ) qui efl: entre
les petites boules qui compofcnt le
CieL a deux mouvemens , Cun en ligné
droite qui la porte des Pôles vers le Sqled j
puis du Soleil vers l Ecliptique ^ Sr" l'au-
tre circulaire autour des Pôles :, qu: lui efl
commun avec 'le rejle du Gel. Qu'elle
employé la plus grande partie de (on
agitation à fo mouvoir en toutes les
autres façons qui font requifes pour
changer continuellement les' Figures de ces
petites Parties , & rertiplir exaûement
les recoins qu'elle trouve. .autour des
petites boules entre lefquelles elle
pade.
Que la Matière du premier Elément
contribue a l'action qui doit être prife
pour la Lumière, & que cette action
s'étend de tous côtés , aulTi-bien vers
les Pôles que vers l'Ecliptique. ■
Que la Lumière que le Soleil en-,
voye vers hs Pôles n'a pas tant de for-
ce que celle qu'il envoyé vers TEclip-
F il
Observations sur l'Histoire Naturelle y
44-
Que les Parties du fécond Elément
qui font plus proches du centre de cha-
que Totirbiiljn, font plus petites &;
fe meuvent plus vite que celles qui
font quelque peu plus éloii^nées, 8c
cela jufqu'à un certain enchoit , au-de-
là duquel celles qui font plus hautes
fe meuvent plus vite que celles qui
font plus balles.
Que les J'arties du fécond Elément
ont divers mouvemens, qui les rendent
rondes en tout fens.
Que les Planettes , fit et qu'elles font em-
portées par le Cours du Ciel , doivent con-
tinuellement defcendre vers fin centre , juf-
qiCà ce qu'elles foient parvenmt au lieu où
font celles de [es Parties qui n'ont ni plus
ni moins de force que na la Planette à perz
fevérer dans fon mouvement.
Que les Planettes les plus folides &
les plus grofTes font les plus éloignées
du Soleil , & que Mars n'eft pas plus
éloigné du Soleil que la Terre, quoi-
que plus petit , parce qu'il ell plus fo-
lide.
Que la Lune tourne autour de la Ter-
re . parce qu'elle eft défendue dans fon
Tourbillon ^ avant que la Terre fut def~_
cendué dans celui du Soleil.
Que la Terre tourne fur fon centre ,
parce qu'elle a été autrefois Étoile fixe y
quioccupoit le centre d'un Tourbil-
lon particulier dans le Ciel , 8c que l.i
moitié du premier Élément ^ qui a demeuré
depuis à fion centre , continué de la mouvoir
en la même façon.
PHILOSOPHIE DE GASSENDI.
Ce Philofophe dit que Dieu , dans
le commencement a amant créé d'A-
tomes, qu'il en étoit nécelTaire pour
former le Monde : Se fans les ralTem-
bler en des grandes 8c plus grandes
malles, qu'il créa la maiïe de la Ma-
tière , de façon qu'elle pût êtredifloute
en petits Corps, 8c par conféquent
compofée des plus petites 8c dernières
Parties.
11 fuppofe que les Atomes ayante
reçu de Dieu leur grandeur & leur Fi-
gure avec une diverfité inconcevable,
ils ont auffi reçu la force convenable
de fem)uvoir, de fe tourner^ de fc
débarralTer 8c fortir en liberté , de ré-
fléchir, choquer, repouffer ^ retour-
ner , de fe prendre les uns les au-
tres , s'embarralîer , fe retenir , s'accro-,
cher , 8cc. autant qu'il a prévu être né-
ceffaire pour toutes les fins 8c tous les
effets aul'quels dès lors il les deflir
noit.
Que lorfque Dieu au commence-
ment, commanda à la Terre &: à l'Eau
de frudilier & de produire les Plantes
& les Animaux , il fit comme une Pé-
pinière ou un Amas de Semences de tou~
tes les chofies qui pouvoient être engendrées ,
c'efi-à-dire, qu'il chutllt les Atomes
dont il fit les Semences de toutes chor
fes j pour fervir enfuite à la Généra-
tion ik à la Propagation des com-
potes.
Que ces Semences furent répandues
dans toutes les Régions propres à la
Génération , non pas également ou les
mêmes par tout , mais félon qu'il fe
trouvé être convenable à chaque heu.
Que les Semences pouvoient fie réfioudre
en leurs Atomes ^ les Atomes pouvoient
aujji en fi rencontrant les uns les autres ,
fe joindre^ fie rajjembler ^ enfiorte qu'il s'en
formât des Semences.
Il fuppofe enfin ^ que cette difpo-
fjtion a commencé cette fuite de Gé- J
nirations ou de corruptions , qui pet-
fcverent encore jufqu'à préfent , 8c per-
févérera de même, (elon les ordres de
la Providence: Le même Amas d'Atô-.
mes demeurant inépuifable , 8c four^
SUR Va Physique
•hîiïant toujours la Matière dont fe for-
ment les Corps , Si le mouvement par
ie moyen defquels ils font formés.
' PHILOSOPHIE DE NEITTON.
II me fenible très, probable, dit M.
Newton, qu'au commencement Dieu
forma la Matière en particules (olides
& malTives , dures , impénétrables ,
mobiles , de telles grandeurs & Figu-
res , avec telles autres propriétés , en
tel nombre, en telle quantité, en telle
proportion à l'efpace , qui convenoit le
mieux, à la fin pour laquelle il les for-
moit , & que par cela même que ces
particules primitives (ontfoHdes, elles
font incomparablement plus dures ,
qu'aucun des Corps poreux qui en font
compofcs , & fi dures qu'elles ne s'u-
fent ni ne fe rompent jamais; rien n'é-
tant capible, félon le cours ordinaire
de la Nature, de divifer en plufieurs
Parties ce qui a été fait originairement
un, parladifpofition de Dieu.
Tandis que ces particules conti-
nuent dans leur entier , elles peuvent
conftituer dans tous les fiécles des
Corps d'une même Nature & Con-
texture ; mais fî elles venoient à s'u-
fer ( dit Nevton ) ou à être mifes en
pièces, la Nature des chofes , qui dé-
pend de ces particules, telles qu'elles
ont été faites d'abord, cfiangeroit in-
failliblement. L'^Eau & la Terre, com-
pofées de vieilles particules' ufées &
de fragmens de ces particules , ne fe-
roient pas à préfent de la même Nature
& contexture que l'Eau & la Terre
qui auroient été compofées au com-
mencement des particules entières ,• &
parconfèquent afin que la Nature puif-
fe être durable , l'altération des Elires
Corporelsne doit confifler qu'en diffé-
rences féparations^ ^ nouveaux allem-
tr SUR LA Peinture; :<f,y
blages & mouvemens de ces particu-
les permanantes. Les Corps compofés
étant fujets à fe rompre, non par le
milieu de ces particules folides , mais
dans les endroits où ces particules font
jointes enfemble &ne fe touchent que
par un petit nombre de points.
C'efl par le moyen de ces Principes
que toutes les chofes Matérielles fem-
blent avoir été compofées de ces par-
ticules dures & folides, diverfement
aiïemblées dans la première formation
des chofes, parla direftion d'un Agent
intelligent; & s'il l'a fait , ce n'eftpaj
agir en Philofophe que de rechercher
une autre Origine du Monde,ou de pré-
tendre que les fimples Lorx de la Na-
ture ayant pu tirer le Monde du cahos,
quoiqu'e'fanf une fols fait , ilpuiffe conti-
nuer plufieurs fîédes par le fecours de ces
Loix,
Car tandis que les Cornettes fe meu-
vent en tout fens dans des Orbes extrê-
mement excentriques , un Deflin aveu-
gle ne fçauroit jamais faire mouvoir
toutes les Planettes en un même fens
dans des Orbes concentriques , à quel-
ques irrégularités près de nulle impor-
tance , lefquelles peuvent provenir de
l'aélion mutuelle entre les Cornettes Se
les Planettes , & qui feront: fu jettes à
augmenter , jufqu'à ce que ce Syllême
ait befoin d'être reformé.
Il me femble d'ailleurs ( ajoute M.'
Newton ) que ces particules n'ont pas
feulement une force d'inertie , accom-
pagnée des Loix paiTn'es du mouve-
ment , qui rèfulte naturellement d'un&
telle forcs;mais quelLesfont auffimuis par
certains Principes aâifs tel qu'eji celui de la
Gravité, & celui qui produit la fermenta^
tion &* la cohéflon des Corps,
Je ne conlidère pas ces Principes-
comme des qualités occultes, ( dit M..
Ne\?ton) qui foient fuppofces réfuUer
^5 Observations sur l'Histoire Naturille,
de la formefp.iciruiiie Jeschofes; miis de Leucipe , à& Dcmocrite ,
comme des Loix "énéraUs de la. Nature, ' ~
par lef.juilles les chofes mêmes font formées ,
la vcrité de ces Loix le montrant à
nous par des Phénomènes, quoiqu'on
n'en ait pas découvert les Caufes.
Nous dire ici que chaque efpéce de
•chofe eit douée d'une qualité occulte ,
fpécifique , &: produit des effets lenlî-
bles , c'elt ne nous rien dire du tout :
miis déduire des Phénomènes de Ix Nature
deux ou trois Principes Généraux du
mouvement , &* nous expliquer enfuite corn-
ment les propriétés &" les actions de toutes
les cliofes Corporzlles découlent de ces Prin-
cipes m2n'fe[hs, ce ferait faire un progrès
trts-coiifuiiraUe dans la Plnbfophie , quoi-
que les Cxufes de ces Principes ne pijjent
point découvertes.
Ne-wton admet enfuite l'Erpace ,
«omme Gaflendi , & le divife en Efpace
ahfolu & en Efpace rehtif: Il prétend
que l'Efpace abfolu eil toujours fim.i-
laire &: immobile , & que l'Efpace re-
Jatit'n'ert que la mefure de cet Efpace,
ou la dimenfion quelconque du m;.-
bile.
Ce Philofopîie dit après , que VJt-
îraBion des Corps , quife cherchent les uns
les autres , ou qui s'agitent enfemble , ejî
occafionnée par L'émiffion de leurs Efprits ^
ou par ï'aàion de tÉther , ou de l'Air ,
ou d'un milieu quelconque , foit C'^rporel ^
fait Incorporel , qui poujje les uns vers les
Autres, Us Corps qui nagent fur la fur--
face.
C'ed-là tout ce que nous dit New-
ton de \'Attra6lion , de VÉther ëc de
i'Impulfion.
Newton prétend enfuite que la Lu-
mière découle du Soleil ( Sentiment
i'Èpicure^
de Platon^ 8c de Lucrjce.. ) M. de
Voltalrefon Difciple, ajoute que le So-
leil nous darde la Matière I.umrneufe
& la fournit éternellement fans paroî- '
tre s'épuifer, à peu près comme le
Alufc élance fans cejje autour de lui des
Corps odoriférans ^ fans rien perdre fenfi-
hlement de fon poids.
PHILOSOPHIE DE LEIBNITZ i
ou Syfîême des Monades.
Le Syilcme de Leibnitz efl fi com-
pliqué qu'il eft impolFible d'en faire
un Extrait en peu de mots, comme
nous venons de faire de ceux des au-
tres ; nous nous contenterons d'ea
citer feulement ici les Principes eiïen-
tieh, &: d'ailleurs nous refervons ce
Syftême pour une autre fois ; il ell
plus Métaphyfique que Pîiyfique & ne
peut guéres fe placer ici.
Ce Philofophe foutenoit VHarmo-
nie préétablie de l'Ame Cr du Corps , Se
qu'il y a une infiuence Phyfique de
l'Ame furie Corps.
Il admet pour Elément de la Ma-
tière les Monades , c'eli - à - dire, les
Eiires fimples , qui n'ont ni étendue,
ni parties^ ni figure, ni grandeur.
PHILOSOPHIE DE GAUTIER. ^
Dieu a donné des bornes à l'Efpace
qui formef-l'Univcrs ; & l'Univers n'ell
qu'un point dans le Sein de Dieu.
La Matière ne remplit pas tout l'Ef-
pace de l'Univers : fes particules fe
louchent cependant , mais les plus pe-
tites Parties occupent les intervalles
* J'ai déjà donné le précis de mon Syftcme
4ans la première partie de mon premier Vo-
lume , je fuis obligé nécertaitementde le répé-
ter ici à la fuite de ceux que nous venons d'exa-
miner & d'y ajouter quelques réflexions par-
ticulières fur la Création,
Sur. la Physique
dès plus grandes , de les intervalles des
plus petites font occupes par l'Efpace
qui conftituc l'Univers,
La Matière nous ell fenfible , nous
pouvons l'appercevoir comme telle,
parce que nos Ortranes font analogues
avec la Matière. Mais l'Efpace ne peut
être conçu que par l'Efprit.
La MatiLie difTcre de rEfpace en
ce qu'elle ell foiiJe & impénétrable
dans fes plus petites particules , quoi-
que fes compofés puitîent être divifés ;
mais l'Efpace eu. pcnétrable en tout
fens ; 8i malgré les mutations de la Ma-
tière , qui lui font perdre d'un côté ce
qu'elle acquiert de l'autre , elle ell tou-
jours èc;ale& immobile dans fon tout.
L'Univers efl compofé d'une cer-
taine quantité de Matières inaltérables
& toujours les mêmes.
Toute la Matière efl; en général de
ïa même pâte ^ & ne diffère que par la
forme de fes particules.
Les Efprits immatériels exiftent &:
font incompatibles avec la Matière :
ils peuvent pénétrer l'Efpace en tout
fens &: même l'occuper en entier fans
le détruire j mais ils ne peuvent péné-
trer la Matière en aucune façon.
La Matière ell inerte, palUve & relie
immobile dans TEfpace, fi elle n'ell
impulfée par quelque Corps auquel
Dieu doune le premier mouvement.
Ces Corps ( les Parties ignées ) peu-
\t5nt encore céder aux impuUions des
Efprits immatériels aufquels Dieu com-
munique fon Soufle. Tel efl dans l'Hom-
me l'Ame dont les impulfions agilTent
fur les Efprits Animaux.
Les particules de la Matière font de
plufieurs fortes de formes, indivifibles
& inaltérables.
* M. de Lifle a eu foin d'expliquer l'excès
du Diamètre de la Terre par-deiïùs celui de
Mars ; mais il eft impofllble aux Allronçmes
ET SUR LA Peinture. ^j
Les formes globuleufes peuvent for-
mer toutes fortes de liquides, & les au-
tres forment tous les Corps durs &
folides.
Les particules qui compofent le
Feu font les plus petites de toutes , &
pénètrent les intervalles des autres j
ce font celles qi*e j'appelle ignées.
Le Soleil efl un Globe de P.irties-
ignées , qui impulfe continuellement
celles qni font répandues dans le refte
de l'Univers.
Les Etoiles font le même office dans
leurs Mondes.
Les Planettes les plus folides (?v les
plus grandes font les plus impuliees par
les particules ignées, 6v: parconféquent
les plus écartées du Soleil. * Com-
me elles font terraquées elles tournent
fur leur centre par l'inégalité de la
force impulfive , portée fur les Parties
d'Eau & fur les Parties de Terre qui
les compofent , c'eft ce qui caufe leur
mouvement de Rotation, dont s'en--
fuit le mouvement Orbiculaire.
Les Satellites des Planettes. com-
me la Lune à l'égard de la Terre '
tournent fur elles - mêmes & autour
des Planettes qui les dominent par la
réimpulfion des Rayons du Soleil qui
fe fait natui-ellement du Soleil fur la
Planette, & de la Planette fur les Sa-
tellites.
L'impulfion des Parties ignées for-'
me aulTi ia Lumière, Se par conféquent
îa Chaleur : fait végéter les Plantes , .
vivre les Animaux & occafionne tous
les Phénomènes de la gravitation &; de
i'Attraclion apparente des Corps. Cette'
impulfion forme les Volcans Se le Ton-
nerre Si fournit enfin la iMatière Elec-
trique quin'eft que l'adion ou la rèac-
de fixer leur folidité. Ainfi cette ; Remarque
K'eft pas contraire à mon Syfteme, -
4S Observations sur l'H
tiondes Parties de Feu, foit par l'im-
piiHîon naturelle du Soleil, ou par
rimpulfion artificielle des Expériences
Eledriques.
Ceux qui voudront entrer dans un
plui grand détail & connoître les rai-
fous que je donne pour appuyer mon
Sentiment auront recours à mon Li-
vre de Pliilofophie , fous le titre de
Nouveau Syjlime de l'Univers , ou de
Chroa-généjîe.
Il e([ à propos de convenir prcfen»
temcpf que mes Parties ignces dilFérent
.de la ALitiére Ethérée de Dcfcartes , Se
qu'il faut les confidérer dans mon Syf-
téme , comme impulfées uniquement
par le Soleil, & non pas par leur AtSion
particulière & par les Tourbillons Unr-
verfels que ce Pliilofophe leur donnoit
pour Caufe motrice.
II faut encore convenir que rim-
pulfion que Newton aflbcie par hazard
avec fon Attradion, n'eftaufTi, félon
lui, que le poujfement de la Matière
Etiiérée de Defcartes. L'Aâion du
sSileil fur les Parties de Feu «S: la
Nature du vrai Mouvement étoit in-
connue à ce Philofophe.
II faut obferver que je fais la Ma-
tière en général Inerte &" PaJJîve, Se ne
reconnoTs en elle d'autre mouvement
que celui que le Créateur lui imprime
à chaque inltant ; au lieu que New-
ton (Se Defcartes foutiennent qu'elle
continue de fe mouvoir aâuellement
d'elle-même fans le fecours de Dieu ^
félon le mouvement qu'il lui a imprime
dès fa Création.
Si quelqu'un trouve dans la Philo-
fophie ancienne & moderne, que quel-
que Pliilofophe ait dit avant moi que
tout mouvement, toute lumière, &:
toute chaleur, toute attraction, légèreté
& gravitation apparente : toute végé-
tation , condenfation & dilatation : toii-
isTOiRE Naturelle^
te impulfioii (?c toute Eleârifation vient
de la feule Impuljîon des Rayons du
Soleil fur la Terie Se fur les Planettes ;
que ce quelqu'un faiïe connoitre que
j'en impofe au Public.
Bien plus ^ fi quelqu'un eR en état
de prouver en quel endroit mon Syilé-
me Se la caufe univerfelle que j'admets,
a été connue de Newton^ de Defcartes,
de Leibnitz, ou de tout autre Philo-
fophe , qu'il parle & on l'écoutera. Et
fi par la fuite on fuit mes Opinions, que
l'on me rendejullice.
OBSERVATION V.
Sur la C^ufe de l'Eleclricité expliquée par
Vlmpulfion des Rayons du Soleil.
Et Critique de l'Opinion de pouvoir ife'-'
tourner Le Tonnerre.
JE vais donner préfentcment l'Ex-
p'icatron du Phénomène de l'Elec-
tricité. LnCaufe de ce Phénomène ne
fera pas bien difficile à compren.Iie , fi
on veut renoncer à toutes les Hypo-
thèfes des Philofo^Dhes , de q;ii j ai ex-
pliqué les Opinions dans l'Obfcrva-
tion précédente ; & fi on veut avoir
lacomplaifance de faire attention à ce
que je viens de donner fur le Synéme
de ïlinpu'Jion , (S: à ce que j'ai dit en
peu de mots de la nature des Parties de
Feu , de leur exiftance Univerfelle &: de
l'Impulfion continuelle qu'elles reçoi-
vent de l'Afire du jour.
Ceux qui diflinguenc la Muicre ElcC'
trique des Parties de Feu 6c de la Ma-
tière Ignée , ou Ethérée , font dans l'er-
reur j tout de même que ceux qui fc fer-
vent des Tourbillons , de VAttratlion des
Corps, 6c de toutes les autres luppofi-
tion^
SUR LA Physique et sur la Peinture, ^J
tîons, pour expliquer la Phyfique de même dans un tems couvert.
i'EIedricité. Ils ont tort de vouloir fe
donner tant de peine pour faire enten-
dre au Public qu'ils font au fait de la
Caufe Eleârique.
II n'en eft pas de même de ceux qui
difent aujourd'hui que la Matière Elec-
trique ell analogue à celle du Feu & à
]a Matière du Tonnerre ; ils font fon-
dés, mais ils devroient rendre juRice
du moins à l'Auteur des Impulfions
Univerfelles des Parties ignées , qui
a expliqué cette Homogénéité avant
€UX.
Ne vaut-il pas mieux parler en Phi-
lofophe, 8< par un fimple expofé met-
tre le Public au fait tout d'un coup de
ce qu'ont dit les Auteurs pour expli-
quer les Caufes Univerfelles des Phéno-
mènes que l'on veut traiter (Si nommer
ceux de qui l'on fui: , ou de qui l'on
combat les Senttmens j au lieu d'en-
trer dans des dites & des redites inu-
tiles. Il efl: permis alors de donner fon
Opinion , foit pour en démontrer la
nouveauté, ou pour appuyer celle de
celui que l'on veut fuivre.
Je fuis dans le cas de ceux qui con-
tredifent les autres; je vais à prcfeni
donner l'Explication du Phénomèae
de l'Eleftticité félon mes idées.
L'EleSlricité Naturelle,
J'entends par l'Eleétricicé Naturelle
celle qui fe fait fur les Pointes de Fer
expofees à l'Air lorfque l'Orage fe for-
me,- ou tout autre Phénomène Electri-
que , produit fans le fecours de l'Arc.
L'afiailTement des Nues augmente
i'Impulfion fur la Terre ; & par confé-
quent la Rèimpulfion des Parties de
Feu , de la Terre vers le Ciel ; ce qui
fe prouve par la chaleur qui fe fait fen
Cette Impulfion forcée, double na-
turellement la réaâion des Parties de
Feu ; elles s'élèvent & pafTent à travers
toutes les Parties des Corps qui s'oppo-
fent à leur paflage avec impétuofité.
Le Fer dont la Nature ( fuivaut le
Sentiment de tous les Obfervateurs )
efl d'avoir les interRices de fes Parties,
ou pores , extrêmement droits & ferrés,
occalionne les Phénomènes étonnans
dont on a tant parlé.
II eil naturel que les Parties de Feu ;
pouflees par la Rèimpulfion , paflant
par la Baze du Fer fe réuniiïent à fa
pointe. Plus la Baze fera grande, plus
les Etincelles & les Flamêches , qui fe
forment , par la réunion des Parties
ignées , doivent être fortes & vives; ce
qui eft bien contraire au Sentiment
commun , où l'on fuppofe que le Feu
de la Matière Er/?eVee, ou de telle Ma-
tière quelconque , eR attiré fur la Cime
de cette Barre. Suppofition bien con-
traire aux I.oix Méchaniques de tout
mouvement. Où feroient les Conduits
dans l'Air, qui réuniroient au Ciel les
Parties de Feu , impulfées fur la Terre
p-urfnndre & s'arrêter fur la pointe
d'une Barre de Fer, plutôt que fur tou-
te autre Surface plus étendue ? II efl
encore plus difficile de vouloir détour-
ner le Tonnerre , qui fuit toujours fon
cours , malgré toutes les Barres de Fer
de l'Univers ; & qu'une Impulfion ac-
cidentelle pouRe toute autre part ; fans
qu'aucune forte d'Attradion . pui:îe en
arrêter 1^ cours, ni en détourner le
mouvement.
Pour fçavoir fi c'eR la Réaâion des
Parties de Feu , ou l'aftion de fes Par-
ties fur la Terre : il n'y a qu'à pofer la
Barrede Fer dans un Baril de Réfine ou
de Poix fur le haut d'une Tour , d'un
tir arec plus de force avant l'Orage , Clocher ou d'une Maifon : je puis aiïU^
^nnée ij^ZiTom. IL IF, Part, Q
Observations stjr l'Histoire Naturelle ,
rer que jamais la Pointe de la Barre ne
scledrifcra. Miisiî on la pofe fur le
Murmcme, dans du Piàtie on du Ci-
ment, elle s'élecli-ifeia ; Se plus fa B ize
fera grande plus elle recevra de Parties
ignées.
C'cll: peut-être cette raifon , qur a
fait manquer les expériences & les Ob-
fervations que l'on a faites pouréleflrr-
fer !a Barre par rimpulfion desNuages.
( Voyez la Gazette de France du 17
Juin 17s i. )
IL ell fi vrai que les Barres n'ont
point befoin de Raifme au pied pour
être cleclrifées, que ia Croix de Fer qui
donnoit des Globes de Feu . qu'a ob-
fervé M. Binon , Curé de Plauzat
en Auvergne *j netoit pas pofce fur
de la Ilaifine , & les Lances cledri-
fces dont parlent les Anciens Auteurs j
** ne pofoient certainement pas fur
des Gâteaux de Poix ; & s'ils ont
dit qne c'était le Feu du Ciel qui defccndoic
fur les Pointes de Fer , c'ell qu'ils admet-
toient toute autre Caufe pour Princi-
difcretion de l'attirer, luppofé que ceTa
fût. Pourquoi ne lui pas laifler palier
fon ciiemin.
On peut détourner, ou recevoir, la
communication de la rcadion des Par-»
lies de Feu, rcimpulfées dans la Barre ,
par le moyen d'un tii de Fer, & caufer
des Flamêches autour de ce fil; mais
d'attirer du Feu, je le répète encore ,
au bout d'une pointe pou- le porter où
l'on veut j cela eil impolTîble. On pour-
roit dire au contraire avec plus de rai-
fon , que le Tonnerre peut .être dé-
tourné par la réimpulfion qui fort de
la barre de Fer , Se que cette réimpul-
fion peut empêcher qu'il ne tombe où
elle eil pofee : rien ne répugne alors au
bonfens; mais dire qu'on attire le Ton-
nerre, &quenruite on le détourne pac
un fil de Fer pour le faire tomber où l'or»
veut : c'efl vouloir.en impofer de gayeté
de Cœur.
LEleBricité Artificidk.
A l'ésard de l'Eleélricité artiticielle
pe du Pliénomène. C'ell ceue idée qui qui a agité i'efprit de tous les Pliylî
a fait dire aux Modernes que la pointe
du Fer aitiroit la Matière Electrique.
Ils n'ont pas réfléchi que ceux qui rap-
portent ces faits n'étoientque defoibles
Phylîciens. Mufchenbroek ne parle pas
comme eux; il dit *** : qu'on a vu de
petites fiâmes au Fer des Piques ,. qu'on
avoit frotté d'Huile pour les nettoyer ;
mais il ne dit pas que le Feu du Ciel ek
defcemlu fur ces Piques. Si c'étoit le Feu
qui defcendit du Ciel , ou l'Attraétion
qui opérât dans le Piiénomcne de la
Barre éleétrifée, cette Barre ieroit plus
propre à attirer le Tonnerre, qu'à le
détourner j il y auroit même de ,rinr
ciens , la Caufe n'en eft pas moins fini-
pie; mais fort inconnue jufqu'à préfent.
Il fuffitoit cependant de voir que le
mouvement rapide d'une Boule de Ver-
re , entraîne les Parties voifines de la
f iperlicte intérieure , de forte que ces
parties de l'Air entraînant celles du Feu
univerfelqui les pénétre , il faut nécef-
faireracnt qu'il y au impulfion de Feu.
On fçait que tout Corps qui tourne au-
tour d'un Centre tend à s'éloigner de
ce Centre. Voilà l'Impuifion artiticielle
des Parties ignées formée par la feule
Rotation de la Boule, 5c expliquée en
deux mots par le Mcchanilme naturel
* Cette Obfervation de M. Binon a tté
communiquée à Meiïîeurs de l'Académie des
Sciences par M. de Lor.
** Seneque , Queft. nattir, liV. r. cliap. ij.
Jules Obfcqucns , art. 107.
îii tflài de Phyfi^ue tom, i.p. 8j7«-
i,>
SUR LA Physique et sur la Peinture.
des Corps agîtes & niùs circulaire-
ment.
La Conpreffion que Ton fait enfuite
de la main , raiïemble & retient les
Parties de Feu que ia Bou'e mec en
mouvement ; alors elles font forcées
de toute néceflué Je fe précipiter dans
le Corps le plus voifin de la compref-
(îon.
Les Corps les plus voifins reçoivent
ces Parties ignées , fi les pores de ces
Corps font rangés comme ceux du Fer,
ou de tout autre Métail qui lui foit ana-
logue ; alors ces Parties fuivent la di-
reâion la plus droite de ces pores j &
au contraire elles s'écliapperoient &
ne produiroient aucun effort , fi le
Corps qui les reçoit étoit d'une contex-
tnre différente de celle du Fer : les Par-,
ties de Feu pour lors fe diffiperoient.
Le Fer recevant ces Parties le long
de fes pores, & étant impuifées fuc-
ceffivement dans les Conduits qu'ils
forment i on éledrife &; ontranfmetà
rinfini les Parties de Feu tant qu'elles
trouvent des Corps propres à les rece-
voir : Dans cet état , i'Impulfion des
Parties ignées fe communique facile-
ment ; fur-tout fi elle rencontre des
Conduits aufii propres à ia recevoir ,
que font ceux de nos Nerfs , que l'on
peut confidérer comme les Rcfervoirs
desParties de Feu', que nous appelions
les Efprits Animaux.
Si on met des Matières bitumineu-
fes fous les pieds , c'eft pour arrêter
i'aftion de 'l'Eleftricitc artificielle, qui
s'impulfe dans celui qui reçoit les Par-
ties de Feu en tenant la Barre de Fer.
C'eft ce qui m'a fait dire ci-defTus que
ia Réaélion des Parties de Feu qui s'é-
• levé de ia Terre ne fçauroît paflfer pac
?t
les pores de la Barre de Fer , fi on gar-
nifioit fa Baze d'une forte couche de
Poix ou de Réfine.
Après l'Explication d'un tel Phéno-
mène qui paroit plus difficile à définir-
dans tout autre Syflême que dans celui
ci ; il faut convenir que de toutes les
Philofophies , celle qui eft fondée fur
I'Impulfion univerfelle des Parties de
Feu^ eft la plus unie, la plus fimplc
la plus à la portée de nosIens;&ea
un mot la plus vraie;
EXPLIC A T I O N
Di la Planche de Pkyjîque E. inférée dans
Vin- 12 & dans l'in-^^. decesObferpa-
îions.
A B Le Tonnerre , que l'on fuppofe
partir du point A & fuivre à peu
près la Ligne B.
C D La Barre de Fer pofée fur le haut
d'une Tour, C fon extrémité d'oîi
fort la Fiàme , par l'Lnpulfion des
Parties de Feu du Point L fur la
Terre au point H 5c du point H à
la Baze D de la Barre de Fer.
K E Fil de Fer par lequel on veut faire
palTer le Tonnerre fuppofe qu'il
voulût bien defcendre jufqu'au
point C & de-là fuivre la Ligne
CK &KEau lieu de la Ligne KD.
EFG Malheur quipourroit rélulter fi la
fuppofition avoit lieu. Le Tonner-
re après avoir quitté le fil de Fer
au point E& être tombé dan; un
Puits, fi l'on veut, pourroit en re-
. fortir & ravager la Campagne, au
lieu qu'en fuivant fa rouie ABU nç
feroit aucun mal.
Gij
OSSERVATIONS SUR L'HiSTOIRE NaTURELLI,
gnant du Pcrpeudicule ; ce nouveau hrijè-
ment ejî precifcment ce qui les fait converger
en D , fpytr du lierre Lenticulaire^
Or la Rétine^ cette Mcinbrane légère ^
cette expanfion du AWf Optique , qui ta-
pijjc le Fond de notre Oeil , ejl le foyer du
Crijlallin ; c'ejl à cette Rétine que les Rayons
aboutijj'ent : mais avant d'y parvenir , iLt
rencontrent encore un nouveau milieu qu'ils
traverfent j ce nouveau milieu ejl l'Humeur
vitrée , moins folide que le CriJIailin , moins
Jîuide que l'Humeur aqutufe^
Qeji diins cette Humeur vitrée que les
Rayons ont le tems de s'ajfembler , avant de
venir faire leur dernière réunion fur les points
du fond de notre Oeii. Ftgure^-vous donc *
reiiverfe les Objets (m- la Rétine ; ainfi fous cette Lentille du Crifallin , cette Hw
5*2
OBSERVATION VI.
Ki'ponfe à la Qucjïion de Phyfque : fç avoir î
Si les Objets arrivent rtnverfés ou non
renverfésfur la Rétine.
xr "Deccwert E l'E M. Rrc.'fUD ,
concernant la Vfion des Objets..
LA Qtiedion que nous allons obfer-
ver devient alîez curieufe, fi on
confidcre que prefque tous !e> PliyTi-
ciens font convenus que le CriHailin
que la Lentille renverfe fur une feuille
de Papier, ou fur tout autre Corps,
les Objets qu'elle reçoit , après le foyer
de fa Convexité. M. Ricaud *ell l'Au-
teur de cette Quellion ^' de la Décou-
verte qu'elle a occafionnce. U a raifon-
uc en FKyficien fenfé.
M^de Voltaire (dit- il ) nous dit dans
fes Elemens de la Pliiloiophie de New-
ton , à Londres y 1758, page 45. Lci
Rayons étant fortis de L'Humeur aqiicufe ^
trouvent une ejpéce de Diamant liquide^
meur vitrée fur laquelle le Crijîallin s'ap-
puie ; cette Humeur tient le Crijîallin dans
fi concavité , Gr eJî arrondie vers la Ré"
tine.
Le PereRegnauIt ( ajoute enfuite M»
Ricaud) nous dit pag. 135;. tom. }►
Voulez-vous voir ce qui jepafje dansTOeil
au moment de la Vifion Pâjjons dans une-
Chambre voifine préparée. La Lumière,
n'entre que par unTrnu c'.rculaire..Vn Drap
liane , étendu perpendiculairement vis-à-vis
le Trou ^ la reçoit. Les Objets s'y peignent
taillé en Lentille, &" enchajjé dans une Mem- faiblement Cr renverfés. Voilà le Dôme de
brune déiiée & Di-tphane elle - même. Ce Sorbonne la Pointe en bas (i lu Ra^e en:
Diamant eJî le CriftalUn , c'efl lui qui rompt haut.
tous les Rayons obliques, c'ejl un principal Les Rayons (ab partis de la Pointe
Organe de la refraRion ù" de lavùe , par- du Dôme , venant d un endroit plus élevé
faitement femblable en. cela à un Verre Un- que le Trou de la Chambrej vont ^ lorfqu''tis
ticulaire de Lunette. Soit ce Crijîallin ou font entrés obliquement par le Trou , porter
ce Verre lenticulaire, leur impreffion fur la Partie inférieure du
Le Rayon perpendiculaire A le pénétre Drap blanc. Au contraire lei Rayons ( c d )
fkms fe détourmr; mais les Rayons obliques qui viennent delà Bd',edu Dôme ^ partant
BC'fe ilétourmnc dans lépaijjèur du Verre d'un endroit plus bas que leTrcu , vontpor-
tn s'approcliam des Perpendiculaires ., qWon ter leur imprefjîon fur la. Partie fupérieure-
tirerait fur les endroits où ils tombent. En- du Drap blanc. Les uns &* les autres vicn-
fuite quand ils fortent du Vtrre pour pajj'er nent dans lafituation quils ont fur le Drap,
dans L'Airj ils fe brifent encore en s''éloi- frapper les Yeux.
* Connu dans la République des Lettres»
sun LA Physique et
De-Ià 5e conclus, dit M. Ricaud , que
C le Criftallia d'une part refferable à une
Lentille , &: qu'une- Lentille renverfe
les Objets ; & de l'autre lî le Trou
de la Chambre noire repréfente les Ob-
jets renverfcs fur la Muraille^ Se que
notre Q?,il reiïemble à la Clianibre noi-
le ; il faut alors que les Objets fe pei-
gnent redrelTés fur la Rétine , parce
que le Criftallin, qui doit recevoir les
Objets renverfcs par le Trou de la
Cornée, les redreffe de nécelTîté^en les
ïenverfant de nouveau.
Ce raifonnement ell à propos , il oc-
cafionne la Découverte du croifement
des Rayons au Trou de l'Uvée , &
nous détrompe du prétendu croife-
ment des Rayons par le Criflalli.i. Je
fuis furpris que ceux qui ont prétendu
expliquer la Villon j. moi tout comme
les autres , ayons donné jufqu'aujour-
d'hui iHT foyer au Criflaliin ,ce qui n'efl
pas vvai-femblable. L'expérience cil
contraire à cette fuppofition , & ce
qu'il y a de fingulier , c'eR que cette
expérience efl auffi ancienne que la
Découverte des Verres Lenticulaires ,
di pcrfonne ne s'efb avifé d'y prendre
garde. Sans la Reflexion de M. Ricaud
nous aurions refté dans l'ignorance en-
core long-tems.
Vorci quelle eft cette expérience :
Elle eft dans nombre d'Auteurs , mais
voyez le Père Regnault , page 14.1 ,
Tom. 5.
« J'applique un Verre fait en forme
»» de Lentille , au Trou qui reçoit les
» Rayons. Tous les Objets ont furie
»Drnp blanc les plus vives couleurs^
y> C'elt uneperfpedive enchantée. Les
>» Hommes s'y promènent diflinde-
» ment les Pieds en haut , la Tête en
« bas , & n'en vont pas moins vite..
« Maintenant au lieu d'un Verre
» convexe , employons-ea deux, Je
SUR LA Peinture. 55
» les place vis-â- vis. du Trou de la
» Chambre obfcure à 17 pouces de
jxdiftance l'un de l'autre. L'Image qui
» étoit renverfée fur le Drap blanc, fe
» redreffe tout d'un coup. Quel char-
»> me lui rend fi vite la fituation natu-
j> relie.»
Si notre Oeil relTemble à la Cham-
bre noire , & que nous n'ayons qu'uii
Criflallin, alors il doit arriver ce qui
arrive dans l'expérience delà Chambre
noire , où on ne met qu'une Lentille
vis-à-vis l'ouverture du Volet, &
les Objets doivent fe peindre ren-
verfés fur la Roline ^ contre le Senti-
ment des Phyficiens. De -là il faut
encore conclure que le Criftallinii'oc-
cafionne pas ie renverfement des Ob-
jets , malgré l'Opinion commune ;
puifque ce renverfement ne provient
que du croifement des Rayons en en-
trant dans l'Oeil par le Trou de l'U-
vée. L'extraclion du Criflallin prouve
cette vérité., & l'F.xpérience où il faut
deux Criflallins , ou deux Lentilles ,,
dans une Chambre noire, pour les con-
verger après leur croiffément , confir-
me encore la nouvelle Opinion. Je vais
expliquer préfeniement toutes les Cau-
fes Pliyfiques &: Anatomique du ren-
verfement des Objets fur la Rétine, &
d'où provient ce renverfement.
Anatomie de l'œiL
La Cornée tranfparente efl le Pellicule
trj.nfp.innt , qui couvre Ylris , & qui
renferme VHumenr aqueufe.
La Cornée Opaque efl le Blanc de
l'(S.i\ 8i celle qui entourre le Globe.
La Choroïde efl la féconde Tunique
de i'CEil , de couleur noirâtre , elle
produit la fuivante.
La Tunique Ui'ée eft le fond de l'Iris.
C'efl la portion antérieure de la Cho-
loïde^percée furfon milieu, & qui fe dr.
y4 Observations sur. l'Hi
late & fe reiïerrepoui-dimiimer on pour
aggrandir le Trou qu'elle formeau Cen-
tre, afin de laiilcr pafTer lesRayons de
Lumière avec plus ou moins d'abon-
dance.
La Prunelle ou la Puj7ille,ef\. le même
Trou , par où paflent les Rayons, qui
vont ébranler les Nerfs fur la Rétine.
Le CriJhlUn ed une efpcce de Loupe ,
dont la partie antérieure eft plus con-
vexe que la Partie ponérieure, qui,
quelquefois eft plate : l'Humeur du
Criftalliq ell un peu plus denfe que
l'Humcnr vitrée avec laquelle elle con-
fine. Cette Humeur vitrée eft pofée au-
de-!à du Crillallin, elle efl plus épailTe
que rHumeuraqueufe pofée au-devant
du Crillallin.
La Rétine cft la troifiéme Tunique
de rCEil . elle tapilTe la cavité du Glo-
be , c'eft fur elle que s'épanouilTeni les
Nerfs , & que fe peignent les Rayons.
Réflexions Phyfiques fur VAnatomie de
l'Oeil.
I '. Le Crirtallin , l'Humeur aqueufe
& THumeur vitiée ne forment pas deux
Huidesoppofés , comme l'Eau ^TAir,
ie Verre de l'Air ,dans lefquelles op-
pofuions de denfué il y a des Réfrac-
tions confidérables de Rayons. La dif-
férente denfué du Crillallin à THumeur
vitrée, & de l'Humeur vitrée à l'Hu-
meur aqueufe , à peine peut-elle flé-
chir le Rayon. Mais cette différence ne
fuffit pas pour les converger & pour
opérer un renverfement d'Objets entre
le Crillallin, l'Humeur aqueufe & l'Hu-
meur vitrée.
2". LOeil étant une Chambre noire ,
8i la Chambre noire peignant fur fa
Muraille les Objets renverfés fans lefe-
cûurs d'aucun Verre , il ne faut pas
croire aifément que les Objets fe re-
•^drelfcnt par le Crillallin , ou la Lou-
STOIRE NaTURELlk,
pe, qui fe trouve après la Prunelle en-
tre l'Humeur aqueufe & l'Humeur vi-
trée, puifque fi l'on pofe une Loupe
dans la Chambre noire à toute forte de
dillanCî& de toute forte de Convexité
on ne redrelTe pas les Objets , on les
rapproche feulement, é^ ils font alors
plus clairs & plus diilinds. Les Réfrac-
tions cependant de la Lentille dans la
Chambre font plus fortes que celles du
Crillallin, qui eft d'une denfité trop ana-
logue aux Humeurs voifines, pour oc-
cafionner leredrelTemcnt en queftion.
Ce redrelfement d'Objet ne peut pas
arriverj c'eft ce que je vais expliquer.
Prop. Une Loupe, de quelle forme
qu'elle foit , ayant les furfaces plus ou
moins fphcriques , mife à l'ouverture
ronde & très- petite d'une Chambre
noire, ne fçauroitredrefler les Rayons,
quoique la denfité du Verre oppofé à
l'Air , caiife toujours la Réfradion Se
oblige les Rayons de fe plier. Voici la
Démonftration de cette Propofition.
Démonftraùon.
Les Rayons qui pafiient par le Trou
d'une Chambre noire fe croilent au
Trou même qui fort de Centre à tous
ces Rayons, ce qui eft incontellable.
Par confcquent le Criftallin , ou la
Loupe reçoit les Rayons, non pas pa-
rallellement , mais obliquement , fur
leurs Surfaces extérieures.
L'obliquité des Rayons fur une Sur-
face change la Kéfraftion. Par exem-
ple , un Rayon dont l'incidence eft
droite, fe converge en haut, en bas
& par côté dans une Lentille & forme
un foyer de convergence qui fe diver-;
ge enfuite , & renverfe par confcquent
l'Objet ; mais un Rayon incident <Sc
oblique fort prefque droit &: non pas
convergé. Cela étant, il faut convenir
que les' Rayons qui traverfeat le Crillal
Sur. la Physique
ïin font tont-à-fait paralelles en foitaiu
defafLufacepolléneure, quand même il
feroit de CriRal j & les Humeurs qui
l'entourent pas plus dcnfes que l'Air :
puifque le croifement des Rayons qui
fe fait à l'ouverture de l'Uvée, les porte
fur leCriftallinpar des incidences obli-
ques. A plus forte raifon l'on doit être
perfuadé que le Crillallin étant moins
dcnfe que le Verre & les Humeurs de
i'Oeil plus denfe que l'Air , les Rayons
au lieu d'être converges au fortir du
Cridallin, doivent être au contraire
toujours diverges , mais moins diver-
ges qu'ils ne feroient fans le Crillallin.
L'extradion du Crillallin , qu'opère
fçavamment M. Daviel , prouve cette
vérité , & il ell fur que ceux à qui on a
ôté le Criftaliin, doivent voir les Ob-
jets plus grands & plus confus , mais
non pas renverlés ; & moyennant une
Loupe ils doivent les voir comme nous
les voyons.
Si le Crirtallin renverfoit les Objets;
en le fupprimant d'un Oeil vivant ou
d'un Oeil mort, les Objets devroient
paroître autrement qu'ils ne paroif-
foient auparavant. Car les Humeurs
vitrées & aqueufes en s'approclmnt ne
forment pas un nouveau Crillallin 8c
ne peuvent pas occafionner une nou-
velle Réfraâion ; en voici les raifons.
Si les Humeurs s'approclientj il n'y
a donc plus d'efpace entr'elies : s'il n'y
a plus d efpace , il n'y a plus de Corps
intermédiaire , & s'il n'y a plus de
Corps intermédiaire , il n'y a plus d oc-
cafion au cliangement des Rayons»
D'ailleurs l'Expérience de la Clian-
deiie , de la Carte &; de la Loupe , que
m'a fait voir M. Ricaud chez lui, en
me propofant fa Qucftion , n'efl com-
parable ni à l'Oeil ni à la Chambre
noire. L'Article fuivant décide cette
différence.
ET SUR LA Peinture. sS
La Chambre noire eft femLîable à
l'Oeil , où les Objets fe portent renver^
les fur la Rétine ,■ mais une Carte avec
un Trou fait avec une épingle ^ pofée
devant la flamme d'une Chandelle, efl
différente d'une Chambre noire &
d'un Oeil : en voici la raifon.
Si on mettoit une Carte avec ua
Trou d'épingle devant une Campagne
6i que l'on fit une petite Chambre noi-
re proportionnée à ce Trou; on ver-
roit le même Phénomène que l'on voit
en faifant un Trou de cinq ou lix li-
gnes dans une grande Chambre noire;
ainfi que la Pupille de notre Oeil, dont
la plus grande ou la plus petite dilata-
tion n'eff que d'une ligne à deux li-
gnes de diamètre: c'eff-à-dire ^ que,
ces Objets fe peindroient également
renverfés avec toutes leurs couleurs ,
& fe dillingueroient parfaitement 8c
auffi-lDienavec le Trou de la Carte fur
un Papier; comme avec la Prunelle fur
la Rétine , & fur la Muraille d'une plus
grande Chambre noire; fi les diftances
ctoient proportionnées.
Mars iitôt qu'à ce Trou d'une épin-
gle voiisoppofe^une grande Chambre
noire, ou un Oeil humain, les Objets
fe confondent alors & ne paroiffent
plus , par la trop grande diltance & les
difproportions du Trou à la Muraille»
Parce que le Trou qui doit fervir de
Foyer aux Rayons ^ eff trop petit pouc
former le Tableau fur la Muraille.
Dans ce ca-;,il arrive qu'un Trou com-
me celui d'une Carte , fait avec une
épingle , ne reprefente aucun Objet
extérieur à une grande diffance com-
me à celle de deux pieds, ou même
de deux pouces , ou d'iui pouce , lî
vous voulez ; fi ce n'ed la flamme de
la Chandelle. Il ell vrai que l'oppofî-
tion fcche & tranchante d'une flamme,,
avec l'ombre qui l'entoure, peut occar
<;6
Observations sur l'Histoire NaTURELLB,
rioiinerriniaf:;e fenllbL' d
me fur un Papier ; mais
cette flnm-
toute aiitro
Image (telle qu'elle foit) que celle ci ,
doit fe confondre.
Cela démontré , il ne refle plus qu'à
obferver fi réellement l'Objet d'une
flamme peut fe redreller par le fccours
d'une I.onpe ; & en cis que cela arri-
ve, fi l'on peut coniedurer que la mê-
me choie doit arriver dans l'Oeil par
le fecoursdu Crillallin fur la Rétine.
Pour prouver un renverfenient
d'Objet fur la Rétine , il faut faire voir
que la flamme de la Cliandelle qui fe
peint d'aloord renvei fce & fort dillinclc
lur le Papier , à quelques pouces de
didance ^ le peint auffi à la même dif-
tance, redrefTJe & bien dillindej quand
on met une Loupe entre le Trou & le
Papier. Alors malgré la dilTemblance
des oppofitions des Corps , je veux di-
r^ , de l'Air qui entoure la Loupe de
Verra, & qui lui eft tout-à-fait hétéro-
gène , bien oppofee aux Humeurs qui
entourent le Criilallin & qui lui font
prcfi.[ue liomogénes , alors, dis - je ,
m '.Ig -é la dilTemblance des oppofitions
de- Corps moins denfes ou plus den-
fes , l'on pourroit douter , ou du moins
fûup^'onner que le Criilallin redrelTe
les Objets fur la Rétine ; mais lorfque
pour trouver cerenverfement , il fa it
éloigner confidérablement la Loupe,
comme à la didance de deux pieds ou
environ, & le Papier de la Loupe à
celle d'un pied ^ je dis alors que la
Carte, la Chandelle év le Tiou d'épin-
gle , ne font pas com;5arab[e à la Cham-
bre noire ni à l'Oeil, où ce renverfe-
incnt doit fe faire à même diflance. Il
faut fça voir que malgré cetéloignement
& cette difproportion, entre nos Orga-
nes & ce Phénomène , cette préten-
due ChanJ.lle renverice ^ ne paroît
telle à une grande dillance que par le
mouvement que l'on loupçonne qu'elle
a du bas en haut, & que ce n'ed pas
par fa forme : car alors fon Image pa-
roit prefque Sphcrique Se confule, au
lieu de paroitre dillinéle& oblongue.
.Laime donc bien mieux me rendre à
l'Expérience de \Oc\\ de Bœuf que
tout le Monde connoît , où l'on voit
les Objets renverfés fur la Rétine ^ que
le Crillallin yfoit, ou qu'il loit fup-
primé ; à celle delà Chambre noire ; Se
aux raifons Phyfiques & Géométriques
que je donne ici contre le Redreffe-
ment , ou le Renverfenient prétendus
occalionnés par le Criflallin, que de
me livrer aune Expérience imparfaite,
où la Nature des Corps & la dirtanc»
des Politions diUérent tout-à-fait des
Phénomènes que je veux expliquer.
La vérité que j'aime par delîus tout,
me fait critiquer ici l'un de mes bons
amis , moyennant la liberté qu'il m'a
donné de relever fon Sentiment , ft
par hazard il s'étoit trompé en croyant
que le Crillallin redrelToit les Objets ,
que le Trou de l'Uvée devoit né-
celTairement renverler. 11 a lu lui-même
le Manufcrit de la préfente Dilïerta-
tion , Se m'a comnuniqué la tienne.
Je ne fais imprimer ici la Rcponfe à fa
Qucllion Se la Publication de fa De-
couverte , que fur les affurances que M.
Ricaud m'a donné, qu'il feroit nnpri-
mer lui-même fa Dillertation.
Je puis faifir l'occalion que j'ai , en
parlant de M, Ricaud, de rendre jullice
à fon mérité & à fes talens. J'ai con-
fié à ce Philofophe mes premières Dé-
couvertes contre Newton , avant mê-
me de les lire à MclTieurs de l'Aca-
démie des Sciences ; il me lit l'hon-i
neur d'aflliler à cette Leéture. Il a
depuis fuivi toutes mes Expériences ,
les a prônées avec zélé par le feul
amour qu'il a pour la vérité , il
les
SUR LA Physique
΀S a répétées Iiir-mêmc à une intinité
de Pliyficiens : il s'ell attaclié à les dé-
montrer aux Partifans de Newton, &
ies a combattu trèi-fouvent dans des
AlTemblées nombreufes , où par la bon-
lé de fa Caufe , 6v- par réicgance de fes
Difcours , il a toujours triomphé des
* Cet Ouvrage eft un mélange très - cu-
rieux de Pièces fugitives en Profe & en Vers.
Il forme aujourd'hui dix - fept Tomet in iz ,
gui fe vendent tous en corps complet ou fé-
sr
ET SUR LA Peinture.
plus incrédules.
Je ne fuis cependant pas le premier
qui ait parlé favorablement de M. Ri-
caud,&: je puis le citer ici après les
juftes éloges qu'en a fait l'Auteur dei
Amufimens du Cœur Gr de l'Efpru. *.
parement par Volume , chez Michd Lamhertf
Libraire , rue de la Comédie Franijoife , au
Parnafle.
LES DISPUTES
DES PHILOSOPHES
ET DES ARTISTES MODERNES.
ARTICLE VL
; Réponfe aux Extraits du Journal de Verdun , ies Mois de Février Cr Août 1752.
_^;.vf-^;j E ne ferai pas embarratTé à
i-;. T <4 remplir cet Article, fi ies
°%A.if^;' Journniifles continuent leurs
— ^ attaques^ ils nie fourniront
alTez d'occafions pour occuper les PFiy-
ficiens qui prennent part aux Difpu-
tesqui (e font élevées , d'une part en-
tre les Ne\t'toniens , & de l'autre, entre
les Oviparilles & moi.
Année 175 2 j Tom, 1 1. IV.
Rien en effet nVfl plus intéreffant
que de fçavoir fi VAitraclion ou l'Iwpul-
Jïon des Corps forme tous les mouvemens
de ia Nature , & fi les Animaux pré-
éxiftent les uns dans les autres à Tinfinf,
dans les Ovaires des Femelles ; ou s'ils
s'engenJrcnt lors de Tarcouplement
dans les Véficuks feminales des Mâles. Je
crois que de toutes les Queftions ce^
Partie. H
^8
Observations sur. L^HisTorR-E Naturelie,
les-ci font les plus iiéceiraires à cclair-
cir : car elles forment la Ba7e de la
Phyfique & de inirHoire Naturelle ,
d'où je conclus que piiifque je foutiens
lin Sentiment fi oppofc à celui de pref-
que tous les Phyficiens , il ert im-
polTible de concilier ma Pliilofopliie
avec celle de ceux qui' me conira--
rient^ &: qu'il faut que nous nous con-
tredirions fans ceffe iufquà ce cjue l'on
fçache qui eR-ce qui a raifon.
Je répondrai- en peu de mots à l'at-
taque du Journal de Verdun ; parce
qu'il n'eft point encore queflion du
fait^ & que l'Auteur de ce Journal,
n'attaque que la forme.
1°^ En ce qui concerne la Lumière.
I.a Lumière qui nous éclaire n'eft
poiat encore connue , elle reluir cer-
tainement dans les ténèbres iSc forme
avec elle toutes les couleurs. C'cA à
tort qu'elle a été regardée jufqu'à pré-
fent comme un Corps fembiable à tous
les autres, «^ q,ue l'exillance de l'Om-
Bre a été mife en doute : la L.umrére
& l'0;iibre exiflent certainement. La
première cil l'Agent du Monde , le
Doigt de Dieu ,. avec lequel il ellec-
tue tous les mouvemens de l'Univers:
& rOmbre ell la qualité des Corps en
repos, des Corps paffïfs, fur lefquels
elle opère les merveilles que nous con-
iioiflTons.
Defcartes , comme nous avons vu ,
fait fa Matière Èthérée de la Lumière
& du Feu ; mais il ne conncit pas les
autres propriétés de cet Elire Univer-
fel. Newton ne la confidère que com-
me un Elément commun qui ne fert
feulement qu'à éclairer &. à échauffer la
.Terre & les Pianetes.
Parmi les Difciples de ces Plùlofo-
phes, les uns la diflinguent & l'afTo--
cient avec la Matière Etlièrèe ^ la Ma-
tière Eleèlrique , la Matière Magnéti-
que Si celle du Tonnerre : Ceux-ci:
la font émaner du Soleil & des Etoiles
en un certain efpacs de tems. Les au-
tres la divifent & la fubdivifent en une
infmité de Compofés.. 11 femble ce-
pendant qji'elle ell Mowfnranee,' qu'elle
eUfimple & Univerfelle ^ Ik qu'elle feule
caufe tous les accidens & tous les Phé-
nomènes qui paroiflent dans la Nature ►
Il faut donc convenir j contre l'Opi-
nion de M.B*''^*, que la plupart dei
Philofophes n'ont pas connu la Lumière ,
s'ils lui donnent des qualités qu'elle n'a
pas ^ & lui ôtent celles qu'elle a.
z".En ce qui concerne Vlmpu'Jîon.
Je ne parle pas ici Je la difîcrencc
qu'il y a entre llmpulfion de Nc>srton
ê< celle que j'établis: cette diilerence
eft alfez bien démontrée dans mes Ob-
ftrvations de Phylîque, ( fur le Para-
lelle de la Phiiofophie Ancienne &■
Moderne.) C'ell fans raifon que M..
B ♦ * * dit , Cdans le Journal de Fé-
vrier 1 7'i 2 ^ ) que je t iclie de remettre en
Honneur rimpidlion, que Newton^ tant-
d'autres Philofophes avant lui , avolenù
chargé de former, de concert avec l'Ait rac-^
tion, la régularité ù" Li précifion des grands
Mouvemens quojjh le SpeBacle admirable
de l'Univers.
3*'. En ce qui regarde la jujlijîcation de
l'Auteur.
Je fuis autant furpris de la ju/lifica-
tion de l'Auteur que de fon attaque :
J'ai dit que M. B*** n'entendoit pas
les tenues d'Optique, ( Février, page
Sur la Physique et suk la Peinture;
105. de Ton Journal ) qu'il prenoit le
Clair &■ VObfcur tcut cnfcrrMe pour fOm-
bre feulement CG qu'i\ ne nie point; mais
il prétend aujourd'Inii qu'il a employé les
propres term^es^ dont je me fuis fervi dans
La Préface du fécond Volume, Si cela efl ,
j'ai tort : car ^e nie de m'ctre jamais
iervi d'exprefl^ions fi contradictoires..
?>
ARTICLE VII,
Lettre de M, G v i- o r à l'Auteur des
Ohfervations ^ contre V Auteur du Jour^
nal de Verdun.
MONSIEUR^
4j.'. Concernant le Titre que Ven me donne
Copifle.
A l'égard de l'imputation qu'il
fait en difant , que je ne fais quelquefois
^ue copier ce qui ejl imprimé adleurs , com-
me , par exemple dans les Mémoires de l'A-
cadémie des Sciences. J'avertis les perfon-
nes qui n'ont pas lu les Obfervations
de mon premier Volume., que dans
tous mes Ouvrages ., comme dans ce-
lui-ci , je cite toujours en abrégé le
Sentiment de ceux qui m'ont précédé,
lorfque la matière le demande pour ma
juHification , ou pour t'éclairciflement
du Fait j mais f: je cite leurs Ecrits, j'y
mets des Guilleraeif ,, ou je fais impri-
mer les Citations en Caradcre Itali-
que: J'annonce ordinairement que le
pafTage dont je me fers ed tité d'un tel
Livre ou d'un tel Auteur , Se cela pour
n'être pas accuGi de Plagiat. Je ne copie
rien ; ce terme de copier les Ouvrages
eft impropre , & ne peut s'appliquer à
un Auteur qui le mérite fi peu que
moi.
J'A I lu avec furprife la remarque
qu'a fait le Journalise de Verdun
fur mon Obfervation de la caufe de U
variété des couleurs des Fleurs, que vous
avez bien voulu inférer dans la 1 1%
partie d-e vos Obfervations.
Dansfon Journal ( du Mois d'Août
de la préfente Anne-?, page 105.)
il avance que je propofe des ExpérieU"
ces à faire ., qui VoJit déjà été avec fuccès ;
ce ferait de femer par bande des Fleurs de
différentes couleurs ù" quife mUlanger oient ^
dit-iL lors de la fécondât ion dis Graines par
le tranfport de lafemence qui voltige dam
l'Air. Ce qui n'eft point conforme à
l'Article VIL de votre Hiiloire Natu:
relie.
Je n'avance point dans cette Obfer-
vation qu'il falloit femer des Fleurs de
différentes couleurs : au contraire , je
dis que , lorfqu'on feme , on ne fçaic
quelles couleurs produiront les Grai-
nes , & j'ai propofé de planter fépa-
rément des Fleurs de couleurs connues,
& d'en femer enfuite féparement les
Graines j afin de parvenir à avoir des
Fleurs des couleurs compofées de cel-
les que Ton auroit fait Heurir.
J'ai fait depuis une partie des Expé-
riences que j'ai propofées , qui con-
firment mes conjedures , defquelles
Expériences je vous prierai de faire
part au Public , ainfi que des Obfer-
vations Microfcopiques fur les Pouf-
fiéres des Etamines.
Je fuis , ^c.
5W,GUY0T.
Hij
<ro
Observations sur l'Histoire Naturelle ,
«V 'r^^^cf^^if^^j^^^^g^ <^^^ ^^^ <^^if^ •'.^%*
LES SECRETS
DES ARTS
ET LES NOUVELLES DÉCOUVERTES.
ARTICLE V.
Sur la façon de cuire k Verre peint.
^ "^^r^ *M O U S avons donne dans
' A les Secrets des Arts, de la
■^ Iroificme Partie du Pre-
N
4i_,. -. -....
^-^■f^"^ mrer Volume , la façon de
taire le Lavis , & de cou-
cTier les Couleurs fur le Verre j nous
avons donné aulTi la manière de com-
pofer les Couleurs. Les Perfonnes in-
telligentes jugeront bien que du mê-
Luige de ces Couleurs , on en peut
compoferune intînité d'autres ^for-
mer toutes les Teintes convenables à
h Peinturer il s'enfuit de-là qu'il faut
fcj-avoir delTmer c\- peindre pour exécu-
ter l'Art de peindre fur Verre.
Les Anciens Peintres Verriers^ ou
Vitriers , avoient obtenus de nos Rois
les mêmes Privilèges dont jouilTent
îes Nobles ; fans doute à caufe de la
Peinture que ces Artilles joignoient
à la Verrerie. De-là s'en ellluivi la
Noblelîe qxie confervent encore les
Verriers, qui ne font cependant plus
Peintres.
Nos Anciens Vitriers ctoient Email-
leurs & faifoient même des Tableaux
Air Verre. J'ai vu dans le Levant des
Peintures Grecques de cette façon fort
curieufes. J'ai connu un Papas qui pei-
gnoitfur Verre: il me tu prèfei t d'une
Tète d'Eccc Homo , fort bien deffuice
Si trèi-bien caradérifée , peinte fur une
Vitre que j'ai gardée long-temsà Mar-
feilîe.
Les Verrioîrs Peintres commencè-
rent à peindre en détrempe fur les Vi-
tres; mus la P.uie & l'HumiJitè, le
Soleil même dètvuifoicnt leur Ouvra-
ge : quelqu'un d'eux imagina de pein-
dre avec des Cotileurs plus tblides , ce
qui donna tant de vogue à cet Art, de
façon que toutes les Eglifes de ce lems-
là, plufieurs Palais mêmes, les Cloîtres
des Religieux &■ jufqu'aux Cliapelles-
de Villages , voulurent avoir leurs Fe-
nêtres ornées de ces Peintures, dont
les Figures n'ctoient d'abord que pla-
quées fans dellein & fans goût. Ce ne
fut que dans le commencement du
XV I. Siècle que le bon goût commen-
ça à prendre Racine & que la Pein-
ture sïtant perfcclionnée en France,
les Peintres Vitriers commencèrent à
mieux faire , & à donner de très-beaux
morceaux dans ce genre.
Dans ce ^ems nos François cxcel-
SUR LA Physique et sur la Peinture.
'erent dans h Peinture fur Venc, & delîus du Plancher pour avoir la
fuipanerent les Peintres Verriers des
autres Nations.
N. B. On a oublié de dire dans l'Ar-
ticle I I I. du Secret des Arts de cette
Annce.'que lorrqne les Couleurs croient
trop claires & fusettes à fe mêler lorf-
que l'on les appliquoit à côte les unes
des autres , il falloit tourner là" Vi-
tre^ & les appliquer du coté oppofé.
La pratique inllruira ceux qui en fe-
ront les épreuves : on prendra la mê-
me précaution à l'égard des Couleurs
voiiines qui fe mêlent dans la CuilTon
des Vitres. Déplus en parlant des Vi-
trés du Cloître des R. R. P. P. FeuiU
lans de la rue Saint Honoré , on a
cité Saint Jean de Dieu au lieu de Saint
Jean de la Croix.
I
Fourneau pour cuire le Verre.
Le Fourneau defliné à la CuifTon
des Vitres colorées , doit être quarré ,
compofé de trois Pièces.
On peut le faire auffi grand que l'on
veut, & le proportionner à la grandeur
des Carreaux de Vitre que l'on veut
cuire.
La première Pièce du Fourneau fera
compofée de Briques cuites , bien ci-
mentées, montées fur une grande Pla-
que de Fer , ou de Fonte de la gran-
deur du Fourneau , foutenuc par qua-
tre pieds élevés de deux ou trois pou-
ces. Cette Plaque fert à éloigner du
Plancher, la chaleur du Fourneau : Elle
donne la facilité de nétoyer les envi-
rons du Fourneau , Se (ert au tranfpott
du Fourneau en cas de befoin.
On fabrique les Murs du fourneau
fur cette Plaque ^ &: on lie le haut &
le bas du Fourneau avec deux Cercles
de Fer. l.a hauteur du Fourneau doit
être en tout de deux pieds & demi au-
6i
faci-
lité d'opérer.
On y lailFe d'un feul cote trois ou-
vertures , la plus balle ell au-delTus de
la Plaque ; elle répond au Cendrier
du Fourneau: ceCenJrierell de 4,
ou ^ pouces de haut; il eÛ féparé de
l'endroit où l'on met le Feu , dans tou-
te l'étendue du Fourneau , par une
Grille de Fer , que l'on cimente avec
le Fourneau , auifi qu'il faut pour lui
donner la folidiié convenable.
L'Ouverture du Cendrier doit avoir
7 à S pouces de large , félon la gran-
deur du Fourneau , alin que cette Ou-
verture puifle donner de l'Air au Feu
6c permettre la fortie des Cendres.
La féconde Ouverture doit répon-
dre au Corps du Foiu'neau , lequel ell
encore féparé du Creufet par trois ou
quatre grolTes Barres de Fer , fur lef-
quelles on pofe le Creufet: Cette Ou-
verture , Q\\\ fert à palier dans le Corps
du Fourneai le Charbon S: le Bois que
l'on met fur la Grille du Cendrier , e(t
ordinairement de 6 , ou 7 pouces de
large j & de la hauteur du Corps dvi
Fourneau , auquel on donne toujours
cinq ou llx pouces.
La troitiéme Ouverture ell la plirs
étroite; elle fe fait à la Cime du Four-
neau fous le Couvercle : elle répond
au Creufet, diins lequel on fait une autre
Ouverune, qui répond à celle-ci. Cette
Ouverture, fert à faire leselTais, par
Icfquels on connoît quand le Verre eft
cuit & loifij-vie Ls Couleur; font fon-
dîics & incorporées au Verre. On don-
ne à cette Ouverture lin pouce & de-
mi de largeur fur trois ou quatre de
haut.
Toutes ces Oiivertures ont des Por-
tes de Briques avec un Bouton poiir
les fermer au bcfMn. Le Creiutt mê^-
nie'a une petite Porte à l'Ouveiuue
Cï ^ Observations sur l'Histoire Naturelle,
qui répond à la troilîcme du Four- fans autre Modèle.
neau.
ha féconde Pièce du Fourneau e(l un
Creufet en forme de Boite avec fon
Couvercle. Cette Pièce elt quairce 8c
moins grande que L" dedans du Four-
neau : on la pôle fur les liarres de Fer
qui font au-delfus du Feu, Ce Creufet
efl fait de façon qu'il ne touche point
le Fourneau; (?c il laifle une efpacc de
deux ou trois pouces , félon la gran-
deur du Fourneau , entre U Creufet &
les Paroys internes du Fourneau , pour
laiffer palier la Clialeur & la Flànie
tout autour.
Ce Creufet doit avoir deux pouces
au moins d'cpaiiïeur & être fait de
Terre de Creufet d'une feule Pièce ,
ou de plufieurs , félon fa grandeur:
c'en dans ce Creufet que l'on met les
Vitres les unes fur les autres j mais ce-
pendant fcparces entr'elles par des lits
de Cliaux', comme nous le dirons ci-
après. Les ElTais que l'on réferve font
pofés vis - à - vis du Trou , de forte
qu'on puifle les retirer du Creulet &
6c du Fourneau avec des Pinces.
La tro'ifiéme Pièce du Fourneau efl; le
grand Couvercle qui couvre tout le
Fourneau. Ce Couvercle efl fiiit de
deux ou de trois Pièces de Terre à
Creufet, incrullée fur des Plaques de
Fer: on le fait le plus épais & le plus
lourd qu'il ell pofTible. Il y a dans les
quatre Coins de ce Couvercle des
Trous vis-à-vis l'efpace intérieur qui
eft entre le Fourneau & le Creufet ;
c'ell par - là que fort la Flâme & la
Fumée : ces Trous ont leurs Couver-
cles particuliers que l'on ferme lorf-
que la Fumée & la Flàme font dini-
pées.
Je crois que celte Defcription fuf-
fit , & qu'il efl facile maintenant de
faire conRruire de pareils Fourneaux,
Manière de préparer la Chaux peur euirt
les Vitres,
Prenez de la Cliaux vive qui n'ait
point été mouillée: vous la ferez fon-
dre feule; &: quand elle fera refroi-
die , vous la paiïerez par un Linge
fin , après quoi vous la ferez cuire une
féconde fois, & la paUerez encore de
même^
Comme il faut mettre le Verre dans le
Creufet.
Vous ferez au fond de votre Creu-
fet un lit de celte Chaux, fur lequel
vous coucherez votre pièce de Verre ,
où vous aurez étendu l'Email d'un cô-
té & les Couleurs de l'autre : enfuite
vous répandrez de la Cliaux en pou-
dre fur la Pièce de Verre, & met-
tez ainfi toujours votre Verre entre
deux lits de Chaux , il faut faire de
même pour les Epreuves , qui fer-
vent à faire voir quand le Verre eft
cuit.
Comment il faut couvrir le Fourneau Cr 1$
Creufet.
Vous couvrirez votre Creufet avec
fon Couvercle j auquel il ne faut fai-
re aucune Ouverture , & vous lutterez
les jointures avec du Lui ordinaire :
vous lutterez auiïi le dellus de votre
Fourneau , lorfque vous aurez pofé
le grand Couvercle, y laiffant cepen-
dant les Ouverures des Coins libres,
pour laifler fortir la Flâme & la Fu-
mée.
Je n'ai pas c<Mnpté le Couvercle
du Creufet comme^une Pièce particu-
lière du Fourneau 3 cela fait Partie
du Creufet même.
SU8. LA PhTSÎQUE ET SUR LA PEINTURE.
^Z
Comment ïl faut mettre le feu au
Fourneaiu
Vous allumerez environ plein un
Rccliaiid de Charbon , que vous pouf-
ferez dans k Corps du Fourneau , en
y joignant tout le Charbon nécelTaire
&- proportionné à fctenduc du Corps
du Fourneau: enfuite vous ôtererles
Portes , à l'exception de celles du
Creufet , pour bien allumer le Feu ;
& quand il fera bien allume , vous re-
mettrez vos Portes , hormis celles du
Cendrier, & lutterez bien 1? Four-
neau , en forte qu'il ne reçoive de
l'Air que par la Porte du Cendrier Se
les Trous du grand Couvercle.
Le Feu étant bien allumé & pouf-
fe avant dans le Fourneau , vous l'en-
tretiendrez , en y pouffant par l'Ou-
verture du milieu du Bois fec , fendu
bien menu , afin que le Feu foit tou-
jours bien clair. Vous refermerez la
Porte de cette Ouverture à mefure
que vous y aurez mis le Bois : celui
de Chêne n'y ell pas propre , parce
qu'il brûle difficilement Se qu'il pé-
tille trop. Ayar.t'ainfi entretenu le
Feu, environ douze heures , vous re-
tirerez vos Epreuves par l'Ouverture
d'en haut, en ouvrant le Fourneau &
le Creufet ;, & fi vous les trouvez bien
eonditionnéesj vous retirerez le Feu,
& laifferez refroidir votre Verre dans
le Fourneau. Pour cet effet vous re-
boucherez bien le Fourneau iufqu'au
Cendrier même , de façon qu'il n'y
entre point d'Air ; autrement les Pic-
ces de Verre fe cafferoient. Il eR inu-
tile de dire que fi le premier Elîai que
l'on retire n'efl: pas affez cuit , il faut
attendre le tems convenable pour en
retirer un autre: c'efl ce que la pra-
tique enfeignera mieux que tout ce
qu'on en pourroit dire.
ARTICLE VI.
Manière de marbrer le Papier.
ON fera donner un bouillon à une
Pinte d'Eau: l'ayant retirée du
Feu , on mettra dedans l'Eau , de la
Gomme Adragant , Tracacanthi , bien
pure, pulverifée &: tamifée, & on la
laiffera ainfi pendant 24 heures, re-
muant de tems en tems pour faire d if-
foudre la Gomme," on mettra enfuite
quatre Pintes d'Eau dans un Vaiffeaii
plus grand, Se on y jettera la diffolu-
tion de h Gomme Adragant , remuant
bien avec un bâton , après quoi il faut
laiffer repofer l'Eau 28 heures. Se lî
quelques grains de cette Gomme n'c-
toient pas bien diffouds,. on les écrafe-
roit dans l'Eau avec les Doigts: on
paffeenfuite le tout à travers un Linge,
Lorfque la Gomme eff bien fondue'
& bien incorporée avec l'Eau , elle
peut fe conferver long- tems, obfer-
vant feulement de ne la pas préparée
dans les grandes Chaleurs, ni dans les
grands Froids.
Lorfqu'on veut"s*en fervir , fi elle
efl trop graffe , &: qu'elle ne porte pas-
bien les Couleurs, on coule légère-
ment par delTus une feuille de Papiec
pour la dégraiffer.
On fe fert ordinairement de fix for-
tes de Couleurs pour faire le Papier
Marbré. La première efl Rouge, que
l'on prépare avec la Laque commu-
ne , Se pour la rendre plus Rouge, on y
ajoute un peu de beau Vermillon biciv
broyé.
La deu\iéme Couleur eff jaune :
c'efl rOrpin qui donne on fort beau'
luflre au Papier,.
La troifiéme efl l'Oiangé, qui fe fait
avec les Couleurs précédcmes.
(?4 Observations sur. l'Histoire Naturelle ,"
Li quatricme C )ulcm- eit le Bleu , ré, de l;i Figure & de la grandeur Je la
Feuille de Papier que l'on voudra mar-
brer, profond de quatre à f.x pouces ,
auquel on mettra 3 ou 4 doigts d'Eau
préparée, puis prenant de vos Cou-
leurs avec autant de Pinceaux dilîé-
rens,on les fécouera fur TEau ; 8c pour
mêler bizarrement ces Couleurs , on
fera un Lillrument avec deux Epingles,
que l'on tîclicra au bout d'un Buton , à
que l'on prépare avec de Pin ligo. On
pourroitbicn s'en fervir tout feu! ; mais
pour le rendre plus clair , on y mêle
du blanc de Plomb.
La cinquième Couleur eftle Verd,
qui fe fait avec l'Orpin ts- TlnJigo.
La fixiéine Couleur ell compolée du
mélange du Riuge^ du IMeu ,- ce
qui forme le Violet.
On peut encore y mcler du Noir de peu près de la Figure d'une Fourche'te^
Fumée 8c telle autre Couleur qu'on
voudra , obfervant néanmoins de mé-
nager les Nuances.
On prépare les Cjuleiirs , en les
broyant à fec fur le Marbre : étant bien
broyées , on y mêlera de l'Eau de
Pluye dillilée , ou quelqu'auire Eau
Lien légère , broyant iufqn''à ce qu'el-
les foient comme réduites en bouillie,
puis on les gardera feparément dans
des Vafes, S< quand elles font delTé-
cliées , on y met un peu d'Eau pour
les humeder ; obfervant de ne pas trop
les délayer.
Pour s'en fervir , on jette dans les
Couleurs une quantité convenable de
Fiel de Bœuf, remuant (Se mêlant bien
chacune en particulier , obfervant
de ne pas mettre trop de Fiel de Bœuf;
car il gateroit la befogne. C'eil cette
Liqueur qui fait étendre les Couleurs
fur l'Eau préparée avec la Gime Adra-
gant , ainfi qu'il ell dit.
avec laquelle on tracera fur l'Eau des
Figures telles qu'on les veut mettre fur
le Papier ; on peutaufTi avoir un Inf-
trument en Forme de Peigne, pour
mieux onder & mêler les Couleurs. On
pevu iet;er fur les Couleurs des gouttes
d'Eau de Gc)me , pour les tacher de
blanc, fi l'on veut. La Gôme Adra-
gant ell la Baze du Secret, elle ne s'a-
lie point avec le Fiel de Bœuf, non
plus que l'Huile avec l'Eau.
Votre delfein fait fur la Superficie
de TEau , vous y étendez la Feuille de
Papier, mocte& imbibée , la laiffant
une ou deux, minutes, & l'ayant reti-
rée, on la nv-;tita à plat &- à l'envers,
pour la faire féchc«, étant bien féche ,
o^^ frottera la Peinture avec un mor-
ceau de Savon pour leslullrer: après
quoi on les eOuiera avec un Linge lin ,
ou avec du Drap bien doux.
On fera ce Papier Marbré de quel-
les Couleurs on voudra , pourvu qu'on
La Laque é< l'Indigo font fortaifés à les prépare comme on a dit. On peut
broyer ; mais l'Orpiment , le blanc de aulTi y mêler des Feuilles d'Orou d'Ar
Plomli & le Vermillon , demandent
4 ou 5 heures de tems pour être bien
broyés.
Toutes ces chofes préparées , on
aura un Baquet ou VailTeau plat , quar-
gent & faire des Figures &: des Nuan-
ces, telles qu'on le jugera à propos,
ce que la pratique enfeigneraplus que
tout ce que l'on peut dire.
APPROBATION.
JA I lii par orJre de Monfeigneur le Chancelier , la tjuatricme Partx d'un Manufcrit, qui «
pour Tiiro Oljerviinons fur l'HiJloire Naturelle, fur la Phfijue tr fur la Peinture i & j»-
prois que riiiipreû'ion en peut être permife. Donné â Paris le ij Oftobre 175*.
Philippe D£ Prétot.
OBSERVATIONS
SUR
rmSTOIRE NATURELLE/
SUR
LA PHYSIQUE
ET
SUR LA PEINTURE.
AVEC DES PLANCHES IMPRIMÉES EN COULEUR,
Cet Ouvrage renferme les Secrets des Arts , les Nouvelles Découvertes j
(es Dijputes des Philofopkes & des Artijîes Modernes,
ANNÉE i7ja,
TOME SECOND, VI. PARTIE,
A PARIS,
Chez DELAGUETTE, rue Saine Jacques, i f Olivier.
AVEC APPROBATION ET PRIVILEGE DU ROY.
fi)bKn-Srruc" St H«ptf' '"" ''''^'"'" '''' >î. G . . x : s . Auccu. de. prcr.nc.
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.A'b'7.,'j'«
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OBSERVATIONS
CINQUIÈME PARTIE.
i^; — ^-'^^r—'é — ^
^niig: — ^
^^s^
HISTOIRE NATURELLE.
OBSERVATION XXIII.
Sur la Struflure des Mufeles.
Oeuvre pojlume de M. Duverney , Confeiller ^ Médecin , Profejfeur d'Anatomk au
Jardin Royal, &• de VAcadémit des Sciences,
'^E morceau extrêmement fça- donnai d'abord an Public , &; qui fu-
p levant & curieux, & les deux rent reçues avec tant de fucccs. Le
/"Il Obfervationsfuivantes m'ont Manufcrit que j'ai en ma pofîeirion ell
f^^=^ été remis par M. Duverney , écrit de la main du même M. Da-
ChirurgienDémonftrateurau veriiey , Neveu & Eleva de i'Autçuc
Jardin Royal, avec qui i'avois été afTo- de cette Dilîertation , & de qui j'ai
cic dans les Tables d'Anatomie que je appris TAnatomie..
Jnn/e i-j^ZjTom, II. Partie. F, X
'(S6 Observations sur. l'
-* 'îg^dbn^ne ce Traiic ici , & l'Ob-
ferMaJjtott fuiVante , tels qu'ils font en-
tre' nies niaiiis, fâiiï y .faire la moin-
dre ''aâaiuo'h, Â lans y rien rétraii-
Ij<^r.
^ '■ • , ,
' Pe il SirUSiuredes Mufeles' en géncraL
< Comme il eft impolTible de connoî-
tré le 'm luvemeiTl des MufctÇs^, falis
fçavQir^nparavant quelle ed leur Struc-
ture î; nous allons commencer par la
détTfte; '■■ ■ ~ • "■ • '•"•■ "■■
Le Mufcle n'eft autre cliofe qu'un
aiïcmblagc & un compofé de Fibres
'qu'on appelle Nlotrice?.
La Fibre Motrice çjl ordinairement
compofce de trois Parties , celle du
milieu efl charnue^ &• les extrémités-
tenJinaufes. La Partie charnue eft la
plus tendre &:-ordinaf rendent de Cotr-
îeur Rouge ; la Tendrneufe eft la plus
dure , & de Couleur Blanche.
On efl fort en peine pour détermi-
ner la Structure des Parties charnues^
les uns.prétenfTeni; qii'éfles ont laFigure
d'un petit Prifme à trois pans , coni-
pofé de plufieurs filets , aufquels les
Anatomiltes donnent plufieurs différen-
tes Formes. Les uns veulent que chacun
d'eux foit un alîemblage de plufieurs
fils treiTés , qui laiffent entr'eux des in-
tervalles de différentes Figmes. Les au-
tres comme Borelly , prétendent que
chaque Fibre doit être confidérée com-
me un Cilindre creufé en Canal , Se
rempli d'une fubflance fpongieufe , &
que ces Fibres s'entrelalFent de telle
manière qu'elles iailTent eutr'elles des
efpaces en Lozanges. Les autres enfin
* Obtat nimia Fibrarum Carnearum exilita
^uae nimis veram earvmdem Strufturam oculi
«etiam optimo Mieiofcopio armatij liceat iaTpi-
HisTOTRE Naturelle ,
comme BernouUy regardent îa Fir^
■ bfe Mufculeufe comme une efpéce de
THiyau qui eff lié de telle manière
d'elpace en efpace , par les Fibres
Membraneufes qui l'entourent , qu'en
fe gonflant il fe forme entre les Ligatu-
res autant de Veficules , qui par la
çommuwcation qu'elles ont encore en-
■ tr'elleà malgré ces Ligatures s'cntienl
toutes à la fois par la Matière fluide
qui en fait le gonflement , * ce n'eft
que par hypothcfe qu'on a attribué
toutes ces différentes Figures à la Fi-
■ "bre •chafmic, parce "cjn^on ne peut 11
déterminer précifément par les yeux,
aidés même du Micjofcope.
. Les Parties Te ndineufçs font corn-
pofées de Filets blancs , fermer, durs,
ferrés 8c élaftiques ; ces Filets (e fépa-
rent.aifément , dans quelques- Tendons
qu'on a fait tremperquelque temsdans
l'eau ^ au qui commencent à fe pour-;
rir.
Quelquefois les Tendons devien-
nent ofleux , comme cela fe voit dans
celui qui ell au milieu de la Baze du
Cœur du Cerf, du Boeuf, & à l'Hom-
me, à mefure qu'il vieillit. Cela fe voir
auffi dans les Tendons des Jambes dtc
plufieurs Oifeaux qui deviennent Of-
leux dans toute leur étendue , à la re-
ferve dé l'endroit par où ils pafl'ent fur
les Articles , comme on le remarque
principalement dans les Coqs-d'Inde,
dans les Grues & autres.
Les gros Tendons percent, ou pouf-
fent , & s'enfoncent avec le Periofie ,
pour s'implanter dans l'Os même ., le-
quel efl toujours raboteux & inégal em
cet endroit , pour rendre celte attache
plus ferme.
ccre , hinc ideèmeris conjeauris cogimux aSèrf
qui.
«UR LA Physique
Dans tons les Mufcles , la Chair tient
ïieu de reflbrt, c'efl-à-dire , qu'elle a
Ja propriété de fe racoiircir, & le Ten-
don fait roffi<;e d'une llmple Corde;
en effet on voit par la DifTedèion des
Animaux vivans , que dans l'Aftion des
Mnfcles ^ il n'y a que les Fibres char-
nues qui fe contraâent ou fe racour-
cideiît, 6c que les Tendons au fqucis les
Fibres font attachées , retiennent tou-
jours leur même longueur fans aucun
changement dans leurs dimenfions , *
ik qu'ils ne font mouvoir la Partie à la-
quelle ils font attachés , qu'autant qu'ils
font tirés par les Fibres charnues qui fe
racourcifTent , & qui font l'inftrument
immédiat & complet de tous les mou-
vement des Animaux.
Ces trois Parties de la Fibre Motri-
ce ne font iamais une Liorue droite .
mais elles font difpofées de manière
que la Fibre cliarnuë s'attachant par
chacune de fes extrémités à la Fibre
tendineufe fait des Angles alternatifs
oppofés.
Les Fibres cîiarnuës font arrangées
inégalement dans chaque Mulcle : de
manière que pour l'ordinaire le plan
des Chairs a la Figure d'un Hliombe,
ou d'un Rhomboïde, & les Tendons
oppofés ont celle d'un Trapèze , & lorf-
que pour tirer avec plus de force elles
font obligées d'aSembler plulîeurs de
ces plans , elles leur donnent à peu près
la Forme d'une Plume , dont les barbes
repréfentent les deux plans des Fibres
charnues, & le Tuyau le Tendon mi-
toyen , qui étant ordinairement grêle
& délié , n'occupe par fon infertion
qu'un très-petit efpace fur le Corps de
l'Os.
ET lui LÀ Peinturb: 6j
Pour concevoir unz idée plus
fenfible de ce Méchanifme, il n'y a
qu'à fe repréfenter une longue Corde
attachée à un poids que l'on voudroit
faire tirer par un grand nothbre d'hom-
mes, dans un chemin long & étroit : car
au lieu de les ranger de front , ce qui
nefe pourroit faire dans un fi petit ef-
pace , on les difpoferoit en deux files
aux deux cotés de la Corde.
L'arrangement des Fibres en Forme,
de Plume , fait à peu près le même ef-
fet, chaque Fibre ayant fon point de
force dans la longueur du Tenddri.
C'cft par ce moyen que la Nature peut'
mettre plufieurs Mufcles très-charnus
les uns fur les autres, & aux côtés des
Os , au lieu que fi les plans de Fibres
étoient pofées les uns fur les autres à;
peu près comme des Cartes , le Veri-
tre du Mufcle feroit épais & demande-:
roitun grand efpace: ce qui ne peutfe
trouver aux côtés des Os ou la Nature
eft obligée de ménager l'èfpace pour
placer dans un petit endroit., un très-,
grand nombre de Mufcles. D'ailleurs
c-ss gros paquets de Fibres , ainfi entaf-
fés les uns fur les autres , rendroiént les
Parties difformes Si monffreufes.
Après avoir déterminé quelle efl la
Strudure de la Fibre Motrice , il efl
aifé de concevoir ce que c'eft qu'un
Mufcle , puifqu'il n'eff autre chofe qu'un
compofé de plufieurs couches de ces
mêmes Fibres. Quand elles fe placent
les unes à côté des autres elles en font
la largeur , ordinemftii latitudinem, & en
fe plaçant les uns fur les autres elles ej»
(ont l'épaiffeur.
On diflingue auffi dans chaque Mut
de trois Parties , fçayoir ^ celle du mi-
* Nullusfit motus in CorpoKC Animali five
fpontaneus fît, five volontarius , fivcmixtus,
iHfi à Fibrâ Motrice , hinc > nonnulli malè
definiunt Mufculum quod fît motus]|volont»rij,
Organuia.
Observations sur l'Histoire Naturelle,
'<Î8
Heu & Tes extrémités. Celle du milieu
€i\ charnue 6c forme ce qu'on appelle
fon Ventre ; fes extrémités font les
deux Tendons qui font oppofés l'un
à l'autre. Les anciens appelloient la
Tête la portion du Mufcle qui ctoit
attachée à la Partie qu'ils croyoient
immobile ; & la Queue celle qui étoit
attachée à la Partie qu'ils s'imaginoient
être toujours mobile.
Ils ont formé plufieurs difficultés fur
les noms de Tête & de Queue; mais
Qti doit regarder ces quertions comme
inutiles j & pour éviter d'y tomber, il
n'y a qu'à fe fervir toujours des mots
d'extrémités , & dire, par exemple,
qu'un Mufcle cfl attaché par une de
les extrémités à telle partie d'un Os,
& par l'autre à un autre endroit : car
Éien fouvent la Partie qui efl im-
mobile dans une fituation , devient mo-
bile dans une autre. Dans un même
Mufcle toutes les Fibres charnues font
égales & parallèles. La raifon de cet-
te égalité efl évidente ; parce que ces
Fibres étant comme autant de relTorts,
naiiTeni de la Mejnbratie propre du
Mufcle. Ces Fibres font parallèles en-
tr'elles , & entrecoupent tranfverfale-
ment les Fib/es charnues ôc les lient
étroitement.
Chaque M'ifcle a fon enveloppe par-
ticulière , qui ell formée par un liiïii
ferme & ferré , 6< de laquelle nailTent
les Fibres iWembraneufes dont on vient
de parler. Cette Membrane lient en
état les Fibres charnues,
Quan I un Tendon fe dilate en for-
me de Membrane , on l'appelle Mem-
braneux , c'cft pourquoi un des Fié-'
chilleurs de la Jambe ef\ appelle demi
Membraneu x. Quand il eft rond comme
un Nerf, on l'appelle Nerveux , tel efl-
un desFléchilTeiirs de a Jambe qu'oit
nomme demi Nerveux : c'eft là le lan-
gage ordinaire. Mais lorfque les Fibres-
tendineufes s'épanouilTent on nontme
cette dilatation Aponévrofe , comme à
l'avant Bras , ou au Fafcialata ; & lorf-
qu'on voit que fon Ventre ell diftingué
en deux ou trois Parties , par des Li-*
gnes tendineufes , on les nomme in^
elles dpivent fe racourcir toutes égale- terfeBions , comme cela fe voit dans lés-
inent 3 afin de fe fortifier & s'entc'aider Mufcles droits
dans leurs fondions : au lieu que fi
elles étoient inégales , les pîui courtes
feroient non feulement inutiles ; mais
elles empêcheroient même le mouve-
ment des autres.
Toutes les Fibres charnues dans un
même Mufcle font égales ; mais celles
qnicompofent les Tendons^ font dif-
poLes de telle manière que la plus lon-
gue d'unTendon répond à la pluscourte
du Tendon oppofé.On voit parla qu'un
Tendon quelque délié qu'il puifTe être
renferme autant de filets qu'il y a de
Fibres charnues.
H y a un nombre prodigieux de Fi-
bres Membianeules qui font implan-
tées dans les Fibres charnues, elles
Si tous ces iMufcles n'ctoient rete-
nus Amplement que par leur Membra-
ne propre ^ dans les aélions violentes ^
ils s'écarteroient les uns des autres &
fe jetteroient en dehors; ce qui caufe-
roit des gonflemens qui reniroient la
furface des Parties inégales. Cette en-
veloppe ne fert pas feulement d'en-
veloppe , elle fournit eiicore plu-
fieurs allongement, qui comme au-
tant de cloifons , (éparent de diflin-
guent les Mufcles, de la Partie où elle
le trouve.
Chaque Mufcle efl parfemé d'un
très-grand nombre d'Artères , de Vei-
nes & de Neifs , qui percent inditTé-
remment le Ventre du Mufcle 3 tan-;
SUR LA Physique
tôt en un endroit, & tantôt à Pautre;
(elon la fnuation & la route des Vaif-
feaiix , d'où elies tirent leur Origine.
Quand elles font entrées dans le Miif-
cle , elles Te partagent en mille petits
Raaieaux qui le raiiiii^nt de telle maniè-
re fur la (urface de chaque Fibre char-
nui-, qu'ils y font un Rezeau , ou Lacis^
qui la couvre entièrement. On voit
anffiun très-grand nombre de VaifTeaux
I.y.nphatique^qui naifle it de la Mem-
brane propre de chaque Mufcle. Cou-
per prétend avoir obfervè , '^ par des
injeèlrons mercurielles, que tes Artères
capillaires s'ouvrent dans le tiiïli Vtfi-
culaire des Fibres charnues.
C'ell par l'abondance du Sang dont
ces Fibres font imbibées^ qu'elles re-
çoivent cette Couleur rouge, qu'on ap-
pelle communément Couleur de Chair.
Cela ei\ fi vrai qu'à mefure qu'on fe-
ringue de l'eau tiède dans un Mufcle
& qu'on en ôte le Sang , fes Fibres de-
viennent pâles & blanches, c'efl une
des raifons qui a obligé quelques Ana-
tomiftes à foutenir que les Fibres char-
nues font de la même nature que les
Fibres tendineufes; & qu'il n'y a point
d'autre différence , fi non quo les char-
nues font plus propres a s'imbiber de
Sang & d'efprits , & les tendineufes plus
lërrrèes.
Mais je fuis perfuadé qu'elles ont les
unes & les autres une Struâure très-
différente , ce qui fe remarque allez
par leurs effets : & d'ailleurs quoique
les Fibics charnues foient étroitement
attachées aux tendineufes , elles en peu-
vent cependant être féparées par la
CuifTon.
On a dit que chaque Mufcle a deux
Tendons oppofés, cependant il s'en
trouve qui paroilîent n'en avoir qu'un
feul : dans plufieurs Mufcles une des
extrémités paroit toute charnue, &
ET SUR LA Peinture. 6$
tient immédiatement aux Os voifin^ ;
ce qui prouve que ce ne font point les
Tendons qui fervent au racourciiïe-
ment des Mufcles^ 8c qui en font !e
mouvement , mais feulement les Fi-
bres charnues.
Ce que nous venons de dire, qu'il y a
des Mufcles, dont les chairs font immé-
diatement attachées aux O>,nous donne
lieu de mieux faire concevoir quel eft
le véritable ufage de h Chair & des
Tendons. Cela fe voit dans plufieurs
Mufcles qui couvrent le Crâne , l'E-
pine , les Omoplates, les Os des Iles;
6i dans prefque tous ceux qui fervent
aux mouvemens des Doigts, des Mains
Si des Pieds ; parmi lefquels il y en a
quelques-uns qui n'ont point de Ten-
dons. On pourroit dire alors que le
Mufcle n'a ni Tête ni Queue, pour
parler félon le langage ordinaire , puif-
que fon Ventre ou fa Chair font immé-
diatement appliquées par fes deux ex-
trémités aux Os voifins. J'en remarque
un principalement dans l'avant-Bras,
qu'on nomme Quarrc à. caufe de fa Fi-
gure, & qui fert à tourner la Main
contre terre, ce qu'on appelle prona-
tion j 5c unautre à la Cuilfe qui fert à
l'écarter & à la porter en dehors qu'on
nomme aulli de même nom à caule de
fa Figure, il y en a nombre à la Fa-
ce, &C. Si l'on confidére que les Mafcies
qui n'ont point de Tendons , ne iaif-
fent pas de faire mouvoir les Parties
aufquelles ils font attachés , on re-
connoitra facilement que la Fibre char*
nuèell la Partie elTentielle du Mufcle
& que le Tendon qui n'eft qu'une Cor-
de, ne lui eft néceflaire que pour évi-
ter certains inconvéniens.
D'autre part fi l'on fait réflexion que
plus une Fibre charnue a de longueur
plus elle efl capable d'un grand rjcour-
cillement. L'on ne s'étonnera plus de
Observations stjr l'Histoire Naturelle,
7«
ce que certains Miifcles font nns 1 en-
dons aux endroits de leur Origine ;
parce que la Nature qui veut ménager
le peu d'efpace , où le Ventre du .\iiir-
cle doit être renfermé ^ donne par ce
moyen à la Fibre cliarnur le plus de
ionsTiieur qu'il lui ell poilible.
Si l'on demande pourquoi donc tous
les Tendons ne manquent point dans
tous lesMiifcles; ileilaifé de répon-
dre que comme il en a fallu placer plu-
f;eursdans un très-petit efpace , & les
placer commodément , fi tons les Muf-
cles ctoient finis Tendons , ^- que
leurs Chairs fii!Tent immédiatement ap-
pliquées aux Os , comme elles ont la
plupart un volume confidéraljle , elles
occuperoient un très grand efpace lur
le Corps de l'Os, lequel ne pourroit fer-
vir qu'A l'attaclie d'un très-petit nom-
bre deMufcles.
D'ailleurs fi tous les Mufcles ctoient
fins Tendons , c\' que leurs Chairs
fulTentcoiuinucsjufqu'aux Parties qu'ils
.doivcnt'mouvoir i comment feroit-il
polTibie de renfermer dans des efpaces
aulTi étroits^ que font ceux qui fe voient
en divers en Jroits de l'Animal, tous les
rellorts qui y font contenus en très-
grand nombre; au lieu que par l'ar-
rangenient & l'ordre établi , les Ven-
tres des^Mufcles diminuent prefque tout
à coup', Se dégénèrent , pour ainfidire,
en Cordes polies , èv ordinairement
déliées; ce qui donne une facilité mer-
Tcilleufe à ces Cordes , ou Tendons ,
pour couler entre les Mufcles , par où
elles pallent, Se à giilVer les unes fur
les autres ; à fe percer mutuellement
& à faire un chemin fort long , fans
embarralfer les Parties eutre lelquelles
ils s'inlînuent.
Tous ces avantages font fort fenfi-
bles dans l'arrangement des Mufcles
qui fervent auxmouvemens des Doigts:
la Partie charnue de ces Mufcles eS
toute placée dans l'avaiit-Bras ; néan-
moins fuivant les loix de la fituatioa
des autres Mufcles , elle devroit être
attachée aux Os du Métacarpe ; mars
ces dilTérens pelotons de Chair au-
roient ren Ju la Paume de la Main iné-
gale (Si pleine de bo'.Tcs , Se par cou-
fjquent mal propre aux ufages pour
lelquels le Créateur l'a dellinée.
Les Têtes charnues de tous ce»
Mufcliis paroilTent immédiatement at-
tachées aux Oi du CouJe.oudu Rayon;
ce qui rend leur^ Fibres charnues plus
longues , & par coiîféquent capaliles
d'un plus gran.1 racourctlFement : Or,
cela étoit trè^-iuile , les Doigts for-
mant des Flexions & des Extenfions
trc> éten Jues dans leurs divers raouve-
mens. C^s Chairs par leurautre extré-
mité fe terminent vers le Poignet en
Cordes déliées qui pallent par-dellus
& par-delTous la Paume de la Main ,
fans altérer le Figure qui doit être
platte & polie^ pour fe plier en creux ,
& embraflfer commodément les chofes
dont on a befoin.
Les Mufcles fe divifent en fimples
(Sw en compofés. On appelle lunplcs ,
ceux qui n'ont qu'un Ventre & deux
Tendons. On appelle compofés ceux
qui ont plulleurs Ventres , & donc
chaque Ventre a fes Tendons , c'eft-
à-dire, celui qui eR compofé de plu-
lleurs Mufcles fimples.
Il y a plufieurs fortes de Mufcles
compofés. Le moins compofé ell ce-
lui dont l'un des Tendons venant à
fe partager en deux, embrafle les cô-
tés du Mufcle, l'autre palTant par le
milieu du Ventre reçoit les Filets^ des
deux plans de Fibres charnues dont
il ell compofé.
Il ert inutile de parcourir les au-
tres diiferences des Mufcles compofés ^
SUR LA Physique et
. car on ne les peut faire fentir que par
l'infpedion de la Partie même.
Il faut encore remarquer que la lon-
gueur des Fibres d'un iVIufcle , ne doit
pas toujours fe mefurerpar la longueur
de Ton Ventre , car il y en a qui ont
un Ventre trcs-long dont les Fibres
. font néanmoins très-courtes. Longitu-
do Fibrarum dat magnituditum motus , &*
hrcvitas Gr multitudo Cinim dat vires,
C'eft-à-dire, la longueur des Fibres
charnues fait la grandeur du mouve-
ment , parce que le chemin d'une Fi-
bre qui parcourt une Partie du Mufcle,
ert toujours proportionné au racour-
cifTement de ce Mufcle; (Se le grand
nonîbre des Fibres augmente la force,
& fe proportionne à l'étendue.
Quand piufieurs puilîances agilTent
enfemble, elles tirentavec plus de for-
ce , c'ell pour cela que les Mufcles
Crotaphites font fi épais^ c'eft aulTice
qu'on obferve dans le Gizier dés Oi-
feaux & dans le Cœur de tous les Ani-
maux ; mais on obferve encore mieux
cette force dans le Deltoïde,
Conclulîon, les Mufcles qui fervent
à nos mouvemens ont encore des diffé-
lences très-confidérabies, foit par leur
grofleur, foit par leurtilTu, foit par
leur configuration , foit à raifon de
i'eudroit où ils s'implantent , lequel
dans les uns efl plus éloigné du point
d'appuy , & l'eft moins dans les au-
tres.
A l'égard de leur grofleur elle efl vi-
fible dans les Mufcles qui fervent au
mouvement des Mâchoires : dans les
Animaux carnaciers , par exemple , les
feuls Mufcles Crotaphites ^ outre leur
étendue très - confidérable , ont dans
leur milieu plus de crois grarjds pouces.
d'cpaitTeur.
A l'égard de la force occafionnée par
le tilTa des Mufcles > elle paroit dans le
SUR LA Peinture. 71
Gizier des Oileaux , dans le Cœur des
Animaux, mais principalement dans
le CœLir humain , dont les Fibres ,
outre leur tilfure ferrée , s'entrelalfent
les unes fur les autres comme les fils
d'un peloton , ce qui en augmente la
fermeté & l'Eiafticité.
Quant à la configuration , je parle
de l'intérieure , elle efl vifible dans le
Deltoïde, ce Mufcle occupe un allez
petit efpace au delTus de l'article du
Bras; cependant il ellcompofé de dou-
ze Mufcles Rhombaïdaux, dont chacun
eil form : d'un très - grand nombre de
petites Fibres.
Pour rendre fenfible l'aâion de ce
Mufcle qui efi defliné à lever un poids
très- confidérable, il faut fe repréfenter
piufieurs forces, difpofées'eu douze fi-
les de chaque côté, rangées artifiement
de façon que chacune d'elles puilTe ti-
rer la Corde qui e(t au milieu pour
attirer le poids a'taché à cette Corde,
Voilà ce que fait à peu près l'arrange-
ment des Fibres qui compofent les dou-
ze Mufcles du Deltoïde , la Nature fe
fert de cet ordre pour mottre en jeu
en même tems un nombre très-confi-»
dérable de Fibres, qui joignent tous
leurs efforts fur un feul point pour ti-
rer d'nn même fens le Tendon c^ui fup-
porce un grand cfiort.
Examinons à préfent comment fe fait
le mouvement des Mufcles. Les Ana-
tomifies Modernes diRinguent ce me
femble alTez bien les monvemens qui
fe font en nous, eiipurement méc/foniques,
&: en méchaniques volontaires.
Les oremiers font ceux qui fe font par
la feuie difpofition de la Machine,
comme le mouvement du Cojiir ^ de»
inteflins, de la Vedîe , Sec,
Les derniers font ceux qui fe font
par le commandement de l'Ame, à la-
quelle laMicKine obéît, ainfi q_ue le-
72 Observations sur. l'H
niodvement des liras , des Pieds, de
la Tcte & du relie du Corps. L'A ne
eil la Maîtrede de ces mouveuiiiis ,
parce qu'elle dirige les efpiits dans les
Mufcles; mais li cette diftribution d'ef-
prît (était faiis fa participation , le mou-
vement devient involontaire.
On n'appelle jamais volontaires les
mouvemens qui font purement mécha-
niques , parce que le cours des efprits
dans les Mufcles qui fervent à ces mou-
vemens n'eft jamais fournis à la volon-
té. Quand ces mouvemens purement
méchaniques font déréglés . on les ap-
pelle fimpleiiient Contre-nature Se Con-
pulfifs.
lis font nommés Contre - nature ,
quand ils font plus vîtes ou plus lents ,
plus forts ou plus petits que dans l'état
naturel , & Convnlfifs , quand, outre
quelqu'un de ces défauts , ils ont en-
core celui de fe faire d'une manière
diflerente de la naturelle, ou qui lui eu.
oppolée , par exemple , le mouvement
du Cœur & des Artères eft fimplement
Contre-nature dans la Fièvre , & Coii-
vuliîf dans la Palpitation , Scainfides
autres.
La Refpiration n'efl point un mou-
vument con^polé comme on le dit com-
munément. Il ell; purement méchani-
que dans ceux qui refpirent fans y
penfer , & volontaire dans ceux qui y
font attention , parce qu'on peut l'ac-
cellerer ou le retarder.
Il eft à remarquer que les fondions
Animales fe font quelquefois en nous
fans que l'Ame y faffe aucune atten-
tion j ou fans qu'elle y faiïe réfle-
xion,
La dilTcrcnce qui eft entre ces mou-
vemens, eft que les uns font continuels ,
& que les autres ne fe font que dans cer-
tains tems, comme ceux des Paupières.
Lorfc^u'oii obfervç wi Mufcle qui
iSTOiRE Naturelle,"
eft dans fa contraôion , l'on remarque
en premier lieu qu'il eft d'ir ; cette du-
reté augmente par la durée de raftioii
ou par 11 feule augmentation du poids,
fans que le mouvement augmente ;
comme il arriveauBras qui demeure
toujours dins la même fituatioii ; ce
Phénomène eft fort beau & mérite at-
tention.
Deuxièmement , on reconnoît au
Mufcle un gonflement très-confidèra-
ble, troifièmement il change de Cou-
leur.
Il eft bon de dire que quoique le
mot de FléchilTeur convienne dans
nombre d'occafions, par exemple au
Coude , il peut aulH-bren devenir Fié-
chifTeur du Bras , fuivant les dillerenies
attitudes , ainfi des autres , cependant
il faut s'accommoder au langage vul-
gaire , 8c avertir fon Leâeur.
Les Organes immédiats de tous nos
mouvemens font les Fibres Motrices ;
non feulement celles qui compofent
les gros Mufcles , qui fervent à remuer
les Bras , les Cuilfes , &c. mais enco-
re celles qui aident à former les Par-
ties qui fe meuvent, indépendcmment
de ces mêmes Mufcles , telles que font
l'F.ftomach , les Inteftins , la Matrice,
les Uretères, la VefTie, les Glandes.'
Il en faut excepter les Artères, dont
la dilatation dépend uniquement de
rimpulfion du Sang que le Cœur y
poulie , 8i le refTerrement , ou la vertu
élaftique de leurs Fibres , qui ont été
tendues au moment de leur Diaftole.
Il en faut encore excepter les mouve-
mens qui fe font par le reftort natu-
rel ou des Ligamens , ou des Cartila-
ges , comme aulTi les Gonflemens qui
arrivent à certaines Parties par la dif-
pofuion de leur tilTu Véliculaire , &
l'abondance du Sang & des Efprits qui
y coulent on certaines rencontres, tels
font
SUR LA Physique et sur la Peinture."
font les gonflemens de la Verge , du
Clitoris y du Rets admirable & du Va-
gin.
■OBSERVATION XXIV.
De la Force des Mufcles.
far M. Duverney , Auteur de la, précé-
dente Obfervation.
DANS la plupart de nos mouve-
mens , la Nature fe fert des Os
comme d'autant de Leviers , ce qui
augmente l'effet de ia force des Muf-
cles.
Dans les mouvemens des Bras & des
CuilTes elle employé le Levier de la
troiriémeefpéce,qui efl: celui où la puif-
fance ell; au milieu. En effet l'article du
Bras, par exemple , eft comme l'ap-
puy du Levier, le lieu de l'infettion
du Mufcle ell l'endroit où la PuiCance
pofe ,• & l'extrémité oppofée , c'efl-à-
dire, le refte du Bras, ou de l'avant-Bras
efl le fardeau fur lequel la Puiffance
agit.
Or , il eft certain que plus l'endroit
où la Puiffance agit ^ efl éloigné de
ï^appur, & plus elle a de force pour
agir & pour remuer le fardeau. Pour
mefurer cette dillance , il n'y a qu'à
voir quelle ell la Ligne de direction
des Mufcles , & tirer une Perpendicu-
laire du Centre du mouvement à la Li-
gne de Direftion , c'ell la longueur de
cette Perpendiculaire qui marque cet-
te dillance.
L'on demande dans quel endroit
précifément de l'article ell le Centre
du Levier.
Pour le bien déterminer , il faut re-
inarquer que dans toutes les pièces
Jnnee i-j^ZjTom. II, Partie, Vs,
73
Offeufes qui font articulées par Genou
le Centre du mouvement ell au milieu
de la Boule , & que dans toutes celles
qui font articulées par GirtgZyme ce Cen-
tre efl dans toute la longueur de l'Axe
qui paffe par les deux extrémités Cy-
lindriques de l'Os.
Cela nous peut donner lieu de faire
ici une réflexion qui ell que la grande
dilatation des extrémités des Os qui
forme les Epyphyfes.fert à augmenter la
force des Mufcles : & pour le bien
comprendre , il n'y a qu'à remarquer ,
premièrement que les Tendons des
Mufcles font toujours implantés autour
des articles. Cela étant , puifque plu-
fieurs PuilTances appliquées à des Le-
viers ont d'autanc*plus de force , que
leurs direftions font plus éloignées de
l'appui de ces mêmes Leviers , il s'ert
fuit que les extrémités des Os étant
fort grolTes , & les Tendons des Muf-
cles pafTant par deiïus , leur force efl
d'autant ^plus augmentée , qu'ils font
par ce moyen , plus éloignés du Cen-
tre de leur mouvement: de-là il arri-
ve que quoiqu'un Tendon fe trouve
couché fur la Tête d'un article , il ell
pourtant toujours éloigné du Centre
defon mouvement du demi Diamètre
de cette Tête^ comme on le voit dans
l'aftion du Fléchiffeur du Coude : &
comme il arrive qu'à mefure que le
Coude fe fléchit jufqu'à un certain
point., la Ligne de direélion des Flé-
chiffeurs s'éloigne de l'appui , cela
fert encore à augmenter la rarce.
On demande pourquoi les Tendons
s'implantent dans ia Partie de l'Os qui
eft voifine de l'appui. Il paroît d'a-
bord étrange que la Nature les ait pla-
cées fi proche , puifqu'en les pofant
vers l'extrémité de l'Os qui doit être
mû , elle auroit pu mouvoir les poids
avec beaucoup plus de facilité.
K
Observations sur- l'Histoire Naturellf,
74
J! efl aiféde laiie voir que la Natu-
re ne pouvait les placer avec plus de
jufleire: car fi, par exemple les FIc-
cliifToucs du Coude ctoient près du
Poignet , le Coude ne pourroit Caire
une auiTi grande flexion; ainfi qu'il eft
nôccfTiire en plulîeurs occaiions : il
£auJroit pour lors que le Mulcle Flé-
çhilTcur fe racourcit plus des trois"
quarts, ce qui efl impofTible; puifqu'on
peut démoiiirer qu'un Mulcle dans fa
contradion ne fe racourcit qu'environ
de la troificme Partie de la longueur
g' u'ii-a quand il eft étendu. D'ailleurs
les Muîcles s'inipiantoieiu aux Par-
ties des Os Les pius éloignées de l'ap-
pui, le Bras & la Main deviendroient
diforme» , parce que ces Muicles dans
leur contraclion fe jetteroieni fi fore en
dehors qu'ils occuperoient toutl'efpa.
ce qui ell entre l'extrémité du Coude
& le Bias : ce qui rendroit ces Parties
non-leulement monllrueufes , mais en-
core incapables des mouvemens auf-
quels elles font deliinces.
Déplus, fi les Mufcles FléchifTeurs
du Coude aboutiffoient près du Poi-
gnet leur Ligne de diredion ne feroit
pas plus éloignée de l'appui que dans
la fituation où ils font. Ainfi ils l\:-
roient obligés de faire le même effort
pour commencer à tiécliir le Coude,
qu'ili font dan^ la fituation qu'ils ont.
Enfin comme il faudroit qu'ils lifT-ut
uns très-grande contradion , il faudroii
aufTi employer une très-grande quan-
tiié ddprlls, ce qui feroit une dcpen-
fe inutile.
On ^ voit par tout ce qui a été dit ,
que la méchiniq le dent la Nature fe
fcit dans l'interiion de= Mufcles çon-
firte à Fïien choifir le lieu de l'inier-
tîon en la mettant le plus loin qu'il
çfi polfibie <Ie i'Articii'.aiioa , quand
les Mulcles qui font employés tmx
mouvemens de la Cuiffe ont leur in-
fertion fort éloignée par la fituation de
ces cminences qu'on nomme Trockan-
ters: Outre cet éloignenient , la Ma-
ture donne à ces Mufcles une épailTeur
tEcs-confidcr:ib!e.
Piufieurs Fibres mifes en contrac-
tion tirent avec plits de force , fi la
Partie doit parcourir im grand efpace;
elles font aulTr mouvoir l'éxtrcmité op-
pofée à l'appui par un cliemin plus
court: c'cll pourquoi la Nature a cou-
uime de ménager la fiiua'.ion de I in-
fertion des Mufcles, de taijon que la
force fijtfife à réloign'*meni de Tin-
feriion , & que l'efpace que l'ex-
trémité oppofée d.; l'Os parco Mt , foic
aufii fuffifant ^ couvenible ; l'exemple
de mouvoir la Mâchoire vafaire feiufc
ce qu'on vient de dire.
.La méchanique de la Mâchoire con-
fille en deux choies, premièrement à
ménager une entrée convenable aux;
alimens dont le lert chaque elp^ice d''A-
nimaux ^ deuxièmement à donner aujs
Mulcles qui fervent à les broyer., une
force convenable & fiiifi^ante. Pour
bien entendre cette méchanique , il
faut remarquer que l'Oi de la Maclioi-
re elt aullî une efpéce de Levier dont
l'appui cA à l'endroit de fon aiticula-
tion , que le iieu de l'infertion du
Çr.naphite ell l'endroit où la puifTin*
ce agt , & que l'oxrêuTité oppiilé ài
cet article ell ia Portion de la Mâchoi-
re qui contient les Dents.
Par-là on voit que pour proportion-
ner l'entrée de la Bouche à la grofT uï
deî alimens , ta N iture cfi forcée d«
pl'icer les M licles pius ou moins près
des appuys Dan- l'Homme , par exern»
pie, ils fout afT-v proches parce qu'il
failoii lailTer à la Bouche ia liberté de
uni grande force ell accelTaiie, Ainli s'ouvrir autant qu'il ellnccciraii:c. Mai%
SUR LA Physique
ta. récompenfe elle en aug.neace la
force par ['cpaiflTii.r .S: le nombre des
Fibres cliarnuëi , dont chique Mufcle
eft compofé , & par l'inflinft qu'elle a
donnée à l'Homme Se aux Animaux de
porter dans le fond de la Bouche les
•"Corps qu'on a befoin de brifer_: parce
qu'étant plus près de l'appui ils font
d'autant moins de refiftance. C'eft par
cette même mécfianique qu'on peut
rendre raifon de la Conformation des
Mâchoires & de la fituationdes Dents
dans tous les ditférens Animaux.
A l'égard des Mâchoires, par exem-
ple^ elles font plus ou moins longues
endifferens Animaux^ ce qui fait que
les Dents incifives qui font placées à
leurs extrémités ont plus ou moins de
force pour couper : les Molaires au
contraire ont beaucoup plus de force
pour broyer, parce qu'elles font plus
voifines du point d'appui ainfi qu'il a
été dit.
Comme la force du Levier efl fort
diminuée vers l'extrémité de la Mà-
^choire , Se que l'eUort qui s'y fait pour
ferrer n'ell pas confidérable ; la Natu-
re, pour augmenter le mouvement qui
eftnécelTdire pour Pincifion , nous fait
ajouter Ja force de la perculTion, en
frappant à petits coups de Dents le
Corps que nous voulons brifer, ce qui
efl ordinaire à certains Animaux com-
me le Poi-c-Epy , le Cochon d'Inde.
Le Bec de tous les Oifeaux Carna-
ciers elt fort court de même que la
Mâchoire des autres Animaux Vora-
ces.
La Nature fe fert aulTi d'autres efpc-
ces de Leviers , par exemple ^ de celui
de la féconde efpéce.fe voit où le point
d'appui eft pofé au milieu de l'Os ^ il eft
employé dans le mouvement de la Tête
fur la première Vertèbre du Col.
Celui de la troifiéme efpéce..ell quand
ET SUR LA Peinture: 75-
on fe drelTe fur les Oiterls: car pour
lors l'appui efl au bout des Orteils , la
puilTance efl au Talon qui efl dreffé
par l'aâion des Mufcles qui y font im-
plantés; & le poids du Corps efl fur
i'Aflragal , lequel efl fitué entre les Or-'
teils &: le Talon ; c'efl-à-dire , entre
l'appui, & lapuiltance , mais bien plus
près du Talon. Ce qui fait voir quel
doit être l'effort prodigieux des Muf-
cles extenfeurs du Pied. 5c c'efl pour
en augmenter la force que la Nature
donne au Talon le plus de faillie qu'iï
efl pofGbIe , ainfi qu'on le voit dans
ceux qui font légers à la courfe.
OBSERVATION XXV.
Sur le mouvement des Mufcles.
JE n'ai rien à dire des Obfervation»
précédentes , & je ne crois pas
même que qui que ce foit piillFe les
critiquer : il efl impolTible de pou-
voir mieux raifonner fur la Sirudure
& la Force des Mafcles. Mais il n'en
eft pas de même de cette Obfervatiori
ici , je donnerai un Sentiment con-
traire dans l'Obfervation fuivante.
Oeuvre pojîhume de M. Duverney , Con-
feiller , Médecin ,^(p'c. Sur f Écoulement
des Efprits Animaux Gr le mouvement
des Mufcles.
Tous les Syflêmes du mouvement
des Mufcles , fe peuvent réduire à deux
manières de les expliquer , l'une feule-
ment par lavoye des Efprits , & l'autre
par lavoye du Sang &des Efprits tout
enfemble.
Nous allons fur ce Sujet propofer
les Sentimens qui nous ont paru les
plus raifonnables laiflant à chacun la li-
•^6 Observations sur. l
bertc Je cTioifir. Nous commencerons
par celui du Sang & des Efprits.
Avant Stenon on ne parloit que du
Syllême des Efprits , & il efl le pre-
mier qui ait donné lieu de croire que
le Sang contribue comme Matière au
mouveinent des Mufcles par la célè-
bre expérience qu'il a faite & que je
vais rapporter.
On lie le Tronc de l'Aorte defcen-
dante dans un Animal vivant , & l'on
remarque quelque tems après qu'il de-
vient Paralytique^ d'où l'on conclud
que le Sang mêlé avec les Efprits efl
îa caufc immédiate de nos mouve-
mens.
Syjîhne du mouvement des Mufcles par le
m^lan^e du Seing (jr des Efprits.
Plufieurs Modernes , de entr'autres
WilUs Si Mayou. Le premier croit que
les Efprits qui coulent incelTimment du
Cerveau par les Nerfs , fe ramnflent &
fe retirent dans les Fibres tendineufcs ,
comme dans des refervoirs , d'où ils
pafTcnt enfuite dans les Fibres char-
nues , après y avoir été déterminé par
l'Ame, ou par les Objets ; & que là
ils fermentent en fe mêlant avec des
Parties très-aèlives que le Sang y a
laifTees , ce qui fait que les Fibres char-
nues qui font d'elles-mêmes fort lâches
& fort poreufes j s'enflent & devien-
nent par ce moyen plus courtes ; après
quoi les Efprits qui (ont reftés de cet-
te fermentation , fe retirent de nou-
veau dans les Fibres tendineufes , & y
ïaident le refle du Sang avec lequel ils
avoient fermenté.
Mayou ayant remarqué que les Fi-
bres charnues ne font pas difpofées fé-
lon la longueur du Mufcle , ainfi
qvi'elles ne peuvent fervir à fa con-
tradion , parce que celle du Mufcle fe-.
HtSTOrRE N.VTURELL,
roit beaucoup plus petite que celles de'
fes Fibres charnues, c'^ par confcquenc
beaucoup moindre qu'elle n'ell en ef-
fet. Cela pofé il prétend que la con-
traétion des Mufcles dépenJ entière-
ment de celle des Fibres Membraneu-
fes, qui lient les Fibres charnue.^; &fa
raifon ell que ces Fibres t tant ètendifës
félon la longueur du Mufcle , la con-
traftion du Mufcle fera proportionnée
à celle de chaque Fibre. Il veut enfui-
te que le racourciffement de ces Fibres
fe faffe par le mélange & la fermenta-
tion d'une Partie Saline & Sulfureu-
fe fournie par le Sang Se par les Efprits
qu'il appelle Nitro- Aériens. Suivant
cette Hypotèfe, l'ufage de la Chair du
Mufcle , eft feulement de fervir de
Crible propre à féparer du Sing donc
elle efl arrofèe fes Parties les plus
grair.'s &- les plus Salines, ce que cec
Auteur prétend prouver par cette Ob-
fervation.
Dans les grands i?c violens travaux
Se dans les Fièvres , on tombe dans un
grand amaigri (Tement , au lieu que
quand on travaille peu, on engrajlïe
très-confidérab!ement.
Or, lagraiffe, dit-il , n'ert que la
Partie la plus Onclueufe du Sang , fi-
gée par quelques Efprits NitreuxS: Sa-
lins de l'air, ou des alimens. D'où il
s'enfuit que cette Matière gralTe &
oi^dueufe , contribue beaucoup an
mouvement des Mufcles; puifqu'oii
voit que l'.Animal perd de la Matière
de fa grailTi, à proportion qu'elle ell
employée à cet ufage , & c'ell pour la
même raifon que l'Animal le plus
maigre reprend bientôt fon embon-»
point quand il eft quelque tems en
repos.
Voilà quels font les Sydêmes de
XC'illis^ 6c de Mayou , ceu>4 de Bor~
relly , & de Beiliny en approchent af;
SUR. LA Physique et
fez : maïs entre tous ceux qui préten-
dent que le mouvement des Mufcles
fe fait par le commerce du Sang , &
des Efprits , il nie femble que le Syf-
tême de M. BernouUy , ProfefTeur en
Mathématique^ elt le plus plaufible. Il
dit que la Fibre Mufculeufe efl; un ef-
péce de Tuyau qui efl liée de telle
manière , d'efpace en efpace , par les
Fibres Membraneufes qui Tentourrent,
qu'en fe gonflant il fe forme entre les
Ligatures , autant de Sacs ou Véficu-
ïes , qui par la communication qui refte
encore entr'elles, nonobRant ces Liga-
tures, s'enflent toutes à la fois par la
Matière fluide qui en fait le gonfle-
ment : d'où il conclud que l'adion du
liquide renfermé dans le T^yau ainfi
dillin^ué en plufieurs petits Sac doit
néceffairement en les gonflant, pro-
duire le racourcilîeaient de la Fibre
charnue.
Pour avoir le calcul exaft des forces
que doivent employer les Mufcles dans
leur adion^ il ell néceflaire de fçavoir
quelle Figure prennent ces petits Sacs
ou Véficulesdans le tems de leur gon-
flement. Boreliy qui regardoit cette Li-
queur non pas comme renfermée dans
des Tuyaux, mais comme répandue
entre lesFilamens des Fibres charnues,
prétendoit que par l'écartement que
îeur caufoient les Parties de cette Li-
queur, ils décrivoient entre eux des
Figures Rliomboïdales, ou de Lozan-
ges ,• ce qui efl tout-à-fait contraire à
la Nature de la preflîon d\m liquide :
non feulement parce qu'on fqait qu'une
Corde Héxible prelTée dans toute fa
longueur, doit néceffairement fe flé-
chir en Ligne courbe , & non eu An-
gies faits de Lignes droites , poirr
faire des Lozanges , tels que Borel-
iy les fuppofe ; mais encore parce
giue les prelTions faites par Les Par-
suR LA Peinture. 77
ties d'un liquide font égales en tout
fens: d'où il s'enfuit qu'elles doivent
toutes également fe courber , & for-
mer par- là une Ligne circulaire. C'ell:
ce qui a fait conclure à M.' Bernoully
que les Sacs ou Véficules qui fe for-
ment par le gonflement des Fibres
charnues dovent être formés comme
des Arcs de Cercle qui tourneroient
autour de la Ligne qui va d'une Li-
gature à l'autre ; Se de-là il déduit un
calcul très-exacl & trcs-diflorent de ce-
lui de Boreliy , mais cette dernière Ma-
tière n'etl pas de notre Sujet.
Quand à la caufe du gonflement de
ces Sacs ou Véficules , il fuppofe avec
Boreliy que les Nerfs ne (ont qu'ua
petit amas de Tuyaux , remplis d'une
Subfiance fpongieufe, qui efl toujours
pleine de ce Suc (piritueux, qu'on nom-
me Efprit Animal, qui y demeure fui-
pendu comme l'eau dans une éponge.
Or> ces efprits étant agités dans le
Cerveau , ou par li volonté de l'Ame,
ou par l'impretTion des Objets , agitent
& fecouent le Nsif dans fon Orroine.
Cela fait que cette liqueur Nerveufe
difliile par l'une des extrémités, Ia-<
quelle efl divifée en plufieurs Fibres,
qui s'abboucSent avec les petitsTuyaux
qui compofent la Chair du Mufcle.
11 fuppofe que quoique ces petits Con^
duits de Neifs (oient toujours ouverts ,
l'Efprit Animal n'en peut découler que
par cette fécouATe , de même que dans
une éponge imbibée d'eau , il n'en fo;t
aucune goutte, qu'on ne la prelTe , ou
qu'on y verfe de nouvelle eau.
Cela pofé , il dit que quand , par le
commandement de l'Ame , ou par
quelqu'autre caufe , plufieurs petites
gouttes de cette Liqueur viennent à
difliiler par les extrémités des Nerfs,
& à tomber dans les Tuyaux quicom-
pofcntja Chair du Muicle , pour lors
7.S Obseîivatîons stjr
les Parties les piu» fnbtileà de cette
même Liqueur percent & brifent les
petites Molécules du Sani^ , & ou-
vrent par ce moyen le pa>Tage aux pe-
tites Particules d'Air, qui y étoient
emprifoniiées ^ 6< qui font tort conden-
fées, Icfquellesfe dilatent fur le champ,
& font l'cbulliiton qui iert au racour-
cifTeujent du Mufcie.
Cet Auteur explique aulTi comment
cette fermentation cetfe fi prompte-
nieiit, en nous faifant remarquer que les
pointes de celte l.iqneur fpiritueufe
font fi fines & fi délicates qu'elles ne
peuvent ouvrir que les Porofités les
plus déliées de ces Molécules qui ne
donnent auffi pafTage qu'à la Partie la
plus fubtih de Vair condenfé ^ qui fe di-
late au même inftaat & gonHe tout le
Mufcie; mais parce que les Particu-
les de cet air font trcs-tines , elles s'é-
clnppent facilement dans les Porof.tés
du Mufcie , &: par celles des Tégu-
mens ; c'efl pourquoi après cette ébu-
Htion le Mufcie fe défeniie , & s'il
Fie vient de nouvelles gouttes pour
produire une nouvelle cbulition, il ne
fe tait plus de gonflcmcHt.
Ainli li l'on veut que l'aftion du Muf-
cie continue; il faut que cette ébuli-
tron fait entrcteiuië pat une effulîon
continuelle de Sanî;',,S: d'Efprit5,&: pour
l'arrêter il fulTit d'interrompre le Cours
de Tune de ces Liqueurs. Mais comme
■îa Circulation du Sang a d'autres ufx-
g-îs qui foBt abfoiument ncceflaires ;
c'cli poiu" cette raifon que la Nature a
interrompu le Cours des Efprits dont
,el!e a rendu ja volonté maitrelTe, Se
c'cli en cela que cGulUte tout fon em-
pire furies adions volontaires.
Quant à ce qu'on dit que pour arrê-
ter T'aLtioii d'un Mufcie , il fiitfit d'in-
terrompre le Cours d'mie de ces Li-
qujj^ts^ p'iïll ce ^uc Pexpérience fctii-
VKisToiRE Naturelli! f
bie coarirmer, puifqu'en liant r.\r!é-
re , CI le Nerf d'une Partie , eIL> de-
vient P iralytique.
Pour comprendre comnmt ces Ef-
prits, ei brifautcominj autant de Coins
tes MolJcules du Sang , ciufent leg^n-
flem;nt , d )nt on vient Je parler , Jans
les Véficules des Fibres charnue-, par la
liberté qu'ils donnent à l'air de fe dila-
ter beaucoup au-delà de ce qu'il cloit
dans ces Molécules ; il faut faire atten-
tion à une Expérience très -curieufe
que M. Bernjully a faite, il a trouvé
lem>yen, en mettant le feu à quatre
ou cinq grains di Poudre à Canon , de
calculer la condenfatipn de l'air, ren-
fermé dans ces grains, il s'efl apper-
çu qu'il é^it environ deux cens fois
plus conJenfé que dans l'air extérieur ;
de forte que l'air compris dans les
grains d'une Barique de Poudre en-
Hammée, doit dans fa dilatation s'éten-
dre jufqu'à deux cens fois plui d'efpa-
ce que n'en occupe cette Barique.
Sion fait attention à la minière dont
l'air étoit renfermé dans ces grains de
P.niJre , comment le feu l'en a dé-
livré , & comment enfuite ce même
air s'etl étendu^ on omprenira faci-
lement , ditcet Auteur , q le l'air , ren-
fermé de iTi'ïme dan=. les Molécules dti
Sang doit j lorf.l'u Us El'prits Cen iic^a-
ge.îf en brïfint ces Molécules ; comme le
feu fait dans les grains de Poudre;
doit, dis-)e, fe dilater jufqu à une efpa-
Ce beaucoup plus grand , q l'il n'occu»
poit auparavant dans cesniJmes Mo-
lécules^ &c'cllpar cette grande dila-
tation que les Vcficules fe gonfleront.
En nn mot , les Moiccules du Sang font
comme les grakis de la Poudre à Ca-
non , les Efprits qui dardent contre font
comme le feu digéré fur cette Pou^r
drc , & la dilatation , qui gonfle les Vé-
ficules , fe liii comme l'explofion de
SUR LA Physique
la PonJre , cette comparaiion fuivie ,
donnera par tout des raifons égales de
Tnn (^' l'autre fait.
Quant aux l.aflnuJes, on pourroit
croire qu'elles font proportionnelles
aux durces de l'aflton^& la raifon en
paroît d'abord vraifernblable.
La voici , il cil vilîble que les Laffî-
tudes ne font que des lenfations de
Pcpuifement qui fe fait dans la conti-
nuation d'une même adion : car pour
continuer cette adion , on vient de
Toii" qu'il faut à chaque inllant faire
de nouvelles djpenfes d'Efprits, qui fe-
ront ks mêmes fi cette aâron efl la
même adiorj , Si par conféquent les
dépenfes totales feront proportionnelles
apaÏÏe
dans les Liqueurs contenues dans des
Tuyaux.
Suppofons im Tuyau tel qu'on vou-
âra , ouvert par les deux extrémi-
tés^ dont i'infcrieurc foit feulement
bouchée du bout du Doigt ;. qu'on
le remplifle entièrement de quelque
Liqueur j il eR clair qu'au même inf-
tani que le Doigt la p reliera par le
bas , elle regorgera par le haut. Ce-
la (uppofé , il n-^ faut que concevoir
les Nerfs comme des Tuyaux , & les
Eiprits comme une Liqueur qu'ils con-
tiennent , l'on verra par la même rai-
fon qu'au même inllam que le refl.is des
Efprits fe fait d'un Mulcle dans un Nerf,
au même inllant aufll le regorgement
s'en fera dans l'autre Mufcle, s'ils ont
d'autre communication que le Cer-
veau i & s'ils jVei-i ont pas d'autre, la
feule diminution des forces dans un
Mufcle fuffit, ;ifin que fou Antagonif-
le , qui n'a point changé, l'emporte au
même tems que ceiui-là aura commen-
cé de s'allbiblir ; comme le BalTm d'u-
ne Balance également chargée , em-
porte l'autre des qu'on en a ôté le moin-
dre poids.
Or, au même infiant que l'Ame veut
mouvoir le Bras, elle allniblit un de
fes Mufcleà , S: au même inllant il
faut que l'autre l'emporte , & qu'ainli
le Brai fe meuve , par l'aéle de la
volonté.
■ Ce que l'on a dit du mouvement du
Coude fe doit entendre de celui de
tous les autres Membses qui font mus
par des Mufcles oppofcs ; & ce qui a
été dit de fou Flcchifieur , fc doiiaulTi
entendre de fon Antagonifle Se de"
tons les autres Mnfcles du Corps.
].''on voit comme on a dit qu'Hun
Mufcle n'agit qu'en ce que les Efprits
s'infinuant de tous les cotés dans les
petites Véficules , les gonflent & les
courbent d'autant plus qu'il s'yenin-
fmue davantage ; d'où il arrive que
leurs extrémités Se les Tendons q<ii les
terminent s'approchent auffi davanta-
ge : de forte que fi un de ces Tendons
ell fixe iSc que l'autre fort attaché à
quelque poids , ce poids fera enlevé
d'autant plus haut que la quantité des
Efprits, qui fegliffe dansce Mufcle, fe-
ra plus grande; mai» ce poids qui tire
incelîammcnt contre le Tendon qui efl
fixe r tend , félon l'elVort d-e fa péfan-
teur, à éloigner le Tendon auquel il eft
attaché de celui qui eR fixe ; c'eR»
à-dire, à redrefTer les Fibres de ce
Mufcle, & parconféquent àlesrappro-
clier les unes des autres ; ce qui ne
peut arriver fans qu'une grande partie
de ces Efprits, qui les tieunent écartés ,.
ne s'échappent à peu près de la maniè-
re que l'eau fort d'entre les Parties d'un-
Linge mouille , lorfqu'en le tordant orv
les prelPe les unes contre les autres.
De la LaJJitude..
Tant que le Cerveau peut fournir à
cette dilTipntJjn , l'on fe iencaffez fort,
mais dès le moment qu'il n'y peut plus
fournir , l'on apper(^oit fa foibieffe , &
le fentiment qu'on a^ s'appelle LafTi-
tude , Fatigue , Epuifement.
Expiiqtions pourquoi le Cerveau,
ayant bien fourni d'abord à la difTipa-
tion des Efprits , que caufoit un poids»
ioriqu'on a commence de le lever . ne
peut plus y fournir dans la fuite : Il y
a deux raifons de ceite diminution de
forces; la po;i»i^ï'-'î ^'ell que la giandç
SUR LA Physique et sur la Peinture; 8;
qnânthécI'Ffpriti que le Cerveau a four- d'où naît cette tride fenraiion qu'on
ni d'abord Ta cpuifé ; la deuxième, c'eft
que ce qui s'en eft diflîpé ayant élargi les
paffages par où ils fe fon échappés , il
s'en difTipe plus fur la fin qu'au com-
mencement ; quoique ce poids ne foit
pas plus pefant dans un tems que dans
un autre : ce qui fait que quand mê-
♦ me le Cerveau ne feroit pas épuifc , il
auroit peut-être encore de la peine à
y fournir, parce qu'il en faudroit plus
fur la fin qu'au commencement.
C'efl donc non-feulement pour ar-
rêter cetépuifement , mais aulTi pour
ie réparer qu'on fe repofe de tems en
tems , Se que lorfque l'on Ce laiïe d'être
de bout , l'on fe met tantôt fur un
pied , tantôt fur l'autre , c'eft aufTi ce
qui fait voir pourquoi on fe latTe moins
à marcher doucement qu'à demeurer
toujours de bout.
La Laffitude ( dit M. Duverney )
ell un Sentiment de douleur accompa-
gné d'une péfanteur des Membres , Se
en cela elle efl; différente de la limple
foiblelTe qui n'elî autre chofe qu'une
împuifïance de faire quelques mouve-
mens fans qu'elle foit précédée d'au-
cun exercice du Corps , au lieu que la
Ladltude fuppofe toujours quelque
violent exercice,
Lorfqu'après un travail 'pénible &
de longue durée , les Efprits commen-
cent à manquer, les Fibres charnues
des Mufcles s'aflailTent <Sc fe relâchent,
ce qui fait que le Sang ne peut plus
pafler avec la même vitede au travers
d<;3 petites Fibres qui lescompofent .
cependant comme le Cœur en poufle
toujours de nouveau , les interRices
de ces Fibres s'en remplilTiiu de plus
en plus : Or , le Corps du Mufcle fe
trouvant aiufi plein, &: furchargé, fes
Fibres font comme écaitces , &. c'eft
nomme LalTitude.
On voit par- là pourquoi ceux dont
le Sang a trop de confiflance , tels
que font les Mélancoliques , & les
Filles qui ont les pâles couleurs felâfent
au moindre exercice ; & pourquoi les
LalTicudes fpontanées font toujours les
avant - coureurs de quelque Maladie :
car^ ou elles marquent que le Sang a
trop de confiflence , ou qu'il eft agité
d'un trop grand mouvement de raré-
faction, ^' par confcquent qu'il ne
pourra facilement traverfer les Poro-
fités des Mufcles & des autres Par-
ties.
Par ce même Principe , il eft aifé
d'expliquer pourquoi on fe fatigue
plus étant de bout , ou aiTis , qu'en
marchant.
L'on a dit que la Nature ne faifoit
point de nouveau frais pour mouvoic
un Membre; parce que l'on fuppofe
que le Mufcle qui le devoit emportée
ne trouvoit alors de reàftance que de
la part de fon Antagonifte, que l'Ame
petit affoiblir ; mais le poids dont il
eft ici queftion faifant l'eifet d'un An-
tagonifte que l'Ame ne peut affoiblir,
elle eft obligée de fe fervir en ce cas
de la manière qui a déjà été ci-deva!ir
propofée i c'eft-à-dire, qu'elle élargit
les Nerfs d'un des Mufcles & rétrécit
ceux de fon Antagonifte. En vcylàaffez^
cemefemble, dans ce Syftcme pour
prouver Padion des Mufcles qui ont des
Antagoniftes.
Quoique toutes ces manières d'expli-
quer le mouvement des Mufcles foieiit
fort ingénieufes^dit M.Dsiverney, elles
fouffrent pourtant des difficultés pref-
que iniurmontabies , comne l'Auteur
célèbre de la recherche de la Vérité, l'a foi f
bien remarqué, qui font la durée détej>._
Observations sur l'Histoire Naturelle,
ininôe de nos mouvemens.l'.-iurtmenta-
tioii S: la diminution déterminée de
cette durée, (?c la promptitude furpre-
nante du changement de quelques-unes
de ces déterminations. Les exemples
d'explofion , de fermentation des Cor-
des mouillées , ni ceux qu'on donne
des Vcflies gui lèvent des poids con-
fidérables à m'jfure qu'on les gonfle
ne lèvent point ces difficultés.
OBSERVATION XXVI.
SUR LA CIRCULATION
D £s Esprits Animaux,
fondée fur de nouveaux Principes j
Et fur VAnatomie particulière du Cerveau
£/ du Cervelet.
L'ON vient d'obferver le Senti-
ment de M. Duverney fur la fa-
çon dont les Esprits Animaux opèrent
le mouvement de tous les Mufcles. Ce
fçavant Anatomifle a eu foin de rap-
porter ce qu'en ont dit avant lui les
Auteurs les plus célèbres. Mais ni les
uns ni les autres n'ont pas défini la
vraie Nature des Ejprits Vitaux , &
encore moins leur Circulation Animale
dam les Tltyaux Nervaix, d'où il fuit que
l'on ignore toujours la manière dont ils
acîiiïent véritablement fur les Mufcles ,
& fur les auues Parties de notre
Corp'.
Ce que nous venons de voira ce
fujet , ne fatisfiit point pleinement ,
les dilTicultéi exirtent encore , ainfi
que l'on jen convient^ il refle à fça-
voir ce] que deviennent les Efprits
après leurs fondions ; & s'il ell poffible
que le Cerveau en fourniffe contînueî-
lement dans les aftioiis violentes & de
longue durée, fans tarir la fource ôc
caufer la mort du Sujet.
Je n'oferois cependant entrepren-
dre de faire la Critique de tous ces
Grands Hommes : il faudroit fuccom-
ber abfolument dans l'entreprife ;
mais il me fera permis , fans attaquer
pcrfonne en particulier, de donner
prcfentement mes Opinions fur le mê-
me fujet.
J'ai formé lePIan démettre au jour
mes lumières: fi elles font bonnes , je
m'en appercevrai par le fiience de mes
Antagoniftes : fi elles pèchent en quel-
que endroit, ils m'en feront bien mieux
appercevoir : ainfi que Ton a vu , des
fautes que l'on croyoit que j'avois fai-
tes. Il arrivera peut-être qu'ils diront
que ce que je donne a déjà été dit; mais
ils n'entreprendront jamais de le prou-
ver.
Anatomii particulière du Cerveau Cr dm
Cervelet.
La Moelle renfermée dans l'Epînô
du Dos , ell la continuation de la Moel-
le allongée , & celle-ci n'cll que la pro-
dudion commune du Cerveau & du
Cervelet : ainli on peut conlidérer la
Moelle de l'Epine i\ la Moelle allon-
gée par rapport à leurs Origines, par
rapport à leurs enveloppes 8c à leur
fulDllance , comme l'union feule des
Branches externes du Cerveau & du
Cervelet.
La Partie moyenne.de la Baze du
Cerveau efi occupée par la Moelle al-
longée, & la Moelle allongée ell for-
mée par quatre Branches. Les deux
plus fortes de ces Branches viennent
du Cerveau , & font produites par les
Lames Médullaires Se cendrées, qui
SUR LA Physique £t
ont auparavant formé les Corps cannel-
les de chaque Hémifpîicre du Cerveau.
Les deux petites Branches qui entrent
dans la compofition de cette Moelle ,
viennent du Cervelet , & les Racines
qui les produifent font ce qu'on appel-
le dans le Cervelet, V Arbre de Vie;
que l'on apperçoit par la coupe Verti-
cale de ce Vifcére.
Sur la réunion des groiïes Branches
du Cerveau, qui vont former la Moel-
le allongée , il y a une Protubérance
tranfverfale , que l'on nomme le Pont
de Varole; en fuppofant que les Bran-
ches du Cerveau forment les Rivières
du Fluide Animal, & que cette Protu-
bérance efl le Pont fous lequel elles paf-
fent j le nom de Pont que l'on donne
à la Protubérance Médullaire dont il
ell quellion , efl. allez naturel. Varole
ancien Anatomille Italien , qui a don-
né l'idée de cette comparaifon , & du
nom duquel on s'efl fervi , enteadoit
que les Liqueurs Nerveufes pafîoient
du Cerveau dans la Moelle allongée 8c
dans la Moelle Epiuiere fous cette Pro-
tubérance. J'adopte cette idée & la
trouve fatrsfaifante. Il relie feulement à
fçavoir fi les Efpriis vont & viennent
en mémeiems ^ du Cerveau & de la
Moelle allongée fous ce Pont.
Il me femble cependant que pour
flonner une idée un peu plus précife
de la Structure du Cerveau &: des Moel-
les , l'on devroit appeller ce que les
Anatomiftes nouiment les Branches
de la Moelle a'.longce , les Racines
du Tronc Médullaire ; il faudroit auiïi
appeller la Moelle allongée, ie Tronc
Médullaire; les Nerfs , les Branches Mé-
dullaires ; Si la Moelle Epiniere , les
Branches réunies du Tronc Médullaire.
Celte dénomination donneroit une
ïd'ée plusdillinde de la difpofition des
SUR LA Peinture. 87
Parties du Cerveau & de la Nature des
Nerfs.
I °. En confidérant le Cerveau & le
Cervelet comme deux Vifcéres parti-
culiers , dont les Filières fe réunilTent
pour former les Racines du Tronc Mé-
duUaire.
2 °. Parce que le Corps de ce Tronc j
ou le prolongement du Cerveau fe di-
vife enfuite comme celui des Végé-
taux, pour former les Nerfs qui for-
tent du Crâne & ceux de la Moelle
Epiniere.
Les Racines d'un Arbre , par exem-
ple^ s'épanouifTent dans la terre pour
en filtrer les Sucs & former le Tronc ,
& le Tronc enfuite fe divife & fe fou-
divife pour former les Branches , tout
de même que les Filières du Cerveau
& du Cervelet fe léuniflent pour for-
mer les Racines de la Moelle allongée,
& cette Moelle fe foudivife enfuite
pour fornier les Nerfs.
Cet arrangement nous conJuiroit à
faire quelques réflexions ; fcavoir lî les
Sucs Nerveux font de deux Natures j
c'eil-à-dire, fi ceux qui proviennent
du Cerveau font Hétérogènes à ceux
qui proviennent du Cervelet ; ce qui
n'efl pas vrai-femblable. Il vaut mieux
croire que l'un fert à l'adion & l'autre
à la réaction des Nerfs & à la filtration
des Efprits : car les Filières qui for-
ment les Branches de ces Vifcéres, pa-
roiffent de difiérente cuuilruélion.
J'ai dit dans mes précédentes Obfer-
vations que les Parties ignées ou le Feu
matériel , étoitce qu'on appelle les Ef-
prits Animaux ; Scje prétends aulfi dans
mon SyRêmej qu'on ne peut attribuer
lacaufe de toute mutation, & de tou-
te fluité, celle de tout mouvement iSc
de toute dilTolution , & même de tou-
te chaleur qu'à ces Parties ignées , que
S5 Observations SUR. l'Histoire Naturelle
ie crois répanJiies en tout iicu & pcné- Journaux. Je crois que fans ambr-
trer tous les Corps de quelque Nature tionnerces rccompenfes hoivirables ,
qu ils fuient. qu'il eft fi difficile de mériter, je puis
* La Matière EleBrique ert la même initruire le Public de ma façon de phi-
que celle du Feu , & celle du Feu la lofoplier fur les Organes du Corps Hu-
mênie que celle des Efprits Animaux ; main, & donner ici /'e^ence des Efprits
c'ell ce que Ton a dcja éprouvé fur quel-
ques Paralytiqueb j en leur impulfant
dans les Nerfs la Matière Eleétrique ;
c'ert-à-dire, les Parties du Feu qui
forment aulTi les Efprits Animaux. Mal-
gré l'évidence de cette preuve, on dif-
tingue encore aujourd'hui la Matière
Electrique du Feu, Se le Feu des Ef-
prits Animaux. {Voyc^ ce que je dis fur
ce Sujet dans lalV. Part, de cette Année.)
Revenons au Texte &: n'abanJon-
nons pas la Quellion. On trouveioit
donc , félon la différence des Filières
du Cerveau is: celles du Cervelet , que
l'un de ces Vilcéres fourniroit les
Branches qui portent les Efprits, Se
l'autre celles qui les rapportent : c'eft de
quoi il ne faut pas douter. Ce qu'il y
a de très-certain , & que j'ai découvert
après de longues recherches , c'eft que
ces conduits Nerveux, du Cerveau &:
du Cervelet , fe réuniflent enfemble
fans fe confondre dans la Moelle al-
longée , Si que de- là ils s'accompa-
gnent dans les plus petits Filets des
Nerfs quifortent du Crâne & dans ceux
que fournit la Moelle Epiniére , ain-
fi que les Veines accompagnent les
Ancres dans les autres Parties du
Corps.
Animaux Sr leurs actions 6* réoBions fur
les Mufcles & fur les autres Parties du
Co.ps.
Outre le dégorgement des Par-
ties de Feu , qui fe lait dans l'Eflo-»
mach pour échauBer & cuire les Ali-
mens , dont j'ai parlé dans mes Tables
d'Anatomie , les Efprits Animaux , ou
les Parties de Fea^ qui font impuifés
du Cervelet dans toutes les Filières qui
dérivent de ce Vifcére , retournent,
après la fondion des Mufcles 8i après
leur relâchement, dans le Ceryeau par
les groffes Filières Nerveufes dont
nous avons parlé ; car il n'eft pas rai-
fonnable de croire que les Efprits Ani»
maux ( qui découlent du Cervelet pour
fervir au gonflement & à l'adion d'un
Mufcle) fc perdent enfuite Se ne re-,
tournent plus dans leurs Refervoirs.
La dépenfe de ce fluide feroit alors
très-confidèrable , & fur-tout dans les
grands travaux. Nous venons de voie
dans les Obfervations précédentes ,
l'embarras des Auteurs pour expliquer
rècoulement des Efprits , & qu'iU
n'ont pas réfléchi fur leur retour.
On ne peut contcrter que les Efprits
Animaux , la Matière Eleèliique & le
Feu ne foient la même chofe. Exami-
nons avec réflexion tout ce qu'ont dit
Remarques fur l'ABion (p" la Réaâion des jufqu'aujourd'hui les Auteurs fur la
Efprits Animaux ù" fur leur EJjence. Nature des Efprits Vitaiix , ou Ani
Les Académies propofent des Prix
pour découvrir comment les Nerfs agil-
îeni fur les Mufcles. Celle de Berlin a
fait annoiKer fçs Lauriers dans nos
maux , ainfi que je viens de dire, nous
ne trouverons là-defTus rien de clair ;
tout eft confus, ils ont imaginé des
Corps inconnus & de peu de rapport
avet lesOrganes: il eft inutile de citer ici
SUR LA ThYSîQUE ÊT SUR LA TeINTURE.
ïenrs remarques , il fuffit de dire qu'ils
ne rcconnoilToientpas le Feu Matériel
pour l'effL-nce des Efprits Animaux : je
vais cependant prouver qu'il n'y en a
pas d'autre.
En admettant une Ame dirtincle de
la Matière, en n'eit plus fujet à des
Spéculations ridicules, où il faut tou-
jours revenir fur fes pas. Le Labirin-
te des Matcrialiltes eft fans fin : ils fe
perdent dans leursidées, & le rcTuhac
de leurs Théfes , eil qu'ils font auffi inf-
truits fur la lin de leurs Queflions ,
qu'ils l'étoient au commencement.
L'exiftence de l'Ame établie , alors
les Efprits Animaux fe trouvent aifé-
nient dans la Matière que nous con-
noilTons; nous n'avons pas befoin de
les nippofer & nous pouvons raifon-
ner fur leur eiïence ; & fans aller bien
loin , nous les prendrons dans le Feu
même, pliuôt fans doute que dans les
autres Elemens i.'aâivité du Feu , l'ex-
trcme linelTe de fes Particules ^ leur
Elaflicitè; tout nous fert alors j 8c nous
bitilTins fur le folide^
La réflexion peut nous fervir pour
confirmer l'iJèe fenfible que je donne
des Efprits Vitaux. i°. Un Animal
quel qu'il foit, que l'on mettroit dans
la Glace pourroit-il vivre un infiant .?
Où prenJroit-il de quoi entretenir la
dilTipation des Parties de Feu ? 2". Un
Membre engourdi, ne l'efl-il pas par
îe défaut des Efprits Animaux ou de
chaleur? Ne lui rcdonne-t-on pas fon
état naturel en l'échauffant avec le Feu
^9
Matériel
Dans les défaillances du
Cœur où les Efprits Animaux man-
quent, ne les fait-on pas revenir en
lechautTant la Poitrine & la Tête du
Malade, en lui froiiant les Tempes cx
le Nez avec des Liqueurs infiamm a-
r>Ies, pleines de Particules de Feu ?
N'efl-ce pas en lui faifant avaler des
Eaux combuilibles qu'on le fait re-
venir ?
4°. Les Nations plus proches du So-
leil ne font-elles pas plus vives & plus
fpititueufes *? s°. Les Animaux mê-
mes ne fe reflentent-ils pas de cette
plus grande abondance d'Efprits Vi-
taux ? Ne dégénerent-ils pas en chan-
geant de Climats : 6° Certaines efpé-
ces de ces Animaux, par le défaut , on
parle peu d'abondance des Parties de
Feu , qu'il y a dans les Climats froids,
ne cefiént-iis pas de produire ? 7°. Les
Plantes mêmes ne font-elles pas dans
le même cas ?
8°. Les Aîimens qu'on appelle fpi-
ritueux , ne font-ils pas ceux qui font
les plus chargés des Parties de Feu ,
& ne font -ils pas en même tenis
renaître avec plus grande abondan-
ce les Efprits Animax ? 9°. Les
Efprits tirés des Boilfons avec une
trop grande quantité , ne déran-
gent-ils pas laraifon î L'Ame eft-eile
maitrelTe de les gouverner lorfqu'iJs
furaboRdent : Ne les dirige-t-elle pas
alors mal-à-propos .^ EnfinrEleélric'itc,
comme je viens de le rapporter , ne
défobftruë-t-elle pas les Nerfs , Se la
force de fon impuifion ne dèbouche-
t-elle pas les Conduits pour faciliter
le pafTage des Efprits; c'ell - à -dire ,
des Parties Fiomogénes du Feu f
Nous pouvons donc conclure de ces
réflexions & de plufieurs autres , qu'if
feroit aifé de faire, que le Feu & les Ef-
prits Animaux font û même chofe : les
* Je n'entenîs pas ici par les mots de plus ladîes en chaque Climat, ou des bénéfices de
pives ic plus fpirnueufes , avoir plus de capa- Nature, qui augmentent ou diminuent l'aboR-
ftité Si. p'iic «J'efprir. D'ailleurs il y a des Ma- dance des Efprits en certains (Sujets.
Antîëç i-js^^Tom, IL Partie, r^ M
Observations sur. l'Histoire Naturelle,
Parùcviles de l'un font les Particules de
l'autre.
Le Cerceau & le Cervelet font les
Filtres où ces Parties de Feu Çc fcpa-
rent du S-uig , &c les Nerfs font les Con-
duits où elles coulent pour dilater &
racourcirles Fibres cliarnucsdes Muf-
cles , eu fe gliiraut dans les Membra-
nes^ que forment les Ligatures de ces
Fibres charnues &' les Parois des Sacs
Membraneux *. Ponr lors ces Sacs
Membraneux faifant entre les Interfec-
tions , une efpéce de Rcllort , ils les
obligent de fe racourcir & de fe con-
tracter ; comme les Mufcles du Cœur
dans le mouvement de Diaflole ; en
comprimant le Sang , occafionnent
le durcllFeraent &; le racourcilTement
du Cœur.
Le Sang renfermé dans les Sacs
Meînbrancux, dont les Fibres Miifcu-
leufes font compofces , fe trouve com-
primé par les Iprerfcdions des Pro-
duflions de la Membrane commune
duMufcIe, laquelle renferme efiec-
tivement les Particules du Sang; mais
en petite quantité ; c'eft ce qui donne la
Couleur de Rouge-pale aux Fibres en
particulier , & celle de Rouge foncé
à l'alTemblage de ces Fibres. Je con-
clus de-là que , lors du rcfT^rrement &
du racouiciirenic'ut de ces Sacs Mem-
braneux, les Particules de Sang relient
plus enfermées & jilus contenues, &
forment toute la force du Mufcle :
mais lors du retour des Efprits , les
Membranes étant relâchées , c«s Par-
ticules fluent de nouveau de là dan^les
Veines, & font moins comprimées.
C'ell pourquoi en liant lagrolfe Artère;
tv par confcquent la (ource du S.ing, les
Fibres charnues perdent les Particules
dcSang contenues dans les petits Sacs-
Membraneux , dont nous venons de
parler; & lesEfprits , dans la contrac-
tion qu'ils occafionnent de ces Mem-
branes, n'opèrent plus la dureté & le
racourcilTement du Mufcle. Voyons
préfentement la raifon de la réadion
des Efprits apics PolTice des Muf-
cles.
Il ne feroit pas natiuel de croire que
fi les Efprits Animaux découlent du-
Cervelet par les Nerfs , pour l'adioii.
prompte de chaque Mufcle , ou de
toute autre Partie de notre Corps, ils
retournent en même tems dans le mê-
me Vifcére par les mêmes Filières ; en
fuppofant qu'il y ait une adron Se une
réadion d'Efprits tout à la fois , com-
me il arrive lorfque Ton fait toute forte
de mouvemens en même tems. 11 pa-
roît donc bien plus naturel , que fi les
Efprits découlent de l'un des Vifcéres
du Cerveau , ils retournent dans l'au-
tre ; puifque les Filières de ces deux
Vifcéres s'uniffent enfemble (îk s'ac-
compagnent, comme nous avons dit,
pour former la Moelle allongée & tou-
tes les Parties de Nerfs qui Ijrtent du
Cerveau & da la Moelle de l'Epine.
Si Ton me demande pourquoi je
donne à l'un de ces Vifcéres l'adion
plutôt qu'à l'autre , ]e répondrai qu'il
paroit que les Filières les plus tlnes
îout les plus propres à l'aftion de tou-
te L'queur impulfèe,. Nous choifirons
donc fans peine pour l'adion des Ef-
prits le Cervelet , Si pour leur réadion
le Cerveau ^ ce qui occallonne fans
doute le gonllement &le relâchement
des Mufcles.
Il me femble que c'eft ce que l'on-
cherche , & que l'on trouvera quand.
* Les Anatomiftcs , que nous avons cité,
rif.ns l'Obfervaiion précédente , ont obfervi
les Ligatures & ces «Jacs Membraneux»
suit LA Physique Et sur la Peinturô; ^T
dn vou Jrâ , pour expliquer les mou- gard de la faqon de la traiter Se de la
vemens Mufciilaires. Je puis a)outer
ici que te Cerveau renvove enfuite au
Cervelet , par le Plexus Choroïde , les
Particules de Feu qu'il reçoit de la
diilenfion des Nerfs.
Ces réflexions faites , on peut croire
qu'il fuffit à l'Ame , d'arrêter le retour
gui fe fait continuellement des Efprits
dans le Cerveau , de l'un des Mufcles
qu'elle veut mettre en coritradion ,
Si d'impulfer avec plus de force ceux
qui vont du Cervelet dans le même
Mufcle.
OBSERVATION XXVII.
guérir, M. Faget en a donné la Dif-
fertation dans les Mémoires de l'Aca-
démie de Chirurgie , à laquelle ceux
qui veulent opérer auront recours.
Il y a deux fortes d'Auevrifme, l'une
qui vient de la dilatation de la Mem-
brane interne des Artères, lorfque la
Membrane externe eft détruite ; 6c
l'autre de la piquûre ou de la rupture
de ces deux Membranes.
Dans la première forte d'Auevrifme ;
les humeurs corrofives , qui fe forment
dans les Playes, peuvent ronger une
partie des Tuniques Artérielles; c'eU-
à-dire , la Membrane externe ; &: alors
i'Impulfion continuelle du Sang , trou-
vant moins de réfiÛance dans cet en-
i«r l Anevnfme , ou fur les dangereux j^qJ^^ (^^ ja Membrane interne qui
ejj'ets de la fai'Jfe Saignée,
JWl été témoins en 17^0, de la
Cure admirable de celte Maladie ,
faite par M. Faget ^ Chirurgien Major
de la Charité. Je defTinai pour lors,
félonie defirde ce célèbre Ariille , la
Playe , l'Opération & les Inilrumens,
dont il fe fervoit pour arrêter le Sang
dans fa fource ^ & n'en donner au bras
que ce qu'il falioit pour l'empêcher
de périr. Ce qui produifit , moyennant
le régime & les remèdes convenables,
Ja parfaite guérifon. L Artère Brachiale
fe reprit , & le Sang circule aujourd'hui
dans le B:as du Sujet , comme dans les
autres Parties de fou Corps. 11 exerce
fon Métier, & fait les mêmes elîorts
qu'il faifoit ci-devant *.
Avant de donner la Planche , nous
dirons quelques mots de cette Mala-
die, pour inlh'uire les Amateurs. D'au-
tant mieux que tout le monde s'y trou-
ve expofè , fi on a le malheur de fe fer-
vir d'un Chirurgien mal-à droit. A i'é-
le retient , 8c forme de grofles poches ,
qui ferempliffent de Sang, & où il cir-
cule comme dans un gouffre. L'égra-
tignure d'une Lancette , ou de tout
autre Inftruraent , qui ne perce pas
tout-à-fait l'Artère, peut auffi caufec
cette forte d'Anevrifme.
La féconde elpèce d'Anevrifme efl:
dangereufe , les fuites en font ordinai-
rement funelles. Telle étoit celle qu'a
guéri M. Faget dans l'Hôpital de la
Charité. Cette forte d'Anevrifme con-
fiite dans l'ouverture de l'Aitére , foit
par incilion. avec la pointe de la Lan-
cette dans les Saignées , ou avec tout
autre Inllrument , dans tel accident
que ce puilïe être ; foit par la rupture
des Artères dans les grands eflbrts.
Pour lors le Sang s'extravafe entre la
Chair & la Peau ; il fe coagule pac
couches, ne pouvant plus circuler, &:
forme des malfes molles & libreufes,
comme celles qui font ici repréfcntées.
L'Anevrifare par conféquent peut
" C'eft »UJ Porteur 4'eau du Quartier Saint Antoine,
Mij
p2 Observations sur l'Histoire N"atur.ct.i:i!:;.
fefoiTnerde l'm.e ou de l'autre façon, d'apièi le cclcbre DwniSi
dans toutes les Parties du Corps où il
y a des Artères un peu confidérables'
les Mu'cles. Mais
entre la Peau &i
la plus ordinaire eft celle du Bras ,.
qu'occafionne la Saignée.
Les quatre Veines que l'on nique
dans les Saignéw>s du Bras font laOJp'ta-
lique;, qui eil celle du de!Tus ; la iVic-
diiinc,. qui eft celle du milieu ; la Ba-
fi ique , qui fe trouve en delTjus ; ^' la
CA'ffiîc, qui eil plus vûiilne du Cu-
bitus.
Celles que l'on ouvre le plus com-
munément lont la Médiane & la Bafi-
lique ; elles font auiïi les plus dange-
reufes : la Bafilique fur-tmu eil fouvent
très proche de l'Aftére Cubitale, &la
Médiane fe trouve toujours placées
iur le Tendon du Biceps ; mais aufli
le b'uig ne fort pas fi aifémentde la
Geplialique ^ £< il eft dilTicile de fai-
gner à la Cubitale. C'e!l la raifon pour-
quoion ne perce point ces Veines ici,.
quoiqu'il y ait moins de danger,
La plupart des Cliirurgiens Turcs ,
qui ne font point ufages des Sangrucs ,
ne faignent que ces deux Veines,
pour ne pas rifquer d'eftropier leurs
Malade; , ce que j'attribue à leur peu
d'adrefic.
Tous les Bras ne font pas faciles à
faigner : à quelques-uns on n'ell pas
maure de choilîr la Veine , &; bien
fouvent il fauts'en tenir à celle qui efl
la plus apparente ,.8c quelquefois de-
viner l'endroit où elle doit cire, fur les
inoindres apparences.
Si mailieureufement on perce l'Ar-
tére en piquant la Bafilique , on s'en
apperçoit fur le champ , par limpe-
tuofue & par la couleur vermeille du
Sang : on peut a ►ors avoir recours à
un prompt remède , mais un peu vio-
ient , tel que je le vais ici rapporta:
Guérifon fubite dune Ai evrifmei
« Un Chirurgien de Paris faignanr
» un Penilonnaiie du Collège d'Har—
"courte lui ouvrit l'Aitcre., dont le
>» Sang fe lança comme un trait dWr-
» balOtre, de l'autre côté du Lit ; iL
« faifoitune très-grande arcade ; ii lor-
» toit en fautillaïu., (S: il s'élcvoit danS'
j> le Plat une écume d'un vermeil oraii-
= gé S< en grande quantité. Ayant con-
D nu que c'étoit l'Artéie qui éioit ou-
» verte, il ne s'étonna point , il dit aa
» Malade que fon Sang étant aufli
cr échaulle , il falloit en tirer Iseaucoup,
a alîn que cette. Saignée calmât ceii'i
3j grande chaleur; il demanda un fe-
»cond Plat & en tira jufquà ce qu'il vît
a que le Ma'ade commençoit à tomber
« en foiblelfe. Pendant que le Sang
y> fortuit , il avoit mis une pièce de
» Monnoye dans la comprelfe, & il
a> avoit demandé une féconde Bande;,
jo A mefure que le Malade s'afToiblif-
D foit , l'Arcade que îaifoit le Sang di-
B minuoit c'k bailToit. Ayant ôté la Li-
» gature ;, & le Malade étant cvauon' ;.
H le Sang cefîa de fortir.Il prit ce mo-.
» ment pour appliquer la comprelfe Se
D bander le Bras qu'il ferra plus qu'à
» l'ordinaire, & mit deux Bandes ; &
» ayant ployé le Bras fur l'EflomacIi
» du Malade & attaché à fa Camifol-
ï>ie, de crainte qu'il ne l'étendit, Sit
X) lui jetta de l'Eau au vifage , lui fit
» lentir du Vinaigre & le fît revenir
a» de fon évanouillement. II iut foi.ii
» de faire jetter le Sang avant que de
» s'en aller, & il recommanda bien au
x> .Vlalade de ne point remuer fon Brasi>
» hii difant que s'il le débandoit, fon
» Sang étoit fi furieux , qu'il feroit
» xuort avaiii qu'on le £Ût fecourir. Le
m
~i%
SUR LA Physique
» foir farginant d'avoir été appelle pour
» un MalaJe dans fon voifinaije il l'al-
3j.la voir,& trouva que le MilaJeavoit
» été a(îe^ obcïlT;int pour avoir laiffé
3» fon Bras -lans iemème état qu'il l'a-
» voit mis : le lendemain il lui ren-
a> dit encore vifite , & quoique la
JB Malade fe plaignit que fon Bras
3> étoitbienferré, il lui perfuada de n'y
aj toucher que ie troinéme jour, & après
J5 l'av-oir dcbandé, il y remit une nou-
a> velle comprelTe c*^ une autre. Bande,
3J pour plui grande fureté. La Cica-
^ trice fe fit comme auroit fait celle
3) -d'une Veine , t^- le Malade a cru
:» qu'on ne lui avoit jamais fait une
i> meilleure Saignée. »
II a été facile ici de guérir Se de ci-
catrifer une ATrtére^en fupprimantle
Sang des l'inllant de fon ouverture;
mais dans le cas où l'Anevrifme efl en-
tièrement formée, ropéraiion de M.
Faget efl l'unique , & la feule qui peut
réulTir. C'eft lui qu'il faut alors conful-
ter dars le traitement de cette Mala-
die, ainfi que j'ai déjà dit.
ET SUR LA PeiNTURST;
I.
!..
M.
O.
L'Artère Bracliiale.
Le Biceps.
Son Tendoni
Son Aponcvrofe.-
Le Nerf.
H-
I G U R E
I I,
P. L'Artère Brachiale.
Q. La piquLire de l'Artère.
R. S. Les Rameaux de cette Artère,
T. V. Sa divifion fur le pli du Bras,
T. L'Artère Radiale.
V. L'Artère Cubitale, ■
EXPLICATION.
De le Planche F d\4natomie^ repréfen"
tant les Tumeur s fanguines caufées paV
l'Anevrifme.
El GU RE T.
Elle repréfente la Tumeur dans fon ctaî'
naturel avec fes Lames écaiileufes»
du côté de la Peau,
EXPLICATION
J>e la Planclie E d'Anatomie ^ repréferi'
tant l'AncV'ifme d'' après l'Opération
de M. Faget.
F I G u R £ 1,-
I GU RE
11.
À. B.
Le Bras makde.
G.D.
Les Tégumens renverfès ainfi
que dans l'Opération.
E.
La Celphalique,
F.
La Médiane.
G.
La Bjhlique,
H.
La Cubitale,'
Elle repréfente la même Tumeur di:i
côté de l'Artère avec fa cavité.
F I a u R s LI L
Elle repréfente le Sang caillé fraîcRe'--
ment contenu dans cette cavité.
F T G u R E IV.
Elle repréfente les Lames écaill^ufes ■
détachées , où l'on apperçoit dis^
efpéces de Fibres»-
94^^ Observations sur. l'Hi3tôixe Naturell
c. Lef-Cavitcs de la Tumeur."
F I G u R E V, d. L'Ancre piquée.
e. Sou jet & la fource de l'Anevrifine^fur
cette Côte Afriquaine. que par la di-
» minution de les Eaux, Si vous en-
30 trez dans les Ccferts dont cette Cô-
3». te eft bordée , quelles vertiges 8c
«quelles traces n'y trouverez -vous
3* pas , comme en Egypte , des Villes
3» & des Ports qui y fieuiiflbient au-
»trefois? les apparences des Ports,
» & les vertiges des Bâtimens qui les
3* ènvironnoient , y fubfiftent en cent
3> endroits. Des Barques pétrifiées en-
X tiérement ou en partie , qu'on trou-
» ve 350 ou 4.0 journées delà Mer ,
3& ariifi que dans les endroits qui en
3D font plus voifins; des Coquillages
3» fans nombre mêlés aux Sables des
3> Déferts , ou attachés à des Rochers
» ou à des Montagnes qu'on y ren-
30 contre de tems en tems ; des Va]-
30 Ions à leurs pieds remplis auffi de
:» Coquillages j des Bancs entiers qu'on
DO en découvre dans d'autres endroits,
3» font des témoignages certains que la
» Mer a couvert toutes ces contrées,
>{t.i>p. 15^ &■ 154.)
« 3°. On a beau dire que furies Cô-
3» tes de Normandie , la Mer gagne
(»coniinueiIement dans les Terreso-
ET SUR LA Peinture. roi
3> N'ert-il pas confiant que H.yïeur qui
30 autrefois fervoit de PcrT à la Vil-
3 de Pouen , & oîi on voit encore les
IV Tours, que la Mer a ruinées par Tes
» values , efi déjà éloigné de les
:» bords ? Le Havre qui lui a fuccédéj,
3» Si qu'on a bâti il y a peu de tems fur
» le Sable 8c la Vafe qu'elle avoir-
X a nalTf s entre Hai fleur 8c elle, ne
i> tiendra pas long-téms fà place., IJ*
30 faudra que l'Arc travaille de nouveau
30 pour former plus loin un abri aux
3» Bâtimens dertinés à apporter des
» Pays éloignés les cnofes nécelTaires
30 au maintient de l'abondance & des
3> commodités deshabitans de Rouen
» & de Pari?,-
«r Tel eft le fort de tous les endroirs
» ^î.^ritimes. La Marfeille de nos jours
» n'ert dcja plus fituée au même en-
3» droit où étoit placée celle des Ro-
30 mains. Son Port n'ert aujourd'hui ni
3> celui de ce teti)S-là , ni même à la
B fuite de l'ancien : cejî un ouvrage de
30 f j^rt , creufé à côte de celui-là; &
30 une reftitutiou qui a été faite à la-
30 Mer d'un lieu quelle avoit déjà aban-
30 donné, Cq nouveau Port que l'Art a
» formé depuis peu d'un Marais, fera
33 encore abandonné pour toujours &
» comblé par la retraite des Eaux de
» la Mer comme le premier l'a été,
» tandis que les Ifles d'If unies au Con^-
» tinent du côté des vieilles infirme-
3) ries , 8c privées du peu d'eau qui les
M environne, en formeront un plus
« beau. A peine fe fouvient-on déjà
» aujourd'hui de la pofition de la
» Marfeille ancienne &: de celle de
33 fon Port, onfe fouviendra aufiî peu
» dans la fuite du Port de la Marleil-
33 le moderne. »
« Frejus , Port fi célèbre autrefois
» pour l'azile qu'il donnoit aux Galé-
» rss des Romains, & où j'ai vu le
10^
Observations sur l'Histoire Naturelx
mains : H porte non feulement des Bâ-
limens ordinaires ; mais encore des
VailTcaux nflez confidcrables ; il eft
eniomé de Rochers & paroit avoir
été toujours le même : il conferve
encore le nom que les Romains lui
avoieut donné ; c'ell- à - dire , Portus
CalUx, & en Provençal, Porté- Galb.
Oeil dans ce BafTin où les enfans vont
aujourd'hui fe baigner : j'y ai moi-mê-
lieux plus profonds à mefure que les
Hommes ont imaginés de pUis grofles
machines flottantes.
11 s'enfuivroit du Sentiment Je Tel-
iiamed , que les Dunes de la Hollan-
de, 8c les Digues qui retiennent les
Eaux qui inonderoient ce Pay^ , fe-
roient dans la fuite inutiles par l'aflaiffe-
ment de la Mer ; mais c'eflce qui n'ar-
rivera point : on obferve au contraire
me plongé des Ourfins *, dans le tems que ces Eaux font touj.nirs dans la mè-
que'fétois Ecolier; j'y ai même yû un — ~ '■■ :~-r.i — i„i?i.,.. o. i„ o .a..„
VailTeau Anglois qui s'étant trompé
pendant la nuit , avoit pris l'embou-
chure de ce Port pour celui dont on
fe fert aujourd'hui.
Les nouvelles Infirmeries font bâties
à côté de cet ancien Port.: il ell ce-
pendant vrai que ce Port eft préfente-
ir.ent hors de la Ville; mais il faut oli-
ferver -que la nouvelle Marfeille n'efl
pas bâtie en-defTous ou plus proche
de la Mer; mais fur la même Ligne &
plus à l'Ell, dans une autre plage qui a
été plus facile à agrandir que celle-ci,,
,gc qui eft mieux expofée.
A l'égard des autres prétendues di-
minutions de Mer qui font arrivées à
Fréjus, elles font de la même Nature,
me élévation félon le Flux & le RcHux,
& félon les Saifons,ou la fituation de la
Lune.
M. de Maillet nous prédit qu'un jour
FAngkterre tiendra à la France &* aux
Pays-Bas , que le Détroit de Gibraltar
deviendra une Langue de Terre ; que la
Mer Noire Qr la Méditerranée ne feront
plus que des grands Lacs,, & qu'infenfi-
blement les IJles &" les Cmtinens fe lieront
mfemble. C'elt ce qui nous relie à fça-
voir.
Ayant détruit la fauffe preuve de la
diminution de la Mer, malgré les exem-
ples dont a voulu fe fervir M. de Mail-;
îet, nous devons être alîuré de la fixar
tion de fon lit.
Nous avons auffi fait comprendre
ainfi que celles du Havre & de Harfieur; que le Cours des E-uix des Fleuves Se
les Sables que charrie la Seine avuont des Rivières peut former des terreins
prolongé les bords de (on embouchu- à leurs embouchures ,(ur le bord de la
re^ ainfi que le Delta s'eft formé en Mer, & même d'une grande étendue ,
•£oypte à l'embouchure du Nil , & la au moyen d'une longue fuite d'années,
f^rfiu d'Arles àrembouchure du Rhône, ce qui eft alTez naturel en confidérant
C'efl ainfi qu'aux environs de la Vil- l'aflTemblage qui s'y forme de plufieurs
le d'Hiéres le terrein grolTit par les
î)oues & les terres que charrient les
pluies & les eaux du Torrent qui dé-
coule des Montagnes voifines. La grof-
feur de€ VailTcaux de notre tems eft
fans doute lacaufe du changement de
plufieurs Ports : on en fait dans des
* Gtâtaignes de Mer,
boues , terres, fables & graviers que
les Eaux courantes entraînent ordinai-
rement , fans que l'on en puiile con-
clure que ces mêmes langues de Terre
ont été autrefois fumergées.
Je conclus de tout ceci, i'. qu'il
n'y a aucune preuve de la diminutioa
d9S
svv. LA Physique et sur vk PEiNTuaiî.
cTes Eaux de la Mer ; parce que les
Continens , les Ides principales & les
Ilîlunes les plus connus font toujours
les mêiiics, c'eR ce qui prouve au con-
traire Ja fixation de (on lit.
20. Que les terres qui s'allongent
furfes bords, ne le font qu'aux embou-
chures des Fleuves & des grandes Ri-
vières.
3*. Que les vagues de la Mer , au
contraire , creufent continuellement
les Rochers fur lefquels elles fe brifent,
fur-tout s'ils font efcarpcs. J'en ai vu
des exemples fur toutes les Côtes que
. ,j'ai vifitées : elles forment même des
Antres & des Cavernes confidérables
dans les endroits où la terre ell moins
ferme, & où les Eaux gagnent les terres
bien avant.
40. Que les Plages ou les Plaiiies
maritimes augmentent fouvent par les
graviers c*îc les fables que la Mer poulfe
fur le Rivage.
5°. Et que malgré la fiabilité de la
Mer & la (ixation de fon lit, l'on trou-
ve réellement qu'il y a des proJuâions
marines fur le fommet des Montagnes
les plus élevées «Se les plus éloignées
de la Mer ; productions non équivo-
ques;, ainfi qu'ont voulu dire quel-
ques-uns , mais très-véritables (^ bien
conftatées.
Moyennant la folidité de ces refle-
xions , que bien d'autres ont faites
avant moi , je reviens aux Coquilles
8c aux Poilîons que l'on trouve par
toute terre à une fi grande diflance de
la Mer, & où il n'efl pas pofllble fé-
lon le fentiment univerfel j que les
vagues., les tempêtes ni tout autre
accident ayent pu porter ces produc-
tions.
Je me fers ensuite du propre fyftê-
me des Matérialilles"; c'ell-à-dire , de
ia caufe propofée ., qui ne confilte qu'à
lor
Année ly^ZjTonii IL Partie. ^,
la feule inondation totil^ Je tome ia
Terre par les Eiux de la Mer. Il eI1:
impolTible d'en admettre un autre pour
expliquer le tranfport des Coquilles
marines dans les endroits dont nous
venons de parler: il m'efl aifé alors des
prouver phyfiqucment le Déluge Uni-
verfel , Si je dis :
Si la Mer ne diminue plus préfen-
tement , & fi elle a inondé la Terre
autrefois , il y a donc eu un accident
particulier qui a été caufe de cette
inondation Univerfelle. Car tout le
monde conviendra que fi elle s'étoit
diminuée fans difcontinuation parfuc-
celTi on de teras , elle dimiiiueroit en-
core aujourd'hui , (S: nous en aurions
des preuves plus certaines que celle*
qu'on a voulu nous infinuer.
Toiu ce que l'on pourroit me répon-
dre, c'efi que la Mer inondoit la Terre
avant la Création de l'Homme Se des
Animaux terreftres , & qu'elle cont3-
noit alors des PoilTons ik des Coquil-
lages : on pourroit ajouter que lors de
la Création des Hommes , Dieu ayant
foulevé les Eaux dans r.-\tmofphere ,
n'avoit laiîTé fur la lurface de la 1 erre
que les Eaux qui forment préfente-
ment la Mer, aufquelles il avait donné
des bornes , & avoit découvert les Ter-
res nécelTaires à la Génération des
Animaux terreftres, & à la multiplica-
tion des Hommes.
Nous avons d'ailleurs une preuve
du foulévement des Eaux, parce qui
arrive tous les jours , & fimmenfitc
d'Eaux que contient notre Atmof-
phére, ce qui ell prouvé par des ex-
périences de toute Nature.
Mais en adoptant cette hypotéfe ,
on admettroit deux fortes de Créa-
tions , une pour les Poilîons , & une
autre pour les Animaux terrellres , &
il faudroit alors prêter à Dieu des va-
o
Observations sur l'Histoire Naturelle^
On peut encore due que les Torrens;
qu'ont caufé d'abord raffailTement des
premières Eaux, & les Terres de
toutes façon qu'ils ont entraînés , ont
formé les diftérens lits que Ton trou-
ve en creufant la terre en divers en-
droit*. Ce font ces mélanges qui ont
compofj par la fuite les Marbres dans
les Carrières : ce qui efl i;ne fécon-
de preuve de la faç ^n que les Eaux
fe font alfa lices fur la Terre , c'eft-à-
dire, en peu de tems par ui Déluge:
car il cft impoffîbie qu'elles eufTent
entraîné & mélangé les Terres fi leur
aflaifTementavoitcté infeufible , com-
me le dit Telliamed.
106
riatijns doilt ii cil incapable
Dieu , ayant déterminé de créer
l'Hoinnic & les Animatix terreft'-ei ,
fçavoit que 11 Mer ne devoit pas inon-
der toute la Terre. Pourquoi donc au-
roit-il inondé Ja Terre avant de créer
les Animaux terrcilres , & pourquoi
auroit-il fait périr, en les créans, une
intinitc de Coquillages & de PoiflT.ins
qui fe promcnoient dans le feiii des
Eaux , & dont nous rencontrons les
traces.
Il faut donc convenir que , puifque
i'Houime & les Animaux terreilres ne
peuvent avoir été créés après l'inon-
dation totale de la Terre , & que
i'on trouve fur toute l'étendue de fa
furface des Coquilles & des Poillons
pétriliés , qu'il y a eu inconteftable-
ment un Déluge Unîperfel , c'efl -à - di-
re , im artaiiromcnt univerfel des Eaux
fupériiur:s , ouJss Particules aqueufes
contenues dans notre Atmofphére ,
qui ont fo lové les Evjx de la Mer,
qui pour lors ont fumage fur toute la
furface du Globe , de détruit tout ce
qui étoit fur la Terre , à l'exception
de la Famille de Noé ^ & des ef-
péces différentes des Animaux qui
croient contenus dans l'Arclie, ainfi
que nous l'apprend l'Ecriture Sainte.
L'Ecriture Sainte, comme l'on voit ,
•ne m'a pas fervi à prouver qu'il y avoit
eu un Dcluge,- mais ayant démontré,
par le raifonnement Pliylique , le plus
à la portée de tout le monde, qu'il
étoit impoflîble qu'il fe trouvât des
Animaux Marins dans les lieux les plus
éloignés de la Mer, fans qu'il y ait eu
lin pareil Phénomène ; & que l'allaif-
fement aéluel & perpétuel de la Mer
étoit une chimère ; les Philofophes
peuvent ajouter foi à l'Ecriture Sain-
te , puifqi.'elle s'accorde fi bien avec
les Vérités Naturelles.
F^E
EXPLICATION
De la Flanche A , des Pétrifications
eurieufes,
A. B. Partie de Pierre compofée de'
deux couches diiférentes, où
efl la moitié du Poiiïon.
C. D. Autre Partie de la même Pierre,
fur laquelle efl relié la fécon-
de moitié du PoilTon.
Diverfes fentes qui ont été far-
tes avant de partager la Pier-
re , qui paroît avoir été
fendue , après avoir fcié le
tour du Poiffbn ; lequel a été
découvert apparamment dans
ia Pierre par fes extrémités,
mifes en évidence pas ces
mêmes fentes.
J'ai vu de ces fortes de pétrifica-
tions au Jardin du Roi & dans le Ca-
binet de M. de Raumur, fort belles Se
bien entières , mais celle-ci m'a paru
contenir un Poillon d'une plus grofle
forme & mieux confervé , dans la lé-
paration delà Fieire.
•■*-
m
suRLA Physique et sur la Peinturé.
'Î07
4> <-^4> <-^4> <>4> <¥4^ <>4-> <l^-^ <^^> <^ 4> <4^ <^
LES DISPUTES
DES PHILOSOPHES
ET DES ARTISTES MODERNES,
«#i^««^«:^««:^^HïH(:#^^^^^^^ * ************************
ARTICLE VI.IL
Sur ?rt Llthotomie ^ concernant des nouvelles réflexions , en faveur du Grand &" du.
Haut-appareil par Ai, de Ch^ignebrun.
o,-3p^ij N a vu depuis peu les fa-
«-> o -4 nieufe» Difputes qui fe font
élevées dans les Arts , ainfi
que dans la Philofophre ;
entr'autre le Lithotome caché a fait
grand bruit. Aujourd'hui , Monfieur
TE Chaignebrun, Auteur de
laipréfente Diiïenation^ vient à l'ap-
pui de M. le Cat contre le Frère Co-
rne , & donne des nouvelles réHexions
que le Public amateur recevra avec
plaifir.
Lettre à un Chirurgien de Pro-
vince.
M
ONSIEUR.
■ 'Depuis' rîmpreffion du petit Ou-
vrage fur la Taille, que i'ai eu l'hon-
neur de vous envoyer , &; fur lequel
vous m'avez fait des objedions contre
le Grand appareil , j'ai eu occafion de
voir Meffieurs les Chirurgiens en chef
des Hôphauxde Lyon, de Bordeaux,
de Nantes , M. Nigoul ( Lithotomifie ,
Penfionnaire de la Ville de Touloufe )
& nombre d'autres Lithoiomiftes ; ils
m'ont dit qu'ils tailloient au Grand
appareil avec un fuccès des plus heu-
reux ; & c'ell l'expérience de ces
Meiïîeurs , jointe au fuccès particu-
lier que M. Boudoii a eu en fe fervant
de la mcme méthode , qui fervira à
vous faire voir que ce n'efl pas fans
fondement que j'ai voulu prouver l'a-
vantage de cette ancienne méthode fur
certainesprétenduesnouvelles manières
de Tailler à la Partie inférieure de la
Veffie , fous le nom de Grand appareil
en méthodes latérales , qui font quel-
quefois des plaies ù grandes à ce vif-
cére , qu'elles font fuivies de très-fà-
cheux accidens , ainfi que M. le Cat
illuilre Chirurgien , l'obferve dans une
Oij
io8
Observations sur ê'Histoire Naturelle,
Lettre Jii JoiiiiialdeaS^javans dumoi^
de Mars 1749.
M. I: Cu y réfute les prctendua
avantages du Lithotom« caché , que
le Frère Côine a annoncé comme nou-
veau dans celui du mois de Décembre
1748 , mais qui ne l'ell pas félon M.
le Cat : aulïî M. delà Paye convien-
droit-il ^ fi on le lui dem;inJoit, qu'en
I 74') ^ je lui communiquai TiJce d'un
femblabicXitliotome , à l'exception de
la vi-rolle, que je voulois faire conf-
truire ; mais ce fçavant Cliirurgieu
m'ayant répliqué qu'il avoit été fait
mention d'un pareil Inllrument , je
n'en parlai [)as davantage , quoique je
me fuiTe propofc de m'en fervir dans
d'autres vues que celle du Frère
Côme , (qui prétend en être l'In-
venteur : ) c''eft-à-dire , que je
n'aurois pas voulu me fervir de
mon I.Tthotomc , ou Biflouri caché ,
pour étendre riucifion aufTi avant dans
îe corps de la VelTie que le propofe le
Frère Côme de le -faire avec le fien j
parce que les plaies de la partie infé-
rieure de ce Vifcére qui anticipent
beaucoup fur fon corps , fout plus fu-
jettes à l'inflammation , à la gangre-
né & aux intiltrations de l'urine, des
glaires, des fables , dai fang cSt du pus,
& plus difiïciici à fe réunir que dans la
fimple fedion de fon col , ou dans une
încifiou qui ne palTe pas quatre à cinq
lignes au-delà. 1 .araifon eil que la partie
inférieure du corps de la VelTie iouffre
tous les effets de i'aflion de fa Partie
fupérieure , qui efl la principale Partie
agilTanrb de cet Organe , & qui poufle
de haut en bas , ou vers fon Orifice,
l'urine , les glaires , & les autres corps
étrangers qu'il peut contenir j ce qui elt
capable de le mutiler & de l'irriter j y
étant déjà difpofé , foii par la plaie qui
fections contre nature, qui précédent
cette opération: ce quieft mcmeencoce
capabiede faire dégénérer en inllamma-
tion , ou en gangrené, une piilogofe,
qui en général, accompagne plus ou
m jins les playes des Parties membra-
neufes & aponévrotiques, & qui s'op-
pofe à la réunion des grandes plaies
de fa région inférieure du corps de la
veiïie , en les faiflun ouvrira mefure
qu'elles veulent fe cicatrifer. Ce.i ac-
cideus arriveroicnt d'autant plus foci-
lement, que ce Vifcére ell moins fixe,
moins charnu & moins épais vers fi
Partie moyenne, qu'il ne l'etl à fon Ori-
fice , ou à un pouce près.
Je fuis donc pcrfuadé, par les raifons
alléguées ci - delïïis , que fi le Frère
Côme é^ fes Partilans réuffilTent quel-
quefois en fe fervant du Litliotome ca-
c!ié , ce n'ell pas en faifant de fi gran-
des playes au corps de la Velîîe, que
le propofe le Frère Côme ; ce qui re-
viendroit aux vues que j'ai indiquées,
avant lui, dans mon Parallèle imprimé
le 1 1 Oftobre 1748 , & inféré dans le
Journal desSçavans du mois de Janviec
I 749 ; dans lequel je confeiile d'éten-
dre l'incifion , en faifant le Grand ap-
pareil , jufqu'au corps de la Veffie avec
un leul Liihoiome courbe & dirigé pac
une Sonde , dont la crénélure ne fçau-
rojt être trop profonde. Cela revien-
droit auffi aux vues que M. le Dran a
propofées dans fon excellent Parallèle ,
6c aux intentions de la plupart de ceux
qui en croyant commencer leurs rnci-
fions lur le corps de la VelTie , après
avoir coupé les Tégiimens , les com-
mencent fur rUreire , ou fur le col
de la Veffie ^ les étendent enfuite
plus ou moins latéralement dans la
fivbilance de Vifcére. Ces manières
d'opérer du Frère Jacques^ de Mef-
fuitla Lithotomie, foit par d'autres af- fieurs Kau, Chefelden (^ de plufieurs
SUR LA Physique et
Cliirurg'enî François , nommées Mé-
thodes latérales , ne font en quelques
fortes que des efpcces de Grands ap-
pareils plus OH moins variés , foie par
îa grandeur, la figure & la fituation
de i'incifion , foit par les Inflrumens 3
puifque les Auteurs de ces nouvelles
manières de tailler fe fervent de Sondes
pour diriger leurs Litlioromes , comme
l'on s'en i'ert dans le Grand appareil ,
& que la plupart coupent une portion
de l'Urètre , & le col de la Veffie avant
d'atteindre à fon corps. C'efl ainfi que
nombre de Lithotomiftes opèrent au-
jourd'hui en employant le Grand appa-
reil fous le nom de Méthode latérale ;
qui cependant ne diucre de l'ancien,
que par l'incilTon que Ton fait plus gran-
de qu'autrefois , & que l'on étend juf-
qu'au corps de la VelTie, afin de couper
ce que Ton déchiroit , & aulTi parce
qu'onlefait plus ou moins latéralemeivt.
La Méthode des Romains , ouïe
Grand appareil , qu'on peut encore
nommer Ùrethro KYSTForoMiE, à
caufe de l'Urètre & de la Veffie qui
fe trouve intérefTée dans cette Opé-
ration^ eft comme ^el'ai avancé dans
mon Parallèle , la plus jvantageufe aux
Taillés & là pliis aifée à exécuter, (ex-
cepté le Haut appareil;) foit qu'on le
faite fuivant les Anciens en coupant
le long de la Partie antérieure de l'U-
rétre jufqu'en deçà du col de la Veffie ,
avec dilatation & déchirement du refle
du canal ; foit qu'on le faife félon les
Modernes , en coupant antérieurement
ou latéralement Le long du même ca-
nal julqu'au corps de la VelTie avec
divers Inflrumens ; comme Biflouris
ou Liihotomes , droits, courbes , lar-
ges , étroits , longs , courts , cachés ou
enchaflTés dans des Sondes crénelées;
ou bien avec des gorc;erêts armés de
languettes tanchantçs & condudeurs
"SUR LA Peinture. 109
tranchans par leur dos j pourvu qu'on
obferve de ne faire qu'une fimple fec-
tion du col de la VelTie , ou une inci-
Hon qui ne paffe pas quatre à cinq
lignes au-delà ^ & une dilatation mé-
nagée du corps de ce Vifcére, afin
d éviter "les accidens qui peuvent ar-
river aux grandes playes de fa Partie
inférieure. Si cette Méthode ou Grand
appareil ne réuffit pas toujours , ce
n'ell pas à caule de l'extrême douleur
qu'on fait que cela dépend, puifque l'on
déchire quelquefois l'Urètre des fem-
mes d'une extrémité à l'autre fans qu'il
leur arrive aucun accident : ainfi que je
Tai remarqué à l'Hôtel-Dieu de Paris ,
Si comme on l'a éprouvé entr'autresfur
la nommée veuve Marie , feptuagenai-
re, de la ParoifTe de Noillientel que je
taillai en 1747 ; lorfque je traitois pat-
ordre de M. de Sauvigny , Intendant
de la Généralité de Paris , les mala-
dies de Beaumont fur Oife , avec M.
du Chenney , fous la direâion du cé-
lèbre M. Boyer , j'avois cependantMë-
chiré l'Urètre de cette femme d'une
extrémité à l'autre en tirant une grofTe
pierre , & il ne lui fmvint pas le moin-
dre accident. Il eft même à remarquer
que malgré tout ce que je pus lui dire
pour l'obliger à garder le lit pendant
quelque tems , elle fe leva deux jours
après l'Opération & guérit parfaite-
ment.
La douleur que quelques-uns font
fi terrible dans cette Méthode, fi on
pouvoir la niefurer avec la durée' de
certaines autres manières de tailler , fe
trouveroit bien moindre,' carune dou-
leur aiguë d'une mimute & demie
qu'tin bonLithotomille excite , en fai-
fant la dilatation é!< l'extraclion , fera
moindre que celle qui ne fera pas fi
vive mais qui durera plus long-tems ,
comme cela doit a rrxyer dans l' Appareil
110 Observations sur. l'
du Frcre Côme où on ell obligé de
fe feivir de deux Litliotomes au lieu
d'un. D'ailleurs onfçaitque l'incifion^
le palTage & le frôlement des teneltcs,
(ont fuivis de douleurs à peu près éga-
les à celles qu'une prompte diluation
fait foufl'rir, fi l'on s'en rapporte aux
fignes extérieurs qu'en donnent les per-
fonnes taillées par les ditîérentes Mé-
thodes.
J'ai avance que le Grand appareil
pratiqué par d'li;jbiles Maîtres de l'Art,
fuivant les Anciens, ou félon les Mo-
dernes étoit le plus avantageux aux
taillés , & cela fondé , fur le fuccès des
plus Experts Chirurgiens de l'Earope,
excepte la Méthode de Franco ou le
Hiut appareil,furnommé Cistitomie-
HiPOGASTRiQUE , que je préfcrc daus
plufieurs cas à i'Urf.thro-Kysteoto-
MiE Si à toutes les autres manières de
tailler à la Partie inférieure de la Vef-
fie , pourvu que cet organe foit aflez
fain , fpacieux Si exteufible ; ce qu'on
peut connoitre par la Sonde, par la
faillie delà VelTie au-delTus des Os
pubis , par la quantité d'Urine que le
iMalade rend à chaque fois après avoir
bu beaucoup de liqueur diurétique &
avoir retenu fon Urine, ou bien en-
core par les injeftions.
Voici les railbnsqui me déterminent
àpréférer k Haut appareil.
i'. Il efl plus facile d'extraire par
cette haute Méthode, des greffes pier-
res fans les écrafer, même celles qui
font chatonnées , comme il arrive par
les autres Appareils , ainfi que nombre
de célèbres Auteurs l'obfervent.
2°. La partie fupérieure du Corps
de la VefTie étant un peu plus épailTe
que l'inférieure , ik beaucoup plus que
fes parties latérales , excepté un pou-
ce près de fon col , comme je lai
déjà obfervc 3 il arrive aufll , qu'en
Histoire Naturell
fe coiitraâant, elle approche fa partie
fupérieure vers l'inférieure , ou vers
fon orifice , pour y poufTor ce qu'elle
contient ; d'oià il réfulte une plus
grande difpofition pour la réunion de
fes plaies dans fa partie fupérieure ,
que dans l'inférieure.
5°. La propenfion qu'ont les corps
étrangers contenus dans la Veflie , à fe
porter vers la partie inférieure de ce Vif-
cere,font toujours capables del'afTedec
Si de caufer tous lesaccidens dont j'ai
fait mention.
4°. Les grandes Hémorragies , les
Fift'iles, ou les incontinences d'urine
auxquelles fontfujets ceux qu'on taille
à la partie inférieure de la velTij, ainlî
que le danger de l'impuifTance , qui
peut arriver par la deftrudion de quel-
ques parties propres à la génération.
"5°. Les fuccès que Douglas, Che-
felden, Thornill, Malgill, Se d'autres
Lithotomiftes ont eu en fe fervant dit
Haut appareil , comparés avec ceux
qu'ont eu d'autres Lithotomines , en
opérant parles autres Méthodes.
€". Ce qui me détermineroit enfin
à préférer dans nomJjre de cas le Haut-
appareil, c'efl que les plus fça vans &
habiles Médecins <Sc Chirurgiens l'ont
adopté ; entr'autres les illuflres Mrs
"W^inflow Si Morand , qui le préfèrent
également , dans leurs Diflertations fi;t
cette Méthode, aux autres manières de
tailler. Le célèbre Dionis dit dans
fon Traité d'Opération, pag. 232,
que cette manière de tailler paroic la
meilleure.
Enfui en attendant que la manière
de tailler du Frère Côme prenne raci-
ne , le Grand appareil qui a très- bien
réufTi lorfqu'il a été pratiqué par d'ha-
biles Chirurgiens , fuivaot la Métho-
de des Anciens , ou fuivant celle des
Modernes, ainliquele Haut appareil,
SUR LA Physique et stJR la Peinture,
continueront d'avoir leurs Praticiens ,
& ces Méthodes fe perfectionneront à
lin point qu'il y a lieu d'efpérer qu'elles
ne feront pas plus dangereufes que les
playes ordinaires , qui ne fontlouvent
mortelles que par les mauvais tempe- Ôc même contre le Haut appareil.
ramens.
J'ai l'honneur d'ctre , Monsieur,
1 1 1
Voilà, Monfieur, mes nouvelles ré-
flexions , ^e fouhaite que vous les trou-
viez julles , & qu'elles vous dilTuadcnt
de votre prévention contre le Grand
H. AUDOUIM DK Chaignebru^î,
L'Auteur de cette DifTertatîon efi toujours dans le deffein de publier une Edition plus ample de
fon Parallèle des différentes Méthode* de Tailler.
LES SECRETS
DES ARTS
ET LES NOUVELLES DÉCOUVERTES.
ARTICLE Vm.
LfTTRE concernant une nouvelle Machine Hidraulique.
IvloNSIEUR;
Atant lu dans vos OBfervationsque
vous vouliez bien procurer au Public
l'avantage de faire graver les deiïeins
qui fe trouveroient dans les Mémoires
que l'on vous enverroit, j'ai faifi cet-
te occafion pour rendre publique une
nouvelle Machine Hidraulique de mon
invention , à laquelle j'ai appliqué la
force de percufîîon. Tous les Mécha-
niciens n'en ignorent pas l'utile appli-
cation dans les Arts & Métiers : mais
il n'eft pas venu à ma connoiflance
qu'on l'ait employée pour les Machi-
nes|Hidrauliques. En voici laDefcrip-
tion en gros.
£n pelant pour principe que tous
12
Observations sur. l'Histoire Naturflle,
les Corps mis en mouveinciit , t'cip-
pcnt en raifon de leur m i(fe multipiiee
par leur vîtefle; je fis diverfes Expé-
riences fur divers Baiancieri que je
chargeai de ditlérens poids à leurs ex-
ircmités: leurs tras étoîent égaux aulTî
bien que leurs poids. Je remarquai
avec (urprife , combien étoit grande
leur force de percuiïion , fur-tout lorf-
qu'ils svoient acquis une certaine vi-
tefic. Lcigrnnds Balanciers àfraperles
Médailles font une preuve de ce que
^ava' ce. Après plufieurs effais qu'il
feroit trop long de rapporter ici , ^e
trouvai la Maciiinc dont je vous en-
voyé le DeiTein ; je l'ai tirée fort à
3a liâte, & trcs-grofTiérement; mais
fcjachant combien vous excellez dans
cette Partie, je vous le lailFe à cor-
riger.
A.E.
C. B
Defcr.îption.
A. E. Sont deux Pieux qui fou:
tiennent un Balancier,
Eil un Balancier allez large pour
qu'un Homme puille s'y pro-
mener.
D
Efl l'Homme qui fait mouvoir
la Machine par fon propre
poids.
G. H. I. K. Sont des Sous-papes^
O. O^ Sont deux Tourillons qui fou-
tiennent les deux Tuyaux à
Sou-papes L. P. L.R>
Pour bien concevoir le jeu de cette
Machine , il faut commencer par la
force motrice qui cÛ l'Homme ,que
nous avens dcfigné par la Lettre D.
iorfqu'il ell parvenu .vers un des bouts
du Levier ^ il fait delcendre par
fon poids le Bras du Balancier fur le-
j^uel il eu j & par confécjuem le Tuyau
qiii le trouve de ion cote , fnrvant Ta
proportion de la chute des Corps, il
devroft porcourir en tems égaux des
efpaces qui augmenteroient comme les
nombres impairs : mais il s'en faut
bien que fon mouvement foit libre ;
il le diiliibue à toute fa made , qui ,
pir fon équilibre , ne panche par elle-
même ni d'un côté ni d'autre , & retar-
de confidérablement la vitelTe du mou-
vement que l'on communique à l'un
des Bras.
Il faut encore remarquer que quoi-
que lesdeuxTuyaux à fous-papes foienc
en équilibre ; lorfqu'ils font pleins
d'eau , l'on doit en diminuer la péfan-
teur de l'eau dont chaque Tuyau fe
vuide alternativement. Je le fuppofe
de trente livres , il faut en conféquen-
xe ôter trente livres du poids que
•péfe l'Homme. L'excédent de ce poids
efl l'évaluation juûe de la force mo-
trice.
Je ne calcule point ici les frote-
mens ; ils dépendent de trop de cir-
conllances , la qualité du Bois , fa pé-
fanteur , la conllrudion du Tourillon
qui lui fert de point d'appui , en ua
mot l'Huile oii la Graitfe que l'on em-
ployé , changent quelque chofe aux
irottemens.
Jeu de la Machine.
Le Tuyau L. P. fuppofé vuide, ve-/
rant à frapper pour la première fois la
furface de l'eau, avec une certaine vî-
tefle proportionnelle à la Colonne
d'Eau que l'on veut foutenir, aufil-tôt
la Sous-pape G. fe levé ; l'air contenu
entre G. 6i H. s'échappe par les Sous-
papes fupérieures. Le bas du Tuyau
plongeant dans l'Eau jufqu'au niveau
de la Sous-pape H. il n'efl pas douteux
que cet efpace doit fe remplir d'Eau.
Le
'sur. la Physique et su* la Peinture.
T;e Balancier abbaiffe à fon tour le
Tuyau I-.. R. Se celui-ci fe trouve éle-
vé hors de l'Eau ; mais le Tuyau I.. P.
venant à frapper pour In féconde fois la
furface de l'Eau , la Colonne d'Eau ,
qui occupoit l'efpace G. H. ei\ fojte-
niie par la force du choc en fa place ,
tandis que le Tuyau en defrendant la
fait trouver dans l'efpace H, I. quoi-
qu'elle n'ait point remué. De plus l'ef-
pace G. H. étant plongé dans l'Eau ,
il n'eil pas dout-^ux que le Tuyau ne
foit rempli jufqu'à la hauteur de la
Sous-pape I. Le troifiéme balance-
ment foutient encore cette Colonne,
Se elle fe trouve être à la hauteur de la
Sous-pape K. & entin jufqu'au haut
de ce Tuyau , on doit appliquer le
même raifonnement à l'autre Tuyau ,
d'où elle fe dccharçe dans la conduite
qu'on lui a defliné.
L'on peut faire ietter plus ou moins
<d'Eau à chaque balancement , en y
proportionnant la force motrice. L'on
a ici un avantage qu'aucune Machine
Hidraulique n'a eu "jufqu'à préfent ( du
moins fuivant tous les Livres de Mé-
chanique que j'ai confultés ) c'eil de
faire foutenir la Colonne d'Eau , pour
Kn indant par une force étrangère.
Le Tuyau L. R. étant lui-même
entraîné par le mouvement de bas
en haut qu'il a reçu de la force mo-
trice, il n'a pas le tems de contreba-
lancer cet indant où le Tuyau fe trou-
ve réduit à fapéfanteur propre ; mais
bientôt reprenant un mouvement de
haut en bas, il fe remet en équilibre ;
la force motrice pafTant fur fon bras de
Levier , le fait baifler lui-même , Se
enlever l^autre Colonne d'Eau, Je
iaifle à penfer aux Méchaniciens l'a-
vantage de celte Machine qui peu:
devenir immenfe , en augmentant la
capacité des Tuyaux : la Colonne
'.'î
d'Eau elle-même pir fon propre ot i. s
fert à arg nenier le choc qui ki fj rient
J'ai trouvé qu- pi il'eu:s f us -
papes en équilibre faifoient un meil-
leur effet qu'une feu'e ,• fo"t qu'il
fe trouvât de l'air a'.i-d iTous de cha-
que fous -pipe, & qu'a!, r, cet
Air , par fon relTort , augmentât la
force de perçu fllon , en fe déban-
dant contre chaque Colonne d'Ea-i en
particulier, c'elt une imitation de la
Nature , qui en met un lî grand nom--
bre dans nos Veines.
J'ai fait avec fuccès mes Expérien-
ces fur des Tuyaux de fix pieds de
haut. Mais mes affaires ne me permet-
■ tant pas de continuer de long-tems ce
travail , je vous envoyé d'avance cet
eflai, tout imparfait qu'il eft : j'at-
tends avec impatience le jugement
qu'en porteront les Sçavans Mécha-
nicien?.
Si cette Machine peut être utile ;
je jouirai avec plaifir de la fatisfadion
d'avoir rendu fervice à la Société, G
elle devient inutile, il me reliera du-
moins la confolation d'avoir travaillé
pour le bien public. J'ai l'honneur
d'être, Monfieur, avec toute Teftime
& la confidération pofflble.
A Calais ce 1 8
Novimbre 17^2.
Votre, &c.
Signé, De Villembuve,
ARTICLE IX.
Ls T T R E à l'Auteur des Ohfervaions
concernant le bureau Mufi aL ou l'A t
(fenfeigner la Mujique avecfacilitJ.
y o u s renfermez , Monfieur, fans
vos ObfetYaiions tant de bêles Dé-
Ann/e i-j^z^Tom, II, Partie, V^ E
14
Observations sur l'HIstoim; Natureele,
couvertes fur les Matières les plus in-
tcrefluntes , qu'on ne fçnnroit mieux
aJrelTcr qu'à vous, Monfieur , celles
qui méritent l'attention Ju Public.
On vn mettre au jour une nouvelle
Al 'tlioJe tièi-abrégée pour apprcn Jre
la Mullque^ & qui met fous dillcrcns
points de vue- tiè? frappans, les prin-
cipes ie.i plus néCL-ffaires , d< les rend,
inéf.iç'ables dans la mémoire des jeunes
perfonnes. Je cror- que les Amateurs
de cet Art feront bi;Mi aifes de fi^avoir
qu i'e elf cette ALtIiode..
Le Lkirenu Mufical en quoi elle con-
lîfle eft compofé de trois divillons^
qui forment trente colonnes.
La première DiviTion eft de trois co-
lonues pour les Fleniens de la Mufi-
que. La féconde ell de dix- huit colon-
nes , contenant chacime les Cartes
qui préfentent la progrefTion de trois
Oâaves d'un feul ton , d'où procèdent
tous les autres tons. La troificme en-
lin contient neuf colonnes qui renfer-
ment toutes les leçons qui conduifent
à faire chanter dans la Partition.
La fice du Bureau eH étiquetée avec
tant d'Art , que du premier coup d'œil
& fans confufion , l'Elevé voit où il
en ell , & ce qu'il a à faire. A la fuite
de cette Méthode , il y aura un re-
cueil de leçdns pour les agrcmens Se
l'exprefTion du Chant , qui fera {accé-
dé d'un elTai de Compofition.
En un mot avçc plus ou moins de
difpofitions & d'application ; mais tou-
jours en très -peu de teiîis, on de-
viendra grand Muficien & bon Com-
pofiteur.
C'en eftaffez, ce me femble, pour faire
fentir quelsfont lesavantages de la nou-
velle Méthode. J'ajouterai néanmoins
pour prouver les lumières qu'on eu
peut retirer j que la Mufique a fait toute
me la baze de ti)us mes plaifirs. Je ne*
l'ai apprife cependant qu'avec beau-
coup de p^ine & par une étude lon-
P
gue & pénihie ; ce qii(; j'attribue pré-
lentemeiu moins au défaut d'Oreille
(^ de concepiion , qu'aux Principes
léi que je recevois
nbfcurs *< embrouil
de mes Viaîtres.
M. Dumas Auteur Je la nou-
velle M thode m'a ouvert les yeux : il
m'a démontré clairement qu'il y a
prefque toujours deux inconvéïiiens
attachés à l'inllruélion que l'on donne
à la jeuneffe fur cet Art..
I*. Que les Enfans n'apprennent que
fuperliciellement- par l'inllrudion or-
dinaire; que rarement ils exécutent
avec précifion , &: que prefque tou-
jours ils oublient à une certaine âgç-
ce qu'ils ont appris,.
1°. Que ceux qui s'y appliquent:
aiïez pour parvenir à un degré deper-
feâion , y employent un fi grand nom-
bre d'années, que des parens un peu
inlbuits doivent fe faire Scrupule de
facrifier la plus précieule portion de
la vie à ce qui , au fond , ne doit faire
que le délalîemert de l'efprit.
Les vues de l'Auteur n'ont d'abord'
été que d'abréger l'étude que feroit
un jour de la Mufique ^ Monfeigneut
le Duc de Chartres, Mais ayant en-
{uite prévu que toutes fortes de per-
fonnes de tout âge pourroieni profi-^
ter de fes travaux , & fur-tout la jeu-
neffe qui fe plaît dans les principes
faciles. l/Auteur a voulu rendre fon
Ouvrage public & pourl'appuyefd'un
litre honorable , il a cru ne pouvoir
mieux faire que de le dédier à Mon-
feigneur le Duc d'Orléans qui a bien
voulu accepter cette Dédicace. Tou-
tes les difficultés étant prévenues &
applanies , les Etudians y trouveront
ma vie,ma principale occupation & me- ce qu'ils défirent en détaillant j par or^
SUR LA Physique
■Sie fur certains Plans le choix des le-
çons les plus épineufes.
Les Maîtres mêmes de l'Art ap-
plaudiront à cette nouvelle Méthode:
ils s'en ferviront avec facilite , parce
qu'elle explique tous les Principes de
la Mufiqne , qu'elle rend raifon de
toutes les difficultés, & développe
les Régies les plus cachées de cette
Science.
Pour vous analifer le mérite de cet-
te Méthode , il faudroit copier ici
toute la Table des Matières j les Ama-
teurs de l'Art auroient un vrai plailir
de la parcourir; fa netteté & l'étendue
des vues de l'Auteur les furprendroit.
Depuis la fimple notion des Monofyl-
labes de la Munque iafqu'aux plus
grandes difficultés de cet Art ; tout
vous y paroitra lumineux & d'une
pratique très- facile.
Le bien public m'a mis la plume à
la main, & me force de nVadreffer à
vous. Soyez perfuadé de la confidé-
ration avec laquelle j'ai l'honneur
d'être.
Moiifieur, Votre très-humble, M**^.
ET SUR LA Peinture.
lïj
■fj^^i..3ji''-»mw»
La Méthode en quejïion fe vendra aux
Bureaux ordinairesquijbnt à la Règle d'Or^
rue S. Honoré,
A la Croix d'Or , rue du Roule.
A la Mufique Royale , rue des Prou-
paires,
Le Bureau &" la Méthode feront vendus
cke^ l'Auteur , rue Montmartre , à coté
de la Communauté des Prêtres de S*
Eujîache.
ARTICLE
X.
Rapport de ïOuverture Gr de l'Examen
du Cadavre delà nommée Supiot : com-
muniqué à la Faculté de Médecine de
Paris , par Monjîeur Morand,
fils :, Ecuyer , DoSeur Régent de la
Facultés &'c.
J'A I formé le projet de raifonnet
dans mes Obferv.ations d'Hilloire
Naturelle de l'Année prochaine 175 },
fur la caufe de la M:tladie dont nous
allons donner le rapport, comme une
Découverte irès-intéreir^nte : mais je
ne m'hazarderai à en parler que quand
j'aurai écouté tout le monde , Se que
j'aurai fait certaines Expériences que
je me propofe de mettre en pratique.
Le Rapport fuivant qui vient tout
fraîchement d'être rendu public dans
une petite Brochure ( annoncée dans
la Gazette de France du ii^ Décem-
bre 1752), que je crois trcs-véritable ,
fera de quelque utilité dans notre futur
raifonnement.
Crainte que l'on ne me reproche
d'avoir changé quelque chofe dans le
ftyle je le donne tout au long , tel
qu'il efi, ainfi qu'il lera aifé de véri-
fier,
M. HoUy ( dit M. Morand ) s'étant
alTijré du confentement du Mari & des
parens de la défunte^ qui nous accor-
doient i o heures de tems pour i'examen
du Cadavre, écrivit lui-même à Mrs
Dupouy Se Leguernery Maîtres Chi-
rurgiens, aufquels il paroillbit naturel
de donner la préférence ^ pour faire
l'ouverture devant nous , & nous y in-
vitâmes pour le|lendemain i i du mois
à fix heures du foir, M. le Doyen ,
'ii<5 Observations sur l'^ji^toire Naturelle,
M. Ferrcin(^), M. Henirmt (h), même de cet Os
M. Petit (c), & mon Père (d).
Les arraiigemens que nous avons
pris en y appellant de témoins aufTi ca-
pables 8c auffi 'éclairés , tels que nous
étions oblii^cs de les choifir, pour le
Public &. pour la Faculté , fe fout trou-
vés conformes aux intentions de la
défunte , que nous avons fçu depuis ,
& qui dans les derniers tcms de fa vie ,
ayant conjîdéré que la maladie dont elle
ttoit attaquje avott dis ejjeu fî prodigieux ,
qj'dpou.'oit être utile au Public que la cau-
Je en fût examinée. & s'il étoit pojjîble y
cj;!n«e^avoit faitle; dirporuions(e)pour
que fon corps mort fàtoui'ert &" dijjéqué ,
ainft qu''il ferait nécejjaire pour l'utilité pu-
blique ; elle avoit même nomnié pour
cette fonflion M. Dupouy fon Chir. r-
gien -ordinaire.
Ee Samelr lo Novembre , à fix
heures du foir, M. Dupouy , (?c â la
p'ace de M. Leguernery , M. Sue le
cadet, ont pioccdé à l'ouverture du
Cadavre, en pïéfencede M. Ferrein^
M. Petit, & M. Herilîant, de Mef-
fie irs Bw-nomont , la paye , Verret ,
Mùtres Chirurgiens qui s'y font
tr )uvés.
On a commencé Texamcn par la
Jambe gauclie , fur laquelle on a fait
une iucifion depuis {"épine du tibia]iii-
qu'à ù bife.
Les Tégumens féparcs, ont laifTé
appercevoir la crête du tibia Se le corps
( II) Profefleiir au Collège Royal , Mem-
bre de l'Académie Royale des Sciences , Pro-
fetTeiir d'Ajiatomie & de Chirurgie au Jardin
du Roi,
(h) Membre de l'AcaJérnie Royale ^es
Sciences de Paris , & delà Société Royale de
Londres, Ancien Profeiïeur en Chirurgie aux
Ecoles de Médecine.
{c) ProfelFeurde Chirurgie, d'Anatomie &
de l'Art des. Accouchemens aux Ecoles d«
Médecine,
a cte entame avec
l'inllrumcnt. , la fubUance Compaftè
n'ayant offert aucune rcfiftance ; elle
étoit abfolument changée , plus o\i
moins ramollie dans toute fon éten-
due , prefque détruite dans quelques
endroits; où ayant beaucoup perdu
de fon épailTeur dans d'autres.
La Çubilsince fpongieufe des deux ex-
trémités de cet Os , étoit fort fouple ;
& prêtoit aifémeat a la moindre pref-
lion.
La fubUance recticulaire qui traverfé
le milieu des Os longs , pour fou-
tenir la Moelle , étoit prefque obli-
térée.
La cavité intérieure s'elltrouvée rem-
plie d'une fubl^ance fort rouge , fem-
bkible à du Sang caillé., qu'on auroil
mêlé avec de la graiflfe.
Les ciiangemens arrives au perone
ctoient bien plus marqués ; on avoit
peine à reconnoître fon extrémité fu-
péricure . & on fentoit uniquement au
lad un relie de fon extrémité inférieu-
re , près la malléole ; pour fa partie
moyenne, elle étoit entièrement anéan-
tie 8t confondue avec les chairs voi-;:
fines.
L'incifion plongée fur le genouil a
mis à découvert la rotule, qui étoit en-
tière , mais d'un tilTu fort mol, & qui
paroilfoit fous les doigts comme une
éponge, ainll que les condyles inter-
nes & externes du fémur.
(d)M, Morand , * Ecuyer, Chirurgien Ma-'
jor de l'Hôtel Royal des Invalides , InC-
pedeur des Hôpitaux Militaires , Membre
de l'Académie Royale des Sciences de Pa-
ris, &c.
* M. Morand dont il efl ici quefîion eft kerani
Artifle de quijs tiens une partie de mes lumières.
Anatomiquss,
(e) Par fon Teftament du.ii Août.
SUR LA Physique et
tes cartilages qui font dansTarticu-
îafron du genouii aux extrémités du
Jfmur , du tibia , & du péroné n'étoient
altérés en aucune manière ^ ils avoient
confervé leur blancheur , leur poli, &
leur élafticitc
II en étoit de même des cartilages ,
de toutes les autres parties du corps ,
comme de ceux qui garnilTent les fa-
cettes articulaires des os, an carpe , du
métacarpe , du tarfe Se du métatarfe.
Les Os de l'avant-bras , 3i du bras
droit, ont été entièrement décou-
veris , Se on les a féparés dans l'articu-
lation avec le poignet d'une part , &
avec l'omoplate de l'autre.
La tête de Vhumerus étoit petite , &
ne paroilToit pas fi arrondie que dans
i'état naturel : le corps de cet os , ce-
lui du cubitus Se du ra^fui étoient fort
diminués de leur volume , qui n'étoit
pas le même dans leur longueur ; leur
mollelTe étoit aufïi différente ; dans
quelques endroits ils étoient fouples
ôc piians, dans d'autres ils étoient caf-
fans quoique flexibles.
On pouvoit en tirant ces Os par les
extrémités , leur rendre leur direction
naturelle j mais ils fe replioient bien-
rôt dans les endroits où ils étoient
courbés auparavant.
Les phalanges n'avoient pas même
la moUelTe , qui fe remarquoitdans les
autres Os longs; à la vue,- elles ne
paroiffbient pas altérées , mais avec le
fcapel on les coupoit fort aifément ,
& elles étoient fouples & éiafliques
comme de la baleine.
Les cliangemens communs aux Os
longs , étoient fur-tout marqués dans
ies fémurs , qui dans prefque toute leur
longueur refTembloient plutôt à des
SUR LA Peinture. i a ,
cordes charnues qu'à des Os ; la moel-
le fanguinolente qui fe trouvoit amaf-
fée en plus ou moins grande quantité
dans l'étendue de leur cavité , rendoit
leur grofleur inégalé dans quelques
endroits.
La capacité du petit bajjîn étoit ex-
trêmeinent étroite ^ les deux Oi ilium
avoient fort peu d'étendue , ils étoient
trc3-épais ^ Se leur face interne étoit
raboteufe & inégale : d'ailleurs leur
tiiîu étoit ramolli comme celui des Os
pubis & ifchium.
Vépine du dos avoit fa configuration
naturelle , mais les vertèbres étoient
fouples & molles au toucher. *
Le lîernum avoit comme tous les Os
celleuleux & fpongieux confervé une
folidité apparente , mais il fe coupoit
fort aifément.
Les côtes , quoique molles , étoient
calîantes dans toute leur longueur ;
quelques-unes des vraies étoient re-
pliées fur elles - mêmes dans l'extré-
mité qui s'unit arec les cartilages du
Jîernum.
Les clavicules qui font formées d'une
fubflance compare , & d'une efpéce
de diploe , étoient prefque caiiilagi-
neufes.
Les omoplates étoient beaucoup plus
épailTes qu'elles ne le font ordinaire-
ment i elles avoient en même tems
perdu de leur étendue , Se s'étoient ra-
cornies ; leurs éminences connues fous
ie nom d'épines s'étoient fort appro-
chées de la côte fupérieure , &: for--
moient un conduit.
La côte inférieure des omoplates étoif
échancrée en deux endroits , & con-
tournée en S Romaine.
Les apophyfes acromion & coracoïde
* On n'a rien trouvé d'extraordinaire dans étoient très-fains & bien confUtués.
ie bas ventre Si dans h poitrine , les yifcéres
ii8
fe joignoientprefque.
Les Os du crâne c'toient tellement
ramollis, qu'oïl les coiipoit fort aifc-
mént avec le fcapel ; leur cpaiiïeur
étoit augmentée du double au moins j
les deux tables ctoient confondues^
On n'yconnoiflbit aucune trace du ii-
ploë ; Se en les comprimant un peu,
on en faifoit fortir un fuc très-aqueux,
dont ilsétoient jbbreuvés.
Les futures étoient prefque détrui-
tes.
Les Os mêmes de la bafe du crâne ,
ainfi que l'apopliyfe pierreufe des tem-
poraux , tous les Os de la face , les ma-
xillaires fupérieures Si la mâchoire in-
férieure , participoient de cette mo-
le fTe.
Les dents feules avoient confervc
leur foiidité , quoique la Malade ait
prihendu qu'elle:, étoient ramollies, ce
qiij venoit de la Hexibilité des Os nia>
xillàires.
La ^ure-mere étoit confondue avec
le crâne j le cerceau étoit d'une con-
fillenceordinaire, fonhcniifplicre droit
étoit d'un tiers plus gros que le gau-
che , de manière que la faux ne par-
tageoit pas le Cerveau en deux par-
tics égales i & elle étoit aiufi que la ten-
te du Cervelet , plus épailîe que dans
Tétat naturel.
li y avoit environ une cuillerée de
fang épanchée dans les deux vencrkuhs.
Le plexus choroïde étoit engorgé ik.
variqueux.
Réflexions par M. Morand , fils , fur la
Nature &" la caufe de cette Maladie.
Quelque finguliere que foit la
maladie qui vient d'être circonflan-
cite , il n'y a cependant perl^^mnè
qui ne fçache qu'elle n'ell pas fans
exemple , & qui en rapprocliaat ceux
Observations sur l'Histoire NATURELtE,
dont nous avons les Hilloires les plus
détaillées , que î'ai cité dans le deu-
xième articfe de mon premier Rap-
port , ne reconnoille que celle dont
il efl aujourd'hui qneflion , efl tout-à-
fait femJj'able.
Sans rappeller ici la conformité qu'il
y a entre les premiers fymptomcs dont
furent attaqués Pierre Siga , Bernarde
d'Armaignac , & ceux qui fe font mon-
trés il y a cinq ans dans la nommée
Supiot , je remarquerai feulement en
palFant , que la reflemblance s'éteni
jufques fur les altérations furvenues
dans la charpente oiTeufe , comme il
a été conllaté par l'ouverture du ca-
davre.
Ceux qui feront curieux de s'en aflTu-
rer , auront plus de fatisfadion à com-
parer eux - mêmes ces cas fingu-
liers , en les litant dans les ditlércns
Auteurs.
Je ne f(çai s'il efl aifé d'établir bien
pofitivemeut le caraélére de cette ma-
ladie; les autres, dont j'ai fait men-
tion , ont été regardées coBime diflé-
rentes quant à leurs caufes , quoique
femblabics par les efléts, le cas de Ber-
narde d'Armaignac a été prononcé
fcorbuiique , parce qu'on ne fçavoit à
quelle caufe l'attribuer.
Celui de Pierre Siga a été loupçon»
né vérolique , parce que cet homme
avoit eu une gonorrhée avant d'être
attaqué d'un ramollilTement d'os ; fans
cela ^ peut- être qu'on l'eût allure fcor-
butique. «
Dans le cas préfent, les fentimens
font partagés ; quelques-uns de ceux
qui ont vu la nommée Supiot , ont at-
tribué fon état à un vice vérolique, de
ils prétendent qu'elle a pris du mercu-
re ; d'autres ont regarde fa maladie
comme un rachitisfcoibutique.
Ce qu'il y a de certain , c'eft qu'elle
SUR LA Physique
n'a iamais déclare aucune incommo-
dité qui doive faire fonpçonner un vi-
rus vcnérien ; cela n'empccFie pa> à
la vrriiéj. qn'elie ne puiile avoir pris
qneiqMe-proparatîon mrrcini.'i'.le : il')'
a lies Auteurs qui pn! tenaient q'i'oii
peut guérir le (corbiic avec du mer-
cure doux fub'.iine , de manière qifii"
excite ia fueur ; d'aiix-iirs le mercura
elt le grand fecret de lous les empyii-
ques,& il leroit étonnant qu'aucun de
ceux aufquels la Malade a eu recoure ,
n'eût point ellayé iur elle la vertu de
quelque foécinque prelendu , compofé
avec du mercure , mais la Malade l'i-
gnoroit; 6< on fçait que la confiance
aveugle qu'on accorde li injuRement à
ces fortes de gens , va iufqu'à prendre
de leurs mains toutes fortes de remè-
des, fans leur en demander compte ,
& fans faire toutes les difficultés que
l'on fait tous les jours à devrais Méde-
cins, qui par efprit de probité, ne
promettent jamais de guérir, quoiqu'ils
agiffént par des prijicipes fages {k éclai-
rés.
La defcription des parties offeiifes ,
qui a précédé , montre qu'elles n'a-
voient rien du rachitis, quiert propre-
ment une attropliie avec diflormrté de
l'épine , gonflement dans les articula-
tions des os , & augmentation du vo-
lume de la tête , toutes chofes qui ne
fe font pas trouvées ici.
Si donc il n'y avoit ni rachitis ni
virus vénérien , relie le vice fcorbuti-
que , que Ton pouruoit avec quelque
raifon regarder comme la caufe de l'é-
tat miférable dont on a vu toute l'Hif-
toire ; j'ai fait à la Malade dans l'efpa-
cedetems que je l'ai fui vie ^ beaucoup
de queflions fur les incommodités
qu'elle pouvoit avoir eues avant de de-
venir CQlume elle étoic, alla d'être en
ET SUR LA Peinture. x-19
ctat de juger de la nature de fa ma-r
ladie.
M. MilTa , l'un de nos Bnclicliers,
que l'on fçait être animé de cette ému-
jation fi ordinaire dans nos Licences,
crsnt venu vo\\' avec moi la Mplade ,
s'etl aitacHc particulièrement à i'interr
roger fur ce mêrne article ; & ce qu'il
a appris ne s'eiî pas trouvé différent de-
ce que i'ai fçu de la Malade, ou de
fés proches parens ,. comme de fa mè-
re , de fa fœur, de Ion mari , qui de-
puis m'ont confirmé le détail fui--
vant.
La nQmmce Supiot avoit trcs-fou-
vent des maux de téte,,&; des infom-
nies: ou il elle dormoit , fou fommeil
étoit asité,- elle fe mouehoit três-ra-
rement.^
Elle étoit trcs-fujette à des brouif-
lard.s fur les yeux ^ à des éblouilîemens
fiîbits, mais fur- tout à une opthalmie
humide dont l'œil gauche étoit le plus
fou vent malaae ; à desbourdonnemens
dans l'oreille du même côté, fuivis-
quelquefois de furdités paflagéres.
Dès Ion enfance, jelle avoit fré-
quemment, fur-tout aux approches
du Printems & de l'Automne , des flu-
xions opiniâtres, principalement fur
la joue gauche , des maux de dents,
des gonflemens de gencives, qui ab-
ccdoient même à la racine des dents,
fur-tout incifives & carines ; les côtés
des mâchoires éîoientprefque dépour-
vus de dents.
La Malade a rapporté a M. MifTa ,
que la couronne des dents non cariées
tomboit lorfque la fluxion fe dilTipoit ,
tandis que de l'autre côté, les dents
cariées refloient en place.
Souvent la Malade ne pouvoit re-
muer librement la mâchoire ^ & avoit
un gonflement, qui, quoique léger ^ .
Observations sur. fHrsTOiaE Naturelle;,
lia-
lui ctoit importun j il paroilloit a'iffi
très -fréquemment des boutons §: des
petites aphtes fur la langue^ & dans
3a bouclie.
L'haleine de la Malade ctoit natu-
rellement courte , Si la rtTpiration la-
torienfe ; elle a eu plufieurs fois dans
fa vie des accès d'allhme convulfifs,
des palpitations de cœur , & des étouf-
femens , fur-tout avant l'âge de feize
"à dix-fept ans, qu'elle a commencé à
avoir (es régies; elle ctoit aufTi fujette
à des évanouitiemens qui ctoient d'une
longue durée , très - communément ^
'Clie étoit incommodée d'une petite
touxfechî^ de rhumes , d'enrouemens,
.& d'extindions de voix fubites^ & mo-
jmentanées^
Son appétit a de tout tems été bi-
zarre Si dépravé , mangeant quelque-
fois beaucoup, quelquefois peu ^ ne
pouvant pas (upporter un bouillon ;
elle étoit fujette aux maux & péfanteurs
d'eftomach, à des rapports aigres & ni-
doreux, à des vomiffemen?.
Ces douleurs de reins & d'entrailles
lui étoient fort-ordinaires , ainfi que des
coliques, qui étoient très- violentes ;
elle fentoit prefque toujours de la ten-
fion dans le bas ventre avec des borbo-
rigmes^ qui fe terminoient par rendre
des vents ^ tantôt elle étoit fort conlli-
pée , tantôt fort relâchée.
Ses urines étoient communément
légères , d'une odeur défagréable , &
dépofoient une quantité de fcdiment
■gras , cpais, blanchâtre ou cendré.
Elle rel!entoit prefque continuelle-
ment des douleurs vagues dans l'épine
du dos , dans les mamelles , entre les
deux épaules j des crampes, des pé-
fanteurs, deslafTitudes fpontanéesdans
les membres , des inquiétudes univer-
«lies , des dçmangeaiibns., qui la for-
cneiit de
fe gratter
au point Je
s'e-
fcorcher, & d'occafionner un ulcère
qu'elle a eu long - tems far la jambe
gauche.
Les cuifTes , les jambes étoient pref-
que toujours enHées , roides ^ pefan-
tes , fur-tout li jambe & le pied gail-
che ; quelquefois elle avoit de la peine
à mouvoir ces extrémités, ou à fe fou-
tentr ferme fur fes pieds.
Outre toutes ces incommodités Fia-
bituellcs & journalières dont la plu-
part redoubloient le foir ou la nuit^ la
Malade étant âgée de 2^ ans environ ,
a eu la galle ^ après avoir couché avec
une lille qui avûit cette maladie ; &
c'ell: après qu'elle en a été guérie qu'i[
lui étoit venu fur une ja nbe ^ l'ulcère
dont j'ai parlé , qu'elle attribuoit à cet-
te humeur qui étoit rentrée.
La Malade avoit une perte blanche
avant & après fes régies.
Toutes ces différentes maladies qui
n'en caradérifeiit aucune efpéce par-
ticulière , réunies dsns un même fujet ,
indiquent une cacochymie fcorbutique
qui peut enfuite avoir été déterminée
par le mélange du lait reÛé dans le fang
après les dilfcrcntes couches ; je laifTe
cependant cette décifion aux Méde-
cins , qui à l'aide d'une prvatique con-
fommée, font en étal de porter un ju-
gement précis fur ce point.
Pour moij je m'arrêterai feulement
à ce qu'il y a de plus fiappant dans le
cas de la nommée Supiot qui cil celte
perte de conl-.llance dans des parties
aulTi dures que les Os ; quant aux fpaf-
mes & aux contradions qui l'ont ac-
compagnée , ce font des etfets allez or-
dinaires du fcorbiit , lorfqne le levain
acre & llimulant agit fur les Libres ner-
veufes.
Dans l'explication de ce ramollifTe-
ment
SUR LA Physique et sur la Peinture.
ment des Os, je ne peafe pas qu'on
doive s'écai'ter du fentiment de Mon-
iîeur Courtial * , la caiife doit eflea-
tiellement réfider dans le fuc nourri-
cier des Os , c'eft lui qui donne aux
libres dont ils font compofés , la folt-
dité qui leur eft néceflaire pour être
propres à Jervir d'appui aux parties
molles , àfomenir tous les organes , 6c
maintenir l'animal dans toutes les fitua-
"tions convenables à leurs fondions ;
c'eft donc ce même fuc qui a perdu fa
qualité ordinaire, & qui au lieu de dur-
cir les Os, les a ramolli. Comme ce
fuc , ainfi que tous les autres fluides
qui pénétrent dans toute l'habitude du
corps émanent du fang , il eft nécef-
faire de rapporter le vice qu'on y dé-
couvre , à la MafTe du fang^ dont il
en un extrait , Se qui en a été elle-mê-
me affeftée primordiaîement.
Quelle que foit la caufe de cette al-
tération, il eft facile d'expliquer ce ra-
molliftement par une dilToiution du
fang, ou une décompofition de prin-
cipes , comme on en conviendra en fe
rappellant qu'elles font les parties élé-
mentaires de ce fluide.
Le fang cliarie avec lui une matière
terreufe , des fels & des foufres : ces
derniers font eux-mêmes falins & aci-
des : de plus il eft compofé d'une
partie féreufe on aqueufe, & d'une ma-
tière Iniileufe ou gelatineufe.
C'eft la combinaifon de tous ces
principes qui conflitue un fang pro-
pre à entretenir la vie & la faute , pour
peu que ces parties foient défuntes ,
que leur mélange (oit détruit ou déran-
gé , ou qu'elles pèchent dans leur quan-
tité , elles perdent dès lors leur quali-
té , & au lieu d'être falutaires^ elles
deviennent contraires à rœcononiie
animale.
JNouv. Obferv.furles Os. pag. 8j.
Kî";
Année i-]y2 ^Tom, II, fortif. V^.
La jpartie féreufe qui fèrt de véhi-
cule aux parties élémentaires mêlées
avec elles , venant à dominer , le glu-
ten ou rhuileépars dans cette férofité,
fe fond petit à petit , la matière plâ-
treufe ou terreufe que les Artères dé-
pofent entre les couches ofTeufes , ne
peut s'y appliquer , le fang devenant
trop aqueux, perd fa coniiiftance, &
féjournant dans les cellules olFeufes ,
ramollit les Fibres.
Les fels du fang , qui vifent naturel-
lement à devenir plus développés , n'é-
tant plus embarraflés dans cette par-
tie huileufe quiémoufToit leur pointe;
picotent le periofle , occalionnent des
douleurs, & la férofité du fang ac-
quiert une acrimonie qui irrite les
Mufcles , les fait entrer en contradioui
& les Fibres ofteufes fe trouvant ab-
breuvées , prêtent & fe courbent dans
la direélion que leur donne le racour-
ciffement des Mufcles.
La fubftance graÏÏe des foufres , dé-
gagée des fels qui tempéroient leuc
adion , occafionnera dans la tilTure du
fang , une chaleur ou une efpéce
de fermentation qui augmentera fa
fonte.
Tous ces eflets d'une diftolution da
fang , fe remarquoient dans la mala-
die dont il s'agit,
La fimple infpeftion des Os fpon-
gienx, & fur-tout du Crâne qui étoient
foLiples au toucher; & dont on expri-
moit une quantité d'eau fort limpide,
ne laiiïe pas de doute fur la colliqua-
tion des fucs dont ils étoient ab-
breuvés.
Les fluxions aufquelles îa nommée
Supiota été fujette dès fa plus tendre
enfance, & qui fe font déclarées en
différens tems fur plufieurs parties , an-
noncent une furabondance de Cérofités
falfugineufes.
l66 ■ OESERVAtlONS SUR l'HiSTOIRE NatUJIELLE ,.
L'appétit que la MalaJe a toujours nous avons obfervées M. Hody & mor;.
fur; les ferviettes & les linges de la-
Malade , & qvii relTembloient à de la
graille môlée avec de la craye.
En admettant cette lîicorie , avr
moins comme probable, il ne paroît
pas qu'on doive dcfLTpcrer de guérie
le ramolliflement des Os ;_ celte ma-
ladie n'ell pas abfolument au-defTu»
des fecours de l'Art, puifque la Mé-
decine poiïede des renicdes efficaces,
pour donner aux Huides une confillan-
ce uniforme , rendre la liaifon aux par-
ties du fang , procurer un mêbflge
exad de fes principes , les rapprochée
quand ils font trbp dégages , & que
d'ailleurs , on a plus d'un exemple
de la guérifon d'une pareille mala-
die.
Toute la difficulté efl de la recon-
noître dans les commencemens , lorf-
qu'il eft encore lems d'y appliquer
les remèdes qui peuvent lui être pro-
pres , & non pas dans la nommée Su-
piot, lorfque la maladie a fait des pro-
grès qui rendent inutiles tous les fe-
cours de l'Art.
Le fucccs des bains préparés avec
l'alun , le foufre & le vitriol , ne don-
ne-t-il pas un préjugé pour employer
avec conliance des médicamens inter-
confervé .prouve l'acidité dos levains
de l'ellomach , d'où en paiïbnt dans
ie fan'T , ils ont pu pénétrer les Os, &
ramollir leur fubdance , de inéme que
ïe vinaigre la dilTout.
La nature di" la Moelle trouvée dans
ï'intciicur des Os du Cadavre , c*^ qui
reiïembloit plutôt àdeja grailT-^ figée ,
démontre, ce me femble^ la préfjnce
de fels acides ou autres, qui ont agi
furies fucs médullaires, comme l'ef-
prit de nitre fur l'huile d'olive , qui
devren.t graille , lorfqu'on verfe delîus
cet acide.
L'odeur forte des urines de la Ma-
lade , fi puanteur avant d'être en état
de -putréfaâion , indiquent dans la
mafTedu fangune grande quantité de
foufresfon exaltés par les fels.
La matière gypfeufe , qui a paru
îong-tems dans les urines, n'étoitfans
doute autre chofe qiie la fubflance ter-
reufe apportée avec le fang par les
Artères , pour donner la dureté con-
venable aux Os , mais qui étant privée
de cette vifcolité néceltaire pour pou-
voir s'attacher dans les cellules olTeu-
fes, repalîoil même avec celle qui y
étoit déjà , & qui fe fondoit , dans les
Vaiffjaux fécrétoires & excrétoires ,
qui après les crifes & les fpafnes des nés qui feroient analogues à ces fubf-
«arties nerveufes & vafculeufes , fe tances falines ?
relâchent toujours & fe prêtent au par- Ne pourroit-on pas auffi fur-tout
taaedes parties excrémenteufes grof- dans certains cas .dépendans d'un vice
fiéres. fcorbutique qui commence à fe dcve-
Ceite partie terreufe alkaline ayant lopper, recourir à la vermiculaire bru-
enfuite repailé par les émundoires de lante * dont la venu a été conftatée
la peau avec la fueur , ou même la
grailfe du corps fondu par la chaleur
interne , occafionnoit les taches que
* Semper vivum min. Vermiculatum acre ,
C. R. P . i8 j . Sidum parvum acre FL luteo. J.
£. 4. 6p \. Injl- R. h. 163. Raii. hifl. 1041.
Vermifidaris fivs illecebra minor , aeris.
pat l'expérience , dans des retiremens
confidérables de Nerfs & de Ten-
dons **f
ger. En François, le pain d'oifeau»
** On trouve dans les Epliénieiid. d'Aile»
magn. decur. 1. an. VI. Vil. pag. 53. Une
Obl'crr, du Doûeut Bernard «elow » qui
SUR LA Physique
Enfin feroit-il pollible^d'ctablirbien
prccifément des figues, auxquels on
puifTe s'appercevoir que les Os com-
mencent à fe ramollir ?
Qu'il me foit permis, en finilTant-,
de propofer ces idées : je fouliaite que
quelqu'un les trouve dignes d'être.ap-
profondie* , Se qu'elles puitîent faire
•naître quelque difcuirion utile au Pu-
blic & à la Médecine, c'efl l'unique
But que j'ai en donnant cette Hiftoire,
6< en remettant fous les yeux' une par-
tie de ce qu'on trouve fur cette ma-
tière dans les Auteurs»
Nora. M. Morand a oublié de dire que la
Malade confommoit une prodif^ieufe quan-
tité de fe! ; ce qu'el'e n'a jamais déclaré à
fes Médecins. Nmis ferons entrer cette re-
marque dans les Oblervations que nous don-
nerons fur les caufes de cette maladie , félon
nos Principes.
ARTICLE XI.
iJouveau Semoir accompagné de quelques
réflexions jur V A^^ricuiture , par M.
de ViLLENM'jyE,
LES Hommes fe font accordés dans
tous les tems à reconnoitre l'Agri-
culture comme le fondement de la So-
ciété , fans lequel l'efpéce humaine ne
pourroit fubfiiler. Cet Art nécelîaire
a été plus ou moins e3 cependant l'on convient
que le Royaume de la Chine efl de
vous les Pays connus le mieux cultive.
Les terres jfortes de la Chine ou de
tout autre pays du monde demandent
la même charrue , c'efl- à-dire, la
meilleure que l'on puiffe employer
pour les bien labourer. Il s'agit donc
de réunir les meilleurs modèles que
i'on pourroit trouver dans ce genre ,
6< les effayer dans le même Champ
avec la même force motrice & de com-
parer les réfultats de leur labourage.
On feroit le même effai fur les char-
ïues propres aux terres légères ^ on
s'alïureroit par-ià de la meilleure conf-
irudion: cariln'eft pas douteux qu'il
ties , ce fera toujours dans le masci-^
mum,
M. le Maréchal deVauban, qui avort
une jullelle de difcernement prefque
unique dans toutes fes vues, avoit fort
bien fenti qu'il coniribueroit beaucoup
à la perfeélion du labourage en faifant
adopter par toute la France la charrue
la plu5 parfaite qu'il pourroit inventer.
Se ce ii'efl pas peu dire; quel avantage
n'en retireroioin point les Laboureurs
qui fe fervent de médiocres charrues
ou même de mauvaifes.
Le projet de M. de Vauban efl fort
utile , fa charme très-bonne , cepen-
dant le tout ell reflè fans exécution;
il a laifTè plufieurs Mémoires de pro-
jets utiles à la France. Nous pouvons
conclure qu'il ell bien plus aifé de ré-
former les ijiHrumens du labour-age
que l'opiniâtreté des Laboureurs. Ce
que nous difons d-e la charue l'on peut
le dire de tous les autres indrumens,
& fur-tout de ceux qui fervent à battre
le bled , danj lefquels il ne devroit
fe trouver aucune différence, fi l'on
fe fervoit du meilleur ; puifque le bled
eft le même^partout. Nous finirions par
fouhaiter que les perfonnes intelligen-
tes falFent adopter chacun dans leur
n'y en ait une plus parfaite que les au- pays la Méthode qu'ils auront éprouyé
très ; ii ce n'eft pas dans toutes fes par- être la plus avantagea fe.
• Mémoire pour fcrvir à rHifloire Cénénéralc des Voyages,
OBSERVATIONS
SIXIÈME PARTIE.
HISTOIRE NATURELLE-
OBSERVATION XXVII.
Sur le principe du mouvement dans le Fœtus,
ja^} U E L Q u E s Auteurs ont mis Bres cTiarnues ne pouvant agir par el-
CÈWi\ en quellion lequel des deux , les-mêmes fans le fecours des Nerfs 3 il
"^^1 duCerveauouduCœur,com- faut aulTi convenir que le Cerveau ne
mençoit le premier à fe mou- peut recevoir les Efprits animaux qui
voir dans l'Animal ? riueut dans les Nerfs, que par les impul-
En effet rien n'eft plus embarraflant: fions du Sang , duquelil extrait les par-
cette Queftion ne peut fe décider en fa- ticules qui compofeni ces Efprits. ^'
veurde l'un ni de l'autre ; car fi le Cœur On pourroit cependant fuppofer que",
a befoin du Cerveau pour fes mouve- les Nerfs ont été créés avec une cer- ^
inens de Diaftole & de SiRole , les Fi- taine quantité d'Efprits, contenue dans "
Année .i752jTo;«. II. Partie. VI, R '^
Observations sur l'Histoire Naturelle^
leur capacité , ^- dans celle des Réfer
voirs du Cerveau , pour commencer le
piemter ade de mouvement; 8c que
de là font fiiivis tous les autres. Alors
ce feroit le Cerveau , qui le premier
auroit ce qu'on appelle Vie. Mais il
laiidroit encore fuppofer pour la per-
' feâion de ri-Iypoicfe,que le Sang ctoit
crcé autli dans les Veines pour fournit
dans l'inftant une Impulfion propre à
répondre à celle du Cerveau , & à rcpa^
rer la dilTipation que (ouBre le Fluide
nerveux à chaque inftant de fes pul-
fions ; malgré le retour qui s'en peut
faire vers le Cerveau. On pourroit en-
core fuppofer que ce n\i été que par la
luccefrion impuKlve des Efprits Ani-
maux que le Sang s'ell formé , ^ que
le Méchanifme de la Circulation du
Sang & des Efprits a eu lieu dans l'A-
iiimal.
D'un autre part , fans avoir recours à
CCS RippoPitions , on peut croire que
k. Fœtus formé, les Organes difpofces ,
ïe Cordon UmtDilical auaché, fur quel-
que Artère ou Veine Menllruelle , dans
le fond de l'Utérus ^ a d'abord reçu des
Particules fanguines qui ont pénétré
iufqu'au Cœur de l'Embrion, ^ que la
force & l'adivité impuifive de ces Par-
ticules a pouffe le Sang Menllrucl dans
Je Cœur du Fœtus & du Cœur dani^le
Cerveau , où (e font formés les Elprits;:
& qu'alois les Efprits pouflés dans les
Nerfs ont commence le jeu AnimaL
Ainli de façon ou d'autre, c'etl toujours
le Cerveau qui a commencé , lorfque
la Circulation naturelle s'ell formée
dans l'Embrion.
Je puis autorifer cette Hypotcfe par
un fait cité dans l'Hilloire de l'Acadé-
mie de l'année 1703 , d'un demi Fœ-
tus Quadrupède, qui n'avoit niCoeur ni
Poumon , 7!/ Foye, m Rate.nt Rein^ m Vef-
on trouvoit cependant une portion dt
Cerveau , quelques Nerfs , un Méfentére »
quelques Boyaux^ i:;" quatre gros Vai^eaux'
qui ahoutilj'oient au Cordon Urnbilical ^ Qf'
qui for m oient toute la Circulation.
le Cœur ne peut avoir aucune ac-
tion particulière fans le fecoursdu Cer-
veau , &■ il n'eft pas plus propre à im-*
pulferleSang , que tous les axures Con-
duits qui le re<;oivent, fans les Nerfs. Sr
le Cœur de quelques fortes d'Animaux
conferve fon mouvement après Ion ex-
puHion du Corps ; ce n'efl que par l'c-
jallifité des Particules ignées, & la
preflion que foulTrent ces Particules
pendant quelque tems,par le rctrccifle-
ment du Vifcére qui K;s contient dans
les Conduits nerveux, où ces particules
font enfermées ; lequel mouvement
dure alors jufqu'à la dilTipation des Par*
ties ignées.
On peut aifément conclure de -là;
que l'Einbrion Vivipare fort tout for-
mé, mai-i fans vie , & qu'il ne la reçoit
que du Sang de la Mère , qui ^r.et fes-
Organes en jeu ; ce qui ne fe trouve
pas dans les Ovipares , où les Fœtus-
doivent être fîais & paffaits pour croî-
tre & vivre dans l'Oeuf, ne pouvant
recevoir aucun m.ouvement de l'Oeuf,.^
où ils s'attachent pour fe nourrir feule-
ment.
Je ne crois pas qu'ion puilTe créer
d'autres Sytlcmes , fi on veut s'accorder
avec la faine Philofophie. Car d'ad-
mettre des Attrapions , des Fermenta^
tions des concours de Molécules , c'cR tou-
jours chercher ii faire de l'Or avec du
Criivre , & vouloir ôter à la Nature fe»
droits & fa fimplicité. Je trouve encore
plus ridicule de prétendre qu'il y a des
Oeufs qui contiennent des Effigies par-
faitCb , puifque dans le cas que nous
venons de citer ci-deCfus ^ on n'a trou-
fuf ni Vaijjeaux Spermatiques , & auc^uel vé qu'une demi-Figure vivante. Qi ii^
SUR LA Physique et sur la Peinture;
èfl Jit Jans îa Dodiine des Oviparif-
tes que les Effigies Humaines, ou Ani-
males , font contenues les unes dans
les autres à l'inlîni , mais il n'efl pas
parle des demi-Figures. Nous en voyons
cependant.
Les Mâles de toutes efpcces dans les
Vivipares ne donnent que la forme &
ies Organes de l'Embrion, & la Fe-
melle fournit le Sang, Se donne le pre-
mier mouvement au Fœtus. Cela n''a
lien de contraire aux expériences qui
prouvent que les Foetus fortent tout
formés de tous les Mâles Vivipares.
A l'égard des Ovipares , il n'eft pas
poflTible que la Femelle ait donné lieu
à la circulation des fluides dans l'Em-
brion , fur-tout dans ceux qui dépo-
fent leurs Oeufs d'un coté pendant que
les Embrions fortent de l'autre , ainfi
que font les PoilTons & les Grenouilles.
Le Foetus de ces Animaux fort du Mâ-
le , non-feulement tout formé , com-
me dans l'Homme 8c dans les Quadru-
pèdes , mais il fort en vie , & n'a be-
foin de l'Oeuf, que pour s'entretenir 5c
s'accroître. J'ai donné dans mes Obfer-
vations une Expérience fur la Généra-
tion des Grenouilles , qui confirme
cette vérité. ( Tom. 2. 4'. Partie, An-
née 1752. )
L'on peut enfin conclure de ces Re-
marques , une fois pour toutes , que
les Vivipares dillcrent des Ovipares ,
non-feulement dans la façon de nour-
rir & d'accroître leurs Foetus , mais
encore dans la fa(,-on de les produire.
Les uns les produilant tout formes fans
vie , Si les autres les produifant vifs &
formés, prêts à fe nourrir d'un Qeuf. Au
lieu que les Vivipares ont des Hfefer-
voirs ( l'Utérus) dans leurs Femelles ,
dans lefquels ils les dépofent pour être
vivifiés , pour croître &; fe fortifier.
C'eft ici où il faut convenir de la Sa-
Î5Î
gelîe divine qui a pourvu à la forme
& à la vie de fes Créatures félon leurs
états. Dans les Vivipares , où le Fœ>-
tus fort des Véficules du Père débile Se
fluide , à travers les Filières les plus
étroites, & dans divers endroits.où il efl
obligé de palfer. & où il périroit certai-
nement toujours, le Créateur a réfer-
vé de donner à ce Fœtus la vie dans
rUtérus d'une Femelle. O merveille,'
digne de fou Auteur ! Au contraire
dans les PoilTons & les Ovipares , où
la Mère ne peut fournir que l'Oeuf.
Cet Etre fuprême a fait fortir du Mâle
l'Embrion, avec toutes les qualités né-
celTaires à la vie.
Ayant une idée un peu diftiiiéle fur
le principe du mouvement dans l'Ani^-
mal , fur les relTorts qui la conflituent
& fur la nature de leur activité , & en
un mot fur la caufe & l'origine de îa
circulation des fluides ^ voyons préferi-
tement la Struclure du Cœurliumain,
StruElure du Cœur lutmain,
I.r. CœuR eft compofé de deux F'en-
triades ou Cavités , Van à droite Se l'au-
tre à gauche : le Ventricule droit efl
ouvert à fa bafe par deux Orifices , dont
l'un répond à l'Oreillette , & l'autre à
bouchure d'une grolTe Artère.
I.e Ventricule droit efl plus grand
que le gauche , il s'abouche avec l'O-
reillette droite &: le Tronc de l'Artère
Pulmonaire ; & le Ventricule gauche
s'abouche avec fOreillette du même
côté j & le Tronc de l'Aorte. Ces Ori-
fices font garnis de plufieurs Valvules.
Les Valvules qui s'avancent dans lés
Ventricules fe nomment Tng/oc/2z/2?i, &
celles qui fe replient dans les gros Vaif-
feaux s'appellent 5/g?7ioiiej .• on donne
aulTi le nom de Alitrales auxTriglochi»
nés du Ventricule oaUcTie.
R ij
Observations suk l'Histoire Naturell,"
Ij2
l.a fiirface externe des Ventricules
eR inégale, remplie de Cavités , & de
pliifieurs Eniinences ; & la furface
interne de ces Cavités cft remplie de
FolTcttes de toutes fortes défigures ,
très-profondes & en très-grand nom-
bre, de forte qu'elles forment fur le'firs
iords pkifieurs Monticules de diver-
fes formes.
Les Ventricules font compofés en
particulier de fortes Fibres qui fe croi-
fent en tous fens , mais fur - tout de la
Bafe à la pointe , & en travers de droit
à gauche. L'aélion oppofée de ces Fi-
bres caufela dilatation & la contradion
du Cœur.
L'adolîement des deux Ventricules
& leur liaifon forme la Cloifon qui les
fcpare. M. Winflow a prouvé ( Mc-
inoires de l'Académie des Sciences ,
Année 1 7 1 1 , page i 5 o) que ces Ven-
tricules ne font unis enfemble que par
quelques couches de Fibres qui forment
ia furtace extérieure du Cœur. De forte
qu'il regarde le Cœur comme compofé
de trois Miifcles ; les deux premiers
qui forment chaque Ventricule en par-
ticulier, & le troifiéme qui les envelope,
en fortaiu par la pointe du Ventricule
gauche , & s'épanoiiiffant extérieure-
ment à la Bafe. Quoique cependant cet
Anatomille avoiie que le troifiéme Muf-
cle ne doit être regardé que comme la
continuation des Fibres de celui qui
forme le Ventricule gauche.
Par cette Sirudure on s'appercevra
que lors de la contraâion des Fibres
Longitudinale^ & du relâchement des
Fibres Tranfverfes, le Cœur fe dilate
& fe racourcii j & dan» la Contraâion
il s'allonge ^ & ie leilerie , c'cil ce que
j'ai vu dans le Cœur de pTuOeurs Grè'
nouilles vivantes : lorfque le Cœur de
ces Animaux s'emplit il fe racourcit
8i s'élargit ; & lorfqu'il fe vuide , il fe
rétrécit & s'allonge.
Le Ventricule gauche efl plus épais
& plus élaflique que le Ventricule droit.
A l'égard des Oreillettes , on les re-
garde comme deux Sats mtifculeux fi-
tués à la Baze du Cœur. L'Oreillette
droite efl: plus grande que la gauche ,
ainfi que fon Ventricule. Les deux
grofles Veines , c'ell-à-dire , la Veine
Cave fiipérieure afcendante & la Veine
Cave inférieure, s'abouchant enfemble
dans cette Oreillette , elles ne doiveiît
être confidérces que comme fes Bran-
ches. La furface interne de cette Oreil-
ktte ell raboteufe, inégale & pleine de
Ligne tranfverfes & faillantes.
L'Oreillette gauche eft un Réfervoif
mufculeux, auquel on trouve un ap-
pendice, qui iait comme une troifiéme
Oreil ette , ia Surface interne de la-
quelle eu im peu raboteufe & refTenv»
ble à l'Oreillette droite : mais en gé-
néral les Parois de l'Oreillette gauche
& de fon appendice font plus épais que
ceux de l'Oreillette droite. Les quatre
Veines appellées Pulmonaires fe dé-
gorgent dans cette Oreillette. Quel-
ques Anatomilles l'appellent pour cette
raifon le Tronc des Veines Pulmonaj-
res. Le Sac principal de cette Oreil-
lette ell alTez uni en dedans & en de-
hors ; fes Couches Fibreufesfe croifent
en plulieurs fens.
Pour accompagner cette D{ffertiition &•
les deux fuivantei, ;e donnerai des Figures fif
leur explication ayant l'artULt de Phjfiqut»
SUR LA Physique
OESERVATION*XXVIII.
Sur la htruBure des Poumons humains
(.r leur Ojjice.
PLufieurs Auteurs ont cherché d'ap-
profondir la Structure des Pou-
nions , & nous en ont donné la Def-
cription ; mais ils ne font pas d'accord
entre eux.
L'Ofllce de ces Vifccres dépend de
ïeurMcchanirme,& il eft difficile d'ac-
corder lenr Strufliire avec la nature
des Fluides , fur iefquels ces Vifccres
eireftuent leurs fondions.
Ces Fluides font l'Air & le Sang. II
efl queftion de mêler l'un avec l'autre :
voilà l'ufage général des Poumons, &
celui don: on convient. Mais lorfqu'il
s'agit d'expliquer comme fe fait ce
mélange , les fentimens font partagés j
parce que la difficulté confille à fçavoir
C l'Air feul entre dans le Sang , ou s'il y
entre avec toutes les Parties hétérogè-
nes qui le fuivent dans la Trachée-Ar-
tère ; ou du moins s'il n'eft fiiivi que
des particules du Feu , qui fans con-
tredit ne doivent pas être féparées de
l'Air, iorfqu'il pénétceles Qoifons qui
le féparent du Sang.
I.a néceffité d'expliquer ces Quef-
tions fi importantes à la Médecine , a
mis les Anatomifles dans le cas de fa-
briquer les Lobules qui reçoivent l'Air
dans les Poumons fur ditîérens Modè-
les.
Parmi ces Auteurs , plufipurs ont ad-
mis des Veficules à l'extrémité de cha-
que Bra iche , où l'Aii fe terminoit ,
felon eux, pour fe fe parer des Parties
groffiéres qui l'accompagnent ^ & pour
palîer Je-là Jans le Sang , par le moyen
d'une iûiinité de Trous, formés exprès
ET SUR LA Peinture. 155
fur les Vaideaux Sanguins qui tapiiîjiu
ces Véficules , & à travers Iefquels l'Air
fubtil palfoit comme à travers plufieurs
Cribles.
y D'autres ne pouvant expliquer le
Méchanifme qui occafionne le mélan"e
de l'Air & du Sang dans les Poumons ,
& ayant rejette les Cribles^ parce qu'ef-
feâivement on n'en apperçoit aucun,
ont eu recours à VAttraBwn : reflburce
commode & favorite dont fe fervent
les Newtoniens. Us ont prétendu que
le Sang attiroit les Particules de l'Air
dans les Poumons , à travers les Pores
des Tuniques qui forment les Capil-
laires des VaiHeaux Sanguins , dont
les Cavités des Poumons font entou-
rées , fans cependant attirer les Parti-
cules des autres Corps , qui pénétrent
l'Air & le fuivent dans les Bronches.
Mais ces raifons ctoient imparfaites ,
&vi'étoient fondées que fur de fimples
conjeécures.
Mdpighi efl entré dans un plus grand
détaiL & s'ert plus attaché à dévelop-
per la Strudure des Poumons. II a vou-
lu expliquer de quelle façon l'Air s'in-
finue dans ces Vifccres, & la route
qu'il tient pour arriver jufques aux Ca-
pillaires des Vaiiîeaux Pulmonaires. Il
prétendoit que les Lobules renfermés
dans chaque Lobe du Pounïon étoient
compofés de plufîeurs Veficules; & que
tous les Véficules d'un même Lobule
communiquoient enfemble, fans ce-
pendant communiquer avec celles d'un
autre Lobule. Cet Anatomiite difoit
auffi qu'outre ces Lobules , il y avoit
des Interftices, ou des Civiles rem-
plies de quantité des Membraiies , dont
les unes font parallèles , (Se les autres
s'entrecoupent pour foraver diverfes
Cellules dans lefquelles l'Air pa;re li-^
farement.
Nous ayons beaucoup d'obligations
134 Observations SUR
ce Sçavant ; mais il ctoit rclervc à M
Hdféthis de mieux appiofondir la vé-
ritable Strudure des Poumons ; 8< nous
pouvons nous repofer fur les Obrerva-
tions qu'il a faîtes de l'Anatomie de
ces Vifcéres. C'efl ce que je vais citer
ici, en ajoutant quelcj-ies Remarques
de ma façon fur les Glandes Bronchi-
ques. Je donner;ii aulTi les raifons Phy-
fiq'ue de la Refpiraiion félon mes Prin-
cipes : avec lefquelles j'expliquerai le
mélange d'Air & du Feu, qui s'efledue
à chaque mouvement de puifaiion.
Dans les Mémoires de l'Académie
■M. Heîvétius nous a donné ime fça-
vantc DilTertation fur la Structure des
Poumons de l'Homme : les Obferva-
tions font oppofces au fentiment de M.
Malpiglii ; il n'admet aucune Véficule
dans les Poumons , il ne regarde ces
Vifccres que comme un fimple tilTu
fpongteux , dans lequel les Bronches
& les VailTeaux Sanguins fe répandent.
Cet Anatomille reconnoit deux
Membranes au Poumon , une Mem-
brane externe iSc l'autre interne : il con-
fidére ces Mambranes comme la con-
tinuation de la Fièvre. La Membrane
externe des Poumons , folon lui , ell la
continuation de la Membrane interne
de la Plèvre , & la Membrane interne
de ces Vifccres n'efl que U Membrane
externe de la Plèvre. Il a oblervé qufe
celte Membrane interne des Poumons
accompagne les VailTeaux Pulmonai-
res, 8: qu'elle forme plufieurs Cellules
entrecoupées Se attachées fur ces Vaif-
feaux.
M. Heîvétius ne regarde les Fibres
de la Trachée- Artère que comme des
Fibres Ligamenteufes, couvertes d'une
Membrane garnie d'un Raifeau San-
guin , Se n'admet point les Fibres char-
nues des Auteurs qui l'ont précédé. 11
réunit à l'exuêniité des Bronches la
l'Histoire Naturelle,
Membrane externe & interne de îa
Trachée-Artère, Se nie les Velkules
ou Sacs Menft^raneux que ces Auteurs
ont prétendu reconnoitrc au bout des
Bronches , formées par leur continua-
tion, M. Heîvétius dit au contraire que
les Bronches fe perJent feulement dans
les Lobules fans compofer le moindre
Véficnle.
J'ai obfervé que la Mambrane in-
terne de la Trachée-Artère étoit garnie
de très-petites Glandes qui répondoient
à une infinité de petits Trous par où
découloit une Liqueyr Muciiagineufe ,
qui fert apparemment à défendre la
Surface interne de la Trachée-Artère
& les Bronches , de ITntempèrie de
l'Air. M, Winjlow a fait ces Obferva-
tions avant mji. li ell du feiuiment
que cette Mambrane ell en partie
Charnue ou Mufculeufe , & en partie
Lii^amenteufe, contre l'opinion de M.
Heîvétius. Je n'ofe décider entre ces
deux grands Anatomilles.
M. Heîvétius prétend que l'Air ne
palTe pas d'im Lobule à l'autre ; mais
qu'il palfe des Lobules dans leurs In-
terilices , & que de là il reflbrt par les
mêmes Lobules , & bien loin de regar-
der ces Inierllices comme les Emunc-
toires des Lobules , il les confidere
comme les Rèfcrvoirs de l'Air.
'Il conclut de toutes cesJObfefva-
tions , i®. Qu'il n'y a point de Vèficu-
les formées par l'extrémité des Bron-
ches. 2'^. Que les Cellules ou Cavités ,
qui forment le TiiTu Spongieux, font
compofées , en général , par la conti-
nuation de la Membrane externe de la
Plèvre. }°. Que Tune des Lames de
cette Membrane s'enfonce & fe perd
dans tous les replis des Poumons. 40.
Que l'autre Lame de la même Membra-
ne forme le« Gaines qui entourent tout
tes les Ramifications des VailTeaux Sai>;
SUR. LA Physique et
gnîm , 8c produit encore les Membra-
nes des Inierilicesj qui font entre les
Lobule?,
M. Helvétius aobfervé que les plus
groiïes Kamificaiions des Artères &
des Veines Pulmonaires paflent le long
de l'intérieur des Interllices , Se qu'el-
les fournillent de tous côtés, 8i en très-
jrrand nombre , les Vaiïïeaux Capii-
ïnires qui fe dillribuent dans chaque
Lobule , & qui fe Ramifient encore fur
toutes les Membranes qui forment les
Cellules. Il oblerve encorejjue les Ar-
tères s'anadomofent avec les Capillai-
res des Veines , îv forment ce Refeau
admirable do\n Malpiglii a donne la dé-
couverte. Je ne puis me difpenfer d'a-
jouter ici les Réflexions que M. Hel-
vétius met à la tin de fa DilTertation.
i''. Le PùuiiTon eft incapable par
lui-même de fe dilater; tout Ion mou-
vement vient de l'impulfion de l'Air &
du relTort des Fibres Ligamentcufes
de laTraclue-Artere qui le repoulTent
par leur élallicité.
1*. L'Air ne peut pafTer d'une Cel-
lule à l'autre dans le Poumon ,, ni par-
venir jufques dans les Interflices des
JLobules fans foutilfr une infinité de
Collilîons,& (ans être léparé de quan-
tité de Parties hétérogènes & crès-arof-
ficres qur l'accompagnent.
3^. Le même Air en tombant dans
ïes Cellules , environne les Vaifleaux
Sanguins , & les touche immediate-
jment.
4°. Toutes les Membranes qui coai-
potent les Cellules, Si qui envirv-nnent
ies Lobules, font percées^ ou poieu-
fes; de forte que l'Air peut facilement
pafler de là dans les Interllices, &. en
jevenir par la même route.
5°. Les Interllices font des Ref;r-
voirs où l'Air peut être conferve en
#eïiaines eccaiiows, & d'où il relloït
SUR LA Peinture. x}).
avec -moins de facilité que des Lobu-
le--, lefquelb peuvent être an'aiflés, pen-
dant que leurs Interllices peuvent coii-
fcrver leur tenfion &. tout l'Air qui peut
les remplir.
6°. Toutes les Cellules , que l'on dé-
couvre dans les Poumons fur lefquelles
les Vaiffeaux s'cpanoiiilTent par une
infinité de petites Ramifications ^ fer-
vent à donner plus de fuperlicie à l'é-
tendue interne des Poumons ^ afin que
l'aâion de f Air fe répande tout à la fois
far une plus grande quantité de Parti-
cules Sanguines.
Dijfeâion particulière que fai faite des
Poumons , Gr confcquences Phjfiquei
que j'en déduits.
Comme je Phyf^ue autrement que
n'ont fait les Anciens & les Modernes .,
Si comme mes feniimens ne s'accor-
dent point avec ceux des Cartéfiens &
des Ne\»toniens, il eft impoirible que
je puilTe concilier mes idées , avec ce
que dit enfuite M. Helvétius, fur la na-
ture de la Circulation , Si fur ce qui oc-
cafionnela différence fenJîble que l'on
recoimoît entre la capacité des Veines
& des Artères Pulmonaires , o< entre'
la couleur du Sang qui Hue dans l'un
& dans l'autre de ce» Vaifîeaux.( Voyez
les Mémoires de l'Académie de 171 8.)
J'ai apperçu^outrece que je viens de:
citer ci- devant^ que toutes les Bifurca-
iions des Bronches jufqu'à leurs extrc-
mitc.-, da-is les Lobules, ctoient gar--
nies de Glandes molles , irrègulieres &
d'une couleur bkuatre,& qu'elles di-
minuoieiit avec les bronches (S^ deve-
no eut à la tin prefque imperceptibles ;
que ce- GlinUeS' .ivoient leur Orifice-
tians la Cavité des LJronches , \- qu'ei-
l 's cominuniquoieiU avec les Capillai-
ïes des Ajicres Pulmonaii-es^poux te-
136-
Observations sur l'Histoir.e Naturelle^
cevoîr les Secrciions du Sang, lorf-
qiril fe dépouille des Liqueurs giaireu-
fes qui raccoinpa;4neut (^ qu'il clmnie
du rcrte du Corps, i*. C'cfl: ce qui
diminue le Volume de la Malîc du Sang
Veinai, & qui dépouille Tes Particules.
1°. C'ell ce qui le fait cîiangcr de cou-
leur. Et enfui c'eft par ces Glandes
que fortent les crachats que nous im-
pulfons de la Poitrine par la Traclice-
Artcre.
.Tai apperçu aufTl que les Artères Pul-
monaires ctoient couvertes par desTu-
iiiques plus lînes que celles des Veines ,
avec lefquelles elles s'anaftomofent; ce
qui fait que TAir & les parties de Feit
ne patTent que dans ces Artères pour
augmenter la chaleur & la Huiditc du
Sang ; c'eft ce que je vais expliquer.
La Faculté de MIdecine &: les Aca-
démies ne peuvent raifonner Phyfique-
inent aujourd'hui qu'en coniéquence
de la Doctrine établie par Defcarics ou
par Nevton. Ce font les feuls Dognies
reçus : ainfi le Public ne fera pas fâché
que je donne une troifiéme conjeâure
fur la prejjîon de l'Air ditis les Poumons .
fur les parties hétérogènes de tous les Corps
qui accompagnent cet Elément dans la Tra-
chée-Artère : &: fur la Séparation qui fe
fait dans les Poumons , entre les Particules
fines &• grojfiéres qui compofent VAir que
nous refpïrons.
L'on ne peut pas difconvenir que
dans l'Air il n'y ait \m mélange de par-
ties hétérogènes à cet Elément ; c'eft-
à-dire, des Parties Tcrreflre ou Sali-
nes , des Parties d'Eau & de Feu , Se
fur-tout dans notre Atniofphere.
En admettant le vuide dans les m-
tervalles des plus petites Particules, &
remplilTant l'intervalle des plus grolîes
par les plus petites , on n'ell point em-
barraîTé de ce que deviennent ces Par
on ne fçait de quelle forme eft l'Ethcr;
ou le premier Elément ^ qm remplit^ fé-
lon Defcartes , les Intervalles de tous
les autres Elémens. On ne fçait alors
fi cet Elément pafTe avec l'Air dans le
Sang , ou s'il relie, au moyen de ce
Plein, dans un état d'inertie. C'ell ce
qui a fait imaginer aux Seélateurs de ce
Philofophe que l'Air feul entroit dans
le Sang pour le condenfer ou pour le re-
froidir. Jamais perfonne ne s'efl avifé
de dire que la refpiration échauflbit
l'Animal , qu'elle étoii l'inflrument de
la Chaleur naturelle,&: la fource des El-
prits Vitaux.
Je dis que lors de la Ke/^/Mf ion, l'Air
n'entre dans la Tracliée-Àitére tel qu'il
efl autour de nous : que par TimpuU
fion naturelle de cet Elément il entre
dans les Poumons , comme dans un
Soufllet, lorfque l'on écarte fes Parois j
qu'alors il fuit les Bronches jufqu'aux
Lobules , où elles fe terminent ; que de
ces Lobules il paife dans les Interrtices
en fe feparant des Particules groiriéres
qui Font fuivi.
Je dis enfuite que lors de VInfpira-,
tion ^ ou de la preiïion des Poumons,
PAir fort avec impéiuofité. Que les
Particules groffiéres fortent d'abord
des Lobules j mais qu'alors les Parti-
cules lînes contenues dans les InterlU-
ces, étant prelTées de toute part, s'in-
finuentà travers lesTuniques des Vaif-.
féaux Capillaires ; où elles trouvent
moins de réfiflance, par l'aifailTement
des Membranes , à travers lefquels elles
font d'abord palTées , lors de la tenllon
de ces Membranes : au lieu que les Par-
ticules tineSj qui fe trouvent renfer-
mées dans les Interflices , ne peuvent
en foitir, dans le tems de leur ali'aille-»
ment.
On peut prouver dans ces RemarJ
I
tics. Au lieu que dans le Plein abfolu, ques l'iufinuaiion de l'Air dans les Ca-»
pillaireç
SUR. LÀ Physique Ït sur là Peinture;
pîlîaires en Jonnant l'exemple de la
^slachine Pneumatique. Tout le Mon-
de fçait qu'en tirant l'Air de cette Ma-
chine , on retire toutes les Particules
en général qui entrent dans la compo-
fition de l'Air que nous refpirons. La
retraite de ces parties d'Air contenues
dans le Récipient, le lailleroit vuide Jeu qu'il contient, dans le Sang.
ï?7
dans cet état , les MemBrancs aiTaiU
fées , dont nous avons parlé , qui répa-
rent les Lobules des Interflices , em-
pêchent par leur atTailTement l'air fub-
lil de parvenir iufqu'aux Interflices des
Lobules , Se l'empêchent par confé-
quent de s'infinuer , avec les parties de
de tout Corps, & interdiroit par confé-
quent toute communication de la vue
avec les Objets qui foin au milieu du
Récipient: c'efl ce qui n'arrive point ;
-çarce que l'Air fubiil & les parties de
Feu, qui le pénétrent, entrent tout aufîî-
tôt à travers les Paroirs du Récipient,
quelques épailîes qu'elles foient. Alors
cet Air pur & fluide n'efl point com-
primé &impulfé , comme l'Air extérieur,
il ne fçauroit l'être que par la preffion ,
impofTible, du Récipient; c'eÙ ce que
l'expérience nous p.rouve tous les jours.
•Il faut donc conclure, que puifque
l'Air fubîil & le Feu s'infinuent à tra-
vers le Verre, à mefure que les Parti-
cules grolTiéres , que contient cette Ma-
chine , abandonnent la place ; à plus
forte raifon cet Elément doit s'infi-
nuer à travers les Tuniques des Vaif-
feaux Capillaires des Poumons, lorf-
qii'il ell; prellé par la comprefTion de ce
Vifcére ; puifque ces Tuniques- font
alors les Parois les plus minces^& à tra-
vers lefquels il trouve le moins de ré-
Cllance.
Les Animaux ne pcrilTent dans le Ré-
cipient , lorfqu'on en a pompé l'Air
groffier , que parce que leurs Poumons
relient alors aHailTés , & qu'ils ne peu-
vent plus fe gonfler par la preffion de
l'Air extérieur. Par conféquent il n'efl
pas étonnant que le Sang cefTe de rece-
voir (a fluiditéjquoique l'Animal fur le-
quel on fait cette Expérience foit pofé alors par le dépouillement des Partr-
dansl'Âirlepluspropreàcetiefluiditéfi cules grolTiéres. 6°. Qu'il refte , dans
laéceflaire à la vie. Il faut convenir que cet état , plus dilaté dans les Capillai-
D'où je conc'Ius , i^. que l'Air grof-
fier compofc de divers Corps ell pro-
pre àlaRefpiration par l'Impulfion que
fouffre cet Air dans la Dilatation des
Poumons. 2"^. Qu'il fert à entraîner leS
Particules fines qui le pénétrent juf-
ques dans les Lobules des Poumons,
&: à les faire pafTer après dans les In-
terflices. 3''. Que la preffion des Pou-
mons force les Particules fubtiles de
l'Air Se celles de Feu à entrer dans
les Capillaires des Artères Pulmonai-
res ; tandis que les autres Particules
plus groffiéres , qui ont relié dans les
Lobules , en fortent , en formant ua
Corps plus compact & moins fluide ,
c'efl ce que l'on voit l'Hyver , où l'Aie
qui fort de la Bouclie ell beaucoup
plus chargé d'humide. 4^. Que pouc
lors la Couleur du Sang change par
le Méchanifme le plus fimple du Mon-
de , Si fur lequel aucun Anatomille ne
nous a pas encore dit un mot. C'efl-;
à-dire , que les Capillaires des Artères
Pulmonaires étant plus grolîes que
celles des Veines avec lefquelles elles
s'Annflomofent, dans l'effort de la Cir-
culation , les Particules fe dépouillent
d'une partie des SérofîtSs qui les ac-
compagnent & qui les entourent pouc
paffer dans les Capillaires des Artères,
C'efl alors ce qui clarifie le Sang , 5c
lui donne une Couleur plus Rouge,
■5'. Que le Volume du Sang diminue
ï^s
Observations sur l'Histoire Naturelle,
xes, fFes Veines Pulmonaires , quoique
d'uiT Volume moins confidilrable. Il le-
{>rend fa fluidité, & fon adivité , par
e mélange qui s'ell fait de l'Air & du
feu : mélange qui ne fait alors qu'aug-
menter la vivacité de fes Couleurs.
OBSERVATION XXIX.
Sur Vufage des Vaijfeaux Lymphatiques du
Méfentcre , &■ conceiTiant celui
de la Veine-porte.
LEM.Tcntcreeflune efpéce de Toi-
le, cjui ell an milieu des Intellins :
iî lei'r fcrt Je Ligature générale , 5c
empécUe ces Vifcéres de s'entortiller,,
en leur perm:tniit de flotter, fimple-
meni l.-s uns fur les autres. Les Glan-
des & les Vaifleaux du Aléfentére fer-
vent à nourrir les Inteflins , & à con-
duire les Liqueurs de la Digeflion dans
le Sang-, pour réparer les pertes que
fait continuell-'ment ce Fluide, dans
les fondions aufquelles Je Crcateur l'a
def\iné povir l'eniretien de notre Vie.
Les Médecins anciens ont été jadis
dans un grand Débat, pour f(çavoir fi
les Boyaux n'ont qu'une feule faculté ;
ç'eft-à-dire,l'Ej7Ju/fr;ce,ou bien les qua-
tre qualités enfenjble qu'ils appeUoient
AttraHrice , Eétemnce , ConcoBrict 8c Ex-
fultrice. No.s Pères étoient fort portes
poui Icj Qualités Occultes, ainfi que les
Nc-wioniens de nos jours : mais fans
avoir recours à ces Qualités , on peut
fort bien expliquer laCliilification & le
mouvement qu'ont tous les Intellins
pour recevoir & pour impulfer leCIrile
à travers les Glandes Méfentériques.
Les mouvemens du Cœur, des Pou-
mons, du Ventricule & des Intellins
font des B, de VHiJîoire Naturtllt
des Oifeaux.
Le Buiard de Marais^ en Latin MilvuSf -
J^ruginofus.
CEt Oifeau n'efl pas fi grand que le
Buzard ordinaire , & n'a pas le
îômmetdelaTête^ fi plat, ni fi large.
Sa longueur , depuis la pointe du Bec ,
jufqu'à l'extrémité de la Queue , efl; de
34. pouces. Ses Ailes étendues , font
de 55. pouces : le Bec efi d'environ un
pouce ôi demi de longueur , crochu ,
Se couvert par le bout .l'une peau , ou
membrane , couleur de Frênt* ; il efi
fouvent noir , & dépouillé de cette
membrane. Ses Narines l^nt longues :
ïe dedans de fa bouche eit noir & bleuâ-
tre ; il a la langue large, charnue ^S:
mol'.e , comme celle dcb autres Oifeaux
de Proye. La Fente de fon Palais eft
ïarge & ouveite : fes yeux font d'une
graudeui médiocre i l'ias. en ell jaune.
SUR LA Peinture. i6^
Les Plumes de cet Oifeau , fur le
Sommet de la Tête , fous le Menton,
& celles qui font couvertes fur la partie
du deflus des Aîles contigue an Corps;
font de couleur d'Ocre pâle ou jaui â-
tre , &' bigarrées de lignes noires. Tout
le Corps , tant en delfus qu'en deflbus
êft d'un gris -de -fer foncé.
Ses Ailes étant pliées , s'étenden^
prefqu'à l'extrémité de la Queue. Cha-
cune eft de 24. grandes Plumes , elles
font les plus fombres en couleur ; la plus
avancée en dehors , eft plus courte'
de quelques pouces, que celle qui la fuit
immêdiatementjles Plumes, qui foitent
du Corps, fur le defTus des Aîles, fonc
bigarrées de brun & de jaune vit. -
Sa Queue contient 12 . Pluines , d'en-
viron 10, Pouces de longueur. Se fe
termine en demi -cercle lovfqu'elleeft
étendue. Elle efl bigarrée ^ d'un jaune
fale &' clair , ou rouge brun.
Ses Jambes , depuis le genou , juf-
qu'à l'extrémité de la Griffe du milieu,
ont fix pouces de longueur , & font
garnies de Plumes ; un peu au deflouy •
di: Genou, elles font pins longues , &
plus déliées, (eu égard à la grandeur de
l'Oifeau ) que celles d'autres Oifeaux
de la Clafle des Faucons. La couleur
de fes Jambes & de fes Pieds , efLjau-
ne ; celle de fes Serres eft noire. Le
Doigt de dehors fe joint à celui du mi-
lieu, par une Membrane intermédiaire
laquelle s'étend prefqu'nu milieu de la
Membrane qui lie les Pattes. La Serre
du Doigt du milieu eft mince, en def-
fous , & tranchante : ces Oifc-aux
ont la Venîe du Fiel fort grolTc , ainfi
que ceux que nous venons d'obferver, .
Si le refte des Inreftinsde niCme. -On
les rencontre ordinairement dan^ des
Bruyères & dans des Terres en Fricl.e;
fuxdes petits Rochers, ouiurdesAr-
i'64
Observations sur l'Histoire Natureu^^
hriireaux. Ils font leurs Nids, dans des
endroits marécageux.
t^oje^ la Planche C.
La Vie Gricfche des Moluques.
Lanus minor Moliicarum.
Cette efpéce ell fort rare , le Doc-
teur Deiham n'en parle pas dans fa
çollecTron. M. de R...aumur, qui enpof.
iede bien d'autres dans fon Cabinet ,
dont on n'a pas parlé ^ conferve cet Oi-
feau fui ces pieds , dans la latitude que
je le reprcfenie,& auquel il ne manque
que le mouveat &la vie ; fes plumes
font fi fraîches & iï bien confervées ,
ainfi que le corps, les pattes & la tête ,
qu'il vaut raieux^de cette façonne défi-
gner embeaumc que vivant; il ne fe
liendroit fùrement pas fi tranquille , &
on n'aroit pas le tems de le peindre fi
exaâement.
Je ne donne aucune mefure de fa
grandeur , le repréfentant ici tel qu'il
eft. Je dirai feulement que le dedans
des ailes efl gris brun^ & l'eftomacH,
ie deflous de la gorge , le bas-ventre Se
tes cuilTes couleur d'ocre obfcure , ou
canelle ciair ; à l'égard du deffiis du
corps 6: des ailes on voit ici les nuan-
ces telles qu'elles font colorées par la
Bature , ainfi que les pattes & le bec.
p'oj-ej la Planche D. de l'Hijloire Nu-
Le Loriot Mile de France^ Francus
GalbuUis Mafculus.
CetOifeau e(l aulTi peint tel qu'il efl
clans le Cabinet de M. de Keaunmr:
M. Dcrham n'en parle pas non plus.
L'agrément qu'il y a dans laColledion
de M. de Reaumur, c'efl qu'il n'y a
4ju'à défigner. Ses Oifeaux font tous
pofcs fur leurs pattes , & en divers at-
très biens confervées; on- peut mcnwi
dire qu'il n'en manque pas une , &
qu'elles ne font aucunement endom-
l'iiagces.
Le Loriot jaune efl ici repréfentc de
grandeur naturelle. Cet Oifcau a le
cliant très-agréable , & fréquente nos
Bois; il fe nourrit de fruit & d'infede;
on en élevé dans de- cages avec diver-
fes nourritures, aufquelles ils s'accou-
tument lorfqu'ils font pris jeunes.
l^oje^ la Flanelle E. de IHiJîoire Nti--
turelle des Oyfeaux.
Invention d'une nouvelle Impri-
merie /'ar ï Auteur des préfentes Obfer-
vationsjfour compofer ir décompofer les
Planches des Figures d'Animaux Gr de
Plantes , comme on fait celles des Carac-
tères.
JE finis mes Obfervations fur l'Hif-
toire Naturelle de cette année 17^2,
en annonçant aux Naturaliftes ce qu'ils
pou voient attendre de plus fatisfai-
fant & de plus utile pour former des
Colieâions pariiculieres & univerfelles
de toutes les efpéces d'Animaux qua-
drupèdes, volatilles& ran^^5ans, aqua-
tiques &: amphibies , avec leur forme
leur couleur naturelle,rcpréfentées dans
des Planches qui s'imprimeront fous
une PrelTe comme celle desCaraderes,
& avec autant de facilité que les Li-
vres. Les Plantes même les plus bel-
les fortiront , avec leurs plus brillantes
couleurSjde cette PreflTe: & les PlaqueS
qui ferviront pour imprimer lefdits Ou-
vrages, fe compoferont& fe décompo-
feront comme on fait aujourd'hui de
celle des Caradéres , par les mains des
phiç fimplcs Dellinateurs , fur les Mor
limdes fort nautelles , & les plumes déles que je donnerai.
fa
f^
'1 ■'
./
,uu'c ilbx.Pl- 1^-^ ^^'
COAA^ Toni.U. Part.Ji^. Pa<^ - ^<^4
1 f.iPr.'.nr'ce<>cAc de^ ^fo/fiqJt^l^^s;^^^;^^^^'
- Ititice Jjà-x .PTTE . Torrv .11 T Part . Vl . pa^uc
3 Ly ^
Le LonobyGrande^A.r' rLoéwc^
ic- M
«
J
sua LA PhtSIQuë è¥
J'ai fait mon Eirat avec une Planche
?ui repréfente deux PoilTons, dont les
louleurs font extrêmement vives &
belles. J'ai en l'honneur de la préfen-
ter au Roy & aux Miniflres. Monfieur
de Malesherbes, Amateur-du bien Pu-
blic , A' digne Proteâeur^ en même-
tems,deTémis& des Mufes,anommé
Monfienrde BozepourCommilTairede
cette découverte ; c'efl le même Sça-
"vant qui a fauve ma première inven-
tion de fa perte totale, & à qui je dois
tour.
Ma première découverte efl celle
avec laquelle j'ai donné mes Tableaux,
& mes Planches Anatomiquesjeliecon-
fille à imprimer fous la Preffe des Tail-
les-douces, avec quatre Cuivres, toutes
fortesdemorceauxpeints. Mais quoique
cette manière foit excellente 8c unique
pour TAnatomie , le genre de la Figu-
re & l'Hilloire , elle ne peutfervir aux
plantes & au petit détail que nous trou-
verons dans la façon que j'annonce pré-
fentement i tout comme celle-ci ne
peut pas' donner la Figure : ainfi j'ai
SUR LA Peinturé; ^ '"r^-j^
trouvé le moyen de tout faire par ce»
deux Inventions.
Il faut aulli obferver que la manière
nouvelle que je propofe pour les Plan-
tes, elt fi facile & de fi peu de dépenfe,
que je pourrai donner les Planches fous
preffe de Caradére,à un prix bien au-
delfous de celui, que je fuis obligé de
mettre aux autres impreffions.
Si j'obtiens le Privilège exclufif, alors
toutes mes CoUedions de l'Hifloire Na-
turelle , hors les Quadruples & l'Ana-
tomie , feront dans ce genre, & au lieu
de trois ou quatre Planches dans cha-
que Brochure , pour le même prix , j'ea
donnerai quinze ou feize.
La vivacité des Fleurs les plus bril-
lantes fort de cette FrelTe, avec les
traits les plus fins; les Verts fur-tout de
tout efpéce , Scies Rouge vifs de toute
nuance ^ fe rendent à merveille.
Je ne donne pas ici mon Secret , cela
n'efl pas jufle , mais je le donnerai après
l'obtention du Privilège , & lorfque
j'aurai mis le fruit de mes travaux ea
fureté.
PHYSIQUE.
OBSERVATION VIII.
Sur l'inutilité des Calculs pour prouver la réjlftance des Fluides,
Es Particules des Fluides font pofées. Ceci ne peut être contredit ;
ii^ T 7^ mobiles & fèparées entre elles, & c'eft juflement avec quoi je démon-;
trerai l'inutilité des Calculs , avec lef-
quels les Géomètres ont voulu prou-
ver la vraie réfirtance des Fluides aux
des Elémens, auxquels elles font ex- autres Corps ^ fondés apparemment fwji;
née ij^z^Tom. IL Pqrtie, VL %
par des iniervailes plus ou
moins grands, félon le mé-
lange, qui s'y fait continuellement.
?4<^
Observations sur. l'Histoire Naturelle
rxnz Force quelconque. En détruiCint cette
Force, le Calcul tombera; il faudra en
recommencer un autre, &aiiir!, julqu'à
l'infini.
Jevaismefervir des Calculs, faits par
Tun des plus fçavant de nos Gcomctres,
concernant la réfinance des Fluides , &
après les avoir expliqués & mis à la
portée de tout le Monde , je les ferai
écrouler en peu de mots , d'où l'on
conclura l'inutilité que j'entreprends de
prouver, .
Obfervatiens générales fur les iiverfes cfpéces
de Fluides, par M. d'Alemben. *.
Ces Obfervations ici font la bafé de
rHipôtéle admife , on ne tardera pas
de s'en appercevoir , lorfque l'on aura
pris la peine de les parcourir , & on
verra diaindement , que tous les Cal-
culs de M. d'Alembert font fondés fur
cette Bafe. Les Géomètres ont beau
cacher leurs principes , on les décou-
vre à la fin • le Phificien attentif ne les
iaiiïe pas échapper, & s'il attaque le
Géomètre , c'efl toujours de ce côté-là :
car l'attaquer autrement , ce feroit
perdre fes peines : on fçait qu'un CaK
cul , forti des mains d'un habile Hom-
me, efl toujours jwfîe ; mais il n'en eft
pas de même de la chofe calculée. Par
exemple , fur une certaine pofition , on
peut calculer une certaine force ; il
Ji'efl queftion alors que de fçavoir , fi la
pofition efl jufle , & fila force efl ad-
miffible : on convient cependant qu'elle
ell bien calculée.
I °. M. D'Alembert dit = Tout Fluide
■ dans lequel un Corps fe meut , ell
» élaftique , ou non élafiique. J'appelle
■ Fluide éladique , celui dont les Par-
» ties peuvent fe refl^errer , de manière
SI
\
» qu'elles occupent un efpace moîndret'
«■qu'avant la comprefTion, & rccipro—
tr quement fe dilater , . de manière
a qu'elles occupent un efpace plus
X grand qu'avant lem- dilatation. Et
» j'appelle FJuide non élafirque celui
» dont les Parties m peuvent nife rejjèrrer ,
^ ni fe dilater ^ mais occupent toujours le-
» même efpace,qudle que fcit la force qui les
» comprime. .
a 1°. Si un Corps fe meut dans uni
» Fluide de cette dernière efpéce , 8c
» que le Fluide foit , ou indéfini, ou-
» renfermé dansun vafe fini 8c fermé de
» toutes parts, dont il remplriïe éxac--
» tement la capacité , en ce cas , il ne
» peut & ne doit jamais y avoir aucun
» vuide entre les Parties du Fluide , &:<
^ îa furface du Corps qui s'y meut. Cizr '
ail ne pourrait y avoir à' ejp ace vuide . à-
» moins que les Parties du Fluide ne fe ref-
^ferrafjentj ce qui ejl contre l'Hipothèfe. .
^ 3°. 11 pourra en arriver autrement,' .
» fi le Corps fe meut dansun Fluide non •
3> élafiique 8< contenu dans un vafe qui '
» ne foit point fermé de tous côtés,^.
» Car foit par é:«emple de l'eau ftagnan-
« te dans un Baflin , Ce foit plongé dans
» cette eau flagnante un corps, .qui ne
» foit pas fort éloigné de la furface fu-
» pévieure de l'eau , Se qui foirauffi pé- •
ijfantqu'unégal volume d'eau; j'ajoute
3> cette condition, pour pouvoir faire •
»abflra£lion plus facilement deiapé--
30 fauteur du Corps- & de celle du FÎui- -
30 de. Qu'on donne à ce Corps une
?> impulfion de bas en haut vers la fur—
30 face fupérieure de l'eau ftagnante , ,
>5 il efi vifible que par cette impul-
3j fion le Fluide efi poufie dans fa partie
» antérieure, c*efi-à-dire^dans la partie •
3> qui cft entre la furface de l'eau & la fur-
j» face fupérieure du Corps. Ainfi com^
* Page 91 de l'cflài d'une nouTcUc Théoic de la lélifljnce dc5 Fluides,
«SUR LA Physique
• me les Parties qui font à la furface de
» l'eau peuvent fe mouvoir librement
= de bas en haut , il pourra arriver
-» que le mouvement imprimé au Corps
^ oblige en efiet ces Parties de fe mou-
■B voir ainfi», de manière que la furface
» de IVau perde en cet endroit -là fafi-
-» tnation & fa figure reâilique & hori-
» zontcie , & s'élève au - deflus de fon
■» niveau. C'ejî pourquoi rien n^empCche
» alors qu'il nefefaJJ'e un vuide entre lafur-
^ face inférieure du Corps Ù" Us Parties
-» voffinzs du Fluide; furtout fi le mouve-
» ment imprimé au Corps eft alfez
«grand, pour que la prelTion fe cora-
•« munique , dès le premier infiant à la
» furface de Teau, &pour que le Fluide,
» contigu à la Partie poftérieure du
«Corps, ne puiiïe pas s'élancer avec
« affez de vîteffe, dans l'efpace que ce
•> Corps laiflTera vuide par derrière.
» 4°. Si le Fluide eft élaftique , foit
• fini , foit indéfini , il eil évident que
»Ies Parties du Fluide doivent fe ref-
MferernccelTairement à la partie anté-
• rieure du Corps, & fe dilater à la par-
•»>tie poflérieme ; il peut même arri-
wver, dans un grand nombre de cas,
» que le Fluide en s'élançant dans le vuide
» que le Corps laiffepar derriere^ne remplijfe
^ypas entiéement ce vuide, ce qui arivera
»fi la vitelîe qtie le Fluide doit avoir en
9) vertu de fa compreflion, eft moindre
«que la vîtelTe imprimée au Corps.
35 Nous diviferoiis donc en trois
s» Parties nos recherches fur la réfiftan-
a>ce des Fluides, Nous traiterons dans
wla première de la féfiftance des Flui-
« des non élaftique & indéfinis , ou ,
» ce qui revient au même , contenus
a>dans un vafe tranquille & fermé de
*»tous côtés, dont ils rempliffent exac-
M.tement la capacité, c'eft-à-dire(gè-
jinéralement parlant) de la réfiftance
3» des Fluide» dans le cas où il ne fe fait
feT SUR LA Peinture; 14.7
M point de vuide entre le Fluide & le
» Corps. Dans la féconde Partie ^ nous
» traiterons de la réfiftance des Fluides
>»non-élaftiques & finis, c'efl-à-dire,des
3>cas où il fe fait un vuide derrière le
» Corps. Enfin dans fa troificme , nous
» traiterons de la réfiftance des Fluides
» élaftiques. Nous deftinons à chacune
«de ces Parties un Chapitre particu-;
» lier, & nous inférerons entre ces Cha-
» pitres plufieurs Remarques impoc-
» tantes.
Réflexions à faire fur ces principesi
II ne s''agit ici que du Fluide âafli',
que ou non élajïique; des Fluides ^icm ;
c'eft- à-dire de ceux dont les Parties ne
peuvent fe refterrer ni fe dilater ; 8c
des Fluides qui contiennent du vuide
entre leurs Particules,
Il faut d'abord fçavoir s'il peut y avoir
plufieurs fortes de Fluidité ; c'eÛ ce
que je ne crois pas. Les Corps ne de-
viennent Fluides que par le détache-
ment plus ou moins grand de leurs Par-
ticules, & parle roulement de ces Par-
ticules les unes fur les autres. Si un
Fluide cioit plein ^ ainfi que M. d'Alem-
bert le définit, &: que fes Particules ne
pulTent ni fe dilater ni fe réferver, il ne
feroit plus Fluide , & en cette qualité
fa réfiftance feroit totale & abfolue : le
Calcul feroit pour lors inutile. Si au
contraire le Fluide contenoit des inter-
valles, & par conféquent du vuide entre
fes Particules , ainfi que font tous les
Fluidessalors ce Fluide feroit lujet à des
variations perpétuelles ^ Si le Calcul de
la réfiftance de fes Particules feroit im-
poftîble i la raifon en eft aifée à com^,
prendre : tout Fluide eft pénétré dePar-
ticules hétérogènes , qui entrent 8c for-
tent librement des intervalles, que for-
ment les Particules homogènes qui Le
<f4^
Observations sûr. l'Histoire Katurëllê,
eflimation ce que devient leur cFiârge^J.
& dans les tempêtes , combien à peu
près il en faut jetier pour élever le Bâ-
timent 8c le mettre mieux à l'abri des
vagues.
Si on veut appliquer le Calcul de la
réfiftance des Fluides à la conflrudion
des. Navires, comme le dit M. d'A-
lembert , ( Préface page VII. ) je crois
qu'il ne peut C-tre d'une nécejjité ahfolue ,
la forme des Poilîons les plus leltes , ell
celle qui fert à celte conflruâion.
La Caréné d'un VailTeau & fa for-
me inférieure,font toujours femblablcs
à celle de ces Animaux Aqviatiques j
l'Avant eft toujours plus large que l'Ar-
riére ; & le Gouvernail ^ ainfi que la
Queue du Poilfon , fert à diriger fa
route à droite , à gauche , ou en avant.
De quelque qualité que foit le Fluide
dans lequel le Navire elipofé , la même
forme fert toujours. G'ell au plus habile
Conllrufteur à y prendre gardejans s'a-
mufer au Calcul , de la rcfirtance que
pourra rencontrer fon Navire dans les
ditférens Fluides où il fera pofé. Les
' D'où je conclus que le Calcul Aî^é- bonsVoiliersfontbonsVoilierspartout:
brique de la réfillance des Fluides ell il efl vrai cependant que les uns font
inutile, puifque la rcfillance de l'Eau , meilleurs fur un plus grand lefl , &
conrtituent. C'ert ainfi que l'Air efl fou-
vent pénétre d'Eau ^<c deFeu , & l'Eau
toujours pénétrée de Feu & d'Air, L'eau
8i l'Air feroient glacés fans cette péné-
tration ,& par conféquent non Fluides.
Il faut donc nécelTairement calculer
la réfi If ance de trois fortes de Fluides.en
calculantla réfillance de l'Eau tlaçjnante
aux Corps durs de Forme quelcon-
que. Mais comme les Fluides, qui en-
trent dans la compofition de l'Eau (Se
Jans celle de l'Air,ne font jamais déter-
minés à une quantité connue fixe & fia-
ble , & étant infiniment oppofés dans
leurs réfillances, on ne peut les calcu-
ler enfemble. II fuit de cette vérité ,
que fi on fonde le Calcul fur une force
& une réfillance connue,(dont la preu-
ve ait été faite dans tel Fluide que ce
foit ) on ne peut pas adurer que, l'inf-
tant après le Calcul , la réfillance du
IFluidefoitla même. L'Expérience nous
enfeigne que la Fluidité de l'Air & de
l'Eau & de toutes les Liqueurs , varie
à toute heure du jour 6c en toute Sai-
fon.
::i.r:i
qui efi l'objet principal de M. d'Alem-
bert , efl fujette à tout moment au plus
ou moins de Fluidité, que cet Elément
acquiert par le mélange plus ou moins
grand de l'Air & du Feu.
Si c'efl un Vaifl^eau, par exemple,
dont on veuille calculer le poids ; il fe
trouvera que dans certaines Eaux il s'en-
foncera plus que dans d'autres, dans les
Mers du Sud plus que dans les Mers
du Nord , quoique chargé par tout
également : il fera plus à Ilot l'Hyver
que l'Eté, 8c la Nuit que le jour. Le
Calcul ici ne fervira de rien ; c'efl en
chargeant le Vaiffeau que l'on connoît
fon port 2 & les Mariniers fjavent par
les autres avec plus de poids, ce qui
n'eil toujours que l'effet de la forme.
Pour fe fatisfaire encore mieux fur
kl préfenie Quellionj voyez les Elé-
mens de l'ArchiteBure Navale de M. D«-
haiml dn Monceau , de l'Académie des
Sciences , & Ini'pedeur de la Marine de
France, vous v>-rrez comme ce Sçavan.t
Conflrudeur laide aux Géomètres le
plaifir de calculer : car ne s'attachant
lui-même qu'à la feule pratique , que
demande l'Art de conllruire les Navi-
res , dans tout fon Livre vous ne trou-
verez pas un feul mot d'Algèbre , ni un
feul exemple de la conllru<ftion impar-
faite (^e§ Anciens: mais à la place vous
sua LA Physique et
y téncontrez de bons Modèles de Vaif-
L-aux de toute grandeur fabriqués fur
divers Effais , & dont les Formes ne
font pas équivoques. Cet Auteur parle
auffi de la réliftance des Fluides , mais
fur des principes plus fûrs.
La réliftance , que doit vaincre la
maffe du VaifTeau par Teffort des Voi-
les, pourroit être définie en calculant la
quantité de Colonnes d'Eau que poufte
le Navire de fa Proue . le froillement
qu'il foufTre fut la Surface Fluide qui
prelTe fes bords ,• S^ rimpulfion natu-
relle de l'Eau qui fuit le Navire & qui
remplit la place qu'abandonne la Cale
du VailTeau :imais alors il faudroit fixer
laFluiditéderEau,& la force des.vents.
Ainfi tout fe réduit à mater îe Vaif-
feau à proportion de fa grandeur , &:
de fa largeur fur fon avant , & afin que
îa prefTion des Bords foit moins grande,
il faut que fon plan latéral foit incliné
vers la Poupe.Il faut auffi laiiTer à cette
partie du VailTeau une étendue conve-
nable à recevoirleslmpulfions desEaux
poflérieures , comme nous avons dit.
Voila le point de vue que l'on choi-
fit pour coniidci er la réfillance de l'Eau,
fans entrer dans le dctail du Calcul de la
force de fes Particules , comme a fait
M. d'Aiembert.
Si on vent confidérer la force motri-
ce de rimpulfion des Eaux, par le Navi-
re, c'eft-a-dirc, l'efibrt de f Air fur les
Voiles. Cet effort eft autant varié que la
Réfillance duFluidei& fart de mater un
VailTeau fe rédnit , encore , à pofer les
Mâts & les voiles àl'erdroit le plus pro-
pre pour profiter de toute forte de Vent;
c'eft ce que l'expérience donne : mais
on ne pounajamais caleulerla force des
Vents. c'eft ce qui eft au- delfus de no-
tre portée.
L'on conviendra fans peine , de ces
Réflexions, que ie Calcul eiUnutiie, S^
SUR LA Peinture. 14^
que l'Expérience réitérée efl îa feule
régie que l'on puiffe fuivre pour fondet
la Théorie de la réfiftance des Fluides,
& fur-tout celle de l'Eau.
A l'égard de VElafticité & de la non-
Elafiicité des Fluides , ce font des ter-
mes qni me font inconnus. Je ne vois
d'Elafticité parmi les Fluides que dans
le Feu , & je ne crois pas que les autres
Fluides foient capables de nous démon-
trer cet effet , fi ce n'efl par les Particu-
les du Feu qui les pénétrent.
L'Eau glacée & dépourvue de Feu
n'eft pas EIaftique,-& l'Air ne conferve
fon Elafticité, que parce qu'il ne peut
pas être abfolument dépourvu des Par-
ticules de Feu. Si on pouvoit l'en dé-
pouiller , il feroit auffi dur que la glaça
Les Fluides n'ont donc aucune Elafti-
cité que celle qu'ils reçoivent du Feu-
qui les pénétre ; que fi tous les Fluides-
font pénétrés de Feu, & que le Feu foit-
féul Elaftique , ils ne le font donc, je la
répète , que par rapport au Feu qu'ils,
contiennent.
Les Fluides finis Se indéfinis, qu'if
nous refte à expliquer , iont de deux;
efpéces , félon M. d'Aiembert il^s pre-
miers font contenus dansdesVafes,dont:_
les Parois occafionnent la réadton dei
forcés qui les compriment , & les in-
définis font ceux qui n'étant contenus,
que dans des vaftes cavités , cette réac-
tion n'a aucun lieu : c'eft , je crois , ce.
qu'entend M. d'Aiembert par les ter^
mes défini & d'indéfini. Defcartes s'efti
fervi de la même fignification pouc
prendre un milieu entreie oui & le nonu
il a dit que la Matière n'éioic lii finie, ni
infinie, mais indéfinie.
Ayant détruit rHypotéfe , le CaicuL
n eft plus rien : il faut cependant eiv
expofer ici quelque choie pour connot-
tre s'ils peuvent exifterfans l'Hypoiéfe..
ijo Observations sur l'Histoire Naturelle ,
Proposition XII. Problesme. ♦ n - -i a i ■ i j
» elt i! , il efl clarr que le rapport de
ii Déterminer la Vhejfe qu'un Corps de ,„ „ v ku , ôc de iS lu dcpend de la
r> Figure quclcor:que , ma avec une vîtejfe » fmiation de la Particule N pnr rap-i
quelconque . communique aux Parties d'un „ po^ au Corps , & de TeCpace .v déjà
j> Fluide fans pejanteur , Gr d'une denfitê
3iquelconque lorfquii fe meut dans un tel
3j Fluide.
B Soient comme dans N^ B , C,D ^
»(Fig. z.p\^i-i.F.)quatreParticulesdeFlui-
» de difpofées de telle manière quelles conjîi-
■» tuent un parallélograme reilangle , dont
alecôtéiV^ C> loit parallèle au che-
« min du Corps. Il eft vifible que la vî-
teffe de ces Particules à chaque inf-
«parcouru par le corps : or comme
■ = I , il s'enluit que le
»rapport de y à m & de t< à « dépend de
3>l''efpace x parcouru par le corps , &
3>de la.pofuion du point N.
Je réponds à cette Propofitioii qu'A
efl abfurde de fuppofer que quatre
Particules d'un Fluide conîlitiient u«
Parallélograme. II faudroit alors (up-
:x> tant peut être regardée comme com- pofer aux Particules inême , une forme
3» polce de deux autres ; fçavoir d'une Parallélograme , ce qui efl contre leuc
» vîtelfe égale & parallèle à celle que le Fluidité : dles ne rouleroient aucune-
* Corps mu a dans cet inlknt , &. d'une
30 autre vîtetîe qui fera lavitelTe refpec-
» tive de ces Particules par rapport au
«Corps. Soit M la vîtelïe reâiligne du
» Corps dans un infiant quelconque ,
» V. la vîtefTe rerpcdive de la Particule
» A''; donc la vîiefTe abfolue de cette
=0 Particule fera compofée de la vîtefTe
I i( . & de la vîtelïe V. La première u
» de cesvîtelîes cft fuivant C. N, pa-
» ralléle & égale à la viieffe du Corps :
» à légard de la féconde vitelTe V , on
35 peut la regarder comme compofée
3» de deux autres vîtelTes , dont l'une
3 que i'appellc v , fera (uivant NC, Se
sj l'autre que.je nomme»!, fera fuivant
^NB.
3> Or , quand le Corps eft à la fin d'un
m efpace quelconque , la viteflTe abfo-
=.lue de la Pat'.ic.iie A^. doit avoir
» (an. 8.) le incme rapport à la vîteffe
a. afluelle du Corps, quelle qu'elle foit ,
>» Se la Particule A^ doit avoir la même
» fuuation par rapport à ce Corps , &:
3» la même direàion ; donc, puifque la
» vîtelïe abfolue de la Particule A^fui-
* P. V7 ^e i'Mii de la rcfiftance des Fluidct.
ment les unes fur les au4res , fi elles
étoient cubes , parallclogrames Se quar-
rées , ceci efl contre le fentiment de
tous les Phyficiens On ne peut don-
ner aux Particules des Fluides que U
forme ronde ; d'où il fuit que quatre
Particules rondes ne peuvent former
un Parallélograme. Ainfi la Propofiiioa
ne fe foutient plus, n'étant fondée que
fur cette Pofuion : il eil clair que la
rapport de «— .vàu, & de v à« dé-
pend de la fuuation Si de la forme de
la Particule N-
Proposition XIFI. Probltswe *.
» Les mêmes chofes étant fuppofées qut
ndans l'Article précédent ^ iiererminer
» la réfiftance du Fluide.
»La force qui tend à mouvoir le
>» Corps dans l'inflant d ï efl -t- — ,
3> foit fx. le volume de ce Corps , &: A fa
denfité ; donc f/. x A fera fa malTe ; donc
» /* X A X -f- -T^ fera la force fuivant
fPige 10^.
dt
SUR tA Physique et sur la Peinture;
sy-C A' ; celte force doit tn;re équilibre ficiens.
:ir{art. I,) à la prelTion du Fluide , c'efl-
15>î
df
3>-7rrb') Donc puifque>6-— J — fi— —
; o , on aura /* A
-fi-
du
dt
iyJ'<pu ^ = o. -
Dans cette Propofuron on fait îa mê-
me ruppofuion que dans l'Article pré-
cédent , ce qui nous met devant les
yeux les mêmes inconvéniens. L'on
voit de phis que l'on fuppofe 1.1 force
imprimée , le volume du Gorps & la
denfité , pour en conftruire la mafle
împulfive , ce qui peut fe faire. Mais fi
on veut fuppofer un équilibre de cette
malTe , & de fa force impulfive avec la •
léfiftance-du Fluide , la Propofition e'a-
néantit;
Nous avons déjà dit que les qualités
des Fluides 5 & par conféquent leurs
réfinances plus ou moins grandes, ne
peuvent ^tre fixées par aucune forte de
Caicinh , Si que l'expérience feule eil
le Guide & la Tiiéorie de cette réfiftan-
ce. D'où je conclus enfin que la Géo-
métrie des Anciens fiiftit en bien d'oc-
caCons , &l que ['invention des Calculs dif-
férentiels &* intégrais n'a misperfonne en état
àefidvre i.e mouvemenr desCorps jufques dans
Itufi^ Elément, ou dernières- Particules.
O B-SERVAT ION IX.
Sur la Caujk- de la. variété des dégrés
de chahur dans notre Atmofphére ^ par
M. D. F***.-
L'AUTEUR annonce qu'il ne
rapportera que des faits prouvés
par les Expériences des meilleurs Phy-
* Selon moi , ce n'eft pas la pcfanteur de rAtmofphére fupérieure qui épaillit \es ceuchfs
inférieures (le l'A:r que nous respirons 5 mais c'clt le mêlan^^e des Particules d'E.iu qui s'c-
}evenc plus ou moiiv% de la furface de la terre, parla léa^lion des Rayons Ju§okiJ, •
1°. L'Atmofphére efl. compofé de
couches d'Air, qui augmentent de der- ■
fité à mefure qu'ailes s'approchent de
la furface de la terre. La caufe dectt
efiet eft claire ; plus une couche d'Aic
efi chargée , plus fon refîort efl: com-
primé, & par conféquent reiïerré dans
un moindre efpace ; les couches d'Air
les plus près de la terre font chargées
de tout le poids de l'Atmofphére , pas-'
conféquent plus rapprochées. *
Si l'on efl. curieux par foi- même ,
de voir en quelle proportion l'Air fe
condenfe , l'on prendra un tube re-
courbé , l'on comprimera l'Air dans
la Branche recourbée , en faifant en^
trerdu Mercure dans la longue Bran"-
che; vous augmenterez fon poids fui=--
vant le degré où vous voudrez porter
la condenfaiion. Cette Expérimce efl
très-bien détaillée dans les Mémoires de
ï Académie des Sciences.
M. Pafchal a porté le Baromètre "
à différentes hauteurs fur la Montagne
du Puy de Dôme en Auvergne ; il a contta=>-
té par cette Expérience , (jufqu'à la
hauteur où il a porté le Barométro
inclufivenient ) en quelle progreflion '
l'Air diminuoit de pefanteur,- mais
comme il s'efl fervi d'uneJi^'porfîèfe '
pour déterminer la fuite de fa progref-
•fion , jufqu'au point où ce poids de "
l'Air feroit nul ; nous n'avons pas cru
devoir partir d'après fon calcuLM,-
Caffini 6( bien d'autres ont aufli don-
nés leurs calculs; M.^e *•♦ ^'a voidu *
la déterminer plus exaétemcnt en fe (.jr-
vant de la lumière boréale : mais' leurs ^
débats font fort indifférens. Nous pou- •
vons aflurer que nous n'avons encore '
rren de certain fur la hauteur de l'At- -
if2 Observations SUR l'His
inofplicre. Nous n'avons pas cru de-
voir calculer exactement d'après ces
•HvpotiKTes , c'crt proprement bàtif un
Edifice fur un Sable mouvant.
2 o. L'AtmofpIiére ell borné par une
courbe , à peu près parallèle à celle
de la terre prife au niveau de la Mer.
Les Montagnes ne contribuent pointa
augmenter la hauteur de l'Atmolphére
dans le point qui leur correfpond; en
voici la railon : TAir, de même que les
liquides. cherche à fe mettre en équili-
bre avec lui-même. Un Rocher dans
îa Mer ne coupera jamais le niveau de
fa furface , il fera feulement l'office
d'une malle d'eau de même grolleur.
II en efl de même de l'Air.
î". Si aucun Agent ne modifioît
i'Air , il relleroit toujours au même
degré' de chaleur , attendu qu'il n'y
auroit aucune caufe pour le faire chan-
ger. Les Caves de l'Obfervatoiie, ref-
tcnt fenfiblement au même degré,
fuivant les Expériences réitérées avec
un bon Termométre,
4'=. Les Rayons du Soleil fortent
divergens , & forment par rapport à
iious'l un cône de' lumière dont la
baze ert pofce fur la furface de notre
Atmofphére , mais auffi-tOt qu'ils paf-
lent d'un fluide plus rare dans un plus
denfe , ils fe rcfradent en s'approchant
delà perpendiculaire , chaque couche
d'Air augmente de dcnf.tc, à melure
qu'elle s'approche de la terre, par
conféquentle Rayon de lumière doit
s'approcher fans celle de la perpendi-
culaire. Il fuit donc dans fa route une
courbe quelconque.
M. de BirnouUy a démontré qu'il fui-
voit la Ligne h plus vite de defcente.M. de
la Hirc îiûit que ce devoit être une
cjcloide.en adoptant néanmoins la pro-
portion fur les dirtérentes denfités des
«ouches dAir de l' Atmofphére.
TOIRE Naturelle,'
Il ell vrai que nous ne connoilTons
pas plus jufqu'à préfent de ligne plus
vite de defccnte que la cycloïdeion ne
peut cependant pas affiimer pour cela
qu'il n'y en a point , & il n'ell pas dé-
montré que l'on ne la découvre li elle
exille. L'on peut coix;lure par tout ce
que nous venons dédire que la cour-
be que fuit un Rayon de luniiere en
traverfant l'Atmofphcre , ell une cy-
cloïde, ou une courbe qui en appro»
che beaucoup.
■> e. Les Rayons du Soleil en paf-,
fant de la (uiface extérieure de l'At-
mofphére , jufqu'à l'intérieure s'ap-
prochent de plus en plus de la perpen-
diculaire, pxrïan. 4. ils formeroicnt
fans contredit , un Foyer fi la terres
ne s'oppofoit à leur réunion.
6'^, Pour déterminer la Fi'gure que
décrit dans l'Atmolphére un failTeau
de Rayons, il ne faut connoitre que les
courbes qui terminent le faiffeau. Si
les Rayons du Soleil luivoient une Li-
gne droite , ce feroit un c6ne tron-
qué , qui auroit pour Baze "une portion
de Sphéroïde.
Mt-nTieuis de V Académie des Sciences
ont démontré) parleurs Objerpations faites
au Cercle polaire ù' fous f Equateur que la
terre etoit un Sphéroïde applati vers les Pê'
/ei; & par confcquent l'Atmofphére,p«r
l'art. 2. mais les côtés du cône font
terminés par deux portions decycloï-
de,ou d'une courbe fort approchante ;
par conféquent un failTeau de Rayons
doit décrire dans fon pafTage un co-
noïJe fphéroicicloidal.
La reflexion des Rayons qui fe
fait fur la furface de la terre doit être
divergente , par la propriété du Sphé-
roïde , outre cela les Rayons fuivent
encore une courbe Cycloïdale, par
l'art. 4.
70. Suppofc que l'on veuille déter-
ininei
SUR LA Physique
►tniner les différens clcaiés do chaleur
•que doit faire naître , i différentes hau-
teurs dans l' Atmofphére , le même faif-
ceau de Rayons;il faut pour cela un Ciel
ferein. Nous prendrons le cas où le So-
leil fera perpendiculaire"; par confé-
quent les Sections que l'on fera dans le
Conoïde, paralleiemcntà l'horizon, fe-
ront perpendiculaire à fon axe , & don-
neront desXZercIes ; ces Cercles feront
. d'autant plus grands qu'ils approche-
ront plus près delà Baze du Conoïde ,
c'efl-à-dirCj delà furface de l'Atmofphé-
re. Chacun de ces Cercles ne contien-
dra pourtant que le même nombre de
Rayons , puifque ce font toujours des
Sedions du même faifceaii. Suppofons
maintenant deux Sedions du Conoïde
dont l'une ait un diamètre douîîle de
l'autre; les Cercles étant entr'eux com-
me les quarrés de leurs diamètres ; Le
diamètre de l'un étant fuppofc 4, Sfce-
îui de l'autre 8 , leurs furfaces fe-
ront entr'elles, comme i^eft à 6^^
donc il y aura autant de Rayons dans
une efpace de 16 pieds quarrés du petit
Gercle.que dansune efpace de ^54 pieds
du grand. Il s'enfuivroit de ce calcul que
la chaleur de ces deux Cercles devroit
être en raifon jinverfe de leurs fur-
faces. .
Mais les Expériences que M. Hom-
berg a faites avec le Vetre ardent de
M. le Duc d'Orléans , inventé & tra-
vaillé par le Baron de Tfchirnaufen ;
dans lefquelles ce fçavant ChirniHe
remarque que les dégrés de chaleur ne
font point dn tout en raifon des quar-
rés des diamètres, des diffèrens Cercles
formés par les Rayons de lumière ,
que le Verre ardent réunit. L'Or qui
bout jufqu'à pétiller ik s'évaporer à
fon Foyer, fe fond à peine à deux
pouces au-deffiis; quoique la diBéren-
ce des Cercles ne donne pas à beau-
Jjî/iee i-j^z-jTom, IL Partie. FL
ET SUR LA Peinture. ij^
coup près par le calcul une femblablo
diminution de chaleur.
Le même effet doit s'opérer dans
notre Atmofphére puifque ce font les
mêmes Rayons. Nous expliquerons
par-là le froid exceffif des Montagnes
entre lefquelles celles du Pérou tien-
nent le premier rang. La formation de
la grêle dans l'Eté le plus chaud , doit
aulTi fe rapporter à ce même prin-
cipe.
Si l'on avoit la hauteur de l' At-
mofphére déterminée Géométrique-
ment; l'on pourroit calculer l'efpa-
ce de la dernière fedion du Conoï-
de vers fn Baze j qui feroit une corde
de Sphéroïde, & la première fedion
vers la furface de la terre qui feroit
une tangente. Il feroit facile après cet-
te Opération d'avoir toutes les fedions
intermédiaires; mais il nous manque-
roit encore de connoitre en quelle rai-
fon l'approximation réciproque des
Rayons augmente leur chaleur intrin-
féque; jc'ell - à -dire , celle que leur
nombre devroit exciter naturellement,
ç'ell; une Exrpèrienceà laquelle j'ex-
horte les Phyfici'ens de travailler.
8". Quoique les Rayons de lumière,
allument de la poudre, dans le vuide de
la Machine pneumatique , & faiTent
à peu près les mêmes effets, que dans
l'Air greffier; il faut cependant bien
fe donner de garde de conclure ^ qu'ils
ayentle même degré' d'adivité , outre
que plus l'Air ell épais, plus la refrac-
tion ell grande ,• il faut encore conve-
nir qu'un Rayon de lumière ayant un
certain degré de force pour traverfec
l'Atmofphere , (je ne donnerai au-
cun nom à cette force ) il doit dé-
ranger plus de parties dans un Air
plus épais , éprouver par conféquent
plus de frottemens; les Particules ignées
répandues par-tout j ou li vous vou-
Observations sur l'Histoire Naturelle ,
plus
174
lez la Matière du feu doit être
aboii Jame dans un Air plus denfe, ( ce
que je démontrerai tout-à-l'heure )
donc ie même Raycni doit mettre plus
de Paiiicules en mouvement dans un
Air condenfé que dans celui qui efl
rarelic ; il doit y avoir une propor-
tion quelconque, qui eft peut-être
com:ne les dillcrenà degrés de pelan-
teur de ce fluide.
Niaintenant appliquons notre rai-
fonnement au feu ordinaire.
Expérience.
Je mets une chandelle allumée fous
le récipient de la Machine pneumati-
que , j'y joins un Baromètre , j'en
pompe l'Air^ je remarque qu'à mefure
que l'Air diminue de denfité & devient
par conféquent plus léger , la flamme
de la chandelle devient plus foible ,
lorfqu'enlin l'Air efl à un certain dé-
gré de pefanteur que le Baromètre
m'indique, la chandelle s'éteint j il_
en efl de même des Charbons allumés
&' de tout autre feu. Je puis encore
aflurer que la même chandelle , por-
tée à ditlerentes hauteurs dans l'At-
mofphcre diminueroit dans les mêmes
proportions , c'ert-à-dire ^ fui-
vant la diHérence de la pefanteur de
.FAir.
5°. Ilferoit àfouhaitcrque l'on fit les
Expériences fuivantes , fur des Monta-
gnes extrêmement élevées comme cel-
le des Cordeliers au Pérou. Il faudroit
choifirun jour ferein où le Soleil fans
nuages, darderoit fes Rayons fans obfla-
cles On partiroit d'une première fec-
tion faite à la lurfacede la terre^enfuite
îvec un Baromètre , on verroit les
différentes pefanteuis de couches de
l'Atmofphére , on détermineroit la di-
vergence qu'occafionneroit fes dillc-
rens milreux ^ qui deviendroienttou—
jours plus rares, par conféquent l'on
fuivroitdans leur réfraction les Rayons
qui terminent la Figure du Conoide ;
l'on féroit alors fur d'avoir toujours les
feclions du même Conoide qui con-
tiendroient par conféquent le même
nombre de Rayons. De plus on calcu-
leroit l'efpacede chaque fetlion , ou-
tre cela on auroit leurs, dificrentes
hauteurs , & leurs diffancts récipro-
quef.
Enforte que l'on pourrait toujours
dire ^ à telle hauteur le Cercle du Co-
noide avoit tel diamètre ^ donc il
contenoit tant de pouces ou de lignes
quarrées ; à cette même hauteur le
pied cube d'Air pefoit tant & la di-
vergence des Rayons s'èloignoit de
la perpendiculaire, en telle propor-
tion.
En portant en même-tems un Ther-
momètre , l'on connoîtroità telle hau-
teur qu'il a defcendiv de tan: de dé-
grés, à celle-ci de tant 3 d'o'à l'on s"'ap-
percevroit que les Rayons de lumiè-
re , en fe rapprochant les uns des au-
tres auroient augmenté la chaleur de
tant de degrés , au-deffus de l'efiet que
leur nombre devoit produire.
Il relie encore une dilTicultè , la den-
fité de l'Air diminuant toujours à mc-
fure que l'on s'élève dans l'Atmolphè»-
re^ elle doit contribuera la diminu-
tion de la chaleur conjointement avec
la divergence des Rayons de lumière;
mais on ne peut fçavoir en quelle pro-
portion, qu'en obfervant fèpafément
ces deux caules différentes, ce quieft
impoffible.
Nous fuppofons toujours le Soleil
perpendiculaire ; car dans tout autre
cas , les Sedions du Conoide faites
parallèlement à l'horizon , nefeioient.
plus des Cercles..
SUR LA Physique
lo'. Dans uninllant quelconque ji
n'y a qu'un feul point de la Terre pour
lequel le Soieil fort perpendrcubire,
il eft oblique pour tous les autres
points ; par confcquent toutes les fec-
tiorrs des ConoiJes obliques faites pa-
rallèlement à l'horizon donnent des
Elipfoides , dont les aires augmentent
ou diminuent , fuivant langle plus ou
moins aigu que forme l'axe du Conoi-
de avec l'Iiorifon ,• plus le Soleil fera
oblique , plus l'angle fera aigu , plus
l'aire de l'Èilipfoide augmentera j mais
le faifceau des Rayons qui forment le
Conoide étant toujours compofé du
même nombre , il en réfulte que plus
Tobliquité du Soleil fera grande ,
moins il y aura de Rayons dans xm
même efpace ; d'où'l'on peut conclure
que la iîtuation la plus avantageufe du
Sùleil , pour augmenter la chaleur eil;
la perpendiculaire ; & par la même
raifon la plus oblique eil la plus défavan-
tageufe. Aioûtez encore que moins il
y a de Rayoïîs , plus la chaleur caufée
par réflexion e'il; petite.
II». Si aucun Agent ne troubloit
l'équilibre & le calme de l'Atmofphé-
re j fi aucun Nuage ne réfléchilîoit
îes Rayons du Soleil &: ne les em-
pêclioit par-là de parvenir jufqu'à la
furface de la Terre , & que de plus on
eût déterminé géométriquement &
fans aucune hypotèfe la hauteur de l'At-
mofphére , Ton feroit à même de cal-
culer les différens dégrés de chaleur ,
fuivant les différentes hauteurs que
l'on fixeroit dans l'Atmofphére ; mais
jls'en faut beaucoup que l'Air foit
loujours^ans la même fituaiioni fou-
venl dans la même heure, dans nos
* Je croîs aufll que l'affaiflement des
Nuages comfirime les Particules ignées
& arrête la réa<Sion de ces Particules, c'eli
ET SUR LA Peinture. ijf^-
climats, l'Air paffe du chaud au froid.
Un Nuage empêche les Rayons du
Soleil de parvenir jufqu'à nous, un
vent de Nord chargé de particules
nitreufes, vient à fouffler {bbitement,
l'Air fe refroidit à l'indant ; ce que
j'entreprends ici de démontrer c'eft la
route que fuit la Nature pour nous
tranfmettre une chaleur vivifiante que
l'on peut appeller l'ame du mouve-
ment, tant dans le régne animal que
dans le végétal. On ne peut lien fla-
tuer fur les difiérentes caufes qui em-
pêchent l'effet naturel de la chaleur
du Soleil , elles fe combinent à l'in-
fini.
Il fe trouve fouvent des Nuages qui
n'étant pas allez opa»^s pour réfléchir
les Rayons du foleil & les empêcher
devenir jufqu'ànous, les laiflent paf-
fer en les rétraâant. Ces efpéces de
Nuages font le même effet que les
Verres lenticulaires; ils réunifient les
Rayons de la même façon, l'on feni
alors une chaleur infupportable fous
ces Nuages *.
Réfultat.
Il réfulte de tout ce que nous ven ons
d'avancer que l'Atmofphére fait l'office
d'un Verre ardent qui réuniroit les
Rayons du Soleil , & augmente la cha-
leur lut la Terre.
Nous ne pouvons ici aiïez admirer la
fage œconomis & l'admirable variété
de la Nature qui lait multiplier le même
principe de chaleur pour le mettre à
por.ée de vivifier tousles Habitans de
la Terre & qui même en modifie & va-
rie tellement les diiférens dégrés pour
l'utilité du Méchanifme de notre Glo-
ce qui forme , comme j'ai dit autre part , le
Tonnerre 6i les chaleurs qui anaoncenç
l'Orage,
!.,'(?
Observations stjr l'Histoire Naturelle,
\n', que noiH cpronvons veis les Pôles,
Jîii irùuLmum , pafTe lequel les Animaux
ne pouiToient plus fupporter une plus
t^ranJe diinimition de cliale^r; vers
la ligne, au contraire, nous éprouvons
un maximum^ dont l'augmentation fe-
'voit pcrir tous les Animaux & delîc-
cheroit. les vh^taux.
Application de notre mifonmmmt au
Globe Tevrefire.
Nous pouvons maintenant confidérer
lousiesliommcs qui Iiabitent la furtace
de notre Globe , comme plonges dans
lin fluide, dont la denlité , la chaleur
& les autres qualités, varient prodi-
gieufement d'un Pôle à l'autre. LeS:
Homnies , les Ammaux & les végé-
taux , {ans celTe entourés de ce fluide
actif qui influe tant fur rœconomie
animale, devroient porter l'empreinte
Clos qualités de l'Air dans lequel ils font
nés. Voyons fi notre conjedure Je trou-
vera vraie; prenons un Globe terreflre,
parcourons la Zone torride , nous y
verrons des Hommes noirs , brûlés par
l'ardeur du Soleil. Parcourons depuis Je
cinquantième degré de latitude juT-
qii'ay foixantiéme , nous y trouvons
des PJommcs dont la peau eflfort blan-
che , & la taille très - avantageufe.
Avançons vers le Cercle polaire, nous
y découvrons des Lappons , des Groe-
landois ^ fourés des dépouilles des
Rennes ésc des Veaux marins : quelles
petites taille» , quelles Figures.' le froid
excelTif empêche fans doute ici la Na-
ture de le développer. lis aflVontent
les glaces & la neige fans y paroitre
fenObles , leur peau a fans doute très-
peu de fenfation en comparaifon des
Hommes ncs fous un Climat plus tenr»
péré. Examinons maintenant les Anr-
niaux de ces Climats^ pour en fairela
diiTérence d'avec ceux de la mémj ef-
péce nés dans les Pays chauds; pre-
nons pom- exemple les Chiens d'e la^
Baye de Hudfori , leur long poil nous
indique d'abord qu'ils (ont d'un Pays
froid , comparons-les avec les Chiens-
de Turquie qui ont le poil fi ras ^ leur
façon de vivre ell aulTi tonte dift'éren—
te. Les Moutons (Se les Boeufs d'iflan--
de , dilTérent de ceux des Pays chauds ;
les Ours de la E,aye de. Hudfon font
également diBcrens pour la figure 8c
pour les mœurs des autres Ours. Je-
renvoyé aux Relations fidélles des
Voyageurs j plus on examinera de près,
les Habitans de notre Globe , plus ont
y remarquera la diflérence des Peu-
ples de difiérens Climats ; la tempé-
rature de l'Air paroîtra en être la cau-
fe ; mais cette température ne vienf
elle-même que de la diiiérente obli-
quité des Rayons du Soldl ; principe-
qui paroît d'abord bieii foible , mars-
qui à l'examen , devient prefque dé-_
montré *. .
La Caufe des Variations relatives à ces.<
Principes.
II arrive fouvent qu'il fe trouve dans-
l'Air des caufes qui empêchent reflet
des Rayons du Soleil & diminuent fen--
fiblement le degré de chaleur qu'ils
devroient exciter naturellement. Un
vent de Nord chargé de Particules ni-
treufes ( comme nous avons dit ) efl
capable de refroidir l'Air au pohn de
glacer l'eau ; quoique ce même Ail
fût affez chaud un moment aupara-5-
• Je prends plaifir à m'âppcrccvoir du Jans l'efprit des PhyCciena»^
progrès que fait mon SyRèmeJblaire ou igr.i.
SUR LA Physique
vant. Les terreins incultes font tort
cliaigcs de Pariicules nitreufes , & ce-
la ell caiife qu'au même degré d'un
autre tenein culiivé, il doit y faiie
un froid confiJcrablcment plus grand.
La Neige qui reile fur les Monta-
gnes refroidit très- fen'lblement i'Air
qui l'environne. On fçait que le Ni-
tre s'empare teUemer.t de ia c'naleur
ré:-!.'in due dans l'Air & mêaie da ns Teau ,
qu'elle la convertit en giace. L'eau qui
entoure les terreins incultes s'en ref-
fent beaucoup , les bords des Mers
y font glacés pendam uns bonne par-
tie de l'année ; les Mers du Canada
en font une preuve. Loin des terres
la même caufe ne fublîfte plus^ les
Mers y font liquides, quoiqu'à un
degré de latitude bien plus au Nord
que Québec.
Dans la Tartarie Chtnoife, vers les
quarante-quatre &: quarante-cinq dé-
frés , il gelé fept ou huit mors l'année j
e forte qu'elle eft aulTi froide que l'If-
lande , quoiqu'elle dut être plus chau-
de que le midi de la France ; dans le
refte de la Grande-Tartarie , il n'y a
que quelques Villes , à caufe du froid
extrême. Il faut obferver que les Voya-
geurs nous affurent que le froid excef-
fif vient de la nature du terrein qui ell
nitreux, plein de Salpêtre, fablonneux ;
joignez - y fon élévation *. Le Père
Verbrefl a trouvé qu'un certain en-
droit à 80 lieues au nord de ia grande
Montagne vers la fource du Kam-vam-
haram txcéào'n la hauteur du niveau
deP:kinde 3000 pas géométriques j
cette hauteur eft la caufe que toutes
les grandes Rivières de l'Alie ont leurs
fources dans ce Pays.
♦ Voyez les Voyages du Nord tom. viij,
Hiftoires des Tarwres, 8c le quatrième vol.
ET SUR LA Peinture ; 15^7
Nous pouvons regarder la Tarta-
rie comme une grande Montagne pla-
ns, & raifonner ainfi : la Tia'ueur du»
terrein ell caufe qu'il y a m-:trns de
Rayons réunis dans un même efpace,.
par conféquent il doit y. faire beau-
coup plus froid que fi ce mC-me ter-
rein étoit au niveau de la Merj de
plus , l'Air a plus de légèreté , par con-
féquent le même Rayon de lumière'
doit y exciter moins de chaleur.-
Mais il ouvre ces eaufes un vent de
Nord venoit à foufHer, combien le
degré de froid n'en dcvroit-il pas' être
augmenté : en eHét rien ne la garantit
du côté du No-rd , & ce Pays eft en
proye aux mêmes vents de Nord ,
qui, après avoir rendu la Nouvelle
Zemble inhabitable, la Sibérie incui-
te , viennent chargés de Particules ni--
ticufes refroidir la Tartarie.
• Remarquis.
L'eau qui s'élève dans l'AtmofpJié--
re jufqu'à une certaine hauteur , de-
vroit fe glacer, c'eftaudi cequi arrive •
lorfqu'elle palTe une certaine élévation.
La Neige qui tombe fur les hautes
Montagnes , reÛe fous fa même forme ;
en b'approchant de la- terre , elle fe
fond , & n'eft plus que de la pluye. Si
cependant l'Atmofphére eft alTez re-
froidi , elle fe conferve en neige ou
en glace , fe brife & tombe en petits
glaçon^ qui fe fondent S: s'arrondiflent -
en paflant par des couches d'Air plus
chaudes que celles où ils ont été for--
més ; ils arrivent enfin fur notre Gio--
be fous la forme de petites boulles & :
ravagent nos Moiflbns,
de la Defcription de h Chine du Perc dits
Hâldc.
r;8 Observations sur l'Histoire Naturelle.
Mats, contiiiucra-t-on à m'objeder,
au nicine niveau, dans la même Cam-
' paguCj un terrein efl fort chaud , par-
ce qu'il efl environne de petits Ro-
cliers ^ tout mûrit de bonne Iicure
dans cet endroit, tandis que cet au-
tre terrein voifin relevé en bolîe , ne
donne que des fruits tardifs.
Cette augmentation de cFialeur ne
vient que de ia réflexion des Rayons
du Soleil, Les Rochers reçoivent fur
leurs dillorentes furfaces les Rayons du
Soleil & les rcfléchiireni fous un an-
gle égal à celui d'incidence , celte ré-
flexion fe multiplie danô le même en-
droit, fuivant le nonr.bre des furfaces
que les Rocliejrs préfentent fous un
angle propre à produire cet effet. II
n'efl: pas étonnant qu'on reilente dans
cet endroit une chaleur proportion-
nelle au nombre des Rayons réfléchis.
Le Miroir ardent de M. de Buffon en
cft une preuve démonflrative ; le con-
traire doit arriver fur une bofle de
terre ifouc ; les Rayons feront réflé-
chis fort divergens ; & la chaleur dort
dJminuej: proportionnellement à la
diminution des Rayons dans le même
ef^iace. Il ne nous rcfleroit plus qu'à
trouver un Pays, où le Ciel toujours
ferein, entretînt pendant toute l'an-
née un degré de clialeurcorrefpondant
à l'obliquité plus ou moins grande des
Rayons du Soleil ; dans ce Pays les
K'oiffbns fuivroientun ordre régulier,
& l'on pourroit régler tous fes travaux
dès les premiers jours de l'arHiée , fans
craindre les caprices des Saifons. Cet
heureux Pays ell encore à trouver ^
mais 'il en eftun ^li en approche,
c'eû l'Egypte fi rénommée , quoique
très-peu connue de nous.
Ce feroit ici le lieu de parler de
notre Ciiaiat. On peut fur-tout s'éten-
dre fur la variété & l'inconflance de
notre Atmofphére j nous fommes pla-
cés entre le Nord & le Midi, nous
éprouvons tour à tour du froid & du
chaud , (?,; ce font les vents qui font la
caufe de ces variations. Un vent de
Nord foufHe-t-il, auffi-tôt l'Air fe
condenfe , notre Atmofphére fe refroi-
dit ; eft-ce un vent de Midi , il Jcfle-
che fouvent par fon fouflle les m liflbns
de nos Campagnes. Un vent d'Oucfl
fouRle-t-il , l'hûiizon s'obfcurcit de
Nuages qui bientôt fe fondent en eau
& arrofent nos guerrets ; en un mot >
l'inconflance de l'Air efl fi grande que
dans une même iournëeTon pafle fou-
vent du froid au chaud ; & récipro-
quement , ceu;: qui refpirent cet Air,
pourroient fort bien participer de fon
inconflance; je laiffe aux Leâeurs à
en décider.
Récapitulation Phyjîque de la décadence de
la Philofophie de Newton , pour cette
Année 175" 2.
II efl jufte d'obferverà quel point fe
trouvent au bout de l'An nos entre-
prifes phyfiques, nous devons en ce-
la nous rendre compte à nous-mêmes,
ainfi que nous le rendons au Public en
même-tems. Il ne nous efl pas poflihle
de rapporter cependant ^ en génér.il ,
tout ce qui a pu nous favorifer dans
le courant de cette année , letemsne
me le permet pas ; je fuis trop occu-
pé à mes Planches Ana:omiques : mais
je dirai quelques mots feulement fur
la décadence de la Philofopliie de
Newton, pour conflater les faits qui
pourroient par la fuite nous être de
quelque confcquence.
SDR. LA Physique et
Journal de Trévoux. ( Novembre
175 1. fnr rExirr.it de mon Livre)
1'' Père Beriier dit , on remarque aujour-
d'hui que les Advzrjcurcs àeM. Newton ne
le combattent point en faijant naître jim-
plement des doutes , en propofant des Ob-
jeElions :, en drfjjant leurs batteries contre
quelque branche du Syfltme, ù'c. Monjieur
G^uTZERj dont nous annonçons COu-
vrage , cil un des plus difpofés à détruire
tout le Newtonianîfme , & peut-être a-t -il
ici quelque avantage.
hl d'Alembert de rAcadémie Roya-
le des Sciences, de celle de Berlin &
de Londres ,_dans fon Ellai d'une
Nouvelle Théorie de la Réfiflance
des Fluides ( 1 75-2 ) , dit : Voilà Pu-
nique preuve , ( parlant de la Théorie
de Newton fur les Fluides ) que don-
ne Newton de cette propnjït ion fondamen-
tale ; preuve qui ne paraît pas d'une gran-
de force.
SUR LA Peinture. i^p^
On n'ofoit pas parler aînfi il y a
. quelque tems.
M. Duhamel du Monceau , de
l'Académie Royale des Sciences ^ de
la Société Royale de Londres , & Ho-
noraire de celle d'Ediinbourg , dit
dans fa Préface de fes Elémens d'Ar-
chiteélure navale ( 1752), q,'f/? le
ton d.éîijîf qui a fait que les Phyficiens fe
font contentés pendant plufieurs fîécles des
qualités occultes , que dans les fîécles les
plus éclairés on a été long-tems à s''apperce-
voir que les tourbillons ne pouvaient cadrer
avec Les loix de la Méchanique , & nous
touchons peut-être , au tems au l'on fera,
hontcu" de la DoBrine mal entendue de
fattraâion , telle que la foutiennent quel-
ques outrés' StSlateurs de l'iiluflre New-^
ton. .
Dn aura peut- être occaHon d'èrî;
dire davantage l'Année prochaine..
PEINTURE,
OBSERVATION V.
Sur le Parallèle des Peintres Anciens & Modernes de M. le Marquis
d'Argens, *
'î^-ft^^. Perrault, dans fon Parallèle des
-»• M *■ Auteurs Anciens & Modernes ,
1^ À ^ a palTé trcs-Iégerement fur les
choies fubliaies dont les premiers
font remplis , &-n'a été occupé que du
» Ce Livre eft intitulé, Réflexions Critique!
jf«r ks différentes Ecoles de Peinture, ■ A Pari»
foin de relever leurs fautes. II a échoué
dans fon entreprife.M. d'Argens efpé-
re que fes Ledeurs ne lui reprocheront
pas le même défaut , & il croit qu'en:
rendant juftice aux Peintres Anciens.
chcs RolJin> &c,i7îâ*
Observations sur l'Histoire Naturelle,
i5o
lur les points les moins impoitaiis , &
en relevant avec coinplaifance les qiia-
liic-s les plus brillantes des Modernes,
il ne fe trouvera pas dans le cas de M.
Perrault.
Le projet d'àbailTer les Anciens
Peintres de l'Ecole Italienne, & d'c-
îevcries Modernes de notre Nation,
pour former un Parallèle prccis entre
les uns & les autres ^ efl digne de M.
d'Argcnsj fentimens julles & raifonna-
bles , lî la prévention n'y avoit aucune
part , & fi (a mefure y ctoit exaâeQnei.t
obfervce.: mais fi au contraire la compa-
raifonproiettcecloclie, ellene peut cire
que trcs-prcjudiciable à l'avancement
de l'Art de peindre : M. d'Argens en
conviendra lui - même quand il aura
fuivi mes réflexions.
J'avoue avec M. d'Argens que les
Peintres «S: les Sculpteurs François fiir-
pallent acluellement ceux des autres
Nations, ct^qu'il n'cll pas difficile de
prouver ; mais au lieu de comparer nos
plus célèbres Artiftes aux fameux Maî-
•tres de l'Ecole Ancieiuie , je dis , au
contraire, que les Modernes fe font
ctoit beaucoup déclinée , &^ dont Tes
Peintres & les Sculpteurs qui la for-
moicnt encore dans ce Pays, & que
le Sénat de Florence avoit attiré dans
laTofcane, n'étoient que les foibles
ombres des Grands Hommes de qui
nous pofTedons aujourd'lnii quelques
Statues , pour monument de leur pro-
fond fçavoir.
L'Italie, comme l'on voit^ fut à
fon ordinaire obligée de recourir à fes
premiers Maîtres , le zélé des Clué-
liens ayant détruit les Ouvrages que
cette célèbre Contrée avoit polTédé
pendant pKifieurs fiécles.
Tous les morceaux de Sculpture
qui ont été faits, depuis ce renou-
vellement de goût jufqu'à préfent ,
font regardés comme Modernes.
On- entend au contraire par Pein-
tres Anciens les defcendans de Cima-
hué , qui peignirent àfnfque & à gouajîr,
ainfi qu'on l'avoit toujours pratiqué
en tout tems 6c en tout lieu ; Ceux
mêmes qui ont mis en iifage la Pein-
ture à l'huile dans les premiers tems
de fon Invention, font auffi compris
éloignés du point de perfcétion: mais parmi les Anciens Peintres
ils peuvent y revenir , les • Anciens
ctoient des hommes comme nous.
11 y a ici une ditlinclion à. faire pour
l'intelligence de cette Obfervation. On
entend par Sculpteurs Anciens, ceux
du tems des Grecs & de la Républi-
que Romaine, aux Ouvrages defquels
on donne le nom d'Antiques. Les
ScuIpteursModernes fontceux que l'on
compte depuis le renouvellement des
Arts en Italie , c'eil-à-dire , depuis la
findu XII. Siècle,
'Cividbué eft le Clief de cette nou-
velle Ecole : il ctoit Florentin ^ &
pr>.'nii'!r Difciple des reûes de l'An-
cienne Ecole Greque^ qui, pour lors
Sans la Découverte à'HcrculancSiÇ^m
quelques fragmens qui retient à Rome,
de peu de contèquence , nous n'au-
rions aucune idée des Tableaux des
prcmiersPeintres : ces refies de Pein-
tures font encore peu de cliofe en
comparaifon de ce qu'elles étoient au-
trefois ; l'altération des Couleurs en
ell la caufe : de lorte que nous ne pou-
vons porter aucun jugement lotidefur
le vrai mérite des Peintres Grecs ,
dont fans doute les plus parfaits
Tableaux ont été détruits ^ & ont
moins réfiflé aux laps des tems, que
.les Figures de Marbre qui cnt été
faites dans les mêmes fiéciss & àm%
le»
s"uu LA Physique
faîtes dans les mêmes fiécles & dans
les mêmes enclrorts , par des Ouvriers
fans contredit, de la même force. II
efl: abfolument ridicule de croire que
les Sculpteurs célèbres du tems d'A-
iéxandre , defquel? nous connoilTons
les Ouvrages, fuflenc aiïociés avec des
misérables ^eintres , ainfi que le pré-
tendent quelques Auteurs. Les Hom-
mes ont eu des yeux de tout tems ; Se
la Nature toujours préfente auroit
empêché le Conquérant du Monde de
donner fa MaîtrelTe à un Barbouilleur
en échange de fon Tableau !
Les Drogues brouillées avec de
l'eau feulement & un psu de gomme ,
ont poulTé des Tels , fe font dépouillées
de la plupart des parties qui les coni-
pofdient ; les Couleurs claires font de-
venues noires , les Ombres fe font
afToiblies , les Reflets fe font éteints ,
les Glacis fe font difTipés; & parcon-
féquent les Lointains & les Fonds fe
font approchés des Figures & du de-
vant du Tableau ; les demi - teintes
fe font confondues avec les Ombres
Se les Clairs ; la vivacité du Coloris
s'ell éteinte. L'on juge cependant fans
toutes ces réflexions. Se l'on accufe
mal - à - propos les Anciens d'avoir
un Coloris bien au-deîîous de celui
des Modernes. Un peu d'amour pro-
pre a beaucoup de part à cette déci-
fion. Nous voulons furpalTer nos Pè-
res, & nous n'en fommss que les
Difciples dans l'Art de peindre & de
fculpter.
Si les Tableaux de tout tems avoient
été peints en huile Je peu de morceaux
quinou» relient fe feroient mieux con-
-ET SUR LA Peinture. kSi
fervés^ ils nous humilieroient Dutaiit
que font les Figures de Marbre de nos
Maîtres, que les Modernes étudient.
Ne voit-on pas , dans ces vieux Ta-
bleaux que l'on découvre, que les An-
ciens étoient de vrais Sçavans ? Les
contours, par exemple, de leurs Figu-
res ne font-ils pas élégans , la touche
hardie , les proportions nobles , & la
compoiition admirable? Je ne les ai
pas vus, cela ell vrai: mais une init-
nité de Connoineurs ne nous en ont-
ils pas intlruits? les Critiques mêmes
les plus outrés de ce^ morceaux , ne
difent-ils pas * , que le goâc de Compo-
fition qui régne dans ces Peintures , tient
beaucoup du bas-relief. N'efl-ce pas faire
l'éloge de ces Tableaux, plutôt que
de les critiquer ? Michel-Anae & Ra-
phaël, n'ont-ils pas perfeétionnés leurs
deflcins fur ces bas-reliefs f N'accufe-
t-on pas Raphaël même de les avoir
détruits en partie , après les avoir
pillés dans fes Compofitions î Ces Cri-
tiques difent aulTi, que ces Peintres, dont
nous voyons encore quelques morceaux ,
avoient peut-être été élevés dans des Éco-
les où l'on opérait facilement. Qneil- ce
qu'opérer facilement, fi ce n'eft avoir
une touche hardie ? Ell-ce que les igno-
rans opèrent facilement ?
Le Père 'Belgrade , de fa Compa-
gnie de Jefus plus amateur du vrai &
plus fçavant que tous ces Critiques
anonymes , dit fort bien *, contre
les prétendus Connoiflenrs , qui ont
foutenu que le Crzeau des Anciens va-
loit mieux que leur Pinceau éC- que
nos Peintres font infiniment lupérieurs
à ceux de l'antiquité, ji(e/ei rafons de
•Lettres fur les Peintures d'Hêrcu/fwe, au- ' Dans/ès Lettres adreffées à M. le Mar-
iourd'hui Portici. Voyez l'extrait au Jour- quis Maffei touchant les Monumens décou-
saldeTrévoux, Juin 1751. ^^f^s '«"s Refîna & Portici, à Venife chezi
J. B. Pafcali,
Asnù ij^ijTom. IL Pttrtîe^ VU X
162 Observations sur. l^Histoire Naturelle ,
ces Juges font abfurdes Cr mal fondées^ nous aurions pris d'autTi bonnes leçons-
Pour détruire leurs feiuimens , il y op-
pofe îcs remarques les plus judicieufes:
». 11 y avoit , dit - il , des Peintres
n exccllens en Grèce , lorfque RoiTie
» fe comentoit de Fabius Se de Pacu-
» vius Aftilles grolTiers, tels qu'on
»les pouvoit attendre d'un fiécle Se
» d'une Nation qui ne connoilToit que
» la gloire des Arni«s : ce fut après
» la conquête de Syracufe & de Co-
î» rintlic , que Rome ouvrit les yeux
3» furies Chef- d'œuvres de l'Art. Le
35 Conful Mummius commença à les
» eftimer quand il vit le Roi Attale,
» allié des Romains , choifir dans les
«dépouilles des Corinthiens, un Ta«
».bleau qu'il paya fi.K mille grands Sef-
» terces *. Telle fut l'époque du goût
j> qu'on prit à Rome pour la Peintu-
31 rei ce qui prouve la beauté des Ta-
» bleaux du tems des Grecs: en elFet
» peut-on s'imaginer que les Grecs
j> eulFent excelle dans la Sculpture au
que celles que nous prenons fur leurs
Figures.
l.a Découverte de brouiller 8c d'em-
ployer les Couleurs en huile fi utile
à l'Art de peindife ^ a été faite par
Jean-Van-Eyx , natif de Majjeyk fur la
Meufe , & depuis fon Inv'ention , ap-
pelle Jean de Bruges , à caule de Thon-
neur que ce Peintre reçut, dans cette
Ville , de Philippe le Bon , Duc de
Bourgogne, qui lui donna une place
daiis fon Confeil. Cet Anifte étoit noa
feulement, elHmé par l'excellence de
fes talens , mais encore par la foliditc
de fon efpritinvent'f^c fécond en plu-
fîeurs fortes de Sciences. Alphonfe L
Roi de Naples , le plus grand amateur
de Peinture de fon tems, enleva le
premier Tableau en huile , que l'In-
venteur mit au jour i lui donna des
Elevés , le combla de biens , & intro-
duifit en Italie cette façon de peindre,
Tunique à préfent & la plus commo-
» point de nous laiflfer des Miracles de, ai nfi que fera ma gravure en Cou»
» de l'Art , & que la Peinture nean- leur un jour , fî je fais des Elevés
îj moins eût été parmi eux fans goût ,
« fans génie tk fans agrément , &c ?
>3 Ce qui Ceroit encore plus fingulier,
jj i'eroit que leurs Ecrivains n'eulîent
» rien fait connoître de cette ditié-
s> rence d'état & de Tortune entre
3> deux Arts fi femblables ?
Que nous fommes heureux préfen-
tement de peindre en- huile , & qu'il
efl trille pour nous de n'avoir pas le
même talent des Grecs & des premiers
Romains ! Nos Tableaux parviens
drom à la Pollérité la plus reculée,
â: nous avons le malheur d'avoir per-
du ceux des Anciens , fur lefquels
* Gc Tableau repréfentoit Bacchus : on
peut jpiger de fon mérite par Ivin prix. Mnm-
mins ilors cafla le marché, & fit porter one.
C'ell dans le X V*. Siècle qu'on a
trouvé la façon de faire des Tableaux
en huile : de forte que depuis Cima-
bué , dont nous venons de parler , qui
renouvella à Florence & dans le refte
de l'Italie, la Peinture à frefque & en
détrempe , jufques au tems où Jean de
Bruges trouva la Peinture en huile ,
il s'efl écoulé environ trois fiécles ;
dans lefquels on a vu des grands hom-
mes , mais dont il nous relie auiïi peu
d'Ouvrages ^ qu'il en reftoit alors des
premiers Peintres de la Grèce 8c de
l'Italie ; par conféquent n'ayant plus
aucun Tableau ancien en état de per•^
pièce fi précieufe à Rome pour être pUci»-
dans le Temple de Cércs«~
SUR LA Physique
fedron , comme font encore les Fi-
gures antiques, nous ronimes forcés
de dillinguer les Tableaux de l'Ecole
Italienne & de l'Ecole Francoife en
Tableaux Anciens & Modernes , (?cde
commencer l'époque des premiers à
l'année 1430, & celle des derniers,
au tems de François I. c'ell - à -dire ,
vers l'an 1551.
L'Ecole Flamande a auflTi fes Arr-
ciens & fes Nouveaux Peintres ; mais
on peut les féparer , comme a fait M.
d'Argens, & mêler les premiers avec
les Italiens, de qui ils étoient Difciples,
Si les Modernes avec les François.
Le RoJJo & le Primatrke, celui-ci de
Bologne & Difciple de Juki-Romain ,
& l'autre de Florence , font les relliu-
rateurs delà Peinture en France. C'ell;
eux qui nous ont enfeigné ce que
ieurs Prédécefleurs avoient appris des
Grecs : ils furent invités par le Roi
François L à pafler en France où ils
enfeignérent le bon goût aune mul-
titude de Peintres qui n'en avoient
que le nom.
On voit préfentement quels font
les Anciens Peintres & quels font les
Modernes: nous avons des Tableaux
des uns & des autres. II n'eit plus
queftion que de fuivre le parallèle que
fait M. d'Argens pour examiner s'il
eft iurte.
M. d'Argens ne parle nullement des
Sculpteurs} il feroit aifé de lui prou-
ver qu^aujourd'huimême nos Peintres
& nos Sculpteurs étudient avec beau-
coup d'attention, non feulement Ifes
Originaux, mais aulTi les Plâtres que
l'on a moulés fur les belles Figures
de l'Antiquité. Le Marbre de nos Fi-
gures Modernes efl: bien inférieur au
Plâtre de ces anciens morceaux. Les
ConnoilTeurs peuvent décider la quef-
tion avec facilité en fe tranfjportant
ST SUR tA Peinture. 1^5
auxSalles de TAcadcmie. Tous les Ar-
tirtes en conviennent , & perfonne
d'entr'eux n'ofe égaler les Clief-croeu-
vres de leurs Confrères à ces illu lires
Copies. L'Auteur dit lui-même: Nom
av»m des Antiques à Paris Jî parfat--
tement moulées que nous pouvons les deffi-
ner avec autant de profit que les Origi-
naux qui font à Rome ( pag. 21. )
Michel - Ange , dont les Figures
étoient prefque animées , a étudié &
a puifé fon fçavoir dans les Originaux
des Plâtres que nous polTédons : fes
Ouvrages de Sculpture , tiennent fans
doute un rang entre les Antiques 8c
les morceaux que l'on fait aujourd'iiur.
Si on s'avifoit préfentement de cacher
une Pièce de nos Sculpteurs , dans uii
endroit où l'on croiroit trouver des
Antiques , les Connoilîeurs s'y laifle-
roient-ils tromper , comme fit le Car^
dinal de S. Grégoire , auquel on vendit
un Cupidon qu'avoit fait Michel-An-
ge , & qui avoit été trouvé dans les
débris de l'Ancienne Rome, où ce
Sculpteur habile l'avoit caché ? Les
Modernes auroientbeau leur calfer le
Bras & même tous les Membres & en
garder les pièces dans lenrs Cabinets,
on ne s'aviferoit jamais de les compa-
rer au Tronc pour s'afTurer du fait ;
comme il fallut faire du bras du Cu-
pidon en queftion que Michel-Ange
avoit gardé pour s'en faire reconnoitre
le maître. Ainfi il eft inconteftable que
dans cet Art les Anciens faifoient mieux
que leurs Defcendans & que la Sculp-
ture a dégénéré.
En abandonnant les Pièces de Sculp-
ture , les Antiques gravées & nos Mé-
dailles , on peut efpérer de mieux
rèulTir dans la c.omparaifon projettée.
11 femble à M. d'Argens que dans les
Tableaux, les Modernes ont plus beau
jeu; c'eit auffi pourquoi il n'a hazaf-
i6^
Observations sur. l'Histoire Naturelle,
dé nue le parallèle de ceux-ci.
Mon but eft prcTentement de prou-
ver que la même fupérioriic , le même
orJre, In même dêclinaifon régne tout
à la fois dans la Peinture & dans la
Sculptmre; que les uns ^ les autres
de ces Ariiftes fe font fuivis dans leur»
Pt riodes. Si je viens à bout de mon
dolTein, il me fera alors facile de
d monireï que Monfieur d'Argens fe
trompe.
Il eft cependant vrai que la Peintu-
Te (?c la Sculpture ont eu des interval-
les de force & de foiblefle, des celîa-
tions totales , & des teins où elles ont
femblé renaître & reprendre des noii-
velles forces ; mais c'efl toujours
pour faire de plus lourdes chûtes.
La Peinture ell un talent qutdemande
b.^aucoup d'étude & beaucoup de tems.
Autrefois les Peintres Si les Sculp-
teurs îàerifioicnt toute leur vie au tra-
vail ; ils quittoient le Cizeau pour pren-
dre le Scapeîle, 6i enfin ijs quittoient
fe Scapeîle pour prendre les Livres.
Nous avons dit dans la première par-
tie de ces Obfervations tout ce qu'il
felloit dire fur les cavifes fecrettes de
la décadence des Arts & nous n'en di-
rons pas davantage. Il efl queRion de
prouver maintenant qu'ils font réelle-
ment déclines.
Cette queftion a été très-fouvent
agitée : M. d'Argens prétend la dé-
cider en faifant une comparaifon fui-
vie , &; mettant les ArtiHes deux à
deux dans les mêmes Chapitres j tou-
jours un Ancien avec un un Moder-
ne , un Italien ou un Flamand avec
un François : Il ne fe contente pas
(«ulementde comparer la manière ou
le CoJIume , le Pinceau , le Coloris ,
le deflein &: la touche de chaque Pein-
tre qu'il veut égaler , il les appareille
encore dans leur naiftance , dans leurs
fiariunes, dans leurs traverfes , & en-
fin dans leur façon de vivre.
Ce parallèle . bien loin de nous fai-
re G innoître fi les Arts de peindre Se
fculpter font déclinés , ou s'ils font
augmentés^ ne fert qu'à nous embrouil-
ler t^ à nous éloigner du but. Te! lira
dans le Livre de M. d'Argens : Michel-
Ange montra dis fa tendre' jeunejje un
grand amour pour le deffi'in : le Brun fit
paroiinU même amour ij? la mum dijpo-
Jîtion pour le d:Jfein àhjesp cmkres an-
nées, Rapha-d a p-ijjé prowp:cment de la
médiocrité où il •.toit en fortant de l'Ecole
defon Aiuître Peruj^in à la grandeur qu'' on
voit dans Jes Aernurs Ouvrages. Le Sueur
fut ainfi que Raphaël fous un Maître qu'il
furpafja bimtôt : d quitta de bonne heure
la mankre de Vouet , en prit une beau~
coup plus noble, Grc
N'ell-il pas vrai qu'après cette îedvi-
re jointe à quelques réflexions de mê-
me efpéce , que l'Amateur ou l'Ar-
tilte ne fera pas trop inftruit, & que
s'il avoir les Tableaux de ces Maîtres
devant les yeux , au lieu de leur^ ac-
tions & du détail de leur façon de pein-
dre , ils fçauroient mieux à quoi s'en
tenir.? Mais comme les Perfonnes de-
Cabinet voyagent dans les Relations
que l'on donne des quatre Parties du
Monde , Si que les Peifonnes indiffé-
rentes fur la Peinture s'en rapportent
aux écrits de ceux qui ont de l'cfprit »
ainii qu'il faut avouer que M. d'Ar-
gens n'en manque pas j il eft à propos
de répouiîer deux ou trois de fes pa-
rallèles , pour prouver au Public que
M'. d'Argens ne les a donnés que pour
s'égayer, S< qu'il penle différemment.
Je ne ferai pas hien long ; car un
exemple ou deux bien combattus fuffi;
ront pour détruire les autres.
Comrafle de le Brun à Michel- Ange»-
Ces deux Peintres ne fe leffenv;
SUR LA Physique et sur la Peinture.
blent qne pour avoir commencé à'
peindre de bonne heure ^ avoir vécu
long tems, & pour avoir établi chacun
tme Académie de Peinture & de Sculp-
ture ; l'une Italienne & l'autre Fran-
çorfe. Celle de Michel-Ange fut fon-
dée à Florence, Scelle de le Briirî à
•Paris ; Se de plus , le noviciat de cel-
le-ci fut établi à Rome par le même
Peintre , ce que Michel-Ange avoit
oublie de faire quand il créa celle de
fon Pays. Dans tout le reife du pa-
rallèle Aï. d'Argens n'eR pas jufte,
M, d'Argens dit que Michel-Ange a
dejjîné très-coneBement &■ de la plus gran-
de manière. Cela eft très-vrai. Mais il
femble enfuite douter de cette cor-
ledion, de cette manière ;.il cite alors
pour garant de fon doute M. de Pile ,
qui dit fans fçavoir pourquoi , que
Michel-Ange ayant regardé le Corps Hu~
inain dans fa plus grande force ^ ^ ayant
poujjë trop loin fon imagination li-dejjus ,
il a fait les Membres de fes Figures trop
puijjàns tjr a chargé fon dejjein ; c''eft ce
qui a fait dire à hien des Connoijfeurs que
Michel-Ange était Sauvage,
Ceux qui ont vu les Tableaux de
Michel- Ange , & qui font Peintres &
Connoiiïeurs , malgré le fentimentde
M. d'Argens & de M. de Pile , ne
trouvent pas que ce Célèbre Peintre
ait péché d'avoir regardé le Corps
Humain dans fa plus grande force. Au
contraire il n'app'arcient qu'aux Pein-
tres médiocres de le confidérer dans
fon état de foiblefle. Cette façon de
feifir la Nature dans un Tableau eft
* A Rome dans la Chapelle de Sixte IV.
ce Tableau eft à fiefqiie , peine au-deffus de
l'Autel , vis-i-vis le grand Portail, & d'une
étendue prodigieufe : il fourmille de Figures,
& toutes plus belles les unes que les autres»
Quand Michel Ange l'entreprit, il n'avoir
i amai» peint à frelque î il le coœpofa & le fi-
I<^f
plutôt îa marque de la foibleffl- rnè-
me du Peintre & de i'Amateur qui
l'approuve, que celle du Corps Hu-
main.
La p^MJfance des Membres ne charge
point un Sujet ; elle le met dans l'é-
tat où la Nature le défire, ainfi que
font les Figures des Tableaux de Mi-
chel-Ange, les Hommes bien faits
n'ont pas les Membres décharnés-, les
Parties fcches & allongées , comme
les Figures de Sijnon Vouet ^ qui au
lieu de mains faifoit des pattes d'Arai-
gnées , & au lieu de mufcler les Cuiffes
& d'entrer dans l'action & le mouve-
ment des Figures j ptaquoit des bofles
& des creux fur les extrémités dii
Corps, felouque l'idée g'ùdoit le peu
de connoillance qu'il avok dans i'Ana-
iiatomie.
Cet air fauvage , que l'on attrilDue
aux Figurei de Michel-Ange, eil la
Nature elle-même dajis fa plus gran-
de nobleir^ , s'il avoit gonflé fes Fi-
gures corn Uie Ruhens ^ & qu'il les eût
chargées de graifle , fur-tout dans les
Femmes , on auroit pu dire qu'elles
étùient trop puilTantes Se trop graiïes,
mais au contraire , quand on évite cet
excès , & que l'on s'éloigne de l'état de-
maladie & de fécherelîe , on ne cliar-
ge jamais trop la Nature.
Quelle conipolltion 8c quel feu d'i-
magination ne trouve-t-on pas dan?
le Jugement Univerfel de Michel- Ange*!
A la vérité le Chef-d'œuvre de ce
Peintre, & qu'il n'a pas même fini
ainfi qu'il s'étoit propofé, le Pape Ju-
nie en vingt mois de tems, (ans fecours de
perfonne, pas même pour broyer & préparée
les Couleurs. De Piles prétend au contraire
qu''I a été aidé par FugiardinsSc J-dlia.no di San.
G allô , Pémtres peu connus, quoique de l'A-
cadcniie Florentine dont Micliel-An'jje éîoitu
le Fondateur,.
f 66 Observations sna l'Histoire Naturelle ,
les II. grand Amateur de Peiiuiire, auiri s'il n'avoit eu que ces deux (jua
lut ayant fait abbatre tous Tes cchataux
pour jouir plutôt de la vue d'un fi bel
Ouvrage, avant même que le Peintre
y eut donné fon coup de maure. C'efl
dans cet état que Raphaël puil'a d.ans
ce Tableau fes plus grandes lumières,
qu'il f(,ut mettre à profit , malgré la
jaloufie qu'il avoii conçue pour fon
concurrent.
Si on reprocîie à Micliel-Ange d'a-
voir porté trop loin fon im.:ginaiion ^ ce
n'cù. certainement pas un reproche
que l'on puilîe faire à tous les Pein-
tres; car pouffer l'imagination bien
ioin efl une qualité peu ordinaire.
On vient de voir à quel point Mi-
lites S< qu'il eût ignoré toutes les au-»
tres> auroit-iiété plus grand Peintre ?
Non certainement: ces qualités feules
ne font qu'un Peintre ;itédiocre, fi les
autres manquent. Si M. le Brun avoit
pôlTedé les Parties de la Peinture que
Micliel-Ange avoit au fuprême degré;
& fi Michel. Ange avoit fçu aulTi bien
colorer & avoit aulTi bien entendu les
Ombres & la Lumière que M. le Brun,
ils auroieiit été l'un Se l'autre plus par-
fait dans la Peinture; mais malheu-
reufement^le BnindelTinoit d'un goût
médiocre, & Michel -Ange coloroit
mal ; tandis que le premier coloroit
palIaHement , celui-ci deirmoit com-
cheUAnge a porté la Sculpture > puif- me l'Antique. Voilà un grand Con
qu'il a trompé ( comme je viens de ci
ter) les Connoifleurs de fon tems, au
milieu de Rome même, en préfence de
toutes les belles Antiques qui ont orné
cette Capitale du Monde ; il leur a
donné l'échange & a fait couronner
fon Cizeau en le donnant pour celui
de nos premiers Maîtres. Onvoitauflî
que cet homme fi célèbre dans un
genre fi difBcile , n'étoit pas moins fa-
meux dans celui de peindre , puiique
Raphaël, le Prince des Peintres , ctoit
fi avide de fcs leçons, qu'il ne fe fai-
foit pas (crupule de piller les belles
Compofitions. Quefaut-il depluspour
prouver que Michel-Ange podcdoit
les plus éminentes qualités de la Pein-
ture , qui font le Dejjdn , ÏAnatomie .
la Compofiiion , la * FerfpcBive & la/or-
a des caraBtres.
Il ell vrai que Michel- Ange ne co-
loroit que fo.blement & n'avoit pas
l'ufage du grand Clair- obfcur : c'ert
tout ce qu'on peut lui reprocher: mais
trafte , bien loin du parallèle prétendu
avec lequel M. d'Argens alTocie le Fon-
dateur de l'Académie de Florence
avec celui de l'Académie de Paris.
On ne nous croira peut-être pas fur
notre parole, li l'on n'a pas vu les Ou-
vrages de l'un& de l'autre. C'eil pour-
quoi examinons ici fpéculaiiveuîent,
( car il n'y a pas d'autre moyen quand
on n'a pas les pièces en main ) ce qu'a
valu le Brun , & quels font les talens
8c les morceaux de Peinture que l'on
compare à Michel- Ange, ce qui nous
mettra au fait de la quefiion.
Michel-Ange s'ètant formé & per-
feôioné à Florence même, où il avoit
fait fes études; le Brun ne fut capa-
ble de faire du bon qu'après fon voya-
ge d'Italie ; le Portrait que fit celui-
ci de fon ayeul avant d'aller à Rome,
ne valoir pas le Serpent d'Airain qu'il a
fait enfuite dans le Couvent des Picpus
à fon retour à Paris ; Se il n'a établi
une Académie dans cette Ville qUç
• On voit dans IcTabieau que Ton vient perfpeftivc.d'une multitude infinie de fujets,
«le citex «Il accord parfait dans l'ordre & I2 c« qui fouvent entraîne la confufion.
SUR LA Physique et sur la Peinture.
ï6j
îong-tems après. Au contraire Michel-
Ange avant de fonir de Fiorcnce ,
érigea fon /kcaJcmie , & avoit par
Gonféquent déjà donné des marques
de fon grand fçavoir. Le Brun n'a ja-
mais été Sc«lpteur,& Michel-Ange
étoit Peintre , Scoipteui &; Architeâe.
I.e Brun n'a jamais «té copié par le
Sueur fon Compétiteur , celui que M.
d'Argens égale à Raphaël , & nous
venons de voir que ce dernier a bien
profité des le<^ons de Michel - Ange.
J'aurois encore cent Contrafte à op-
pofer à M. d'Argens ;. mais revenons
aux Tableaux ; car voilà oii doit être la
bonne ou faufle coniparaifon. Nous
avons choifi le Jugement dernier de
Michel-Ange pour fon Chef-d'o:uvre,
prenons aâiiellement les Batailles
d'Alexandre de le Brun , fi connues
de tout le Monde , & que Ton voit à
Verfai^lles. Les Figures dillinéles des
einq morceaux qui compofent ces
Batailles prifes enfemble , font à peu
près le nombre de celles du Tableau
de Michel-Ange. Au lieu de reflem-
blance perpétuelle dans le Deiïein ,
dans la Compofition, on ne trouvera
dans l'CEuvre de celui-ci que des op-
pofnions & du contrafte ; contralle
que M. d'Argens avoue lui- même.
( Voyez fon parallèle pag. yy, ) Les
» airs de têtes du Tableau de Michel- Ange
:^ font fiers Gr variés. Ceux de te Brun ne le
x> font pr e [que potm du tout; les airs de têtes
» des Figures que compofoit ce Peintre ,
» étoient toujours les mêmes.
Que de caraâéres admirables ne voit-
on pas dans la prodigieufe Compofi-
tion du Jugement Univerfel de Mi-
chel- Ange i au lieu que dans les Ba-
tailles d'Alexandre ^ de le Brun, pref-
que tous les Soldats fe reffemblent,
Alexandre paroîtà la vérité plus jeune
être tous de la même iamilfe. Les vieil-
les & les Eumiques , fous celle Tente ,
ont la même phifionomte ou peu s en
faut. Mais dans le Tableau de l'Italien^
les Anges & les Saints, quoique tous
caraclérifés d'un air de tête difTérent,,
repréfentent tous la vertu & la fageffe /
& (ont dans une il grande variété d'at-
titude, qu'il faut une journée entière
pour les étudier les uns après l«s au-
tres ; on y rencontre toujours du neuf ^
chaque fujet vous jette dans l'admira-
tion. Les grotefques grimaces , & les
attitudes burlefques des Damnés &des.
Diables , eft la chofe la. plus fingulicre
du monde.
D'ailleurs quelle comparaifon y a-
t-il à faire d'un homme auflT fçavanf
dans le nud , comme Pétoit Michel-
Ange , dont l'abondance du fcavoic
Anatomique fe préfente continuelle-
ment dans les (Éuvres les plus éten-
dues, & qui fembloit avoir fait renaî-
tre l'âge d"Or, dans plulîeurs fortes de-
morceaux qu'il a compofes j quelle
comparailon, dis- je, y a-t-il à faire
avec un Peintre comme le Brun, qui
ralîembloit dans fes plus belles Com-
poiitions le falle Se le luxe » pour ca-
cher ce qu'il ignoroit des Parties de-
notre Corps: Avons-nous aujourd'hui-
dès Peintres en état de peindre à fref-
que un J//geme«t C/n<Ve;ye/ d'une gran-
deur épouventable , en vingt mois
fans le fecours de perfonne f Et quel-
qu'un d'entre nous a-t-il aflTez de fcien*-
ce pour habiller un nombre infini de
Figures plus grandes que Nature ou.
comme Nature , & en toutes fortes
d'attitudes , avec un méchant bour
de Draperie, comme a fait Michel-
Ange ?
Un exemple feul ne fufïira peut
être point pour fe faire entendre ; i!i
gue fes Capitaines^ mais ils feniblent en faut du moins un fécond £oub:
i5S Observations sur. l'H
ton vaincre entiéreiueiu.
Contrajle de Léonard de Vinci à Jean
Coujln.
Jean Coujîn , dit M. d'Aigeiis , a rendu
aux François le même ferpicc que Léonard
de Vinci aux Italiens. Léonard compofa
divers excellens Ouvrages ; fon Traité fur la
Peinture cjî très efîimé aujourd'hui encore ;
les plus habiles Connoijfeurs le regardent
comme une Source où Pon peut pu'tfer beau-
coup de cliofes excellentes. C^ufîn a travaillé
fur la Géométrie ùi' fur la Perjpeêiive : fon
Ouvragefur les Proportion^ du Corps hu-
main ejl très ejîimé , £r les différentes Edi-
tions qu'en en a faites font des preuves de
fon utilité.
Nous connoiflons à merveille ces
deux traités , ils font entre nos mains •
Hiais il faut obferver qu'au lieu que
celui de Léonard de Vinci eft origi-
nal & rempli de fublimes notions fur
toutes les Parties de la Peinture j ce-
lui de Jean Coufm ne traite que de
quelque -délinitions de Géométrie ,
des proportions Se du racourcilTe-
ment de quelques Figures, & le tout
eft copié du IV. Livre d'Albert Dure,
touchant le fouplement ou pUeures ù' gejîes
déjà décrites es Images.
En fui vaut les mêmes préceptes Se
la même Régie d'Albert Dure ^ Jean
Coufui a feulement mis en Perfpedive
quelques Figures dîH'érentes de celles
de ce Peintre '; mSis ni' la beauté de
l'(Euvre, ni l'excellence delà Doârine
de ce petit Traité , ne font caufe de fes
diilerentes Editions ; puifque l'on trou-
ve dans le Traité d'Albert Dure, im-
primé prefqUe cent ans ayant celui-ci,
bien plus d'éruditions , de propor-
tions de toute nature , avec un détail
iSTOiitE Naturelle ,
i& des circonllances infinies ; mais
c'eft plutôt la modicité du prix Se le
peu de faculté dune infinité de Pein-
tres qui a occafionné le grand débit
du Livre de Jean Coufin. Au contrai-
re Léonard de Vinci étoit célèbre Ma-
thématicien , grand DeJJinattur^ fçavoit
la Pcrfpeâive Linéale Se la PerfpeBive
/Erienne a fond: Jean Coufin n'a ja-
mais connu celle - ci ; où l'auroit - il
pratiquée." Seroit-ce dans les Peintu-
res fur Vitres , aufquelles il s'efl exer-
cé prefque tout le tems de fa vie»
Il faut ici mettre en comparaifon
les Tableaux mêmes que M. d' ,rgens
cite de ces deux Maîtres. Celui de la
Cène que Léonard de Vinci a fait à
Milan dans le Refecloire des Domini-
quains, & celui du Jugement dernier
que Jean Coufin a peint dans la Sa-
crirtie des Minimes du Bois de Vin-
cennes.
Le premier Tableau ert entièrement
gâté, & à peine peut-on y reconnoî-
tre quelques fragmens , qui ne lailTent
pas de dénoter la force Se h hardielTe
du Pinceau de ce Sçavant Italien.
Mais pour en avoir une idée plus
Julie, voici le jugement qu'en fait
kubens*, au fentimo-nt duquel l'on
peut s'en rapporter.
Léonardde Vinci, d'\i-i\,commençoit par
examiner toutes chofcs , félon les régies d'une
égale Théorie , Gr en faifoit enfuite l' appli-
cation fur le Naturel dont il voulait fe fe r-
vir. Il obfervoit les bten-féances &* fuyoit
toute affedation. Il fçivo'it donner à chaque
objet le caractère le plus vif , le plus carac-
terifé & le plus convenable qiHl efl pojjîble,
&■ poufjoit la majejlé convenable aux Jujets
juj'qu'a la rendre divine. L'ordre Gr la mefure
qu'il gardait dans les exprejjions de fes Figu-
res attirent l'aueiuionJUr les parties ejjcntiel-
* De Piles, pag. lé'o.
Us,
SUR, LA Physique et sua la Peinture.
ies^ qu'il a peint avec foin. Il avot unfigrani
foinîéviterla confufion des objet s, qii il aimoit
mieux laijjer quelque chofe à fouhaiter dam
fon Ouvrage , que de rajfajjier les yeux par
une fcrupuleufe exaSitude c mais en quoi il
excellait le plus ^ c'' était comme nous avons
■dit , à dannzr aux chofes un caractère qui
leur fut propre , b" qui les dijUngudt l'une
de l'autre.
Il commença par confulter plufieurs for~
.tes de Livres. Il en avait tiré une infinité de
lumière dont il avait fait un Recueil , il ne
laijfait rien échapper de ce qui pouvait con-
venir à l''expre{Jîon defonj'ujet , (y par le
\6^
tous les deiïeins que Léonard avoit
faits , Si que Riibens avoit vus par-
mi les curiofités d'un nomme Pompée
Leoni qui étoit d' Arrêta. Rubens conti-
nue par examiner l'Anatomie des Che-
vaux > & parle des Obfervations que
Léonard avoit faites fur la Pliyfiono.
mie,dont Rubens avoit vu pareillement
lesdeflfeins ; di fmit fon difcours par la
méthode dont ce Peintre mefuroit le
corps humain.
Voyez à Vincennes fi dans le Ju-
gement de Coufin vous trouverez les
mêmes beautés, & citez-moi quelque
feu de fon imagination , aujji bien que par Peintre qui ait parlé avec tant d'élo
la folidité de fan fugemcnt, il ^élevait aux ges de celui - ci que le célèbre Ru-
chofes divines par les humaines ., ^ fç avoit bens a fait de Léonard. Où fe trouve
donner aux hommes les degrés differens qui donc le parallèle projette entre deux
les portoieiu jufqu'au caratlére de Héros. hommes fi oppofés ? L'un ell Plagia'-j
Le premier des extrées , d'u-
ne couleur ditVéreiue les unes des au-
tres , telles que noir, rouge, bleu,
jaune, vert, couleur de rofe , &c. Ils
y mettent aulTi de l'Or & de l'Argent ,
ce qui fait le plus bel effet qu'on puif-
fe imaginer. Tous ces Livres ne font
point reliés ; ils font feulement con-
fus avec de la foyc du côté du dos par
defl*us leurs couvertures , ce qui n'em-
pêche pas qu'ils ne fe tiennent auiïi fa-
cilement puverts que s'ils étoient re-
liés. Leurs couvertures eQ une efpéce
de Moire , laquelle eft colée fur un car-
ton. Les Volumes qui traitent d'un mê-
me fujet font tous enfermés dans une
bocte de Carton très-limple: chaque
Hifloire ou chaque Matière a la fienne.
Ces boëtes (ont à peu près de la même fi-
gure de celles qui fervent dans les Bu-
reaux pour mettre des papiers, avec cet-
te diflcrence feulement, qu'il y a trois
ou quatre anneaux attachés au corps &
au couvercle de la Bocte . dans lefquels
l'on fait entrer des chevilles , un peu à
force , qui la tiennent fermée , & il
y a delTus une étiquette en Caradéres
Chinois , qui indique ce que coniien-
peut les Livres qui font dedans. On
peut dire que l'induftrie des Chinoîs
eR bornée fur cette article j car leur
Bibliothèque ne peut avoir ni le coup
d'œil aufTi gracieux que les nôtres , ni
la même commodité, 6* l'on feroit
même tenté de croire que cette façon
de conferver Si d'arranger leurs Livres ,
ert une efpéce de preuve qu'on lit afler
rarement chez eux.
J'avois toujourscru que tous iesLivres
Chinois s'imprimoient avec le Rou-
leau ; mais ceux dont je vienj de par-
ler où il y a plufieurs rentrées de diffé-
rentes couleurs, font indubitablement
imprimés, ou avec la Preffe qui fert à
l'Imprimerie en Lettres , ou avec quel-
qu'autre Machine qui produit le même
effet.
Le Père du Halde , dont on a parlé
plus haut , rapporte que Pimpreffioa
Chinoife fe fait avec deux Broiïes; l'u-
ne fert à mettre l'Encre fur la Planche
& l'autre à unir le Papier quand il eft
pofcdeffusj cela peut être en ufage
pour les Caraftères d'une (eule cou-
leur , mais pour les page» où il y a plu-
fieurs rentrées de différentes couleurs,
il faut nècelTairement que les Chinoi*
fe fervent de quelqu'autre moyen plus
facile. Peut-être feroic-on inftruit de
cette Méthode en lifant l'inllrudion
circonllanciée touchant l'Imprimerie
Chinoife , compofée en Allemand pat
André Muller.
Les grands Caraâéres , tels que fonc
ceux qui fervent aux affiches , ils les
gravent en creux. fur la Planche, de
forte qu'ils viennent blancs fur le Pa-
pier, Si que le fond eff noir. De tout
ce que l'on vient de rapporter touchant
l'immobilité des Caradéres, la Gra-
vure & l'impreffion des Livres Chi-
nois, &c. il eft aifé de conclure que l'in-
vention de la Gravure en Bois pour
imprimer eft oriijinaire de la Chine ou
SUR LA Physique Et
Se la Tartane Orientale , maii que le
véritable Art de ^Imprimerie en Ca-
ractères mobiles , la manière 'de les
jeiter en fonte ^ Se celle de compofer
avec lefdits Caraâéres , n'a point été
inventé en Orient, & que cette in-
vention a été trouvée en Europe,
II eU remarquable que les Chinois ,
les Japbnois & les autres Peuples qui
fe fervent des nicmes Caradéres , n'e-
xercent point la Gravure en Cuivre ,
& qu'ils ne s'appliquent uniquement
qii''à la Gravure en Bois. C'ell fans
doute à caufe de la commodité qu''ils
y trouvent, pour tirer autantd'épreu»-'
ves qu'ils le défirent,- Quoiqu'il en
foit , il doit y avoir une grande
quantité de Graveurs en Bois dans ces
Pays-là.
La Gravure en Bois fert encore à
pluPieurs autres ufages en Orient. A
la Cliine Sr au Japon on s'en fert quel-
quefois pour former le trait des Eftam-
pes enluminées ; on voit de cette fa-
içon à Paris dans un Parloir du Cou-
vent de Saint Lazare une grande Fi-
gure adife, repréfeniant une Idole de
la Chine. Les Chinoise les Japonois
cmployeiu encore cette Gfavùre pour
•faire des Papiers de Tapifl'eries & de
Paravents , & pour faire d'autres Pa-
piers par rentrées , qui imitent les
Toiles peintes.
A la CInne, au Japon dans l'Indof'-
-«an , ou i'Ëmpire du Grand Mogol ,•
au Pegu , aux llles Maldives , & au-
•ïres Ifles de la Mer Indienne , dans la
Perfe & chez plufieurs autres Peuples
Orientaux ; de lems immémorial l'on
y imprime & l'on y frappe le trait dc%
delleins fur les Etofes , Toiles pein-
tes , ou Indiennes avec des Planches
de BjIs gravées par bouquets déta-
chés & par rentrées. Les Broderies
qui iious viennent de ces Pays-là ne
suit LA Peinturé. 17;
font point deOTmées autrement ; & li
l'onvouloit pour s'en éclaircir, débro-
der plufieurs bouquets pareils , l'on
verroit facilement que le trait de
chacun n'eil point deffmé à la main ,
qu'il efl; imprimé , & qu'à totis il
a été fait avec la même Planche. La
manière de frapper ce trait, efl detap-
per à plufieurs fois la Planche du côté
qu'elle efl gravée , fur un morceau de
Drap imbibé delà couleur qu'on déli-
re employer , & de pofer enfuite cette
Planche du même côté fur l'EtolTe que
Ton veut marquer ; fi-tôt qu'elle elt
defTus , on appuyé fur la Planche ua
peu ferme avec la main , ou s'il efl né-
celTaire pour la faire bien marquer ^ on
frappe deîTus avec le poing ^ avec le
manche d'un marteau ou autres cho-
fes (emblabîes. II faut avant cela que
l'Etofe foit pofée fur quelque Drap au'
autre Etofe mollette ; car li l'on n'u-
foit pas de cette précaution , 8c qu'elle
fût pofce à nud fur la Table , oncour-
roitrifque d'éclater les traits de la Gra-
vure, en frappant & en imprimant l'Eto-
fe en queflion. Les rentrées des bouquets
& des fleurs, le marquent à peu près
de la même façon ; il faut feulement
prendre garde de pofer les Planches
des rentrées bien jufte dans le milieu-
des contours , lefquels auront été mar-
qués parla première Planche qui aura'
fait le trait du Dcflfein.
A 1 égard des Toiles peintes , il fauc
obferver que la plupart des ornemens
ou des Beurs font gravées mates ; atÎH
que les Pianches marquent d'un mê-
me coup, le plein d'une fleur ou d'au-
tre chofe , conime s'il étoit rempli à la
main avec le Pinceau. Les Indiens 8c
les Pcrfansj pratiquent une manière
très -avantageufe pour imprimer les
couleurs fur leurs- Toiles,, quand les
parties qui doiye-nt venir toute d'un^
17^
Observations sur l'Histoire Naturelle,
couleur, font un peu grandes; ils Ici
gravent en creux fur leurs Planches de
bois, ils incruflent le dedans à force
de morceaux de Callor ou de Feutre ,
Icfquels étant imbibés de couleur , la
font happer &: marquer fur la Toile
trèà-facilcment.
On voit de ces Toiles peintes ou
brodées , qui font très - délicatement
travaillées, & qui font connoitre que les
Indiens &c les Perfans ont parmi eux
d'habiles Graveurs en Bois. Ce qu'on
doit entendre pour le trait Se non pas
pour les tailles. Car je crois que s'il
falloit qu'ils gravaient une Ellampe
ombrée, ils feroient trcs-embarralks.
L'on voit cependant fur les Toiles de
Pcrfe , quelques tailles qui forment les
côtes des fleurs & des feuilles ; mais
c'eft très-peu de chofe , en comparai-
fon des Gravures en Bois cjui fe font
en Europe.
Les plus heWeiChitcs ou Toiles pcin-
tes des Indes , fe fabriquent à Seronge ,
"Ville de l'Empire du Grand Mogol.
Pendant la faifon des pluyes qui durent
quatre mois , les Ouvriers impriment
leurs Toiles, quand la pluyeeft celTée
& qu'elle a troublé l'eau de la Rivière
qui paffe à Seronge , ils y lavent les
Toiles qu'ils ont imprimées ; cette eau
trouble a la vertu de faire tenir les cou-
leurs & elle leur donne plus de viva-
cité ; plus ces Toiles font lavées par
la fuite , plus elles deviennent belles ,
au lieu que les couleurs des autres
Toiles peintes des Indes ne font paslî
vives & qu'elles s'effacent en les lavant
plufieurs fois. On fait à Seronge une for*
te deToile peinte.qui eLl fi fine.que l'on
voit la chair au travers quand elle ell
fur le corps , on n'eu voit pas en Eu-
rope de cette façon , parce qu'on la re-
tient toute pour le Sérail & la Cour du
Grand Mogol ; les Sultanes & les Fem»
mes de condition, en font faire des
ehemifes & des Kobes d'Eté pour leurs
ufages.
Il ell étonnant que les Anciens qui
ont gravé en relief fur le Bois , n'ayent
point trouvé l'invention de tirer des
Empreintes avec cette Gravure ,• 8c
qu'un fecretfi admirable ait été incon-
lui en Europe , pendant l'efpace d'un
fi grand nombre de fiécles. Principale-
ment dans les Pays policés , tels que
la Grèce & l'Italie , où les Sciences &
les Arts Libéraux étoient cultivés avec
grand foin ^ & où l'on traitoic de Bar-
bares les Nations qui ne s'y attachoient
pas.
La Gravure en Bois n'a iamais été
en plus grande ellime, que lorfqu'elle
a commencé à être ufitée en Europe
pour tirer des Eflampes,- chacun à l'en-
vi s'en vouloit mêler , ce qui elt caufe
qu'on voit une infinité d'anciennes Ef?
lampes très-mal gravées. Plufieurs Au-
teurs ont avancé , que les Voyages de?
Européens en Afie , leur fréquentation
& leur commerce avec les Chinois Se
les Indiens , avoient fervi à faciliter la
Découverte de cette Invention. En
effet, cela n'ell pas hors de vraifem-
blance , car fans parler de l'Impreffion
Chinoife, & des papiers de Tapiffe.-
ries du Japon ; les EtoBes & les Toi-
les de Perfe & des Indes , examinées
avec attention, étoient certainement
très-propres à faire faire des réflexions
aux génies indullrieux, & à leur décou-
vrir des moyens faciles de parvenir à"
la perfeclJon de la Gravure en Bois, &;
d'en tirer toutes les utilités poffibles.
L'ignorance qui regnoit dans le qua-
torzième fiécle , Si la négligence des
Hilloriens de ce lems-Ià , nous ôtent
la connoilTance de l'Artille à qui nous
en fomnies redevables. On ne fçait pas
même bien pi>ruivement fi l'Impref-
iîon
SUR. LA Physique et sur la Peintur.e.
'fion des Eflampes en taille de Bois , a
devancé l'ImprefOon des Livres avec
les Planches gravées. Cependant il eft
incontellable, que les premières Eflam-
pes qui ont été faites en Europe ,
étorent gravées en Bois^ & que les pre-
miers Livres imprimés ont pareille-
ment été faits par le moyen de cette
Giavûre. Les unes 3c les autres ont de-
vancé de pluGeurs années j les Eftam-
p2s en Taille-douce fur le Cuivre , &
ont fourni l'intelligence pour inventer
& perfeélionner cette dernière Gravu-
re. L'Hifloire Littéraire d'Italie , inti-
tulée , Idea delta Storia dell. Itdia Lette-
rata , par le Docteur Gimma, Napoli-
tain , imprimée à Naples en deux To-
mes /n-4°. chez' Félix Mofca, l'an 171 3.
pourroit donner quelque lumière fur
l'époque de iTnvenuon de graver en
Bois pour tirer des Ellampes. Je n'ai
point vu cet Ouvrage , tout ce que
j'en fçai, c'ell: que l'Auteur a inféré
dans le preuiier Tome, l'Hilloire des
Sciences & des Arts depuis Adam juf-
qu'au quatorzième fiécle inelufive-
ment. 11 y a fait l'Hilloire de la Gravu-
re en général , ^' il peut bien y faire
mention d'Eflampes en taille de Bois ,
6i de quelques Graveurs qui nous font
inconnus. Le fécond Toaie comprend
le quinzième fiécle iufqu'en 172.5.
On eft porté à croire touchant l'O-
figine de la Gravure en Bois^ pour
tirer des Elbmpes , que quelque Pein-
tre en migr.ature parmi ceux qui enjo-
livoient d'ornemens Si de Figures, les
premières feuilles & les commence-
mens de cl^apitre des Livres manuf-
crits de velin , aura trouTc l'Invention
de graver en Bois le trait de fes Def-
fèins &. de les imprimer furie velin,
pour s'épargner la peine de les tracer
&c de les répéter au Pinceau. L'on voit
d'anciens manufcrits dont les couleurs
■177
Année i-j^2jTom, H, Partie. FI,
■font elTacées , où ces traits de Gravu-
re fe remarquent. D'ailleurs cette opi-
nion s'appuye fur ce que les ancien-
nes Ellampes de Gravure en Bois , font
pour la plus grande partie fans aucune
taille Si au luiiple trait. La plupart ne
font que des quadres de pages Si de
vignettes de Livres , que l'on a fait fer-
vir par la fuite avec l'ImprefTion des
Lettres. Il efl: très-fûr au moins qu'il
y a eu de ces fortes de Gravures ^ avant
les premières ImprelTions de Lettres
gravées en Bois ; c'efl- à- dire , environ
Tan 1400. Si l'on objefte qu'on auroit
pu dès ce tems-là , fe fervir de la Gra-
vure enBjis pour imprimer des Livres,
la réponfe eft toute prête ; car l'imino-
bilité des Lettres fur les Planches de
Bois , <:toit un premier obftacle , &
Cl fuppofant même leur mobilité , il
auroit fallu une fujetion, un tems , &
une dépenfe fi confidérable pour s'en
fervir à l'imprelTion , que l'un ou l'au-
tre de ces moyens , quoique décou-
verts, n'a pu être mis en ufage que long-
tems après l'invention , &: qu'à mefura
que rinduftrie a perfedionné les pre-
mières Découvertes.
Des Anciens Graveurs en Bois, &" fur
l'inuenticn de l'Imprimerie.
Tontes les anciennes Gravures en
Bois font fans datte &- fans noms da
Graveurs , de façon que l'on ne peut
raifonnablement remonter plus Iiaut ,
pour leur antiquité, qu'au commence-
ment du quinzième fiécle, quoique la
Gravure en Bois ait pu être inventée
dans le quatorzième ; de plus l'on ne
peut rien dire de pofitif touchant le
Pays où cette invention a été trouvée.
Les Italiens^ lesHoIlandoisôc les Alle-
mands ne manquent pas de raifons
pour s'attribuer cet honneur. Les pre-
ijS
Observations sur. l'Histoire Naturelle,
mie rs allèguent l'excirice de la Pein-
ture & de la Sculpture , lequel a re-
fleuri en Italie bien auparavant qu'en
Hollande & qu'en Allemagne ; & qui
femble avoir dû procurer dans cette
Région, l'invention de la Gravure pour
tirer des Eflampes. Les Hollandois
citent Laurent Cofler , & prétendent
qu'il a trouvé l'Art d'imprimer après
avoir gravé quelques Planches de Bois
en 1420. Les Allemands qui paroif-
fent mieux fondés, prcfcntent les pre-
mières Impreffions avec des Planches
de Bois, faites par Guttemberg &C fes
Adocic.» l'an 14SO, &; ceux de Straf-
bonrg citent Jean Mentd en 1440.
Mais ■> '1' Coflcr , Guttemberg , ni
Mentel - ne doivent point être re-
gardés comtne Inventeurs de la Gra-
vure en Bois pour les Ellampes^ quoi-
qu'ils le paroiflent de l'ImprefTioji des
Lettres ; & l'on doit plutôt croire que
cet Art atté inventé bien avant eux en
Italie , par quelque Sculpteur ou quel-
que Peintre qui nous e(\ inconnu. Ce-
pendant , comme ceux que nous ve-
nons de nommer , ont tons gravés en
Bois, de même que les Imprimeurs ,
des premières Imprimeries qui ont été
établies dans plufieurs Villes de TEu-
rope ; on ne laillera pas de commen-
cer par eux THilloire des premiers Gra-
veurs en ce genre.
Laurent Cojier éio'ii [\atif delà Ville
de Harlem en Hollande , & Concier-
ge du Palais, ou de THôtel-de- Ville.
îles Hollandois prétendent qu'il irou--
va l'Invention de l'Lnprimerie , par le
moyen des Caradéres qu'il grava fur
du bois de Hellre en fe promenant à
la Campagne Tan 14203 qu'il commen--
ça par quelques Vers , dont il lit des
empreintes lur du Papier avec de l'En-
cre à écrire ,• que par la fuite il inven-
ta celle à huile dont on le fert dans içs
Lnprimeries; qu'il trouva le fecret cTe
fcparer les Lettres de Bois Se de les
rendre mobiles ; que peu après il en
fit de Plonib 8c d'Etain , Si qu'il mit
enfin cet Art dans fa perfection, en l'an-
née 1440. On voit à Harlem une inf-
eription de cette Hidoire, fur la Por-
te de la Maifon où Goller demeuroit,
Scies Vers fuivans.
Memori^ Sacrum. Tipographîn, Ars
Artium omnium conjervntrixy mtnc
primum inventa circà annum 14-^0,
Vana quid Archetjpos , &* Prxla , Mogumia.
jaâas ?
Harlemi Archetvpzs yrcdaque natafcias.
ExtuUi hic j monjirante Deo , Laurtntius artem :
DiJjimuUreiirum., dijfimulare Deumejl,
On voit la Statue de Cofler dans
l'Hôtel-de Ville de Hailem , & l'on y
conferve fous une enveloppe de foye
dans un collVct d'argent le premier Li-
vre qui a étc imprimé , fuivant le fen-
timent des Hollandois. Il a pour titre ,
Spéculum humariiz Salvatiojiis , on l'ap-
pelle communément le Spéculum falutis ,
ik il ell orné de plufieurs Figures. On
dit qu'il efl en Langue Flamande , Se
qu'apici celui-là Coller le lit en Vers
Latin. Les pages ont chacune en tête
une grande Vignette gravée enBois ,
de quatre pouces de hauteur & fept
pouces de large j elles (ont féparées en
deux fur la largeur par un ornement
Gothique ; ces Vignettes reprcfentent
des fujets de l'Ancien Se du Nouveau
Teftament , elles font dellinées dans le
goût Gothique , c'ert-i-dire , très- mal ;
le nom de chaque fujet efl au-delFous
de chaque Planche , &. les Lettres d'ira-
prefTion font imprimées en deux Co-
lonues fur chaque page, relativement
SUli LA FhYSîQUE
à chaque fiijet d'Hittoire. Elles font
toutes Gothiques.
On ne peut douter que ce Livre ne
foit des premières Gravures en Bois ^
&C des premières [mprelTions; on con-
viendra que les Ellampesontété faites
au rouleau avant la Lettre d'Imprime-
rie , qu'elles ont été imprimée» avec
Encre à huile, grife on couleur de
Billre , & que le Papier ell plus foulé
à ces endroits-là , qu'aux autres , où les
Lettres ont été imprimées avec une
Encre très - noire. Ce qui marque fen-
lîhlement que les Eflampes ont été im-
primées plulîeurs années avant les Let-
tres , & dans un tems où l'on n'avoit
pas encore fait de belle Encce.
Plufieurs Auteurs qui ont parlé de
cet Exemplaire, prétendent que les
Lettres ont été gravées en bois. Pour
moi , je n'en crois rien ; au contrai-
re , je penfe qu'elles font produites par
Ses Caraôéres d'Etain ou de Fonte ^
mobiles Se féparées les unes des au-
tres. Ce qui me confirme dans cette
penfée , c'efl que plufieurs quadrats ou
efpaces font refTortis de leurs places ,
& qu'ils ont marqués des taches noires
fur le' pgpier en plufieurs endroits ,
particulièrement à la fin de quelques
lignes. Ces taches font quarrées , mais
à quelques endroits les efpaces ont
foulé fimplement le papier fans le
noircir. D'ailleurs il efl aifédevoir que
plufieurs Lettres femblables , [ comme
par exemple des A capitaux ] ont été
fondus dans la même Mattice. On a
beau dire , il ell impofTible de graver
plufieurs Lettres femblables , foit en
Bois ou en Cuivre fans qu'il n'y ait
quelque différence entr'elles^ trcs-fen-
fible aux yeux d'un habile Graveur
qui les voudra examiner avec atten-
tion. De tout cela , je conclus que les
Planclies des Figures de ce Livre ont
ET SUR LA Peinture. 179
d'abjrd été gravées, dans le deiîein
que leurs épreuves fuifent remplies d'E-
criture à la main , que l'oli en aura
tiré un grand nombre avec cette mau-
vaife Encre dont j'ai parlé ci- defius ;
qu'enfuite le fecret des Lettres de Fon-
te & féparées ayant été trouvé, l'on
aura employé ces Epreuves d'tflam-
pes , & l'on aura imprinié deffus avec
les mêmes Lettres qui ont fervi à im-
primer les premières pages de ce Li-
vre.
Les Hollandois difent encore, que
Cofler a fait une Grammaire intitulée
Donatus , avec des Lettres mobiles ,
gravées en Bois. Jean Saubert à la page
ii6.de fon Hijîoire de Nuremberg , ciie
trois Ouvrages , lefquels ont été im-
primés avec des Planches de B]:>h.
Qux Ugno incifa funt hue non refera , v. ,?.
libdlum fabidorum ù'fimilitudimvn , qua-
lis efl D. Hardiebii Ubelliu German'cus
IteiTique fpecidum morientum. Speculumfd'
liais , ù' id genus alla. Mais toute cette
Hiftoire de Coller eft regardée comme
une Fable faite à plaifii- par plufieurs
AuteurSj de l'on prétend qu il n'y a
point de conviétion aifez forte poar lui
pou voir attribueravecjuRrcc, l'honneur
d'avoir inventé l'Art de l'Imprimerie.
Jean MenreZ Gentilhomme Allemand,
natif de Stralbourg^ & concurrent de
Coller , efl: regardé par d'autres Au-
teurs comme l'inventeur de l'Impri-
merie , ils difent qu'il grava d'abord
des Lettres en Buis & Poirier, & qu'il
en fit enfuite avec des Métaux. Une
Chronique de Strafbouig affure qu'il
fit cette Découverte en 1440, î44î
ou r447. elle ajoute , que Mentel em-
ploya Guttemberg, Orfèvre de Mayen-
C2 , pour faire des Poinço ns & des Ma-
trices , & que Gensfleich , domellique
de Mentel, communiqua tout le fecret
à Guttemberg , qu'ils s'en allèrent en-
Zy
vîa Observations sur l'Histoire Naturelle ,
femble à Mayence^ où ils s'alTocicrent
avec Faiifl fameux Marchind de cet-
te Ville. On rapporte encore des Let-
tres Patentes de l'Enpareur Frédéric ,
qiir pernifttent à Mental de mettre
iKie Conro-ined'Or fur la tête du Lion
qu'il portoit dans fes Armes ; mais tous
ees faits font contredits,, car on ne
produit aucun Ouvrage de Mentel ,
& l'on prouve que les premières Im-
prefTions de StrafDourg n'ont été far-
tes qu'en 1474.. On ditaufTi que Men-
îel n'a pu obtenir des Lettres Paten-
tes , qui le déclarafTent Inventeur de
cet Art en 144/5. pullqu'il n'auroit pu
en cinq ou fix années en faire connoi-
tre l'utilité , s^^il efl vrai qu'il eût trou-
vé ce fecreten 1440. [raifonqui pour-
roit.bien être rcfutab.e ,. car eji moins-
d'un u'vois de tems , on auroit pu la
faire connoitre à toute l'Europe. ] Et
l'on ajoute j enfin, que Guttemberg Se
fes Aflociés ont palîcs pendant plus
de foixanteans pour les uniques Iiiven-
teucs de l'Imprimerie, fans que per-
fonne pendant tout, ce tems-là fe foit
avifé deleur difputer cet honneur.
C'eft donc à Jean Guttemberg ,.
Bourgeois de Mayence, à qui la Pof-
téritc doit avoir obiig.Tiion de l'Inven-
tion de cet Alt. Pendant quelques an-
nées il tenta feul l'exécution de fon
delTein , & grava en bois quelques pe-
tits Ouvrages. Mais comme il s'apper-
çut qu'il ne pouvoir lui feul venir à
bout d'une entreprife de iî longue ha-
leine, il fît part de fon fecret à Jean
Faufl, riche Citoyen fon Compatriote,
& avec le fecours de Pierre Schoeffer
dit Opilio , Domellique de ce dernier
qui avoit beaucoup d'intelligence, ils
gravèrent en bois toutes les Planches
Prefle ne fut trouvée que par la fuite
& qu'elle n'a été en ufage que lorfquc
iWrt de l'Imprimerie a eu atteint fa
perfection. Ce premier Livre étoit un
Vocabulaire Latin ,. intitulé Catholicon y
que l'on croit être un Ouvrage com-
pofé par Jean Balbi Religieux Domi-
nicain, qui l'acheva en i. 18e, avec ce
titre CathoUcon feu fumma Crammatica-
iiî. Cheviiiier protend que c'eft le Li-
vre intitulé Summa quiV Catliolicon ap-
pelUtur Jcannis Janumfis Ord. F. F. Prced^
dont on voit plufieurs imprefTions très-
anciennes dans quelques Bibliothè-
ques ; quoiqu'il en foit , il fut mis en
lumière l'an 1450 , d'où l'on peut in-
férer, que Guttemberga commencé à
graver en bois environ l'an 1 440 vingt
années avant que l'on ait eu trouvé
l'invention de graver en Cuivre •, ce
qui efl d'autant plus vraifemblable qu'il
avoit fait nombre d'eilais , plufieirrs
années avant d'avoir fait part de foa
fecret , & quelqu'auires s'écoulèrent
pendant que lui &c fes Alfociés gravè-
rent les planches de ce Livre. Mais
comme la longueur du travail de ces
planches gravées étoit extrême, &
qu'elles ne pouvoient fervir qu'à lia
même Ouvrage , ils s'en dégoûtèrent
& gravèrent des Lettres de bois fépa-
r^es & mobiles, avec lefquelles ils inir
primèrent quelques Livres. Cela ne les
fatistaifaïupas encore, Scf\oetTer natu-
rellement indullrieux, trouva le fecret
en gravant des Poinçons & en frap-
pant des Matrices, de faire des Lettres
de métail; Fauft fut fi charmé de cet-
te invention, qu'il donna fa fille ea
mariage à Schoelîer avec une dot con-
fdérable, ne croyant pas qu'un fervr-
ce de cette importance put être trop
d'un Livre dont chaque page avoit la, avantageufement recompenfé.
Genne> ils Tmiprimerent au Rouleau,
«ar^il. eft certain que i'invemion de la
On remarquera que les premières im-
prelTions de Guttemberg 8c de fes AlTo-
SUR LA Physique et sur la Peinture.
iSi
cîisj ayant été faites à clefTein de palier
poiudes Livres manufcritsjls furent im-
primés fan5Frontifpice,fansVignette5(Sc
fans Lettres grifes'; parce que toutes ces
choies fe peignoient après l'impreflTion
fur le Velin , ou fur le Papier ^ atia de
mieux tromper ceux à qui on les ven-
doit. Telle efl: la Bible in follodc Mayen-
ce,qui ell dans la Bibiiotliéque de Saint
Viftor, Se dans celle du Collège Ma-
zarin ; mais qnef^ques années après ^ le
fecret de l'Imprimerie fut connu , iSc
Hen n'empêchant alors d'orner les Li-
vres d'Ellampes gravées, la Gravure
en Bois , comme la première en ufa-
ge , y fut employée avec profufioii.
On en voit de tris- anciens , où il y a
des Edampes «î^c des quadres de celte
Gravure, avec des Lettres Capitales
dorées Se peintes.
On voit des Vignettes 8i des Let-
tres grifes gravées enb'îis, dans tous
les Livres fortiî des premières Impri-
meries qui furent établies dans nombre
de Villes fameufes. Li plupart defdi-
tes Gravures font mal faites , parce
que le goût Gothfque étoit encore en
vogue, & que les Imprimeurs en tai-
foient eux-mêmes à mefure qu'ils en
avoient befoin ; cela eft d'autant plus
véritable , qu'on n'y trouve aucune
marque qui puilTe faire connoitre les
noms de ceux qui les ont faites. Il e[\
vrai qu'on n'y a pas beaucoup perdu ^
on doit feulement avoir regret d'iiino-
rer , par qui ont été gravées la p us
grande partie de celles qui on paru en
Italie,. dans des Livres Se en Eilam-
pes , fur la fin du quinzième liécle, &
au commencement du feizicme , par-
ce qu'elles ont été faites par plufieurs
bons Peintres ,^ &c. & par d'habiies
Dcflinateurs, lefquelsont pratiqué cet-
te Gravure, ou pourproduire leurs Def-
fé la ProfelTiôn de graver en Bois, qui
devoir beaucoup les occuper dans ce
tems-là.
La Ville de Rome n'eft pas la pre-
mière Ville après Mayence où il y ait eu
une Lnprimerie , comme on Ta cru iui-
qu'à préfent ^ cet Art n'y fut établi
qu'en 141^7 a par Surenheim t\ Arnold
Pannarto. On efl perfuaié qne Mirtin
Crantz , Ulric-Gerin & Michel Fri-
biirger,ne commencèrent d'imprimer
à Paris , dans le Collège d-^ Sorboit-
ne qu'en 1470J cependant il ell cer-
tain qu'on avoit déjà imprimé en cette
Ville quelques années auparavant. M..
l'Abbé du Bos » de l'Académie Fran-
çoife , m'a fait le plaifir d." m? comnu-
iiiquerun ancien Livre très-rare , im-
primé à Paris des l'an 1454 , S< qui
n'elt point à la Bibliothèque dn Rot.
C'elt un petit in-folio^ intitulé rOrdi-
naire des Chrétiens , fur la première pa-
ge le Monograrae du Libraire dont on
va donner le nom , forme la première
Lettre du Titre-; ce Monograme cft
un vifage de Profil , fait par des en-
trelas en forme de chiffre ingénicufe-
ment tracés & gravés en Bois très-pro-
prement. Dans le corps du Livre il y
en a encore quelqu'uns plus petits,
qui forment des Lettres grifes, avec
plufieurs fiijets gravés en bois , rien
qu'au trait mal deiriné ^< d'un mauvais
Gothique. A la tin du Livre on trouve
cette datte.
L'an (5658. après le commencement dz
VuniverJeL Monde.
Et l'au 1464. le vingt-deuxième jour
de Mai ^ après l'Incarnation de Notre Sei-
gneur ^ fut premièrement confummé ce pré-
fent Livre , ij-c»
On lit plus bas , qu'il fut imprimé à
Paris , pour Antoine Verard., Mar-
chand Libraire du Palais , lequel a
feins , ou parce qu'ils ayoient enibraf- auffi vendu plufieurs Livres d'anciaa-
102 Observations sur l'Histoire Naturelle,
lies Ctu'oniqiies , dans Icfquels il y a taits. L'Imprimerie d'Anvers fut établie
nombre d'Éftampes au traita gravées
en bois, mais grufTiérement faites 8c
encore plus mal defTinces. Les Lettres
^rifes de la plupart de ces Clironiques
ne font point imprimées, elles ont été
enluminées en Vermillon ou en Azur.
J'ai vu quelques-uns de ces Livres de
l'an 14.95 , Sec. ils font tous imprimés
en Caradéres Gothiques , de même
que rOrdinaire des Ciirétiens de i •4-<54.
L'Imprimerie fut établie à Venift: en
1471^ par Jean de Spire & VenJelia.
Celle deNaples, la même année, par
Sixtus Ruli;;er. Celle de Louvain en
.J473 , parJean de \7el1plialie. Celle
de Strjfbourg , fut établie en 1474,
par Jean de Cologne & Jean Men-
tlieib ou Mentelin. Celle de Padoue, la
même année, chez Pierre Maufer. Cel-
en I489, par Gérard Leeu. Celle de
Seville par Paul de Cologne & fes
Aiïociés^ l'an 149 1. & celle de De-
venter en Hollande , par Richard Pa-
fracr , en 1499.
Tous ces établilTcmens n'ont été
faits , que lorfque l'on s'efl fervi de
Lettres de Fonte mobiles &: féparées.
Le plus ancien Livre de cette façon
avec datte, elldel'an 14^3. c'eft un
Pfeautier Latin in-quarto , de l' Impri-
merie de Faufl & de Schoeffer. Si le
•Ledeur eil curieux de connoître le
fcniiment des Auteurs^ touchant tous
ces Imprimeurs 8c les Ouvrages qu'il»
ont imprimes , en confultera particu-
lièrement , Tri thème en fa Cirnniijue
d'Hirfangen. Jean de la Caille , Hijîoire
de f Imprimerie. Chevilltcr dans fonOri-
le de Milan en I47'> ^ par Pliilippe de gine de ^Imprimerie. Sp'iegcl damfon Le
iLavagng^ Celles de Bruxelles ^ de Lyon
& de Genève en 1478. Colle de Balle
fut établie en I481, par Jean Amer-
Bach, qui fut l'un des premiers qui
imprima en .Caraclcres ronds & par-
xicon Juris , St" dans fes Azotes fur Richard
Banholïn de Peroufe. Jérôme Gebviler ^
dansfon Panegerique de Cliarkquint. Paul
Jove , Lip. 19. Hijhire Sponde A C.
1440. A'«. 45 ^c
SUR LA Physique et sur la Peinture .
183
4> 4> <4^4-> <-^^ <^4> <¥4> <^4> <^4> «-|-4-> 4|r4-> <i;^
LES D I S P U T r. o
DES PHILOSOPHES
ET DES JRTISTES MODERNES.
TV*)i:pvV"^>4j'j>^*' 'Vij c*^T r,*o >*>" r.^o jXT '^.s»» ^fX\ . rA»3:e^T^« '>»ï.-iXTrxo ■.**•*• *>*> j^" >*) t*^^ ris*? c*^* ''Xo :^ ■■ -Vm •s^r^^Tg/yK
ARTICLE IX.
Sur les tremblemens de terre ^ Gr critique à ce fujet d'une Lettre inférée dans le
Journal de Verdun, (Nov. 1752. ) &' dun Extrait des Journaux d'Angleterre
inféré dam le Journal Oeconomique ( du mûme Mois)yui traite de la même Matière.
5^^^M E viens dé recevoir une Let-
ljr~\ \.S tre cl\in Auteur Anonyme ,
^1 ^ 1 7 qui attaque le Sentiment de
^'^^5^^ M. Premier ,' lequel a voulu fe
lervirdu Syrtême de la Cir-
culation des Eaux au Centre du Globe
Terrefire^ pour établir la caufe des
Volcans & des tremblemens de Terre. .
Cette prétendue circulation des Eaux
dans l'intérieur de la Terre a été <om-
battue par plufieurs Auteurs ; l'idée en
eft fort ancienne , mais pas moins con-
traire au Méchanifme univerfel. L'Au-
teur de cette Lettre ( que je vais don-
ner ici ) en veut également dans fa Cri-
tique , à un Extrait du Journal (F.co-
nomique fur l'explication de la caufe
Phyfique des tremblemens de Terre ,
traduite des Journaux Anglois. Je ne
puismedifpenfer de donner fa Diflerta-
tion en deux Parties, étant un peu lon-
gue , pour ne pas la réduire ; ce feroit la
gâter que d'en retrancheriquelque Arti=
cle. La féconde Partie fera dans mes
prochaines Obfcrvations.
Lettre à l'Auteur des Obferv.par M. R*^ ,
contenant la Critique du Syftlme de M.
Fréiier^furles tremblemens de Terre^ Grc.
J'ai vu paroître , Monfieur, dans
le Journal de Verdun du mois de No-
vembre 1751 , une réplique de M.
Frézier contre l'Auteur de YHifîoirc des
tremblemens de Terre arrivés â Lima Ca-
pitale du Pérou. Comme je fuis lui peu
interrelle dans cette difpute v^c que je
prends beaucoup de part à la defenfe
de ce Livre , étant ami de l'Auteur,
du Tradudeur & du Libraiie, je ne
fçaurois paifer fous filence le tort que
l'on veut faire à l'Ouvrage en queilion
qui renferme des Réflexions de Phyfi-
que atfe? neuves & allez interrelTantes ,
: !?4 Observations sur l'H
qiuiq'.i'clles blclFein véritablein;nt les
Opiiiio.is de M. Frézier.
Je conviens que M. Frôziera raifoii
de reprochef les noms de quelque lieu
que l'on a mal rendus , & la faute
qu'on a faite dan» un calcul de peu de
conféquencei mais cela n'a rien de
commun avec le fond de la difpute : il
s'agit de fçavoir quelle efl la caufe pri-
mitive des tremblemens de Terre.
D'ailleurs la Relation des faits cA julle,
ainfi de quelle part qu'elle vienne co-
piée, traduite, ou pillée, fi l'on veut,
fera toujours bonne & bien reçue.
Les Hilloriens de nos jours , par
ecicp.iple., quelques habiles qu'ils foient,
ne font que les Copiftes de ceux qii
ont écrit avant eux ; mais les RéHe-
xions Se les Recherches qu'ils ajoutent
aux faits & la tournure qu'ils y don-
nent^ en font la nouveauté & le méri-
te particulier,
11 s'enfuit de là que l'Hifloire des
tremblemens de Terre, d\c. quoiqu'el-
le renferme des faits déjà citcj n'cft pas
moins marquée au coin de l'originali-
té , M. Frézier devoit s'attacher à cri-
tiquer ce qu'il y a de contraire à foa
S^niiinent dans ce Livre , &: non pas
le plaindre de ce que l'Auteur peut
avoir pris dans la Relation de fon Voyage
de la Mer du Sud , publiée en 171 6.
Comme je fçai, Moulleur , que vo-
tre Livre d'Obfervations eft fait pour
ies Sçavans , & que l'on peut s'étendre
autant que l'on veut fur les Matières
que l'on a delTein d'approfondir , je
n'héfiterai pas de ré^icter ici , i'^. l'A-
brégé de In Reiaiion Je quelques trem-
bleniius de Terre arriv^.s à Lima, par
4e P. Feuillée. 2". Le Syllême de M.
Frézier tel qu'il l'a d'abord fait paroitre.
* Enlifïnt la Lettre île M. Frézier C infé-
rée dans le Journal de Verdun que l'on aci-
iSTOiiiE Naturelle ,
3". Le Syllé.uj combiné, dontl'Extrait
paroit dans le Journal Oeconomique.,
& 4°. La Critique de ces Syftêmes, par
l'Auteur del'Hirtoire des tremblemens
de terre de Lima; * 5°. Je donnerai en-
fin, mis nouvelles réflexions contre l'un
& l'autre de ces Syllcmes.;c'ell-à dire ,
contre M. Frézier ,- contre l'Auteur
Ançrlois de l'Extrait du Journal Oeco-
nomique , ^ contre mon ami; vous
ferez fans doute furpris de voir que
mon Sentiment ne roule que fur vos
Principes.
Jugez , Monfieur, fi je pouvois me
mieux adreffer qu'à vous-mém.' , par
tontes fortes de raifons; d'autant mieux
que j'efpére que li vous jugez ma Let-
tre digne di vos Obfervattons , vous
aurez la bonté d'appuyer mon raifon-
nement de quelques mots de votre
part , 8c de fuppléer , s'd le faut , à ce
que je pourrois avoir omis.
Defcription par le P. Fadllce d<:s tremhlt'
mens de Terre du Pérou,
Tous les tremblemens de Terre font
précédés d' m bruit épouveniable &
plus ou moins grand j à proport'on
que le choc doit être violent ; & plus
ce bruit efl confidérable , moins il y a
des intervalles au tremblement; de for-
te que cet avant-coureureft précédé fou-
vent de fi peu de îe;n< , qu'on a a pei-
ne celui de fe fauver dans les rues , où
l'on eft plus en fureté que dans les
maifons.
Le tremblement de Lima au Pérou
du 20 Mai 1709, arriva à deux heures
du matin , pendant qu'un chacun dor-
mait d'un profond fommeil. Le bruit,
qui le précéda fut fi grand, qu'il n'y eut
té ) on verra que fa réplique ne répond pas à
a qucAioa.
perfonne
suK LA Physique et sur la Peinture.
perfonne qui ne s'en éveillât, & l'on vit
en un moment tout le monde foair de
chez foi chacun avec ce quilui toniboit
Tous la main ; de forte qu'il ell aifé de
s'imaginer , dit notre Auteur , qu'un
pareil fpc^acle , qui n'oflroit que des
larmes , eut Isien fait rire dans un autre
moment. Ce premief clioc fut fuivi
d'un fécond : à dix heures,, l'Eglife, où
je difois alors la MefTe , fe trouva
vuide en un moment , quoique plei-
ne de monde , & perfoiuie n'ofa y
rentrer peur achever de l'entendre.
La violence de ce choc arrêta ma pen-
dule ; ceux du 3 Juin & du p Juillet
l'arrêtèrent auffi.
Le p Juillet me fentant éveillé par un
grand bruit qu'on entendit à une heu-
re du matin , je me levai précipitam-
nient^ & courus dans la rue, où je me
trouvaidansletemsque le tremblement
commença. Je fentis trois ou quatre
chocs fi violens, qu'ils me firent conjec-
turer que la maifon oîi je demeurois, iSc
celles qui l'avoifinoient , dévoient être
tombées.
Il arriva un autre tremblement à fept
heures plus violent encore que le pre-
mier. Le lo à deux heures du matin,
il en arriva un troifiéme femblable au
précédent. Des accidens fi ftéquens
me rendirent auffi craintif que les ha-
bitans ; &. craignant qu'enfin il n'en
arrivât un qui renversât les maifons &
me cafsât ma pendule , je la démontai
& la ferrai.
Le 2 1 Odobre à quatre heures du
matin chacun fe trouva éveillé par un
bruit épouvantable , qui fut aufTi-tôt
fuivi d'un tremblement. On vit en un
infiant dans les rues un fpedacle auffi
bizare que celui du 20 Mai. Le pre-
mier choc fut fi violent , que fi les deux
autres qui lefuivirent eulTent été de la
185
Année i-j^ZjTom. ÎI. Partie' VU,
même force , il ne ferpit pa; reflé nue
feule maifon fur pied k Lima. Le 22,
à une heure & deniie du matin , il ar-
riva un autre tremblement , qui les
fit encore tous fortir de chez eux. Sitôt
qu'il fut pafTé , cliacun retourna fe met-
tre au lit i mais ils n'y furent pas plu-
tôt, qu'il arriva un fécond choc ^ qui
fit lever tout le monde de nouveau. Se
les effraya tellement que perfonne n'o-
fa fe recoucher , crainte qu'il n'arrirât
pis. Il n'y eut cependant d'autre dom-
mage que le renverfement de quelques
maifons.
Le 20 Décembre à trois heures du
matin on entendit un bruit terrible,
immédiatement fuivi d'un tremble-
ment confidérable , qui renverfa plu-
fieurs maifons de la campagne. Il en
arriva un autre beaucoup plus violent
le 23 à dix heures du matin. Us furent
furpris d'un troifiéme le 24 à cinq
heures du matin. Le 5 o à la même
heure, un quatrième les fit tous for-
tir du lit. Enfin à dix heures du matin ,
le même jour, ils furent tous décon-
certés par un cinjuicme. Il en arriva
encore un autre le lendemain matin à
quatre heures , qui fut le dernier pen-
dant tout le tems que j'ai relié à Lima.
Lima, étant pour ainfi dire ,fans in-
termilTion , auffi fujet qu'il Teff à de
pareilles calamités , on croiroit que ce
ne peut-être qu un lieu d'exil pour des
criminels, ou des gens ennuyés de vi-
yre , fans pouvoir s'imaginer que ja-
mais perfonne en voulût librement fai-
re fa retraite. Mais l'attrait des richef-
feseflfi Puiffant , l'efpérance du gain
fi flateufe , qu'on préfère le danger à
la fureté , & qu'on concilie la'crainte
continuelle de la mon avec le defir de
vivre long-tems , fans avoir lien à ap-
préhender.
Aa
îS6 Observations sua. l'H
Syjîême de M. Fréiier^
On ne peut penfer à des pîicnomènes
aiifTi extraordinaires , dit M. Frqier,
fans fe fentir nniorellement entraîné
par la curiofité d'en f(,-avoir la caufe.
Celle que les Pliilofophes en donnent
en général ne fatisfait pas toujours. Ils
les attribuent à des vapeurs & à des
Feux fouterrains j mais ils paroilTent
plus vraifemblableinent être occafion-
nés par les eaux qu'on trouve intcrieii'
jremcnt répandues par tout dans les en-
trailles de la terre lorfqu'on la creufe j
à peu près comme les veines le font
dans les corps vivans.
L'eau peut de différentes façons oc-
cafionner des treniblemens de terre ,
foit en dilTolvant les fels répandus
dans l'intérieur de la Terre , ou en pé-
nétra:Tt de^ terres poreufes & mêlées
de pierres qu'elle ébranle infenfible-
ment y & dont la chute ou le remue-
ment doit occafionner des chocs fem-
bi.iblos à ceux qu'on fent dans les trem-
blemens de terre : enfui l'eau doit oc-
cafionner \\{\z fermentation lorfqu'elle
pénétre qnelqne corps fuiphureux ; &
alors la clialciit qi'i en refaite produit
des vapeur» & des exlialaifons qut em-
poifonncni l'air, loiiqu'clles parvien-
nent fur la furface de la terre : ce qui
fait qu'il meurt tant de monde après
quelque tremblement de terre confi-
dérabie.
L'exemple de Lin-va & les expérien-
ces curieul sde M. rEmery , mention-
nées dans les Mémoires de l'Académie
des Scijences do l'annce 170O, prou-
vent la facilite de cette fermentation.
Si l'on fait un mélange avec de l'eau,
d'une certaine quantité de limaille d'a-
cier. &. de foulTre , comme de 30 à ^p
iSTOiuE Naturelle ,
livres Si qu'on cnfouiffe celte ePpcTce
de pâte ou cet amalgame à un pied de
profondeur dans la terre , il fermen-
tera & exaltera d'abord des flamma
chaudes & enfin du feu.
Or, la terre cil eniiéreir.ent remplie
au Pérou , de mines de fel , de foutfre
& de métaux 5 il y a de plus des Mon-
tagnes qui brûlent continuellement , dont
la chaleiu" calcine les pierres & dilate
les fouflres; il ne faut donc pas s'éton-
ner que les tremblemens de terre y
fnient fi frcquens , & particulièrement
le long des Ckes de la Mer ^ qui font
plus chargées d'eau que le iTaut & le
fomm.et des montagnes , telles que la.
Coràillera. D'ailleurs , ceci s'accorde
avec l'expéiience ; car il y a des en-
droits ou ces Phénomène? n'arrivent que
très-rarement, conime à Kufco , à Gua-
manga, & ailleurs. C'eflpour cette mê-
me railoirqa'ils font plus fréquens fuc
le bord de la mer en Italie que vers les
Alpes. En un mot, on ne peut difcon-
venit que l'eau n'ait beaucoup de part
à la prodtiélion des trem'bL'mens de
terre, puifqu'on voit les campagnes fe
difperfer comme de lacire fondue, &
des Lacs fe former tout d'tm coup dans
les endroits où elles s'ailailîoient ; parce
que la terre on s'enfon(^nnt , force l'eau
de prendre le dcdus , pour peu qu'il y
en ait ui1e certaine quantité , ou au
moins de fe répandre lorfqu'elle ell fut
un plan incliné.
Critique de ce S^fùmc par l'Auteur das
tremblemens de ture du Pérou, &c.
Quoique M. Frézierait d'abord en-
tièrement attribue la caufe destremblci
mens de terre à l'eau , il eft néanmoins,
forcé de convenir que le feu y a quel*-
que part. Car dans fon dexnier exem£le-''
svTi LA Physique et
ils ne font pas TeHet immédiat de l'eau
comme dans les deux premiers , mais
ieulement de la chaleur qui vient de la
fermentation que l'eau a produite. L'ex-
périence qu'il cite de M. l'Emcryen efl;
encore une preuve , & tout fon rai-
fonnement ne roule plus après que fur
cette hypothèfe.
Si M. Frézier avoit fait attention à la
petite quantité d'eau qui fiiffit pour fai-
re un amalgame , ]e doute qu'il lui eût
attribué la cau(e des tremblemens de
terre. Car cet amalgame n'ayant que la
confuiance de pâte^ fans être réduit en
fluide , la qirantité d'eau qu'il requiert
doit être bien mince relativement aux
autres ingrediens : ce qui s'accorde à
une pareille compofuion communi-
quée au D. "Wallis par laquelle on voit
qu'une trop grande quantité d'eau em-
pêcheroit l'opération , & cteindroit le
feu ; de forte que l'eau n'y entre elTedi-
vement que comme le moindre inflru-
nient , de ceux qui fervent pour embra-
fer les matériaux ,- Sa ell conféquem-
ment fi éloignée d'ttre la caufe des
tremblemens de terre , qu'une trop
grande quantité de cet élément empé-
cheroitl'explofion qui produit de fem-
blables Phénomènes.
Il penfe auffi que les volcans, ou er-
ruptions de feu , peuvent favorifer les
tremblemens de terre , entant qu'ils
confument les matières combuftibles,
& détruifentles matières fulphureufes,
qui lesoccafionnent : ce qui fe contre-
dit. De forte que s'il y en avoit quel-
ques - uns en certains "endroits du Pé-
rou Si du Chili , ( fuppofe néanmoins
que les cavités fouterraines fe commu-
niquent) ces Pays ne feroienc pro-
bablement pas tant affligés de pareils
malheurs.
Quant aux campagnes que l'on voit fe
difperfer comme de la cire fondue , &
SUR LA Peinture. 187
aux Lacs qu'ils forment tout d*an coup
dans les endroits où la terre s'e'nfon
ce^ il ne s'enfuit nullement de-là que
l'eau ait beaucoup de part aux trem-
blemens de terre, puifque ces Phéno-
mènes peuvent n'être que l'effet d'une
certaine quantité d'eau ramalîée dans
quelques foyers des entrailles de la
terre , à une certaine difîance de l'en-
droit où l'exploQon s'ert faite , Se à
laquelle l'ouverture de la terre a permis
un paffage libre.
Sjjîême qu'adopte V Auteur Anglais.
Quoiqu'il en foit, l'hypothèfe qui
attribue la caufe des tremblemens de
terre aux vapeurs & aux matières in-
flammables, me paroît beaucoup plus-
probable ^ que celle par laquelle on
foutient qu'ils ne font qu'un effet de
l'eau qui diflbut les fels fouterrains ^ Se.
fait ébranler les pierres qui fe peuvent
trouver dans les entrailles de la terre.
De pareilles caufes ne doivent point
produire le bruit terrible & les vapeurs
fulphureufes qui précédent toujours les
tremblemens de terre , & qui prouvent
d'eux-mêmes qu'ils ne peuvent être l'ef-
fet que de quelque explofion naturel-
le , Se non pas de l'écroulement ou de
l'écartement de la terre. De plus, dans
les tremblemens de terre , il y a plus
qu'un pareil écartement, elle efl fou-
vent fecouée & agitée perpendiculai-
rement & horifontalement d'une fa^^oii
fi forte Se fibrufque, qu'on peut bien
juger qu'elle reçoit quelque impullîoii
d'en-bas. Voyons maintenant ce que
penfent nos Philofophes Anglois fut
une Matière auffi délicate.
Le D.Li/^er attribue les tremblemens
de terre zux pyrites & aux minéraux ré-
pandus dans les entrailles de la terre ,
dont les vapeurs fulphureufes venant à pren-
dre feu'^ fe le communiquent les unes
Aaij
i88 Observations sur. l'Histoire Naturelle ,
aux autres en forme de fufce , & pro-
duifent ce bruit terrible & ces conviil-
(ïons qui précédent & accompagnent
les tremblemensde terre.
Les cavités i ouefpcces de chambres, qu'on
avec beaucoup d'exaélitiidefiir qnantr-
té de fùlTiUes d'Angleterre, & il a tou-
jours trouve , que ceux qui ctoient char-
gés de fouffre contenoient du fer.
Secondement, il ne connoit qu'une"
trouve pi efque par-tout fous les montagnes ^ efpcce de SoulTre , au moins en Angle-
lorfqu'' on y fouille f (y qui y paroijfent na- terre. Et puifqu'il n'y a que les pyrites
turellewent formées , prouve que la terre
efîplus ou moins creufe. On en trouve fou-
vent quelquefois même de très -gran-
des, qui paroifTent fe perpétuermoyen-
rant de petits finus. Il y en a plufieurs
en Angleterre, telles que celles qui font
connues fous le nom de Poob-kole ,
Okei-hole : 3<c. De plus , les diflérentes
fources & ruiÏÏeaux tant grands que pe*
tits qu'on voit fortirde delTous tes mon-
tagnes , prouvent ces cavités. Ajou-
tons encore que l'explofron & l'embra-
lement de h première matière en for-
ment quantité qui peuvent fe rejoin-
dre , Si le rejoignent effedivement ,
après que la force du choc efl palTée,
mais qui cependant fe maintiennent
afTez ouvertes pour entretenir le trem-
blement.
LMiumidité qu'il y a dans nos mines,
prouve évidemment que ces cavités
lonterraines font quelquefois, & en
certaines faifons , pleines de vapeurs
înBammables, qui étant en feu , pro-
duifent les mêmes effets , quoiqu'en un
moindre degré , que ceux qui arrivent
dans unrrembicment de terre. Il s'agit
maintenant de fçavoir fi de tous les mi-
néraux qu'on connoît , les pyrites font
les feuls qui puifFent produire cette va-
peuv rnllammabie; c'efl ce que notre
Auteur crc-it très - probable : voici les
rations qu'il en donne. Premièrement,
aucun minéral quelconque n'ellfulphu-
leux, s'il n''ni{ pyrite , foit entièrement
oa en partie. Il a fait cette expérience
qui fournitTent naturellement du Souf-
fre , il cft à préfumer qu'il en vient tou-
jours , foit qu'il fe irotive en l'air , ou.
dans le fein de la terre. Quand au fouf-
fre vif qu'on trouve en grande quantité
à l'entour des montagnes brûlantes,
ce ne peut être , félon notre Doâeur,
qu'un eBet de la fublimation caufée à'
la longue par la violence de ces feux.
Quoique les pyrites fournirent une
grande quantité de SouftVe , & fe chan-
gent naturellement en Souffre par une
efpéce de végétation, il ne s'enfuit pas'
de-là que leur lublLince un'; fois en-
flammée, fe confume promptement,
& fe diminue.
Four prouver îa durée ou la rcfiftan-
ce des pyrites au feu , ce Doéleur rap-
porte plulieurs expériences faites fur
différentes fortes ds charbon. Le char-
bond'Eci^, dit-if , contient très-peu
de p/îJtes , & efl prefqtreiuiéreincnt
bitumineux: c'ell pourquoi il brûle vi-
re & laide un fraiji blanc : celui de
Ncivcaflel fe confume lentement; & ce--
lui de Sunderlojii dure fi long-tems,'
qu'on dit, en commun proverbe, qu'il-
fait trois foison feu. Il elt beaucoup char»
gé de pyrites , & fe confume jirfqu'à ce
qu'il laifTe un fraifi rougeâtre qui eft
une efpéce à'^aimant. Ce Doftcuravoit
un morceau de charbon à' Irlande yqu' on
difoit être d'une fi grande réfiltance au
feu , qu'il relloit rouge pendant vingt-
quatre heures, fans, pour ainfidire*
rien perdre dé ia ligure.
La fuite dans le I. Proliant de 1753. « l\4r{icl< des DiffAtefdcs Philofoghcst
iSp
DES O B S EKFATIONS
du II. Volume de 17 J2,
■ HISTOIRE NATURELLE.
BSERFATIONXVIIl
Defcription d'une Matrice
double, par M.Eifenmann.
_- _ Dofleuren Médecine & Pro-
felTeiir d'Anatomie & de Cliimrgie
de Faculté de Sirafbourg . 1 7 =i 2.
Pag. i.
Sentiment de M. Eifenmann fur ies
prétendues Ovaires & fur la fuper-
fctation. , 7^"'
Ohferuat. KIX. Sur une Découverte
particulière concernant la G^nera-
iion des Grenouilles , & critique de
la précédente Obfervaiioii. 1 1 ••
Génération des Grenouilles, pag. i ?.
Critique du Sentiment de M. Eilen-
mann , fur la (uperfétation. Lf.
Obfervation XX. Sur i'Anatomie des
Grenouilles. » f '
Remarques de différens Auteurs fur la
Grenouille.
Sentiment de LeuNfenhoek.-
Remarque de M.Seba.^
Sentiment de Malpiglii.
Sentiment de Gérard Blafè.-
biffedion d'une Grenouille.
Vertus Médicinales de la Gceiïouiile.
Olferration XXI Sur la multiplica-
tion naturelle des Vers à foye , &
grojet d«n «leveï & i'e» urer les
1(5.
17.
18.
20.
20.
Cocons fans aucim foin, 23,
Obferu. XXTI. Concernant la précieu-
fe Plante de Gin-feng da Tartarie ,
découverte en Canada par le P. Jo-
feph-Franc^ois la Fitau de la Conipa-
gni de JeTus, MifTionnaire des îïo-
quois du Saut S. Louis. 25-
Ohferv. XXIII. Sur la Struatire des'
Mufcles Oeuvre poniiumfe dô M.-
DUverney :, Confeiller , Médecin ,.
Profefleur d'AnatoiTiie au JardiiV
Royal , & de l'Académie des Scien-
ces. "S"
De ta Stru&ire des Mufcles en géné-
ral. <55»-
Obfefu. XXlV. De la force des Muf-
cles, par M. Daverney , Auteur de'
la précédente Obfervation. 73.-
Ohferv. XXV. Sur ie mouvement des
Mufcles. 7/.
Oeuvre poîllnime de M. Dnverncy,.
Confeiller, Médecin , &c. fur l'é--
coulement des Efprits Animaux Sc-
ie mouvement des Mufcles, idarû
Syfrême du mouvement des Mufcles-
parlc mélange du fang &des tfprîts;-
Réflexions particulières de Mi Duver^
n'ey , fur le précédent Syllême. 79^
Syflcme du mouvement des Mofcles,.
p.at les Efprità feulement. y^ju
ICO T A B
R L'ilexions de N\. Diivoiney. .^i.
Syllêmc de M. Duverncy^ fur Inaction
des Efpiit:. Si.
De la Laithurfc/ 84.
Chfcrv.XXVÎ. Sur la circnlation des
F.(|iiits Animnux ,[ondce fur de nou-
veaux principes; iS: fur i'Anatomie
particulière dr« Gerveau-j& du Cer-
velet, •• ■ ■ -■ 85.
Anatomie particulière du Cerveau &:
du Cervelet. Idem,
Remarque fur l'action & la réaction des
Efpriis Animaux & fur leur eflence.
S8.
Cbferv. XXVll. Sur l'A nevrifme , ou
fur les dangereux etiets de la fauiïe
faignce^ pi.
Gueriibn Qibite d'un Anevrifine. 92.
Obfcrv. XXV II. Sur le principe du
mouvement dans le. Fœtus, 129.
Stri;âure du Cœur humain. 131.
Ohferv. XXV m. Sur la aruflure des
poumons liumains & leur olTîce. 135.
Dilîeûion des poumons & confcqiîen-
ccs phyfiqucs. I3'>'
O.hferv. XXIX. SurTufagcdes Vaif-
feau.x iympiiatiques duMéfentere,
& concernant celui de la Veine-por-
te. 1^8. pow 158.
CxpoCtion Anatomic|ue du IVléfcntere.
IJar.
l^fage des VaiiTeaux Lymprmiiques.
l 'j 9, pour I3<p.
îjfage delà Veine- Porte. 160. p. 140.
Obfay. XXX. Enai fur les Oifeaux
Carnaffiers , Si fur les Oifeaux de
couleur. Idem
Le Buzard.en Latin Bi(feo. i6t. p. 141.
La Bondrée , en Latin Bdteo-aprivorus.
162. pour 142.
f^e Buzard de Marais, en Latin iWi/wu-
j^ritpjnnfits. 16^. pour 143.
^.a Pi.e-Cirie'clie des Moluques. Lanus
mlnor AJoliicarutn. \ i 6-{- pour 1 44.
f,e Loriot mâle de France.i-ivi/zcju GaU
L E
hulus Mafculus. Idem,
Invention d'une Nouvelle Imprimerie ,
■par N». Gautier , pour compofer ,
dccompoferSc imprimer les Figure*
d'Animaux '& de Fiantes avec leurs
couleurs , comme on fait celles des
Caradéres.
Idem.
PHYSIQUE-
Ohferv. IV. Parallèle de la Philofopliie
ancienne & moderne. 5 4.
Philofopliie de Thaïes , Auteur de la
Sccle Ionique. 38.
— — — — De Piihagore^ Auteur de
laSec^e Italique. Idem.
. De Démocrite , Auteur de
la Seâe des Atomilles. 39.
. De Platon., ou principes
Phyfiques des Platoniciens. 40.
.^ D'Ariflote , Auteur de la
Sec^e des Pcripatéûciens. Idem.
' De Defcartes. 42.
De Gaffendi. -44.
— De Nevton. 45".
— — — De Leibniiz, ou Syflcme
des Monades. 4<^.
» De Gautier. Idem.
Ohferv. V. Sur la caufe de i'Eleflricité ,
expliquées par l'impulfion des
Rayons du Soleil ; & critique de
rOpintoii de pouvoir détourner le
Tonnerre. 48.
L'Eleâricité naturelle. 4p.
L'Electricité artificielle. JO.
Ohferv. VI. Réponle à la quertion de
Phyiique: fçavoir, fi les Objets ar-
rivent renverft's ou non renverfcs fur
la Rétine.. & découverte de M. Ri-
caud, concernant la vifion des Ob-
jets. 5" 2.
Anatomie de POeil. 5" 5.
Réflexions phylîques fur I'Anatomie de
rOeil. J4-
Ohferv. VII. Sur la Création du Mon-
de & fur le Déluge Uoiverfel & crir
DES MA
tique cTeTelliamed.ouIe Philofophe
Indien. 94-
Syftême de M- de Maillet concernant
la Matière fk le mouvement. 9 y.
Syftême de M. de Maillet fur la forma-
tion de la Terre. 9^-
Syflêmede M. de Maillet furlaCréation
des Hommes & de tous les Animaux
terreÛres. l'^^^-
La Création de la Matière. 9'^'
LeDchiaeUniverfel. 9S'
Exemples fur lefcjuels M.de Maillet fon-
de la Diminution de la Mer & la
Découverte des Terres. 100.
Critique de ces exemples. 102.
Obferv, FUI Sur l'inutilité des calculs
pour prouver la réfilbnce des Flui-
des. _ ï+y»
Oblervations générales furies diverles
efpéces des Fluides, par M-d'Alem-
bert. 146-
Reflexions à faire fur ces principes.
147.
Obferv. IX. Surlaraufe delà vaneié
des Dégrés de chaleur dans notre At-
mofphére , par M. D. V * ' *. i "j i •
Expérience concernant cette Obferva-
tion; ' I5'4«
La caufe des variations relatives à ces
principes. Iderm
Remarques fur. ce fujet. ^ I57-
Récapitulation Phyfique de la décaden-
ce de la Philofophie de Newton ,
pour cette Année 1752. ijii.-
PEINTURE.
Obferv. V. Sur le Parallèle des Peintres
anciens & modernes de M. le Mar-
quis d'Argens,. lyS?'
Contraftede le Brun à Michel- Ange.
164.
Contrafte de Léonard de Vinci à Jean
Coufin. 16^'
Obferv. V. Sur la Gravure en Bois, par
M-Paeillon, ■ i?©'
T I E R E S, i<; r
Lettre de M. Papillon G.aveur en Bais
■ & delà Société des Arts, à M. Giu-
• lier. . Ï7I.
L'Origine de la Gravure en Bois , l'ufa-
ge de cet Art, & le principe de l'im-
primerie, par M Papillon. _ 172.-
Des Anciens Graveurs en Bois. & fur
rinvention de l'Imprimerie. 177.-
DISPUTES DES PHILOSOPHES-
ET P F. S
ARTISTES MODERNES.
Art. VI. Réponfe aux Extraits du J lur-
nalde Verdun des i«ois. de Février
& Août 1752. ^ S 7-
Sur ce qui concerne la linriiere. 5 S.-
Surcequi concernelTnpulGon.. Idem.-
Art. VII. Lettre de M. Guyot à l\-.u-
teur des. Obrervaiions , contre un-
Art, du Journal de Verdun,- 5 c.
Art. FUI. Sur la Luoiomiej. concer-
nant de nouvelles réflexions ,. enfa--
veur du grand (!<£ liaui appareil pac
M. de Ch'aignebrun. 107,-
Art. IX. Suc les trcmblemeirsde ter--
re , & critique à ce fujet , d'une Let-
tre inlérce dans le Journal de Verdun,
- (Nov. i7jz.-)&d'Lin Extrait des .
Journaux d'Angleterre, inféré dans
le Journal Oeconomique ( du même '
mois ) qui traite de la m-ême Matière.
183.
Defcrrption du P. Feuillée des trein-
blemcns de terre du Pérou. 1S4.
Syftcme de M.Frczier, i^â.
Critique de ce Sy!lê:ne par" l'Auteur,
des tremblemens de terre du Pérou,
îâem^-
Syftême qu'adopte TAut. Anglots, xSj.
LES SECR^ETS DES ARTS^
ET LES
NOUVELLES DECOUVERTES^
Art, V. Sur ia façon cTe cuire le Verre
geint. ^'^-
5?20 T A B L E D E s
Art, FI. Maniore de marbrerie Pa-
pier. 63.
Art. y III. Lettre concernaut une
nouvelle Machine liydraiilique. 1 11.
•Defcription de cette Madiine. 1 1 1.
Art. IX. Lettre à l'Auteur des Obfer-
vations concernant le Bu-reau Miifi-
cal , ou l'Art d'enfeigner la Mufique
Fin (k la Table des Matières dji IL Gr
M ATI ERES
avec facilité. i i 5.
Art. X. Rapport de i'ouyèrlure & de
l'examea du Cadavre de la nommée
Supiot. iij.
Art. XL Nouveau Semoir, accom-
pagne de quelques Réflexions fur
i'^Xgricalture , pat M. de Villeneuve.
167-
dernier Vol. de ! Année 1752.
A F I S.
AV lieu de la Table Explicative, que l'on avoit commencé de donner à la fin du L
Voltime rie cette Année, on donnera un Djdionnaire, pour fervir à l'explication >!cs
.■termes d'Anatomie d'Hilloiie Naturelle, de Phylique , & concernant les Arts & Métiers
^elativenient à cet Ouvrasie.
J
APPROBATION.
Ai li par or lire de Monfeigneur le Chancelier, la fîxiéme Part e d'un Manufcrit, quia
pour Titre Obftrvations fur l'HiJioire Naturelle , fur ta Phjifujue Ç- fur la Peintures Se je
ois que rimpreflV n en peut être permifc. Donné à Paris le 51 Décembic lyfi.
PjtlLlPPEDE FrÉTOT,
■CtOli
E R R A TA.
LAfeuilk Q.eft ma'chifi-ccaulieu de itfy paroil ellecommence.ilfaiitcommcncerà 111 Ce
finir cette feuille à liSaulieude 171. Layèui/Ze S. dl dans leméme cas. J57devoit être
J137, jufqu'à I64 où il faut aufl'i conter 144.
A la pa^. 8 première apoilille au lieu de rapportée///", rapporte. fcg-, 11. coht. lig. 44. de petits
VailTcaux///; de fibres & des petits vailîeaux.p,;^. ? col. z. lig. 13. au mot u'cndomniogea, lif.
n'endonima^t.îr. j. 40.C0/. » /. 7. un principe.///", un principe iihf.p, 49. col. z. L 45. Baril de
îléfinc /i/«î de Réhne. pjg. fuivante il y a au/Il deux fois Rïifine pour Réfine. à la pag. ? 1 à'ia.
troifiéme /. de la première co/. il y a compreflion auli«u de comprenlon. p.ig. S9 il manque un
Ae au litre quatrième, p. 66 vous trouverez retranher au lieu de retrancncr. p. -ocol. 1, 1. 14.
Ja pcnuitiime /. aprcs la ConiraCtion , ajoute^ oppoicc. p. zrffmaprvs le dernier mot pnyiiqus
«jisj/rfj lia premier volume àe l'année prochaine, p. 147. col. id. zi>. réiervcr, /;/. relferrcr»
,e^r.,cci laprcHiierc'/ijj. dp la première ro/, dela^rt^e 161,
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